Cavalier ;
J’avais souvent croisé Misstic sur la Butte-Aux-Cailles,
Adulée chacun voulait avoir un pochoir sur son mur,
Accompagné d'un bon mot, une trouvaille,
Et d'un dessin efficace avec des traits surs.
Ses tags, on pouvait les lire de maison en maison,
Personne ne trouvait à redire,
La qualité de son œuvre lui donnait raison,
Les aphorismes, elles savaient les écrire.
On peut dire que dans le 13e arrondissement,
Elle fut la première à proposer la qualité,
Un bon Street Art évidemment.
Dans le 13e, bon nombre de façades,
Couvrent des murs aveugles avec originalité
De fresques qui y font souvent parades.
On peut dire que Misstic à son œuvre était asservie,
Le Street Art était son cœur de cible,
Si elle eut au début des opposant inflexibles,
Ses détracteurs devant l’originalité
De son œuvre furent vite assouvis.
Depuis que Misstic nous a quitté,
Les traits de son œuvre s’effacent,
II ne reste plus que des pochoirs comme trace.
Elle ressemble à vous et à
moi Miss Tic
Et pourtant quand vous la
regardez
Quand vous la côtoyez
Vous sentez quelque chose de
particulier
Quelque chose qui vous
échappe
Comme si elle s’élevait
au-dessus du plomb
Pour gagner l’or des étoiles
Comme si elle se perdait dans
l’espace
Sans être astronaute
Comme si une parcelle
d’infini
Au-delà des nuages
Était là pour l’habiter
Il y a du silence dans ses
yeux
Mais une étincelle vive y
brille
Est-ce la compréhension de ce
monde fou
Est-ce la compassion pour
l’humanité
Est-ce l’amour plus loin que
les frontières
Est-elle orphique ou
visionnaire
Chaman sainte ou bien
sorcière
Nul ne le sait
Mais ce que chacun sait
C’est qu’auprès d’elle on est
bien
Et si on l’a baptisée pour
s’amuser Miss Tic
Ce qui la fait sourire
C’est
qu’elle l’est finalement… mystique
Belle journée en perceptive ! Nous gagnons la vallée de la Vézère dite vallée de l'Homme. Elle est ainsi nommée au vu des 400 000 ans de présence humaine dans ses grottes et ses falaises. Nous atteignons Limeuil en voiture en fin de matinée. Il fait très beau en ce début juin. Nous voulons descendre la Vézère jusqu'à son point de jonction avec la Dordogne qui se situe ici même au village classé de Limeuil.
Nous nous rendons au centre de canoë-kayak où l'on nous explique le déroulement de notre circuit sur la Vézère depuis les Eyzies jusqu'à Limeuil. Nous sommes rapidement pris en charge et conduits en mini-bus avec tout le matériel jusqu'à notre base de départ.
Voilà : c'est parti pour 18 kms au fil de l'eau ! Un peu gauches et angoissés au début, nous prenons vite le rythme et nous laissons doucement glisser sur la rivière paresseuse. La horde de touristes n'a pas encore déferlé sur la région et nous sommes seuls. Il y a tant de choses à voir ! Bien sûr, nous connaissons tous les sites chargés d'histoire que nous allons rencontrer mais les admirer depuis notre embarcation manquait vraiment à notre enthousiasme pour cette région. Une autre façon de visiter...
D'abord les Eyzies, capitale mondiale de la préhistoire, avec ses falaises impressionnantes, blondes sous le soleil. Ici les fouilles ont mis à jour l'habitat au Paléolithique sur pas moins de 14 niveaux.
Le calme et la sérénité qui règnent autour de nous invitent à la rêverie, interrompue parfois par les cris des milans noirs qui planent au dessus de nous.
On imagine nos ancêtres dans ces abris protecteurs, chasseurs, pêcheurs, cueilleurs. Et artistes aussi . Tout naturellement on pense à la célèbre Lascaux toute proche et ses merveilles. Après les quatre adolescents découvreurs, les abbés Breuil, Bouissonnie ont mis de côté pour un temps leurs prières mystiques pour aller vers le mystérieux : l'art pariétal. Mais il est à parier que la beauté des lieux les a aussi plongés dans un autre mysticisme, celui procuré par une nature sauvage et indomptée.
Nous longeons les berges sur lesquelles on remarque les traces des chemins de halage. Dans des temps plus proches de nous, ils servaient à remonter, à l'aide de bœufs attelés, les marchandises achetées à Bordeaux par les gabariers. Sel, poisson séché, produits manufacturés étaient destinés à la revente.
Il faut préciser que la Vézère et puis ensuite la Dordogne étaient navigables sur des gabares – bateau à fond plat – servant à transporter le bois des forêts luxuriantes de Corrèze jusqu'à Libourne pour en faire le plus souvent des fûts à vin. Sur la Vézère, il s'agissait surtout de faire flotter les grumes de chêne ou de châtaigniers en période de hautes eaux. Aujourd'hui ces chemins de halage sont empruntés par les marcheurs et les vélos. Encore une autre façon de découvrir les trésors périgourdins !
Nous voici parvenus en face du joli château Renaissance de Losse avec ses jardins à la française. Il se mire à l'envers sur l'eau et c'est un magnifique spectacle. Nous pouvons admirer tous les villages médiévaux avec leurs vieilles maisons à colombage qui s’égrènent le long de notre parcours. Un enchantement. La nature n'est pas en reste. Elle abrite toutes sortes d'oiseaux et d'animaux dans ses fourrés et branchages. D'ailleurs voilà un couple de ragondins en quête de nourriture regagnant précipitamment la rive pour se cacher dans le labyrinthe de son terrier. Ici, c'est un héron campé sur une petite plage de cailloux qui nous observe sans bouger. Gageons cependant qu'il ne manquera pas de remarquer le passage dans l'eau d'un goujon et prestement le happer pour son souper. Une imprudente grenouille peut aussi, le cas échéant, faire l'affaire.
Limeuil apparaît soudain, haut perché. Nous sommes au terme de notre périple. Fatigués mais ravis de l'aventure nous nous promettons de la recommencer en ajoutant quelques kilomètres de plus la prochaine fois. Quoi ? Ne sommes nous pas des pros de la pagaie ?
Entre "J'ai peur de la nuit" et "Retiens la nuit", j'en entendu les histoires effrayantes que mon père, enfant, écoutait à la veillée et qui faisaient intervenir fantômes, revenants, cercueils marchant tout seul le long des routes, -j'en oublie !...-, tout ça bien avant qu'on ait jamais entendu parler de Halloween dans les provinces françaises...
Et puis mon père passait, entre autres, sur la chaîne stéréo, "Nights in white satin" et les Moody Blues qui jazzent dans le noir...
Et puis Gainsbourg -première époque- qui chantait merveilleusement la "Nuit d'octobre" de Musset... et puis j'ai lu les belles "Nuits" de Musset et fini par lire, il y a quelques années, dans la chaleur d'un été, "Le voyage au bout de la nuit", dont on ne ressort pas indemne.
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J'ai dû aussi lire, dans un style plus léger, beaucoup plus léger, "Mes nuits sont plus belles que vos jours" sans en conserver le moindre souvenir, si ce n'est le souvenir de ce titre fort si ce n'est accrocheur, du moins bien trouvé, ma foi.
Mais la nuit peut être religieuse : la nuit de Noël, la veille de Pâques, voire plus...
Certains ont consigné leur nuit mystique, celle d'une révélation, d'une conversion, d'un choc.
Citons :
- Saint Jean de la Croix, "La nuit obscure" (1578) ;
- René Descartes, (10 novembre 1619) ;
- Blaise Pascal, sa "nuit de feu", (23 novembre 1654) ;
- Paul Valéry, "Nuit de Gênes" (4 octobre 1892)
- Eric-Emmanuel Schmitt, "Nuit de feu", livre paru en 2015, faisant référence à une nuit dans le désert du Hoggar (en 1988). Il est âgé de 28 ans, tout comme Charles de Foucault converti en octobre 1886... et le titre de son livre "Nuit de feu" reprend la formule de Blaise Pascal...
Et la boucle est bouclée ? Non, bien sûr, liste non exhaustive.
Pour conclure sur une note plus personnelle : oui, j'ai peur de la nuit, je préfère le jour et je ne la retiens pas, j'aime tant me lever tôt, histoire d'y voir plus clair... Mais toujours partante pour une soirée dansante !
Félix
ne dormait pas.
C'était
toujours ainsi à chaque veille d'intronisation.
Demain
il y aurait un banquet, un de plus, cette fois-ci une réception en
l'honneur des Chevaliers du Pignon Fixe, une escouade de pédaleurs
assoiffés qu'il lui faudrait rincer au cassis-champagne avant d'être
adoubée avec une pompe à vélo en guise d'épée.
Seigneur
Dieu !
Chacune
de ses insomnies le conduisait irrémédiablement à la cave dans le
saint des saints où – coiffé de son bonnet de nuit et chaussé
d'une des nombreuses paires de lunettes qu'il abandonnait ça et là
– il refaisait l'inventaire de son chai.
Il
est des régions de France où l'on peut tout à la fois être
chanoine, député, maire d'une grande ville et amateur de bons vins
sans trop défrayer la chronique.
On
disait que sa mairie était le plus grand débit de boissons de la
Ville mais il préférait ça à une autre rumeur plus sombre, cette
histoire d'attouchements qui sourdait et qui éclaterait au grand
jour un siècle plus tard.
Il
en avait rincé des gosiers entre les associations de tous poils, les
clubs sportifs, les hommes politiques et les vedettes sans compter
cette jeunesse bourguignonne dont on voyait « rougir la
trogne », qui roulait sous la table et confondait Saint Vincent
tournante et orgie.
Du
coup sa pile de champagne s'était encore réduite d'un bon mètre.
Etait-ce
un effet divin ou bien la buée sur ses lorgnons, il buta sur une
caisse d'aligoté, écrasant à la fois son gros orteil et un juron
où figurait le Bon Dieu en bonne place.
Un
éclair fulgurant illumina la voûte sombre du caveau au point qu'il
tomba à genoux, serrant « religieusement » une bouteille
de crème de cassis de Dijon à 20°.
La
main divine guidait la sienne fermement et c'est ainsi qu'en pleine
génuflexion sauta le premier bouchon d'aligoté.
Un
quart de cassis, trois quarts d'aligoté... non... trop acide
conclut-il en
faisant
claquer cette langue qu'il avait souple et surtout bien pendue.
D'ailleurs
n'avait-il pas répondu récemment à ce député communiste qui lui
reprochait de croire en Dieu sans jamais l'avoir vu « Mon cul,
tu l'as pas vu et pourtant il existe »
Un
tiers de cassis, trois tiers d'aligoté... non... quatre tiers,
c'était un sacrilège pythagorien, un affront aux lois de
l'arithmétique.
Après
quelques essais infructueux un deuxième bouchon sauta, embuant un
peu plus ses verres de lunettes.
Un
tiers de cassis, deux tiers d'aligoté... Crévindiou !
Félix
tenait l'accord parfait, ni trop acide ni trop sucré, un elixir qui
allait ravir les palais les plus retors.
Il
s'offrit le luxe d'un « Nom de Dieu » qui résonna sous
la voûte ancestrale tandis qu'il se resservait un verre dans les
mêmes proportions, pour être tout à fait certain.
A
quoi bon s'embistrouiller quand on est en pleine Création ?
Le
Tout Puissant avait-il autant joui lorsqu'il avait créé ses deux
premiers bipèdes ?
Il
tenait là le petit Jésus en culotte de velours, n'en déplaise au
très Haut.
Demain
à l'heure de l'intronisation, les amoureux de la petite reine
chercheraient vainement les bulles dans leur traditionnel blanc-cass.
Ils
seraient les premiers à déguster son... comment l'appellerait-il ?
Kir...
pourquoi pas comme lui... un Kir
Méfiez-vous des bouquins et encore plus des libraires !
Un jour (très) lointain, en passant devant la Librairie Leich, tenue par les parents d'un de mes condisciples, rue Rogier à Mons, j'aperçois dans la vitrine un bouquin au titre étrange :
Je l'ai acheté sans l'emballer, c'est sa lecture qui m'a emballé... moralité : pendant des années je me suis accroché à cet individu, j'ai acheté toute son œuvre et tout ce qui à l'époque était, puis plus tard est, paru à son propos. (Aujourd'hui, j'ai tout refilé à OXFAM dans son "bookshop" d'Ixelles avec le reste de ma bibliothèque, j'en ai coltiné des cartons !).
C'est là qu'exaspéré vous vous écriez "Je ne vois pas ce qu'il y a de mystique là-dedans !"
À quoi je répondrai (à l'instar de la marieuse russe qui, dans un sketch salace de ma jeunesse, déballait pour le général Ivanov, en détaillant leurs singulières capacités d'acrobaties sexuelles, le catalogue de ses pouliches, à chaque fois qu'il s'écriait "Je l'épouse !"):
"Minute de patience !"
J'y viens : dans cette série de bouquins, il y en avait un au titre énigmatique :
Sans la foi, je comprends : il suffit de se référer à un passage de Citadelle : "Mais au sommet de la montagne je ne découvris qu'un bloc pesant de granit noir - lequel était Dieu." (ce qui sent sa Mecque à plein nez, Citadelle se passe dans le désert).
Mystique, faut voir... d'abord, dans ce titre, est-ce un adjectif ou un substantif ? Question purement rhétorique, j'en conviens, passons !
Et je me retrouve comme à vingt ans : le bec dans l'eau : c'est quoi "mystique" ?
Ben, à l'époque j'ai cherché et je me suis perdu, pourtant j'ai creusé, creusé, même jusqu'aux liens avec l'extase et jusque chez les Soufis.
Conclusion, il me parait bien difficile d'envisager le mysticisme sans une déité quelconque, fût-elle une sorte d'absolu mal défini.
Mais bon, le titre du bouquin continue à me titiller et je me dis qu'il doit y avoir quelque chose là dessous, parce que je me souviens qu'un jour au conseil fédéral, le président avait déclaré à mon ami Jean (celui-là même dont je raconte souvent qu'il est probablement le vrai père de mon fils, rapport à la réaction de notre trio au rayonnement UV) : "Si tu n'étais pas libre penseur, tu aurais fini dans un monastère !".
Minos voyait grand, il voulut un palais,
Immense, à Knossos, à la hauteur de son pouvoir.
Il convia deux architectes auréolés,
Maîtres d’ouvrage, réputés pour leur savoir.
Icare et Dédale arrivèrent d’Athènes,
Pour lui construire un palais de mille pièces,
Un vrai labyrinthe, qui ravit le mécène,
Dont le plan secret ne devait souffrir d’aucune brèche.
En ce lieu, vivait l’enfant de Persiflée,
Le monstre, le Minotaure, la cruelle bête,
Qui en battant Athènes a vu son pouvoir enfler.
Il imposa aux familles une terrible requête,
En leur demandant que lui soit livré leur enfant,
Quatorze par an, des familles des plus riches.
Le monstre les mangeait en s’en accommodant,
Tout comme l’on peut manger de jeunes pouliches.
A l’exception d’Icare et Dédale,
Qui ont pu organiser leur cabale,
Ce fut un labyrinthe dont nul ne sort.
Des prisonniers imaginez le sort !