samedi 13 juin 2026

Défi #928

  

Un truc du Nord
et même surtout du nord du Nord

 

Beffroi 

 


 

Ont créé leur ambiance

  


 

Laura ; Walrus ; Monsieur X ; Kate ;

Marie Sylvie ; Lothar ; François ; Joe Krapov ;

  

 

 

Ambiance (Agent d') (Joe Krapov)

 


On aura peut-être du mal à me croire mais je ne suis pas un mec qui la ramène. «Je suis là sans y être tout en y étant» comme a très bien dit de moi autrefois ma collègue Françoise T.

Du coup, je fais le job mais je n’en tire aucun profit, je ne me vante pas à la façon des publicités du genre « C’est moi qui l’ai fait ».

Lundi, au repas avant la cérémonie funéraire en l’honneur de mon nonagénaire préféré, la bouteille de rouge, c’est moi qui l’ai amenée en souvenir des nombreuses fois où nous avons trinqué en toute confraternité et familiarité.

Le « Chant de la promesse » qui a été envoyé dans l’église et a été repris par le public était un enregistrement des Am’nez ziques, Krapov et Le Bichon. Ça aura été ma dernière tentative de faire sourire le gars Pierrot. Est-ce qu’on se souvient de sa cérémonie funéraire quand on arrive dans « the Good place » ?



A la réception, après, le diaporama des photos du disparu, de son épouse et de ses enfants, de leurs amis, c’est aussi moi qui l’ai concocté avec force larmes et moments de tristesse débordante.

Le mardi, la vie reprend ses droits. La consigne d’écriture visant à réécrire les fables de la Fontaine avec un vocabulaire disparu du dictionnaire Larousse, c’est moi aussi qui l’ai pondue. Personne ne veut plus faire le job de faire plancher des écrivant·e·s une fois par semaine pendant neuf mois. C’est vrai, au bout du compte on n’accouche de rien parce que ces dames ne croient pas que leur littérature vaut mille fois mieux qu’une défèque-niouze des zéros sociaux !

Ce jeudi, la façon de résister à l’attaque fegatello et la bonne stratégie pour tenir le choc dans la défense Ruiz au jeu d’échecs, c’est moi qui les ai enseignées à mes complices mais c’est aussi une cause perdue : ils ne travaillent pas à la maison entre deux sessions de rigolade dans la cafétéria déserte ! En plus l’un d’eux oublie son téléphone et on ne peut pas lui envoyer un mail pour le prévenir vu qu’il n’ouvre jamais son ordi. Il n’en a pas.

Ce vendredi, les chansons pour la saison prochaine, c’est moi qui les ai amenées en vue de les faire découvrir à ma chorale en déplacement à Saint-Malo. La chanson-hommage à l’ami décédé – ça meurt beaucoup, ces temps-ci, par ici ! – je l’ai interprétée devant une mer couleur d’émeraude et un téléphone en mode caméra pour témoigner de l’amitié à la famille du disparu.




Tout ça ce sont des moments de vie collective. J’y participe, je fais ma part, je suis payé en retour par la satisfaction des membres de ces groupes. Ils me réinvitent, ils reviennent, ils m’acceptent comme agent d’ambiance… alors que je ne suis même pas breton ! Une espèce d’étranger, de Ch’ti à deux doigts de pleurer encore en chantant « Les Corons » de Pierre Bachelet . Oh la la, que d’émotion !

Finalement je me demande si je ne suis pas tout simplement un juke-box. Tout ce que je sais faire dans la vie c’est trouver des chansons qui collent à la situation. «La Tendresse» de Bourvil pour mes beaux-parents, « Dominique » de Soeur Sourire pour les photos de communiant retrouvées de celui de mes beaux-frères qui porte ce prénom, « On se retrouvera » de Michel Bühler plutôt que « Je vous emporte dans mon coeur » de Gilles Servat pour accompagner un deuil.

Un juke-box gratuit. Que voudriez-vous que je fasse de vos pièces de vingt centimes, surtout maintenant que Bernadette Chirac et son opération pièces jaunes ne sont plus, elles non plus, de ce monde ?!


AMBIANCE ... DEUX MONDES DANS LA MÊME NUIT (Marie Sylvie)

  


 


Il y a des lieux où l’ambiance ne se contente pas d’exister :  
Elle se dédouble
Se contredit
Se déchire.  
Cette discothèque en faisait partie.

D’un côté la fête battait son plein.  
Un anniversaire qui riait trop fort
Un enterrement de vie de garçon qui levait les bras  
Comme si le monde entier était une piste de danse.  
Les verres tintaient.
Les épaules se frôlaient
Et la musique gonflait les sourires  
jusqu’à les faire déborder.

De l’autre côté
À quelques mètres seulement
Un homme noyait son divorce dans l’alcool.  
Il ne fêtait rien lui.  
Il tentait juste d’oublier.  
Son ambiance à lui était lourde
Épaisse comme une fumée qui ne veut pas monter.  
Il buvait pour étouffer le silence  
que personne n’entendait.

Et moi au milieu
Je travaillais depuis trois ans  
Sans jamais voir la couleur d’un salaire.  
Je connaissais les coulisses
Les faux éclats
Les vraies misères
Les rires qui sonnent creux  
Et les regards qui glissent trop vite.

Cette nuit-là 
Les deux ambiances se sont percutées.  
La joie trop bruyante
La tristesse trop imbibée.  
Un mot de travers
Un geste de trop
Et la fête s’est renversée.  
Les rires se sont changés en cris
Les verres en projectiles
La piste en champ de bataille.

L’ambiance alors n’était plus double.  
Elle était unique
Violente
Absurde.  
Une seule vibration
Un seul chaos
Comme si la nuit elle-même avait perdu l’équilibre.

Et moi témoin malgré moi
J’ai vu ce que peu voient :  
Qu’une ambiance peut basculer d’un souffle
Qu’elle peut contenir à la fois  
le meilleur et le pire
Et que parfois
Elle finit par choisir le pire.


 

... et cotillons ?

  

Je vis un peu hors du temps, en marge... aussi, je ne sais pas si aujourd'hui encore, des restaurants ou des organisateurs de fêtes font toujours de la pub où ils annoncent pour attirer le client : "Ambiance et cotillons".

Comme si les accessoires étaient les garants d'un soirée réussie.

Ma mère elle-même ne concevait pas un réveillon de Nouvel An sans fournir à chaque convive son lot de serpentins, sarbacanes et autres langues de belle-mère (et je parle même pas des chapeaux)...

Moi, je trouvais ça un peu idiot surtout que le lendemain, il fallait tout nettoyer et que s'il y a quelque-chose que j'encaisse mal, c'est de retrouver les projectiles colorés des sarbacanes dans mon verre de Chambertin Latricières.

Non, je ne voyais pas l'utilité de tout cela, d'autant que j'avais remarqué que, sans cotillons pourtant, dans mon pays, même les repas de funérailles finissaient souvent en rigolade, particulièrement si le défunt avait été lui-même un joyeux drille.

Par ailleurs, drôle de mot que ce cotillon ! À l'origine il désigne un petit jupon que les femmes portaient sous leur cotte. Comment, vous ne connaissez que la cotte de maille ? 

Mais alors, vous n'auriez pas connu ma copine Célestine Troussecotte ? Elle a participé régulièrement aux défis jusqu'à ce qu'elle s'embrouille, comme pas mal d'entre nous (y compris votre serviteur)  avec joye notre Iowagirl de service. 
Si c'est le cas, vous avez manqué quelque chose !

Et moi, quand on me dit jupon, je pense tout de suite à Souchon...


  

 

 

AMBIANCE (François)

 

 

Ambiance,

Accolades

Insouciance,

Saluades.*

 

Attirance,

Camarades,

Aisance,

Bourrades

Rigolade.

 

Bienveillance,

Boutades,

Importance,

Galéjades.

 

Insouciances,

Tocades.

Bousculades,

Ambiances.

 

 

 

Saluade* :  salut vieilli

 

Ambiance d'enfer (Kate)

 

- Alors, cette séance de clôture de la saison lyrique à l'Opéra ?

- Oui...
- Un triomphe ?
- Oui !
- Et ?
- De bons chanteurs, une mise en scène, Glück...
- Et l'ambiance ?
- D'enfer !
- Tu blagues toujours et tu restes dans le thème d'Eurydice. Et ce fameux cocktail avec la rencontre, une bonne idée ?
- Une idée, oui... Déjà à 17 heures 30, un cocktail qui n'est arrivé qu'à 18 heures...
- Le temps de danser devant le buffet !
- La majorité des spectateurs était partie quand un serveur s'est approché avec un plateau contenant des verrines avec des petits oeufs verts...
- Quoi ? Tu as goûté ?
- Quand je lui ai demandé ce que c'était, il a sursauté et a tout renversé sur le tapis mais j'ai eu le temps de m'écarter... J'ai attendu les artistes tandis que le hall se vidait de plus en plus.
- Ils n'étaient pas là ?
- Ils sont arrivés très tard, ne nous ont pas été présentés et sont restés derrière l'immense buffet qui formait comme un bloc de glace entre nous.
- Pas présentés ? Aucun n'a pris l'initiative de prendre la parole et d'instaurer un dialogue ?
- Il était déjà bien tard et j'ai pris la route pour rentrer...

 

 

Baigné Dedans (Lothar)

 

Le Vent Portera Nos Silences

Sur un îlot désert, je veux graver ton nom
Quand la vie aura tu aux branches ses violences
Le vent autour de nous portera nos silences
Sur la table de bois, contre les murs, sinon

Dans l’île on construira un tendre cabanon
Appartements, maisons, déchus sans virulences
Un cocooning ouaté filant nos indolences
En maille retournée, en mortaise et tenon

Je viendrai dans tes bras ma bouche sur la tienne
Mes mains à tes poignets pour que je t’appartienne
Volant sur le tapis pour ta soif étancher

Et nous nous aimerons, ma douce magicienne
Les fagots dans le poêle et l’amour au plancher
Brûlant à tout jamais notre douleur ancienne

…..

J’emmène au creux de mon ombre Des poussières de toi
 

 

 

Une salle, deux (trois, quatre) ambiances (Laura)

  

 

Je viens de commencer à lire le dernier numéro de ma revue professionnelle [1] qui aborde comment les professeurs-documentalistes se voient et comment le reste de la communauté éducative nous voit et tout cela se joue dans la salle où nous exerçons, le Centre de Documentation et d'Information(CDI) et de l'ambiance qui y règne quand les autres professeurs ou autres personnels viennent nous voir. 

Hier, j'ai eu des petits(pas tous si petits) sixième dans le cadre de l'initiation au CDI que je  leur donne en demi-groupes tous les quinze jours. Hier, c'était la séance sur l'Intelligence Artificielle(IA) grâce à un Genially concocté par une collègue. Ils avaient l'air  intéressés par ce cours ludique, animés mais pas trop sauf sur la fin avant que sonne la récréation. Une heure comme je les aime où je suis professeur et documentaliste (experte en Sciences de l'Information et de la Communication et de l'Education aux Médias et à l'Information). En même temps, il y avait d'autres élèves qui se tenaient à peu près bien. C'est le côté accueil de mes missions. Quand des collègues ou élèves pénibles  passent  pendant ces heures, je leur dis que je suis occupée où cas où ça ne se voit pas...                                                                                                                                             

Les cours sont parfois plus agités et la vie scolaire, proche du CDI, intervient. Les élèves pénibles ne me voient pas comme une professeure mais une comme la dame du CDI, une surveillante bis qui demande parfois vainement le calme.  

Hors les cours, le CDI accueille des élèves dont le prof est absent et/ou ils ont un trou et/ou ils ont quelque chose à faire au cdi qu'ils ne peuvent faire en étude: PC, travail en groupe (source de débordements) ou lecture, ce que je préfère bien-sûr

Parfois je suis seule et je fais ce que j'ai à faire   tranquille

Selon les moments, les collègues vont penser que je suis bien tranquille ou que je ne sais pas gérer les élèves

Une salle, deux (trois, quatre) ambiances

 

Ambiance (Monsieur X)

  



Ambiance-moi,
Sors-nous de la brume
Et révèle-toi
Dans ton vrai costume...

Ambiance-toi !
Défroisse ta face,
Viens, bouscule-moi,
Viens ! Avec audace...

L'éden est si bas.
Le temps fait la gueule.
Mais ne laissons pas
La nuit danser seule !

L'éden est trop las
Pour mûrir ses prunes,
Mais le swing, tu l'as !
Jusqu'au bout des lunes !

Ambiance-moi,
Ouvre-nous l'impasse,
Je compte sur toi...
Ne sois pas fadasse !

Ambiance-toi !
Monte le volume,
Dévergonde-moi,
Sors-nous de la brume...

La guerre s'en vient ! 
Le froid, les gerçures...
Et ce mal de chien
Aux vives morsures.

Nous aurons le temps 
De pleurer nos fêtes. 
Nous aurons le temps
De mourir bien bêtes...

Ambiance-moi ! 
Ambiance-toi ! 
 
 
 

 

samedi 6 juin 2026

Défi #927

  

Il y en a pour tous les goûts

 

Ambiance 

 


 

 

Ont pratiqué le swing

  

 


 

Laura ; tiniak ; Marie Sylvie ; Cavalier ;

Walrus ; Lilousoleil ; Kate ; Lecrilibriste ;

François ; Joe Krapov ;

 

 

Un zazou (Laura)

  

 

Un zazou
Sachant jazzer
Zézayait
Avec Zaz
Une chanson de Zazie.
En suite, il prit un kazoo
En dansant avec Annie Cordy
Qui zozotait
"Zaz Zuh Zaz[1]".
Au cas où la fête
S'essouflerait
Ils avaient prévu
De zouker.
A ce moment là
Arriva Zouzou[2]
Avec Pierre Benichou,
Un drôle de zèbre.
Pour ma part,
Je me dis Zou!
Zoomons sur Zorro
Qui venait zoner
Du côté du zoo.
Pendant ce temps,
Le zouave
Avait les pieds dans l'eau
Et lançait la "Zoubida"
Avec un zoulou
Plein de zèle.

Mais où ? (Kate)

   

Déjà vendredi
mais où
l'ai-je donc mis
le texte  "zazou" ?
Je ne sais où
il est allé swinguer
c'est trop fou
je le retrouverai
sûrement samedi
trop tard
raté pardi
je piquerai un fard !
Je l'avais bien rangé
le vent l'aura emporté
mais où ?
Peut-être pas assez achevé
trop ébouriffé
je suis à bout
Qu'est-ce que j'avais écrit
lundi ou mardi ?
Un truc autour du jazz
La radio
TSF Jazz
Pas Jazz Radio
Dimanche 18 heures
retour de compétition
plein d'émotions
...
Quelle est cette musique
plus folk que jazz
un pur bonheur

Je regarde par la vitre
vitesse et campagne rase
"Quel est ce titre ?"
Quoi ? 2002 ?
Déjà vieux
Comment ai-je pu passer à côté ?
Je m'en veux
j'ai tout mis sens dessus dessous
mais où
est mon texte sur zazou
et le jazz, où ?

 

 

SUZOU ET ZAZOU (François)

   

SUZOU ET ZAZOU

 

 

 

Elle s'appelait Suzanne,

On l'appelait Suzou,

Elle partageait sa vie avec un zazou

Aux cheveux collés à l’huile de palme.

 

Ses vêtements coûtaient des sous,

Alors il rançonnait Suzou.

Il était gonflé le zazou,

Qui n'arrivait pas à joindre les deux bouts.

 

Il arrivait de Vesoul.

Pour venir jouer les zazous.

Et elle de l'île du Frioul.

Là, où on l'avait nommé Suzou.

 

Elle lui parlait d'amour,

Mais plein d'égo était son zazou,

Seul pour l'argent, il avait de l'amour,

Alors elle payait toujours Susou.

 

Mais voilà qu'un jour, elle comprit.

Qu’imposteur était son zazou.

Et quand elle vit qu'il lui avait tout pris.

Le zazou fût congédié par Suzou.

 

 

Zazou, Zazie et le Bruit du Siècle (Cavalier)

  

(uchronie poétique)

Elle s’appelait Lucette.
Mais depuis deux ans, tout le monde l’appelait Zazou.
À cause de sa veste trop longue.
À cause de son éternel parapluie.
À cause du jazz.
À cause de cette manière de marcher comme si les pavés n’étaient qu’une suggestion.

Nous étions en 1943.
Le charbon manquait.
Le café était devenu un souvenir.
Les semelles s’usaient plus vite que les promesses.

Un soir, en sortant d’une cave où l’on jouait du swing à voix basse, elle tourna au coin d’une rue.

Et la rue disparut.

Les physiciens ont sûrement une théorie des cordes pour expliquer ça.
Les poètes savent qu’il suffit parfois de prendre le mauvais virage.

Quand elle rouvrit les yeux, elle se trouvait dans une ville étrange.
Les voitures semblaient dessinées par le vent.
Les gens parlaient seuls dans de petits rectangles lumineux.
Personne ne portait de chapeau.
Ce détail l’inquiéta davantage que le reste.

Après quelques heures d’errance, elle entra dans un café.
Une femme d’une cinquantaine d’années consultait un téléphone.

Lucette s’approcha :
– « Excusez‑moi… nous sommes en quelle année ? »

La femme leva les yeux :
– « Deux mille vingt‑six. »

Lucette s’assit sans demander la permission.
– « Je crois que j’ai raté quelque chose. »

– « Probablement plusieurs guerres, trois ou quatre révolutions technologiques et quelques milliers de chansons médiocres. »

Elle sourit.
– « Moi, c’est Isabelle de Truchis de Varennes. »

Lucette haussa les sourcils.
– « Nom de famille impressionnant. »

– « Je sais. Tout le monde m’appelle Zazie. »

Lucette éclata de rire.
– « Zazou. »

– « Zazie. »

Elles se serrèrent la main comme deux parentes éloignées séparées par quatre‑vingts ans d’erreur administrative.

Lucette demanda :
– « Alors ? Le jazz a gagné ? »

Zazie réfléchit.
– « C’est compliqué. »

– « Le swing ? »

– « Toujours là. »

– « Duke Ellington ? »

– « Immortel. »

– « Django ? »

– « Aussi. »

Lucette poussa un soupir de soulagement.
– « Bon. »

Zazie reprit :
– « Mais aujourd’hui les gens écoutent de tout. »

– « De tout ? »

– « Absolument tout.
Du rap, du métal, de la techno, de la pop coréenne, des musiques composées par ordinateur, des chants mongols remixés avec des percussions électroniques… »

Lucette cligna des yeux.
– « Vous avez gagné la guerre contre le silence, manifestement. »

– « Avec excès. »

Zazie lui montra son téléphone.
Des millions de morceaux.
Des millions.

Lucette souffla :
– « Tout ça tient là‑dedans ? »

– « Oui. »

– « Et les gens écoutent tout ? »

– « Non. »

– « Pourquoi ? »

– « Ils cherchent pendant une heure ce qu’ils vont écouter. »

Lucette resta silencieuse.
Puis déclara :
– « Votre époque est fascinante. »

– « Pourquoi ? »

– « Vous avez toute la musique du monde dans votre poche et vous passez votre temps à hésiter. »

Elles sortirent du café.
Quelqu’un passait avec des écouteurs.
Un autre filmait son chien.
Une adolescente dansait seule devant une caméra invisible.

Lucette observa tout cela avec curiosité.
– « Et les zazous ? Disparus ? »

– « Pas exactement. »
Zazie montra les passants.
– « Ils sont partout maintenant. »

– « Comment ça ? »

– « À votre époque, quelques jeunes résistaient à la morosité avec des vestes trop longues, du jazz et un peu d’insolence.
Aujourd’hui chacun fabrique sa propre tribu.
Ses vêtements.
Sa musique.
Son langage. »

Lucette regarda la foule :
cheveux bleus, baskets lumineuses, tatouages, costumes impeccables, excentricités minuscules ou gigantesques.

Elle sourit.
– « Finalement nous avons gagné. »

– « Qui ça ? »

– « Les farfelus. »

Le soir tombait.
Les vitrines s’allumaient.
Quelque part, un musicien jouait du saxophone dans une rue.

Le morceau était ancien.
Très ancien.
Lucette reconnut immédiatement la mélodie.

Elle ferma les yeux.
Le même cuivre.
La même pulsation.
Le même battement obstiné.

Le temps avait changé de vêtements.
La musique, elle, avait simplement continué sa promenade.

Alors Lucette ouvrit son parapluie.
Par temps sec.
Par principe.

Et les deux femmes s’éloignèrent dans la ville.
Une Zazou de 1943.
Une Zazie de 2026.
Et derrière elles, comme un vieux chat qui refuse de mourir,
le swing suivait encore.

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BD La sortie du Café

 

 

Battre de la semelle (Walrus)

   

Je suis né en pleine ère (mais non, pas en plein air, soyez attentifs enfin !) Zazou. C'était aussi celle des semelles en bois apparues suite à une des nombreuses pénuries dues à la guerre : celle du cuir. Je me souviens d'avoir entendu leurs claquements dans l'entrée d'un cinéma du quartier de La Neuville au pied du terril de l'Epine à Charleroi.

 


Les Zazous eux-mêmes, je ne les ai pas connus : d'une part j'étais trop jeune et d'autre part je suis né à Charleroi au cœur du "Pays Noir", alors que les Zazous sévissaient surtout dans les endroits branchés de la région parisienne.

Je ne les ai pas connus, mais j'ai gardé quelque chose de cette époque : l'amour du Jazz.

Du Jazz, je suis passé au Baroque...

Étonnant ? Pas tant que ça : Bach, ça swingue, si si !

 

 

Et le swing, ça se danse, surtout chez les Zazous...

 

Une petite danse  swing ?


 

 

 

Mon zazou de Père (Lecrilibriste)

 

 

Toujours élégant
Il n’avait pas le costume
Du bon vrai zazou
A la mode de chez nous
Mais une chemise impeccable
Un pantalon au pli parfait
Une veste de costume
Et des souliers qu’il faisait énergiquement briller
Assis sur une chaise
Près de la grande armoire
Au fond de la grande cuisine
En chantant à tue-tête
« Y’a des zazous dans mon quartier »
Ou encore « La valise en peau de toutou »
Deux airs que particulièrement il affectionnait
Dont on connaissait tous le refrain par cœur
Sans savoir qui était Andrex, le chanteur de sa jeunesse
Mais nous, les mômes, on se marrait
En buvant notre café au lait
Car on savait que ce jour-là
Dans son travail
Un vent de liberté l’attendait
Sa vie aurait un rythme de swing
Sur un air de contrebasse … 

Qu’allait-il faire ce jour-là ?
Je ne sais plus, je ne sais pas
Mais il était heureux
C’était tout ce que l’on savait
Et, nous aussi, ça nous rendait heureux

 

 

Défi #928

   Un truc du Nord et même surtout du nord du Nord   Beffroi