samedi 30 mai 2026

Défi #926

  

Un truc du temps de ma naissance,
c'est vous dire si ça date ! 

 

Zazou

 


 

  

S'y sont cassé la voix

   


 

Laura ; Walrus ; Marie Sylvie ; Kate ;

Monsieur X ; François ; Cavalier ; Lecrilibriste ;

Joe Krapov
 

 

Ne confondez pas ! (Walrus)

 

Effectivement, n'allez surtout pas confondre yodel avec son homophone allemand Jodl ! Ça c'est le nom de famille d'Alfred, un général de la Wehrmacht durant la deuxième guerre mondiale (remarquez que je ne dis pas "seconde" puisque nous entrons, lentement mais sûrement, dans la troisième).

Bien sûr, vous auriez des excuses : le quidam est né à Wurtzbourg en Bavière, le berceau du yodel  (que, personnellement, j'ai toujours appelé "chant tyrolien" ou "tyrolienne", ça évite les confusions), et décédé (par pendaison) à Nuremberg (Nürnberg en idiome local), célèbre pour ses Maîtres Chanteurs.

Et ne faut-il pas en être un de maître chanteur pour passer sans sourciller de la voix de tête à celle de poitrine et vice versa à une cadence soutenue ?

Je verrais bien Cecilia Bartoli dans ce genre d'exercice ! D'autant que côté poitrine... 
Mais, je m'égare, je m'égare!

Mais avouez que là aussi : j'aurais des excuses...

 


 

 

 

LA CHAMBRE DE RÉSONANCE (Marie Sylvie)

  

  

    

Yodel  
Avant que mon corps ne m’impose le silence
J’avais une voix.  
Une vraie.  
Une voix qui savait tenir le souffle
Arrondir les notes
Et ouvrir un chemin dans les oreilles des enfants.  
 
Ils venaient se blottir dans ma chanson  
Comme on se glisse dans une lumière chaude.  
Je chantais pour eux
Et dans leurs yeux
Je voyais le monde s’apaiser.  

Aujourd’hui ma voix s’est retirée  
Tel un oiseau fatigué qui replie ses ailes dans un coin de ciel.  

Alors j’écoute.  

J’écoute ceux qui peuvent encore lancer un yodel dans l’air vif
Ce cri qui change de hauteur 
Tel un cœur qui saute une marche.  

J’admire leur souffle
Leur liberté verticale
Cette façon de faire danser la montagne  
Avec un simple battement de gorge.  

Moi je n’ai plus la voix
Mais j’ai gardé l’écoute.  

Et parfois
Lorsqu'un yodel fend l’espace
J’ai l’impression que quelque chose en moi répond encore
Un écho discret
Un souvenir debout
Une petite chambre de résonance que l’invalidité n’a pas réussi à éteindre.


 

Plus tu me tiens (Monsieur X)

  


Tu fais des bonds dans ma poitrine
Qui se déboîte malgré moi,
Tu me montes jusqu'à la tête...
Quelle folie, un tel émoi !

Tu redescends dans ma poitrine,
Et c'est reparti pour un tour, 
Je te retrouve dans ma tête
Sur un roulement de tambour ! 

Je perds le rythme et le rattrape...
Plus tu me tiens, plus ça dérape !

Tu fais des bonds comme un cabri,
Le ciel prend la place des pierres ;
C'est quoi l'envers ? C'est quoi l'endroit ?
Douce fureur sous mes paupières...

Du temps où j'étais à l'abri
D'être pris dans ta cavalcade,
Il reste mon dégoût du froid ;
Ne sois donc pas qu'une toquade !

J'ai chaviré sur ton yodel
Et, depuis, j'aime le bordel.

Je danse, chante et me défripe...
Plus tu me tiens, plus je m'agrippe !


 

Tyrolienne (Lecrilibriste)

  

 

Un fil aérien d’entrechats de cristal

Danse sur les cordes vocales

De la jolie yodleuse

Il s’étire du val jusqu’aux cimes

Il traverse les brumes

Il remplit tout l’espace

Et le vent le porte, léger

 Jusque vers les nuages

La mélodie est si joyeuse

Que l’écho complice répond

Et l’on s’arrête muet pour l’écouter

Car la voix s’élève vers le ciel

Explosion de joie libérée

Qui s’échappe et s’envole

Offerte en cadeau

Au passant qui l’entend

 

 

Entre Suisse et Atlantique (Kate)

  

 

Yodel
suisse
rimerait avec Cabrel
Francis
On sait qu'il connait Sicre
Claude, fabuleux troubadour
De Toulouse alors que Coline Sicre
Elle
de Bordeaux

Loin des alpages
lance haut
son
yodel
au son
récemment mis à la page

 

 

 

Le festival international du bruit noble (Cavalier)

  


Le festival international du bruit noble

Dans ce beau pays alpin austro-bavarois un montagnard entonne une tyrolienne pour signaler sa présence sur un sommet et exprimer sa satisfaction et sa fierté de l’avoir gravi pour jouer avec l’écho.

Hoite hol i olle o
Holééééé …

Quel grand paysage.
Des falaises immenses. Un chalet minuscule.
YODEL est debout sur un rocher,
bras ouverts au ciel.
Quand il chante, les nuages vibrent.

Des notes qui bondissent comme des chèvres nerveuses entre les vallées.
YODEL
– Holééééééééééééé…

Son cri descend la montagne
Le “HOLÉÉÉ” serpente visuellement
jusqu’à une ville au loin.
En bas, on aperçoit fumée, immeubles et néons.

YODEL
– Peut-être… qu’il existe d’autres tribus sonores.

ROCK sort d’un garage enfumé avec une guitare énorme.
Tout autour de lui tremble : poubelles, panneaux, pigeons.
ROCK :
Musique électrique.
Trois accords, beaucoup de décibels
et une confiance déraisonnable dans les vestes en cuir.

ROCK
– Le silence est une panne technique.

YODEL arrive en ville
Il regarde ROCK avec fascination.
ROCK regarde YODEL comme s’il venait d’un autre siècle.

YODEL
– Tu habites dans une avalanche métallique ?
ROCK
– Et toi, dans un magasin de fondue ?

Une station de métro est transformée en scène
RAP est entouré de tags colorés et d’enceintes portatives.
Le rythme semble sortir du sol lui-même.

RAP,
Musique du rythme et des mots.
Quand la rue parle trop vite pour respirer.

RAP
– J’ai des rimes plus rapides que vos connexions neuronales.

Rencontre des trois chanteurs :
Ils se regardent comme trois animaux découvrant une nouvelle espèce.
En arrière-plan : une chèvre attachée à une borne incendie.
Dialogue
ROCK
– C’est quoi exactement, ton pouvoir ?
YODEL
– Je parle aux montagnes.
RAP
– Lui au moins, quelqu’un lui répond.

Démonstration de YODEL
Il pousse un énorme “HOLÉÉÉÉ”.
Les vitres vibrent. Des pigeons dessinent une portée musicale dans le ciel.

Alors, YODEL
– Ma voix traverse les vallées !
ROCK
– Elle traverse surtout mes tympans.

———–

Monologue de la marmotte survivante : Intermède philosophique involontaire 

Je vais te dire, moi, marmotte anonyme, témoin involontaire du vacarme des humains : j’avais creusé un terrier tranquille, juste au bord du futur chaos. Je voulais seulement écouter le vent, compter les nuages, pratiquer l’art discret du repos stratégique.
Mais ce jour‑là, les montagnes ont froncé les sourcils.

Ils sont arrivés par grappes :
le chanteur des hauteurs, celui qui parle aux sommets comme à des cousins lointains ;
le guitariste qui croit que chaque rocher attend son solo ;
le poète urbain qui découpe l’air en syllabes rapides.
Trois espèces sonores, trois tempêtes ambulantes.
Et moi, petite masse de fourrure, je me suis dit :
“Ça va mal finir.”

Le premier a lancé son cri, un long “Holéééééééééééé…” qui a fait vibrer mes moustaches.
Le second a répondu avec un éclair de guitare, un grondement qui a fait tomber mes pensées comme des pommes trop mûres.
Le troisième a posé son rythme, sec, précis, comme s’il voulait tatouer la montagne.

Je les ai regardés se mesurer, se jauger, se gonfler d’orgueil.
Les humains ont toujours cette manie de croire que le monde les écoute.
Moi, je sais que la montagne écoute seulement ce qui la fait rire.

Et puis il y a eu la chèvre.
La chèvre, oui.
Calme comme une pierre chaude.
Elle mâchait un câble électrique avec la sérénité d’un moine tibétain.
J’ai voulu prévenir quelqu’un, mais qui écoute une marmotte quand les amplis hurlent ?

Le destin est entré en scène sans bruit, comme toujours.
Un petit grésillement, une odeur de plastique chaud, un frisson dans l’air.
Et soudain, les écrans ont explosé en fleurs roses et vertes.
Le silence est tombé, lourd, presque sacré.
Puis une voix minuscule a dit :
“Pouêt.”

Je n’avais jamais entendu un “pouêt” aussi sûr de lui.
C’était le SYNTHÉTISEUR, une machine roulante, vintage, coiffée de néons.
Il avançait comme un prophète électronique, persuadé d’être attendu.
Les humains l’ont regardé comme on regarde un nuage qui clignote.

Et là, tout a basculé.
Les rockeurs se sont mis à danser du disco malgré eux.
Les rappeurs ont ondulé comme des algues urbaines.
Moi-même, j’ai senti ma patte taper le sol, malgré ma dignité.
La chèvre, elle, n’a rien fait.
Elle a juste existé.
Et le public l’a adorée.

Je les ai vus, les trois artistes, rejetés sur le côté comme des figurants.
Le yodelleur levait les bras vers la chèvre comme vers une divinité.
Le rockeur cherchait une explication rationnelle.
Le rappeur murmurait :
“Elle a une présence scénique.”

Et la chèvre, placide, mâchait encore un morceau de câble.
Les humains ont brandi une banderole lumineuse :
DJ BIQUET LIVE.

J’ai compris alors que la musique n’est pas une affaire de technique, ni de style, ni de puissance.
La musique, c’est ce qui reste quand tout s’effondre.
C’est ce que les humains applaudissent quand ils ne savent plus pourquoi.
C’est ce qui survit au vacarme.

Moi, marmotte, je suis rentrée dans mon terrier.
J’ai laissé les humains célébrer leur nouvelle idole.
J’ai pensé que le monde est un grand instrument mal accordé,
et que parfois, il suffit d’une chèvre pour en jouer juste.

Je me suis roulée en boule, j’ai fermé les yeux,
et j’ai écouté le dernier écho du festival :
un “Pouêêêt” lointain,
comme un clin d’œil du destin.

—————–

PLANCHE 1

PLANCHE 2

PLANCHE 3
FIN

 

Le yodel et le patrimoine immatériel (Laura)

  

Le yodel a été inscrit en 2025 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel[1].

Comme tout le monde, je pense, j'ai déjà entendu cette technique vocale mais jamais en vrai. J'avoue que ce n'est pas sur ma première liste de choses à entendre. mais j'espère que cette culture perdurera en Suisse où je suis déjà allée ou en Autriche où j'espère aller un jour. La tyrolienne me rappelle la talentueuse Isabelle Mergault[2] qui appartient à ma liste de personnes que j'aime et qui me manque. Si cette femme n'appartient pas au patrimoine, elle appartient à la culture, la mienne en tout cas.

Sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de 2025[3], ce sont surtout les lieux, j'avoue que j'aimerais voir, plutôt que les pratiques à sauvegarder; je n'en connais aucune.

Par contre, j'ai vu au moins une pratique inscrite au patrimoine immatérielle de l''UNESCO: les derviches tourneurs, un souvenir inoubliable d'un séjour où j'ai visité aussi les lieux historiques d'Istanbul[4].

Dans ces listes des patrimoines matériels ou pas, il y a sans doute d'autres lieux que j'ai vus ou des pratiques j'ai entendus (et/ou vus) et cela suffit à me dire que j'ai eu une belle vie et que j'en ai profité (comme certains me le reprochent).

Avec moins de temps et surtout de moyens, même seule, je continue à voir et même travailler près d'un lieu classé à l'Unesco[5]. Saint-Étienne, où seule ville française Créative Design UNESCO.

 

J'espère encore voir (ou vivre des instants) patrimoniaux (de l'UNESCO ou pas) mais point n'est besoin de quitter le lieu où l'on habite et/ou travaille pour voir des choses extraordinaires. Il suffit de regarder.

 

 

Le YODEL (François)

  

Le YODEL

 

Prenez des onomatopées,

Vous pouvez vous accompagner de musiciens,

Et avec votre voix préalablement chauffée,

En bon virtuose vous allez chanter bien.

 

Procurez-vous une mélodie,

Où l'on passe de voix de poitrine en voix de tête.

Et ils seront estourbis.

Vous donnerez une belle fête.

 

Le yodel peut-être ce chant

Qui peut être un refrain dans une chanson.

Interprété s’il est lent,

Yodel, il peut être dit sur ce nom.

 

Mais si le tempo est rapide c’est une tyrolienne,

Chantée dans les pays germaniques.

 

Sans préparation cela pourrait être dramatique,

Vous mettriez vos cordes vocales en peine.

 

 


 

Encore un bistrot-mémoire ? (Joe Krapov)

 


Mais bien sûr que si, que c’était mieux avant !

Autrefois, au moins, la connerie était réjouissante ! C’est ce qui ressort de l’« examen mémoriel » auquel je viens de me livrer à partir du mot « yodel ».

La dernière référence « culturelle » émergée à l’instant le prouve : c’est le « Yodoloï E.T. » des Charlots ! Je crois bien que je possède encore ce disque vinyle à la gloire du plus tyrolien de nos extra-terrestres !



Ce qui est venu en premier, à vrai dire, en lisant «yodel » c’est le nom de Mary Schneider et le souvenir de Philippe « La Prochaine fois je vous le chanterai » Meyer qui vouait à cette chanteuse australienne une admiration sans autre borne que la hauteur des Alpes ou celle du contre-ut de la dame. Là encore j’ai dans ma discothèque des MP3 collectés en « pire tout pire » grâce aux connexions installées at home par notre hacker préféré : dans la famille Krapov, je demande le fils-geek !

https://www.youtube.com/watch?v=iwsUSUfol4k

https://www.youtube.com/watch?v=y1XtnlCEXgI

Une preuve supplémentaire que c’était mieux avant : on n’avait pas besoin de causer l’engliche pour (ne pas) se faire comprendre des personnes auxquelles qu’on cause !

Avançons car les références sont comme les p’hiboux : elles pullulent ! Si vous croyez qu’en partant du mot « yodel » vous allez échapper aux problèmes de traduction, vous vous mettez le didgeridoo ou son équivalent en forme de trompe suisse (le cor des Alpes ! ) dans l’oeil jusqu’aux croquenots de style Vieux campeur. En effet la deuxième référence qui m’est venue à l’esprit n’est autre que cet album d’Arlo Guthrie, « Last of the Brooklyn cow-boys ». Le Dernier des cow-boys de Brooklyn plutôt que le Le Dernier cow-boy de Brooklyn. Qu’en pensez-vous ?

Je me souviens d’avoir entendu le premier morceau de cet album à sa sortie, en 1973, sur Europe n° 1. A l’époque cette radio périphérique était encore audible. Ce premier morceau est un traditionnel irlandais joué au violon par Kevin Burke. Le yodel transatlantique apparaît sur ce disque dans un morceau intitulé « Lovesick blues ». On peut l’entendre aussi, dans une version plus sage de Rosemary Standley, sur la B.O. du film « Camping du lac », une histoire quasi documentaire tournée au lac de Guerlédan (Bretagne intérieure).

Un exemple plus récent de yodel nous a été offert par les frères Coen sur la B.O. de leur film « O’ brother » avec « In the jailhouse now ».

https://www.youtube.com/watch?v=mZI54Y8qf70

Pour terminer, j’en suis le premier désolé, je ne chanterai pas de yodel pour vous. Je ne rentrerai que tard à la maison ce vendredi. Peut-être trouverai-je un enregistrement de « Au joyeux Tyrol », un air tiré de "L’Auberge du Cheval blanc » que j’ai tenu à mettre dans ma guitare.




Yodeli hi hi,

Yodeli hi ho,

Yodeli ho !




samedi 23 mai 2026

Défi #925

  

On va essayer de vous faire chanter !

 

Yodel 

 


  

 

Ont nagé dans les copeaux

 

 


Cavalier ; Lilousoleil ; Laura ; Vegas sur sarthe ;

Kate ; Marie Sylvie ; Walrus ; Joe Krapov ;

Lecrilibriste ; François ;

 

  

L’empreinte de la patience (Lecrilibriste)

  

 

Il entaille, il creuse, il fignole
Avec une patience infinie
sa planche de cerisier polie
Petit à petit, il creuse le chemin
Avec autant de force que de retenue
Et d’un geste précis
Il forme les creux et les reliefs
Il creuse la lumière et les ombres
Il caresse les pleins
Affine les déliés
Il lui faut se concentrer
Pour inverser le sujet
Car aucun faux pas n’est permis
Ici, l’erreur est fatale
Il voudrait arriver à la perfection
De ce rouleau bouddhiste
Le Dharani-sutra de la lumière pure
La première xylographie
Découverte au temple
Pulguk-Sa de Kyongju
Ce mot lui plait, il se le répète
Il guide son geste à chaque instant
Obtenir la lumière pure…
C’est son mantra
Il sait qu’il lui faudra une vie 
Mais chaque jour il s’applique un peu plus
Chaque jour il comprend quelque chose
C’est comme une méditation
Et comme une bénédiction
Quand son travail le ravit 

Il a la fibre des constructeurs de cathédrales

 

Défi #926

   Un truc du temps de ma naissance, c'est vous dire si ça date !    Zazou