dimanche 24 mai 2026
samedi 23 mai 2026
Défi #925
On va essayer de vous faire chanter !
Yodel
L’empreinte de la patience (Lecrilibriste)
Il entaille, il creuse, il
fignole
Avec une patience infinie
sa planche de cerisier polie
Petit à petit, il creuse le
chemin
Avec autant de force que de
retenue
Et d’un geste précis
Il forme les creux et les
reliefs
Il creuse la lumière et les
ombres
Il caresse les pleins
Affine les déliés
Il lui faut se concentrer
Pour inverser le sujet
Car aucun faux pas n’est
permis
Ici, l’erreur est fatale
Il voudrait arriver à la
perfection
De ce rouleau bouddhiste
Le Dharani-sutra de la lumière
pure
La première xylographie
Découverte au temple
Pulguk-Sa de Kyongju
Ce mot lui plait, il se le
répète
Il guide son geste à chaque
instant
Obtenir la lumière pure…
C’est son mantra
Il sait qu’il lui faudra une
vie
Mais chaque jour il
s’applique un peu plus
Chaque jour il comprend
quelque chose
C’est comme une méditation
Et comme une bénédiction
Quand son travail le ravit
Il a la fibre des constructeurs de cathédrales
L'envie de xylographie (Laura)
Qu'on me donne la page blanche puis un mot
Qu'on me donne la quasi absence d'écrit puis la
frénésie
« Qu'on m'enlève ce qui est vain et secondaire
Que je retrouve le prix de la vie,enfin[1] »
Qu'on me donne la
xylographie pour que je cherche
Qu'on me donne cette technique d'estampe pour que je trouve
Qu'elle est ancienne et réactualisée par Franz Gertsch
Qu'on me donne un artiste pour que
je découvre des oeuvres
Qu'on donne des
insultes pour que j'aille encore vers les mots et l'art
« On m'a trop donné bien avant l'envie »
J'avais oublié les mots et le plaisir d'en jouer
« Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l'envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi »
Qu'on me donne l'envie
L'envie d'avoir envie d'écrire
Et qu'on me donne une feuille blanche
Qu'on me donne ces xylographies monumentales[2]
Pour que je les admire et les partage
Qu'on me donne ces visages-paysages[3]
Qu'on me donne le matin
Pour que j'oublie les douleurs
Qu'on me redonne mes nuits
Pour retrouver le sommeil
Qu'on me donne la curiosité
La curiosité, l'envie de voir
De lire, d'apprendre
« Et qu'on rallume ma vie »
Qu'on me donne l'envie
L'envie d'avoir envie d'écrire
Et qu'on me donne une feuille blanche
Mémoire xylographique (Cavalier)
On m’a coincé
sous une marche.
Pas même droite.
Un angle à tenir.
Du poids.
Des semelles mouillées.
Le sable des sabots l’hiver.
Des jurons.
Une soupe renversée un soir de février.
J’ai porté ça longtemps.
Avant,
on me couchait sur une table.
Fer.
Maillet.
Gouges.
Des mains appuyaient sans parler.
Ça entrait lentement.
Dans mes fibres.
Des courbes.
Une aile.
Un doigt levé vers quelque chose
hors cadre.
Puis l’encre.
L’odeur surtout.
Épaisse.
Noire comme un puits.
On me pressait contre des feuilles humides.
Je laissais partir des figures
que je ne voyais jamais en entier.
Un bras.
Une pointe.
Quelque chose qui traverse.
Une bouche.
Pas le mot.
Juste l’ouverture.
Plus loin :
un genou, peut‑être.
Ou une chute.
Puis le noir.
Des siècles de poussière sous les marches.
Le ventre mangé par les carreaux.
Le froid dans les nœuds.
Je tenais encore.
Puis un homme s’est arrêté.
Pas longtemps.
Juste cette hésitation des yeux
devant ce qui dépasse un peu de la boue du monde.
Il m’a retournée.
Nettoyée avec sa manche.
Puis le silence.
Ensuite la lumière.
L’atelier.
Les rouleaux.
Le chiffon noirci.
Et cette première feuille
qu’on soulève doucement
comme un drap sur un visage.
Alors ils ont commencé
à dire des mots autour de moi :
rare
origine
gothique
quatorzième siècle
exceptionnel
Je les écoute faire.
Autour ça imagine
Moi
je me rappelle surtout
le poids des marches
et la poussière qui tombait chaque soir
entre les fentes.
Autour.
…….


Olaf Boissansoif (Kate)
Olaf Boissansoif
soulographe
âge tendre
tête de bois
il va aller en fendre
dans les bois
il vit dans sa cabane
fabrique des sarbacanes
place des collets
se nourrit de fruits glanés
et il boit...
Le lendemain
au petit matin
son chien aboie
il a la gueule de bois
il gèle à pierre fendre
de son mariage
triste attelage
ne restent que des cendres
peu lui importe
depuis qu'elle l'a mise à la porte
sa chère et tendre
de lui vite lassée
depuis septembre
elle l'a laissé
s'adonner à sa passion
son obsession
de graver
des planches de bois...
Il fait si froid
il n'a pas pu se laver
ses hardes sont tâchées
ses doigts tailladés
mais avec obstination
il croit
qu'il va percer
depuis qu'il s'est tourné
vers la religion
ma foi...
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Olaf
le xylographe
Le Parti pris de la xylographie (Joe Krapov)
XYLOGRAPHIE OU L'ART DE LAISSER LA MAIN TREMBLER (Marie Sylvie)
J'avais tout rassemblé, ou presque (Walrus)
Ciseaux (à tranchant droit), gouges (à tranchant creux arrondi) et veineurs (à tranchant en V), papiers de ponçage, verre plan épais, rouleau encreur, encre d'imprimerie (j'en avais en stock grâce à la stencileuse de mon unité scoute), chiffons...
Restait le bois, c'est là que ça se corse (le bois corse a bonne réputation : il ne travaille pas). Quelle essence (oui, je remue le couteau dans la plaie des automobilistes) choisir ? Une à bois dur ou à bois tendre ? Et débité comment ? Dans le sens du fil comme l'onglet ou à contre-fil comme l'entrecôte ?
Trop de questions pour ma petite tête !
Aussi ai-je opté pour le linoléum au grain parfait, à la taille aisée, à la surface pré-polie et du coup (vocable indispensable à notre époque) je me suis retrouvé hors-sujet : j'ai fait de la linographie...
Influence néfaste de mon passé de footballer : j'adore botter en touche...
Le bureau ovale (Vegas sur sarthe)
J'avais trop souvent entendu mes anciens congénères évoquer des années de disette à l'heure du formica ou à celle plus récente du plastique pour ne pas avoir envie de me farcir le style suédois au risque de me bousiller les mandibules sur un avsiktlig ou un godmorgon... alors j'avais choisi les formes simples, les courbes discrètes du style Directoire et le charme de ses chapiteaux de feuilles de palme en acajou... Miam Miam
C'est fou ce qu'on peut trouver comme vieilleries dans les musées, c'est pourtant là où j'avais rencontré Vrillette, une jeune gourmande capable de vous grignoter les orteils d'un pied de méridienne sans respirer.
Elle tenait ça de sa grand-mère qui avait disait-elle croqué toutes les bergères d'un lupanar du XVIème arrondissement de Paris. Ça c'est la grande classe !
Il fallait voir Vrillette creuser ses galeries "dans un fauteuil" si je peux dire et faire d'adorables petits tas de sciure comme un jeu de piste dans les allées désertes où je la suivais à la trace comme un élève docile.
On s'est plu tout de suite … il faut dire qu'elle était du Capricorne comme moi.
Je me demande encore où cette frêle bestiole pouvait bien stocker tout ça, moi qui me rassasiais d'un bouton de tiroir ou d'une maigre moulure de baldaquin.
Ainsi grâce à Vrillette j'appris tout de ce fabuleux métier de sapeur auquel j'étais destiné mais au fil du temps et des orgies de hêtre et de noyer je sentais bien que Vrillette perdait le moral autant que l'appétit.
Il
faut dire que son désir secret, son besoin inassouvi c'était
d'aller Outre Atlantique goûter à ce fameux bureau – le Resolute
Desk offert par la reine Victoria aux Etats-Unis en 1880 et fabriqué
dans le bois d'un navire british sauvé des glaces par les ricains –
un bureau de chêne de plus de 220 kilos livré aux frasques du
dernier occupant de la Maison Blanche !
Elle répétait qu'il
était de son devoir d'aller investir l'illustre bureau – le témoin
des galipettes d'une stagiaire pas farouche prénommée Monica –
afin d'honorer la mémoire de sa chère grand-mère.
J'eus beau argumenter que là où y'a du chêne y'a pas d'plaisir, je voyais Vrillette dépérir chaque jour, les mandibules désespérément tournées vers son Eldorado.
Je lui présentai même un reste de baldaquin que l'armée de mes congénères convoitait mais rien n'y fit.
Elle disparut un matin alors que j'attaquais une commode Louis XV histoire de varier le menu.
J'espère qu'elle aura pu embarquer sur un de ces tas de ferraille qu'on appelle tankers et qu'elle saura ronger son frein car la route est longue vers les amériques...
Xylographie (François)
Pour imprimer de belles images,
Il est un procédé,
À ce jour peu usité,
Qui jadis connut un bel âge.
On prend une planche de bois,
On y dessine le sujet de son choix,
Avec des gouges de toutes sortes,
On le travaille presque comme une eau forte.
Le sujet est alors gravé négatif,
Et inversé sur la planche de bois,
Puis encré, on l'obtient un positif.
On a une empreinte sur papier ou sur soie.
On doit, cette technique au chinois,
C'est la xylographie ou gravure sur bois.
Xylographie (Lilousoleil)
Je raconte, avec des mots qui volent plus léger qu’un oiseau, comment une simple ligne creusée devient une montagne, comment une courbe gracieuse donne vie à une rivière de papier. C’est plus qu’une technique ; c’est un langage du cœur que je me réjouis de partager.
Chaque grain de sciure est un grain de joie semé. Et lorsque je vois les yeux s’écarquiller devant une première impression réussie, mon âme s’illumine. Transmettre cet art, ce n’est pas seulement apprendre à manier des outils, c’est léguer un trésor de beauté et d’amour.
Je leur dis : « N’ayez pas peur des erreurs, elles sont le chemin vers la découverte. Laissez votre cœur guider votre main. » Je ris en leur racontant les histoires cachées dans les veines du bois.
Cette vie est une célébration de la création, et chaque jour, je me réjouis de voir de nouvelles mains s’initier à cette danse éternelle entre le bois et l’homme. La xylographie, c’est la vie en noir et blanc, gravée de couleur de bonheur.
samedi 16 mai 2026
Défi #924
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