samedi 2 mai 2026

Défi #922

  

Quoi ?
Vous auriez préféré "Cacochyme" comme moi ?

 

Valétudinaire

 


 
 

Ont creusé profond

 

 


 

Walrus ; Marie Sylvie ; Kate ; Lecrilibriste ;

Joe Krapov ; François ;

 

 

Comme sur du velours (Kate)

   

- Mon chou, tout me ramène à Bruxelles...
- Surtout moi ?
- Oui et la soirée "Underground" !
Mais après avoir vu le programme et pas trop emballés par celui-ci, on a préféré aller boire un verre dans un endroit aux lumières tamisées, enfoncés dans des fauteuils en velours, Lou Reed en fond sonore, on a parlé art moderne, "underground" et puis cuisine en rentrant.
- Owi Owi, tu la connais ?
- Ah oui ! Fouette-moi !
- Elle habite à Bruxelles, je crois.
- Oui. J'ai son livre.
- "Chaud froid" ?

- Non, "À foutre au four"...
- Ah ! Ah !
- Tiens, regarde. Quelle recette tu veux ?
- Ben, j'hésite... Rien à la banane ?
- Non...
- Ah ! Mais il y a une playlist !
- Oui, pour chaque recette.

- J'hésite entre "Poulet Balzaza" et "Poulet Sirocco"...
- Alors, je note pour demain, j'achèterai du poulet, du miel d'acacia, etc. Il est tard, mon frigo est vide, je suis crevée...
- Et dans ton placard ?

- Rien ! Même pas une boîte de soupe ! J'ai quelques bananes que je peux faire flamber au rhum.
- Magnifique  !

 

Under ground music (François)

  


  

Ils ne veulent pas de cette culture

De masse, préférant un autre mode de diffusion,

La ligne officielle ils la caricaturent,

Parfois jusqu’à la marginalisation.

 

L'artiste s'exprime en toute liberté,

Cassant les codes à la mode,

À sa manière il cherche à interpréter.

Aux normes, il s'inféode.

 

Il s'exprime dans des lieux alternatifs,

Désaffectés, caves ou autre endroit secret,

Ils ne sont pas faits pour les cabarets.

Agissant avec des communicants très actifs.

 

Du jazz naitra le mouvements Punk et Techno

L’underground music a su évoluer,

C’est une culture alternative

Parfois agressive et subversive.

 

De multiformes groupes ont pu s’exprimer,

Avec leur propre tempo.

 

 

 

Le Défi du samedi est-il underground ? (Joe Krapov)

 


Nous voici rendus de nouveau dans cette fin de l’alphabet où le choix des mots devient si limité que l’animateur de ce défi dictionnarien du samedi est contraint de puiser dans les vocables d’une autre langue pour faire plancher l’araignée que nous avons dans le plafond.

Je me souviens avec presque regret d’une prolixe défiante qui poussait ici jadis à cause de cela des cris d’orfraie. J’allais écrire des cris d’or frais d’après la ruée mais la ruée vers Laure est copyright Pétrarque.

Ce n’est pas à cause de ce franglais envahissant que je vais botter en touche aujourd’hui. C’est à cause de l’étiquette, de la manie de coller des étiquettes et des définitions sur toute manifestation de l’esprit humain.

Êtes-vous, sommes nous underground ?

S’affranchit-on ici des règles esthétiques traditionnelles et des valeurs établies ?

La réponse est « Non ». C’est la liberté qui règne. Et au diable les règles quand il s’agit, comme le chante Anne Sylvestre d’« écrire pour ne pas mourir ».

Par contre les valeurs établies, de Proust à Michel Houellebecq, on a le droit aussi, dixit Daniel Pennac, de ne pas lire quand on suspecte qu’on va s’emm’nuyer !

Reste-t-on en marge des circuits de production et de diffusion habituels ?

Oui, et c’est tant mieux. On n’a pas de comptes à rendre aux milliardaires activistes proches de l’extrême-droite qui investissent dans les médias.

Sinon "Underground" est un film d’Emir Kusturica dont la musique signée Goran Bregovic est très chouette mais je ne sais pas si j’arriverais à le revoir – j’ai le dévédé -.

Sinon, oui, "underground" dans le sens de « métro », j’aurais pu vous chanter « Le Trou de mon quai » mais je l’ai déjà fait en mai 2021 :


Le Poinçonneur des Lilas ? La Jeune fille du métro ? Le Meeting du Métropolitain ?

Allez, parce que c’est vous et que l’underground se permet tout y compris les drogues interdites et les hors sujet, je vous gratifie du «Tango stupéfiant» de Marie Dubas enregistré samedi dernier en public dans mon salon de thé culturel préféré.




Underground BBC (Lecrilibriste)

  

  

 

Loin du tumulte, narguant les des bruits de bottes

Bat le cœur sourd de l’Underground qui parle l’authentique

Petits refrains malicieux que radio-Londres émet

L’onde rebelle diffuse aux quatre coins de la France

Dans l’obscurité fertile des caves à charbon

Les mots bouillonnent dans l’ombre

Et la France prend le relais

L’oreille collée la radio le Grand-Père écoute

Il fait taire les enfants, l’instant est trop précieux

Pour que leurs facéties altèrent les paroles

Et les petits refrains s’allument comme braises

Crépitent en mille étincelles d’attente

Où chacun attend la phrase qui fera « tilt »

Qui relancera le désir de combattre

« le cerisier sera en fleur au muguet »

« le sapin reste toujours vert »

« la cigale chantera au matin »

Petites phrases naïvement codées

Qui font sourire par leur ingéniosité

Qui réveillent les âmes, les extraient du chaos

Leur insufflent l’envie de résister

De ne pas baisser les bras, jamais !

Jusqu’à la diffusion ultime

« les carottes sont cuites »

Qui Enfin, annoncera la VICTOIRE

 

 

LÀ OÙ L'AIR MANQUE (Marie Sylvie)

  


  


Je savais que les adultes descendaient toujours là‑bas
Dans cette partie interdite de la ferme.
Un endroit sombre
En contrebas
Presque sous terre. 
Un lieu où je n’avais pas le droit d’aller
Et qui me faisait peur rien qu’à l’imaginer. 
C’était mon premier underground
Un territoire où les voix devenaient plus dures
Où les gestes se faisaient secrets.

Ce jour‑là j’ai voulu m’éloigner d’eux. 
Me cacher. 
Trouver un endroit où leurs jeux d’adultes ne pourraient pas m’atteindre.
J’ai vu le vieux congélateur où l’on gardait les graines pour les volailles
Les lapins
Les chevaux
Et tout ce qui grattait dans les murs. 
Un coffre blanc
Posé dans l’ombre 
Telle une trappe vers un monde enfoui.

Je me suis glissée dedans. 
Je croyais que ce serait un refuge. 
Un abri sûr 
Où personne ne penserait à me chercher. 
Un souterrain improvisé
Choisi pour disparaître un moment.

Mais la porte s’est refermée
Et tout est devenu noir. 
Un noir compact
Sans fissure
Sans échappée. 
L’air s’est épaissi d’un coup
Chargé de poussière de graines
D’odeurs lourdes qui me brûlaient la gorge. 
J’entendais les adultes juste derrière
Si proches que je pouvais deviner leurs pas
Mais incapables d’imaginer que j’étais là
Enfermée
À retenir mon souffle.

Dans ce coffre j’ai compris ce que veut dire disparaître. 
Être vivante
Mais sans issue. 
Être là
Mais sans espace. 
Un underground sans rails ni tunnels :
Juste un froid immobile
Un noir compact
Et la peur qui s’installe pour longtemps.

Depuis mon corps n’a jamais rouvert la porte. 
Le noir me serre. 
Les pièces étroites me coupent l’air. 
Je porte encore en moi ce souterrain d’enfance
Ce lieu clos où j’ai appris trop tôt que l’on peut être enfermée 
Sans que personne ne s’en rende compte.

 

 

Oui, ça me rappelle quelque-chose ! (Walrus)

   

 


 

Ça me rappelle mes premières leçons d'anglais deuxième langue où (il n'y avait pas de labos de langues, le matériel d'enregistrement étant très rare et coûteux à l'époque) j'ai passé mon premier trimestre sans écrire un mot d'anglais : il fallait transcrire le discours du prof en langage phonétique, ça c'est de la méthode !

J'y ai appris (entre autres) qu'underground signifiait sous-sol mais aussi que c'était le nom du métro londonien.

Bien des années plus tard, à l'époque où j'ai pu admirer les crêtes iroquoises multicolores autant que fluo des punks de Great Yarmouth (j'y suis passé en me rendant de mon camp de base d'Aldeburgh chez des amis écossais dans leur caravane de Sea Palling), j'ai assisté consterné à la naissance puis l'extension de la musique et même la culture Underground.

Elle a fait un tabac à l'époque cette musique et plein de tubes !

Logique finalement quand on sait que les Londoniens appellent familièrement leur Undergound de métro "The tube"...

 

samedi 25 avril 2026

Défi #921

  

Ça vous rappelle quelque-chose ?

 

Underground

 




 
 

Ont connu la trouille de leur vie (... ou pas)

 

  

 


   

Walrus ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;

Monsieur X ; Lecrilibriste ; Yvanne ; François ;

Joe Krapov

 

  

 

La Trouille du siècle (Joe Krapov)

 



L’homme avait des visons. Enfin, des visions. Quelquefois il considérait sa femme et voyait en elle un chameau. Cela n’était en rien insultant, dégradant ou même misogyne. D’ailleurs nous n’avons aucune raison d’en vouloir au camélidé. C’est un animal tranquille, utile, un tantinet exotique, certes, mais synonyme de régions chaudes, de tourisme et de vacances. Il est différent de nous en ce qu’il blatère alors que nous sommes, nous, du genre à déblatérer. 

Si celle à qui il s’était uni devant monsieur le maire et les familles réunies était à ses yeux un chameau, c’est en raison du fait qu’elle le véhiculait bien souvent.

Et donc, une semaine dans l’année, afin de l’en remercier, il lui offrait un désert, avec voyage en train, hôtel, restaurants. Il commandait le tout lui-même grâce à cet outil magique, Internet, où le client fait tout le boulot, fait chauffer sa e-carte bleue et où à l’autre bout on se contente d’encaisser la braise et de veiller à ce que le distributeur de café fonctionne bien à l’heure du breakfast.

On dit énormément de mal des déserts. C’est à tort. On nous méga-bassine avec les déserts médicaux, les déserts culturels mais de fait ces étendues de sable, ces zones blanches ou ces villes forcément minuscules aux yeux des habitant de l’antique Lutèce qui ne voient de bon bec qu’en leur tonitruante cité, nonobstant qu’en matière de bonbecs, le Mistral est gagnant-gagnant, ces bourgades que régente un officier de l’État à casquette qui, comme nous le suggère M. Daudet dans une lettre envoyée de son moulin, versifie des alexandrins au lieu de grands discours dans les étendues d’herbe verte (là où est le bonheur dixit M. Fort ?), tous ces territoires inconnus des richous qui s’en vont en avion à l’autre bout du monde contiennent d’infinies richesses et ce serait bien que le style de Marcel de Combray se barre de cet énoncé déjà bien longuet, ma foi !

Il faut juste aimer l’histoire, l’accumulation de vieux meubles, de tableaux, de statues, de choses et de faits d’autrefois.

Le dernier désert où l’homme a emmené sa femme vêtue d’un vison, d’un collier et d’un ridicule bibi se nommait Blois et était, est toujours le chef-lieu du Loir-et-Cher, ce morceau de France où habite la famille du gars Michel D., le chanteur nostalgique du café « Chez Laurette ».



On y trouve l’amusante Fondation du doute, un admirable musée des arts religieux, une cathédrale sans grand intérêt, une maison des acrobates, de belles images de gabares d’aujourd’hui et, au château, de belles images de bagarres d’autrefois. Ici, quarante-cinq favoris d’Henri III assassinèrent le duc de Guise et dans l’édifice religieux jouxtant le castel, Léonard de Vinci gît encore aujourd’hui en son humble tombeau.

***

Le midi, dans le restaurant où ils déjeunèrent, l’homme qui considérait sa femme comme un chameau eut une autre vision : celle du fessier ténu de la jolie serveuse, celle de ses cheveux roux, de son sourire naturel. Son amabilité, sa grâce, son aide en vue d’afficher le menu via un QR code le touchèrent. Était-ce un délit d’être ainsi séduit ? Quand on regarde le monde, quand on ne fait que regarder les gens, est ce un crime ? Quel en était le châtiment ? Est-ce que Dostoïev skie ?

Tout en discutant de Louis XII, d’Anne de Bretagne et de la salle des États-généraux, il regarda la femme de sa vie et au lieu du chameau, il vit un château ! Il songea à ce qu’ils vivaient ensemble, à toutes ces années écoulées en confiance totale et sa trouille du moment et ses questions idiotes s’évanouirent : l’homme qui regardait sa femme comme un château découvrit qu’il n’y avait en elle ni échauguettes, ni mâchicoulis ni surtout… aucune meurtrière !

C’est donc tout à fait rasséréné qu’il avala son faux-filet de bœuf, ses frites et sa salade.


N.B. 1

Cher Défiant·e·s du samedi, j’ai un chouïa la trouille de m’être bien gouré. Je crains fort d’avoir traité ici la consigne d’écriture 117 de Filigrane, l’atelier de Dame Licorne. Je suis effrayé de surcroît en constatant l’absence, dans tous les vocables de cette contribution, de la seizième des lettres du système utilisé en vue de constituer, avec des consonnes ou des voyelles, des syllabes, des mots, des énoncés et des romans fleuves dont le début nous causerait d’un mondain souffreteux qui durant des années se coucha de bonne heure ».

Je vous l’assure : j’ai les chocottes, je tremble des glaouis devant ce fait fort inquiétant : l’influence qu’exercent sur moi les affidés de Raymond Queneau et de l’autre Georges, celui qui arrive à faire des récits sans caser des« e » et des omelettes sans casser des œufs, devient vraiment très inquiétante. Dès demain, je vous en fais serment, je vais consulter !


N.B. 2

- C’est quoi ce charabia, Joe Krapov ?

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-)

Une fripuoille sème la trouille (François)

  


  

À cause d'une fripouille,

Il a failli mourir.

Emporté par la trouille,

Il en a mis du temps pour guérir.

 

Pendant qu'il était en train de dormir,

Un visiteur mal intentionné,

A crocheté sa porte sans coup férir,

Pour venir le voler.

 

Réveillé en sursaut,

Il se demandait ce qui lui arrivait,

Affolé par ce traître assaut,

Le voilà grandement menacé.

 

Il lui dit, la Bourse ou la vie,

Il était si pauvre le vieil homme,

Qu'il ne pouvait que perdre la vie,

Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne

 

Sans tenir compte de sa trouille,

Voilà que la fripouille

Regarde partout et fouille,

Et comprend qu’il va se retirer bredouille.

 

Il s'était trompé de porte,

Laissant sa victime à l'agonie.

Qui voit que son cœur s'emporte,

Demandant au secours de lui sauver la vie.

 

Phénomènes naturels et croyances. (Yvanne)

  

Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.
Les conflits de voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça aussi il adorait...

De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.

Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.

C'est moi qui ai eu le fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.
Assurément ce n'était rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A l'écouter moi aussi j'ai eu peur.

C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre.

 

 

J’m’envolerai (Lecrilibriste)

 

 

A 20 ans, j’avais peur de mourir
Peur ?
Plus que la peur ! Oui !
Frousse ?
Plus que la frousse ?
Plus que la frousse encore ? Oui !
J’avais la TROUILLE
Une véritable TROUILLE
Qui vous tord le ventre
Qui vous fait battre le cœur
Qui vous empoisonne le jour entier !
Dès que j’avais un bobo
Dès que j’étais vasouille

J’AVAIS LA TROUILLE !

 Maintenant que j’ai vieilli
Je n’ai plus peur de mourir
J’ai rempli ma vie
Je continue à la remplir
Jusqu’à ce que la coupe soit pleine
Et verse !
Alors J ’m’envolerai, volerai 

Mais quand je réfléchis
Ce qui me fout la trouille aujourd’hui
C’est la maladie qui vous cloue au lit
Qui vous grignote jour après jour
Qui vous fait mal
Qui vous déshumanise…. 

Alors, je prie St Joseph
Il parait que c’est lui qui procure
Les morts douces
C’est une copine qui me l’a dit !
Et  j’ m’envolerai, volerai »

 


 

Un temps périt (Monsieur X)

 


Le temps se gâte.
Un ciel de plomb
Fera qu'éclate
Un sanglot long.

Bien sûr, on aperçoit encore
Des prés verts, des balcons fleuris...
Là-bas, sur la plage, on se dore.
Toi, tu souris.
Encore.
Mais... 

Le temps se gâte. 
Tout doucement. 
Sur l'onde plate, 
La brise ment. 

Je te l'accorde, on danse encore. 
Et pas qu'au pays des souris.
Et ta sincérité t'honore
Lorsque tu ris. 
J'adore !
Mais...

Demain se brouille.
Plus tard est noir. 
Moi, j'ai la trouille.
Sans le vouloir.

Les heures sombrent dans le trouble ; 
Un temps périt, un autre vient, 
Un autre pire qu'un de chien... 
Ou bien... le vin me fait voir double.
 
 
 

 

Barnabé Réal, gare ! (Kate)

  

Barnabé

tu m'as eue avec ta bonne bouille
de grand bébé
et su empêcher que je bafouille
Malgré tes airs désintéressés
j'ai foncé
j'avais un peu la trouille
Eh ! Eh !
Touchée, charmée
j'ai réalisé
que je pouvais te parler
sans être bredouille
Mais pour peu que notre entente déplaise
qu'une inconnue
sur toi jette son dévolu
et n'éteigne les frêles braises de notre amitié
Le temps a passé
L'été
cette fripouille
où chacun vadrouille
L'automne, l'hiver
plus ou moins austères
et le printemps
depuis quelques temps
bidouille
soufflant chaud, froid
nous enchantant toi
moi

Barnabé Réal, gare !
Ne rougis pas ni ne t'égare !

 

Trouille de Souillé (Marie Sylvie)

 


  


J’avais dix ans
Pas plus.  
Ma mère m’avait envoyée chercher mon père au bistrot.  
C’était tard
Un de ces tard où même les chiens dorment.  
Le chemin je le connaissais par cœur
Mais cette nuit‑là il avait une drôle de figure.  

Au bout de quelques pas j’ai senti quelqu’un derrière moi.  
Pas un bruit franc non.  
Juste une présence.  
Un poids dans le dos.  
Un pas qui collait au mien.  

Pour vérifier j’ai tourné vers la plage de Souillé.  
Un chemin bordé d’arbres
Serrés comme des vieux qui murmurent.  
Là‑dedans la nuit était noire comme du goudron.  
Si quelqu’un me suivait il serait obligé de tourner aussi.  

Et il a tourné.  
L’ombre
La vraie.  
Pas un rêve
Pas un bruit de bête.  
Quelqu’un.  

Alors j’ai couru.  
Couru comme une gamine qui veut juste rester vivante.  
Je n’étais pas une trouillarde
Mais là… c’était la peur qui décidait.  

Dans le noir je n’ai pas vu l’ornière.  
Mon pied s’est tordu d’un coup sec.  
La douleur m’a coupé les jambes.  
Je suis tombée
Roulée dans le fossé comme un sac de grain qu’on jette.  

Et puis plus rien.  
Le trou noir.  
Évanouie.  

C’est sûrement ça qui m’a sauvée.  
Le fossé m’a avalée
La terre m’a cachée.  
Le type a dû perdre ma trace
Faire demi‑tour
Disparaître.  

Lorsque j’ai rouvert les yeux il faisait déjà clair.  
J’avais froid
J’avais mal
J’étais sale.  
Et si mes sous‑vêtements n’avaient pas gardé la marque de la peur
J’aurais peut‑être cru que tout ça n’était qu’un mauvais rêve.  

Mais non.  
La trouille
La vraie
Celle qui vous attrape par la nuque
Je l’ai rencontrée là
Dans ce chemin de Souillé
Et elle m’a laissée repartir
Mais jamais indemne.


             Je suis sortie du fossé
             Mais pas de cette nuit-là.

 

Trouillard (Vegas sur sarthe)

  


"Poussez! Poussez que diable!" C'est sur ces mots rassurants aboyés par un praticien aux oreilles de ma mère que j'en suis arrivé là.
On dit que j'ai mis du temps à pointer mon nez dans ce monde de brutes comme si je cherchais la marche arrière et ça ne me surprend guère, alors qu'aujourd'hui dans la sérénité des cliniques zen, des mamans périduralisées pondent des marmots aussitôt prêts à mordre la vie à pleines gencives!
Je ne saurais dire si c'était à cause de l'haleine fétide du praticien ou des nibards de la sage-femme mais j'ai appris très tôt à baisser les yeux.
Très tôt c'est à dire dès la cour de récré.
Entre les cogneurs accros à la bagarre, les bavards avec leurs histoires de Toto et les silencieux réfugiés dans l'ombre des platanes j'ai choisi mon camp. C'était décidé ou plutôt c'était ainsi je serais trouillard.


J'ai longtemps cru que les trouillards étaient naturellement de petite taille. Parmi les nains j'aurais pu naître joyeux ou même atchoum mais non, j'étais trouillard. Pourtant j'étais joyeux, un peu amoureux de Blanche Nèje ma voisine mais d'abord trouillard.
Pour moi le trouillard était petit et donc destiné au premier rang de la classe, celui sur qui pointe le doigt qui le propulse sur l'estrade et le vertigineux écran noir, celui dont les oreilles vermillon servent de référence au cours de peinture.
Le trouillard a aussi la responsabilité quotidienne de contenir la meute d'affamés qui l'écrase sur la porte de la cantine en lui arrachant des "Poussez pas" inaudibles.

Dans les réunions de famille le trouillard est celui qu'on fait monter sur la table pour chantonner du Guy Béart tandis qu'un aïeul sourd comme un pot lui lance des "Pousse gamin! Pousse plus fort!"  
Puis avec le temps notre trouillard s'affirme - du moins le croit-il - au point d'être capable de fixer des yeux pendant une heure le bout de ses rangers en tête d'un troupeau de bidasses indisciplinés.
Le même trouillard aguerri - mais pas guéri pour autant - osera même repousser les avances d'une greluche boutonneuse au prétexte qu'il est venu à la boum pour apprécier la musique et que les filles c'est pas son truc.

Quelques décennies plus tard, notre trouillard n'aura conservé de sa timidité qu'une collection - oui je collectionne les trouillards célèbres - et parmi eux moins de nains que de grands trouillards par la taille comme De Gaulle, Jacques Brel ou un certain Zinédine...
Devant autant d'exemples de réussite sociale notre trouillard a envie de dire merci à la vie - tout nain qu'il est - et d'adresser un discret pied de nez à tous ces forts en gueule.

"Poussez! Poussez fort!" ne cesse de me répéter mon psy alors je pousse chaque semaine, allongé sur son sofa en fixant l'horizon incertain de mes orteils recroquevillés.
J'ai même l'impression d'avoir grandi et je devrais me ménager car à trop pousser je vais finir boute-en-train ou même extraverti et ça me fait vraiment peur.
Je suis comme cet oiseau qui piaille sous ma fenêtre dès l'aurore et s'envole au moindre souffle d'air, et comme lui je sais qu'un jour viendra où j'irai me cacher pour mourir.

 

Défi #922

    Quoi ? Vous auriez préféré "Cacochyme" comme moi ?   Valétudinaire