samedi 23 novembre 2024

Sur les planches (Walrus)

   

Histrion maintenant, c'est un hystérique ce mec !

Qu'est-ce qu'il veut que je raconte ? Ma vie sur les planches ?

Remarquez que dans mon jeune âge, j'y suis grimpé sur les planches... à l'insu de mon plein gré comme  disait l'autre. Obligé : à cette époque, dans les écoles primaires on montait un spectacle chaque année, alors...

Dieu merci, à cette même époque, mes parents n'avaient pas d'appareil photo, mes prestations n'ont donc pas été immortalisées (sauf une, hélas).

Dans ma toute première participation, je faisais partie de la troupe des soldats de bois opposée à celle des soldats de plomb. Le seul souvenir  précis que j'en ai, c'est que les instituteurs avaient bricolé un canon à partir d'un bout de descente pluviale en zinc, d'un cylindre en bois et d'une chambre à air de vélo, lequel canon en fin de représentation envoyait une volée de petits pois secs dans l'assistance.

Pour la suivante, ma classe s'était associée avec les grands du quatrième degré  et on donnait une resucée du Blanche-Neige de Walt Disney. C'est marrant, à l'époque il n'y avait que des 78 tours et les instits se relayaient autour d'un phono pour noter les dialogues au vol. Moi, ma grande taille aidant, j'interprétais un nain et je n'avais qu'une réplique : "Et moi, c'est Simplet !" (le premier qui rigole je lui file un coup de ma pioche en contre-plaqué cintré à la vapeur et peinte à l'argenture par l'instituteur).

Après cette brillante prestation, mes parents ont décidé de déménager et je suis passé d'une école bourrée d'élèves et d'instituteurs à une école de campagne (oui, comme l'artillerie) où un seul bonhomme enseignait aux six classes dans un même local, fidèle à la règle classique : unité de temps, de lieu et d'action. C'est pas pour ça que j'ai échappé au spectacle annuel.

Dans un de ceux-ci, nous représentions une manifestation de... bossus ! (déjà un truc en faveur d'une société inclusive au début des années cinquante, ils étaient modernes à la campagne). Nous manifestions en chantant, je me rappelle encore parfaitement les paroles (et non, je ne la chanterai pas !*) :

Pourquoi de la Garde Civihihihique,
Tous les bossus, tous les bossus,
Malgré leur courage héroïhihihique,
Sont-ils exclus, sont-ils exclus,
Il n'y a pas d'soldats en Belgihique
Plus résolus, plus résolus !
Pourquoi de la Garde Civihique,
Sont-ils exclus, sont-ils exclus?

Intéressant, d'autant que la dite Garde Civique n'était plus en activité depuis 1920.

Je me rappelle aussi qu'une année, on nous a installés un condisciple et moi dans un castelet et que nous avons assuré le spectacle avec des marionnettes à main. Déjà qu'on était un peu à l'étroit derrière le machin, à un moment, l'instit venait se glisser entre nous pour peindre de deux coups de pinceau précis une grosse moustache à mon personnage. Quel artiste ce mec ! D'ailleurs là où d'autres instits auraient joué du flutiau pour nous faire entendre la mélodie d'une chanson, lui, il utilisait une mandoline !

Il y a aussi eu une représentation où le décor représentait le carrefour où se trouvait l'école (les deux coins contigus étaient des bistros et celui en diagonale la boucherie), le personnalités connues du patelin s'y croisaient et dialoguaient tandis que de temps à autre la femme du boucher venait l'appeler depuis la porte de son commerce et le boucher (c'était son fils qui tenait le rôle) sortait d'un des bistrots et traversait la rue,  puis quelque temps après, refaisait le trajet dans l'autre sens.

Il y en a aussi eu une où des individus voulaient rendre les choses mathématiques et imposaient une semaine de dix jours (les jours supplémentaires portaient leurs noms accompagné de "di", ce qui donnait "Linédi" "Gagadi" et "Jachetakredi".

Quoi ?

... Celle à la photo ?

Ouais, y a que ça qui vous intéresse, finalement !

L'instit avait imaginé une auberge où pour attirer la clientèle, le tenancier avait inventé un lieu où l'on pouvait entendre un écho. Écho qui consistait évidemment en un gusse caché derrière un rocher. Quand la supercherie était découverte, on appelait les gendarmes. Comme les gendarmes vont toujours par deux, je jouais le maréchal des logis et mon ami Godin le brigadier (grades hérités du temps où la gendarmerie était une troupe montée), c'est son père qui avait fourni les uniformes.

Sur la fameuse et tellement mauvaise photo qu'on croirait que c'est moi qui l'ai prise avec mon GSM, le plus petit avec la grosse moustache, c'est moi, cinquante ans avant de Funès, je montrais déjà mes galons pour faire comprendre au brigadier que c'était moi le chef !

À la fin de la représentation, mon copain Julien Omilinsky qui jouait le cycliste retour du Tour de France avait tellement bien joué l'emportement du mec traité de "tchafiaud bekteu" par l'écho qu'il était dégringolé de la scène avec sa bicyclette.

Après ces expériences, j'ai entamé mes études secondaires et je suis passé d'acteur obligé à spectateur obligé. C'était plus reposant...


* Bon si c'est ma voix qui vous passionne, j'ai déjà donné  une fois :

12 commentaires:

  1. J'ai souvent parlé de cet instituteur sur mon blog, ici par exemple :
    https://presquentrenous.canalblog.com/archives/2008/06/30/9765633.html

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Il est temps de reprendre la Tagada gadac tactique du gendarme ! ;-)

    C'est peut-être ce que tu chantes sur l'extrait sonore mais on ne peut pas le capter ici, il faut demander une autorisation à Google drive ? J'avais la même chose pour ma vidéo tout à l'heure !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme je ne pratique jamais ce sport, j'avais oublié de rendre le fichier accessible à ceux qui possèdent son adresse, c'est fait. Désolé. je devrais toujours tester mes productions avec l'ordi de mon épouse...

      Supprimer
  4. excellent! hilarant!
    quelle prodigieuse mémoire, et quelle inventivité chez tes profs!

    RépondreSupprimer
  5. Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était ! À l'époque quand il y avait un absent dans les répétitions, on faisait appel à moi : je connaissais tous les rôles ;-)

    RépondreSupprimer
  6. Oh ! La belle voix ! Félicitations pour tes talents de comédien ! Et quel plaisir de voir ces jolies photos !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est parce qu'il n'y a que quatre mots, on n'a pas le temps de faire connaissance avec mon accent ! :-)

      Supprimer
    2. Ah ! Ah !🤣

      Supprimer
  7. Tu es trop mignon en maréchal des logis hi hi !!! Et j'adore la façon dont vous vous regardez ton copain et toi. Cette photo est top.
    Je regrette de ne pas avoir de photo de mon seul rôle au collège : je jouais Monsieur Jourdain mais pas jusqu'au bout tellement ma servante fut prise d'un tel fou rire qu'elle s'est écroulée par terre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dommage effectivement que tu n'aies pas de photo ! ;-)

      Supprimer

Ont créé un truc explosif... ou pas

      Walrus ; TOKYO ; Marie Sylvie ;