samedi 5 septembre 2026

Défi #940

  

Septembre, c'est le retour des mots.

... Et à propos de retour :

 

  

Écho

  


  

 

 

Ont embarqué pour un voyage immobile

 


 


Laura ; François ; Walrus ; Nana Fafo ;

Kate ; Marie Sylvie ; Monsieur X ; Joe Krapov ;

 

 

 

LA MAISON DU CORNET (François)

 


 
Je me souviens d'un mois d'été,
Quand Bruxelles, bruxellait,
Il y avait un parterre de fleurs,
Une armoirie de toutes les couleurs,
Que j'avais photographié.
 
C’était sur la grande place de Bruxelles,
Je dois vite vous confier,
Que la place était si belle,
Que j'ai regardé aussi ailleurs,
Les façades architecturales,
Présentant leurs splendeurs,
Devant mes yeux, on fait escale.
 
La photo, ne serait-ce pas du Cornet,
Nommé aussi maison des bateliers,
À l'époque, je l'avais remarqué,
Parce qu'elle ressemblait à la poupe d'un bateau.
 
Notre guide nous avait tout expliqué
Les bribes de son discours me reviennent,
Un roi d’Espagne, sur cette terre avait régné, 
Et sur celle des Pays-Bas mitoyenne.
 
Après toute une rhétorique sur ce bâtiment,
Nous sommes allés rue des Bouchers.
Un plat de moules, on a mangé,
Avec une bière on s’est régalé, évidement !


Désolé, une fois ! (Monsieur X)

 


Je n'y ai jamais été, 
Je ne pourrai rien t'en dire, 
Je ne suis jamais monté
Là-haut, non, vraiment, sans rire ! 

Ce n'est pas que c'est trop haut, 
Non plus que j'ai le vertige... 
J'étais parti bien plus haut
Pour les quarante ans d'Edwige. 

Mais là, précisément, non, 
Pas même en rêve, il faut croire... 
Je m'en souviendrais, sinon, 
Grâce à ma super mémoire. 

Ce n'est pas que c'est trop haut, 
À ce point hors de portée... 
J'étais parti bien plus haut
Pour enterrer Thimothée. 

Bien sûr, j'ai vu des photos, 
Comme la tienne, à la pelle ;
Je peux, comme les mythos, 
Te dire "Je me rappelle..." 

Ce n'est pas que c'est trop haut, 
Pas du tout ! Non mais... sans blague, 
J'étais parti bien plus haut, 
Jusqu'à Brême et Copenhague ! 

Je te chanterai un jour, 
Comme Angèle, que je l'aime, 
Qui sait... Tout arrive un jour ! 
J'en ferai même un poème. 

Ce n'est pas que c'est trop haut, 
C'est un saut de puce, à peine, 
En Eurostar... Pas si haut, 
Vu de mon quartier sur Seine. 

Je n'y ai jamais été, 
Je ne saurai rien t'en dire, 
Je ne suis jamais monté 
À Bruxelles, non, sans rire ! 

Alors parler du Cornet... 
Sans avoir vu la Grand-Place ? 
Moi, lorsque j'entends "cornet", 
Je vois de la bonne glace, 
Ou des frites... Désolé, 
     Un' fois !
          Quoi ?
               Mais... quel tollé ?


SOUS LES LIONS DE LA MÉMOIRE (Marie Sylvie)

 



Il y a des façades qui ne se contentent pas d’être des murs.  
Certaines portent en elles une respiration ancienne
Un souffle que le temps n’a pas réussi à effacer.  
Lorsque je lève les yeux vers ce monument
Avec ses lions dorés dressés comme des gardiens immobiles
Je sens aussitôt remonter ce que l’école voulait m’apprendre lorsque j’étais enfant : 
Vivre ensemble
Respecter
Comprendre que la vie collective est un fragile équilibre.

Dès les petites classes on nous parlait de civisme comme d’une évidence.  
On nous apprenait à partager la cour
À écouter
À tendre la main.  
Plus tard dans les cours d’histoire on nous montrait la désolation des guerres
Ces gouffres humains qu’il ne faudrait jamais revoir.  
Je me souviens encore de ces cartes colorées
De ces dates alignées
De ces récits qui faisaient trembler les voix des instituteurs.  
Tout semblait si clair : Plus jamais.

Alors
Devant ce monument somptueux
Sculpté avec une précision presque douloureuse
Je ressens tout ce que l’humanité a voulu graver dans la pierre pour ne pas oublier.  
Les dorures brillent comme des éclats de mémoire.  
Les visages sculptés semblent veiller sur nos erreurs.  
Les colonnes droites et fières portent le poids de ce que les hommes ont vécu
Perdu
Reconstruit.

Et pourtant… malgré ces témoins silencieux
Malgré ces façades qui murmurent 《 souviens‑toi 》 
Je continue de vivre dans la crainte d’une guerre mondiale.  
Comme si les leçons apprises sur les bancs d’école s’étaient dissipées dans le tumulte du monde adulte.  
Comme si la citoyenneté 
Elle
N’avançait plus au même rythme que la mémoire.

J’admire ces monuments qui racontent l’Histoire.  
Je les admire pour leur beauté
Pour leur force
Pour leur fidélité à ce qu’ils protègent.  
Mais je déplore que l’avancée citoyenne oublie.  
Qu’elle s’effrite.  
Qu’elle se perde dans les bruits de l’époque.  
Parfois j’ai l’impression que les pierres se souviennent mieux que les hommes.

Alors je reste là
Un instant
Sous les lions dorés.  
Je laisse la façade me parler
Me rappeler
Me ramener à ce que je sais depuis toujours :  
La paix n’est jamais acquise
La mémoire n’est jamais garantie
Et le civisme n’est jamais un acquis
Mais un choix
Chaque jour renouvelé.

Et peut‑être que c’est cela
Finalement
Que ce monument tente de me dire : 
Tant que quelqu’un lève les yeux vers lui
Tant que quelqu’un écoute ce qu’il raconte
La mémoire continue de vivre.

Retourner? (Laura)

  

Retourner à Bruxelles
Où nous avions emmenés
Mon petit frère
Notamment visité l'Atomium 

Retourner à Bruxelles
Pour y admirer son architecture
Comme ce détail, lever les yeux
Comme je disais la semaine dernière 

Voir les maisons à pignon,
Les hôtels, les palais
Les maisons célèbres
Les cités et leurs jardins 

L'architecture moderne et contemporaine
Les parcs, le mont, la forêt, le parlement
Les édifices religieux, le quartier européen
La Bourse et le quartier des affaires 

La fac, les gares, le port, le canal
Les bibliothèques, les musées
Les œuvres d'art, les librairies
Les traces de belges célèbres 

Retourner à Bruxelles
Avec mes yeux d'aujourd'hui
A Bruxelles, curieuse de tout
Comme Rennes cette semaine 

Chercher, trouver, visiter
Comprendre, apprendre
Pour retourner à Rennes
En octobre, retourner 

Mais aussi voir
Pour la première fois
Milan, Vienne
Roche la Molière.

 

Échange de cartes postales (Joe Krapov)

 

 











Qui s'en est mis plein le cornet ? (Nana Fafo)

 




A la ferme de Nana fafo,

les histoires entre le poulailler et la porcherie,

ça date du temps où Bruno et Ronchonchon étaient enfants.

Déjà à l'école maternelle, leur chouette maîtresse Kate ne cessait de les séparer

pour des prises de bec et de groin au sujet des petites poulettes. 

Aujourd'hui ça a pris des proportions de taille. 

Bruno a fait appel à Louptard, 

issu de la grande lignée de la Maison de la Louve

reconnue pour sa capacité à défendre le clan.

Ronchonchon s'est payé les services de Roussin, 

issu de la Maison du Renard

connue pour sa filouterie à rendre chèvre en toute discrétion.


La bataille se joue chaque semaine avec pour terrain neutre, 

au centre, l'estaminet de Walrus, 

où tout un chacun peut s'en mettre plein le cornet, 

normal pour la Maison du Cornet !


Et dire que ces 3 maisons existent vraiment...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_du_Cornet_(Grand-Place)


PS : Décidément l'adoration des vieilles pierres et statues de Walrus 

a donné l'envie à Ronchonchon de statuer sur la question : 

vivement la rentrée des mots !


Et vogue la galère ! (Walrus)

  
Si cette structure occupant sur la grand-place de Bruxelles les deux derniers étages de l'ancienne maison de la gilde des bateliers est la représentation du château arrière d'une galère, le rafiot devait au moins être une galère royale !


Et on devine que ce n'étaient pas les architectes navals royaux qui ramaient sur l'engin ! C'étaient peut-être les mêmes qui avaient imaginé et fait construire le Vasa de funeste mémoire.

Et tant qu'à parler de galères, nos politic(h)iens jamais à court d'imagination ne vont-il pas finir un jour par prôner le rétablissement (pour des raisons purement climatologiques hein, pas parce qu'il y a tellement de chômeurs, qu'allez-vous imaginer?!) de ce mode de navigation ?
 

 


En mode conclusion (Kate)

 

Conclusion
de cet été pas si bon
mais qui nous mène à ce beau fronton
et nous dit : "Affrontons !"
À reculons
que voit-on ?
Des pierres à foison :
celle d'un mur avec un vigneron
ou un penseur un peu bougon,
celles qu'on
décèle
à La Rochelle
mais ici ne sont pas légion,
plus avant dans la saison
encore une pierre -disons
tombale-
voire tribale...
Mais à travers ce trou,
qu'y voit-on ?
Église, maisons
et un cadrage de fou ;
C'est comme cette chaise
en forme de main
pour qu'un obèse
y pose son popotin ?

Conclusion :

Un été transformé en feuilleton
qui prend fin,
enfin !

 

 

 

 

samedi 29 août 2026

Défi #939

   

 


 




Ont peut-être dialogué avec le personnage

 

 


 
 

À TRAVERS LA FENÊTRE DU TEMPS (Marie Sylvie)

  



Cette petite figurine blanche
Assise sur le rebord de la fenêtre grillagée
Me rappelle aussitôt un autre lieu
Bien plus enfoui
Bien plus intime : 
Le sous‑sol de ma maison de Teloché rue de l’Arche. 
Là aussi il y avait une ouverture protégée par des barreaux
Une frontière mince entre l’intérieur et le dehors
Entre ce que l’on garde et ce que l’on offre.

Dans cette cave je déposais les présents que les gens m’apportaient en passant : 
Des paniers de pommes encore tièdes de soleil
Des tomates lourdes de jus
Des haricots verts alignés comme des promesses
Et parfois une bouteille de vin ou de champagne
Offerte avec une gratitude silencieuse.

C’était un lieu de passage 
Mais aussi un lieu de soin. 
On venait me voir pour une douleur
Une peur
Un examen qui approchait. 
On venait chercher un apaisement
Et moi je recevais leurs offrandes comme on recueille des fragments de vie.

Chaque année en Septembre
Lorsque revenait la Journée du Patrimoine
J’ouvrais cette cave comme on ouvre un cœur. 
Je les invitais à un pot de l’amitié pour les rencontrer autrement : 
Non plus en souffrance
Non plus en urgence
Mais simplement en humains rassemblés autour d’un verre
D’un sourire
D’un moment suspendu. 
C’était ma manière de leur dire que la guérison ne se limite pas aux gestes
Mais qu’elle se tisse aussi dans la chaleur d’une présence.

Et devant cette fenêtre 
La petite figurine semble se souvenir de tout cela. 
Comme si elle avait elle aussi gardé quelque chose pour plus tard. 
Comme si elle attendait que quelqu’un vienne enfin ouvrir la porte.


 Certains lieux continuent de vivre en nous
 Même lorsqu'ils ont disparu du paysage.


 

En mode description (Kate)

   

"Mettez votre photo sur l'appli de recherche"
Je ne suis pas contre
mais je dois peser le pour et le contre
pour savoir comment je me montre :

Petit
assis
homme
bonhomme
pas tout blanc
mais franc
vigneron
mon nom : Gaston
Réponse à toutes assurée
photo exigée
Allez, je fonce
j'attends les réponses !
En voici
trois jolies :

Chère Élisabeth,
Votre beauté est parfaite
ne manque que votre tête
c'est un peu bête !

Chère Dorothée,
Vous n'êtes que beauté
invitation à la volupté
mais vous avez l'air fatigué !

Chère Marion,
Assurément canon
mais je dois vous dire non
car je reconnais votre maison
c'est celle de mon patron !
P.S. : ne faites pas l'ingénue,
vous m'aviez reconnu ?...

 

 

En y regardant de plus près... (Walrus)

 

... et de haut en bas,

 


ça démarre bien, avec des contours assez nets pour la tête, mais, ça se détériore rapidement ! 

S'il n'y avait les cheveux, on pourrait croire que c'est mon portrait : tout dans la tête, rien dans les mains !

Ni dans le reste d'ailleurs...

Un ectoplasme, en quelque sorte.

 

  

Vieille ville (Monsieur X)

 

  



Le ciel est par-dessus le mur, 
Presque invisible. 
Un jour, j'ai su faire le mur ;
Et c'est risible, 
Mais... je n'ai jamais retrouvé 
Ce talent cent fois éprouvé. 

Le clocher qui me fait de l'ombre
Est un crâneur ;
Chaque nuit vient boire son ombre,
Pour mon bonheur. 
Mais c'est un bonheur de façade, 
À peine un semblant de passade. 

On me croit riche, or, je n'ai rien 
Qu'un fond de rêve 
À vendanger - C'est moins que rien ;
Le jour se lève,
Mais il a le goût des pavés, 
Et des tunnels mal excavés. 

Depuis ma fenêtre avec vue
Sur les tourments
Qu'invente sans fin la Grand-Rue, 
Pour ses romans, 
Enclavé dans le temps qui file, 
Je ressemble à la vieille ville.

Le ciel est par-dessus le mur. 
Et les touristes
Me flashent en rasant mon mur
Aux briques tristes. 
Puis ils m'oublieront quelque part, 
Sur un disque dur au placard.


 

Lever les yeux... et partager? (Laura)

  

 

Lever les yeux
Vers les détails
Des façades:
Un petit personnage,
Moderne, énigmatique. 

Un dieu ou une vierge
Médiévale ou Renaissance
Romane ou gothique
Une niche pour qui veut
Y nicher son regard. 

Prendre une photo
Et l'envoyer
Partager avec celui
Ou celle qui est cher
À votre cœur
Et qui n'y répond
Que par le silence 

Alors lever les yeux
Vers le ciel
Lui demander
La force de continuer seul de 

Lever les yeux
Vers les détails
Des façades:
Un petit personnage,
Moderne, énigmatique. 

Et l'écrire
Le cracher
Une revanche
Une revanche
Pour ceux qui ne veulent pas 

Aimer et voir

 

 

 

 

Dans les vignes du Seigneur (Joe Krapov)

 





1

Jour après jour,
Seul sur la colline
Le gars qu’a perdu l’esprit
Reste parfait'ment tranquille

Personne ne veut le connaître
Tout le monde pense qu’il est fou
Il ne donne jamais de réponse

Mais le fou sur la colline,
Voit le soleil se coucher
Et perdu dans ses rêves
Voit le monde qui tourneboule

***


Quand ils vont en vacances au bord de la mer les sado-masochistes adorent se faire fouetter par les vagues.

***

Faut pas te préoccuper de ta vésicule d’hier !
Prends plutôt soin de celle d’aujourd’hui !
Vésicule d’aujourd’hui, moins d’ennuis !



2

Bien sur sa route
La tête dans les nuages
L'homme aux mille voix
Envoie ses vérités surprenantes

Mais personne jamais ne l’écoute,
Ni n’entend ce qu’il prononce
Personne ne semble remarquer

Que le fou sur la colline,
Voit le soleil se coucher
Et perdu dans ses rêves
Voit le monde qui tourneboule

***


Utilisez l’insecticide Campéador ! Élimine la guêpe, la fourmi et le coléotpère de Chimène !



***

L’impressionnihilisme est un mouvement pictural de la fin du XIXe siècle dont la doctrine pourrait se résumer de la façon suivante :

« Ça ne sert à rien de se casser le cul pour représenter le monde de la manière la plus ressemblante possible.

Ça ne sert à rien de se casser le cul pour représenter le monde.

Ça ne sert à rien de se casser le cul.

Ça ne sert à rien. »


3

La la la la
La la la la la
La la la la la la la
La la la la la la la


Le coccyx est une chose bien trop sérieuse pour qu’on la confie à des grues

***

Un été sans moules-frites, c’est comme un baiser sans moustache !

- T’as déjà essayé ?

- Non et c’est pour ça que je me paie une moules-frites tous les étés plutôt que de fantasmer sur Freddy Mercury ou de m’imaginer en Eva Braun ou en Madame Staline !

***

Personne n’apprécie sa présence
On attend qu’il entre en crise
Mais lui se contente de sourire

Et le fou de la colline
Voit le soleil se coucher
Et perdu dans ses rêves
Voit le monde qui tourneboule


N.B. Les parties en italiques sont une traduction-trahison-adaptation par mes soins (?) de" The Fool on the hill" des Beatles.

Défi #940

   Septembre, c'est le retour des mots. ... Et à propos de retour :      Écho