samedi 18 avril 2026

Ont connu la trouille de leur vie (... ou pas)

  

 


   

Walrus ; 

Défi #920

  

Comme disait Lou Deprijck,

"On verra tout à l'heure
si vous n'avez pas peur !"

  

 

Trouille

  

  


  

 

Ont peut-être échappé aux épines

 

 

 


  

Walrus ; Lilousoleil ; JAK ; Monsieur X ;

Marie Sylvie ; Kate ; Yvanne ; Joe Krapov ;

François

 

LA STRAMOINE (François)

 

 

Très vite, il a voulu goûter,

À l'herbe du diable,

Il fallait voir comme il était agité,

Toute son attitude devenant abominable.

 

La toxicité de la stramoine,

Peut-vous faire faire des folies,

Même chez un humble moine,

Ce qui en soi serait une grande anomalie.

 

Tous ses effets sont psychotropes,

Et terriblement opérant,

Ils peuvent détruire votre amour-propre,

En adoptant un comportement navrant.

 

Même si vous voulez jouer un tour,

A votre plus grand ennemi,

Devant cette fleur, faites un détour,

Retenez-vous : C’est promis ?

 

 

Logogriphe de la stramoine (Joe Krapov)

 


Qu’est-ce qui a pris à la matrone
Pour qu’elle assaisonne
De stramoine
Son minestrone ?

La stramoine est l’herbe des fous !
Et depuis ma sortie de table
Le peu de raison que j’avais
Se ratatine !

J’ai des visions irraisonnées !
Tourbillon dans l’estaminet !

Dans la marmite de l’auberge
Flottent des trimarans,
Aristos de la mer,
Aux côtés de trirèmes.

A bord de ces galères
Pour qu’on rame et qu’on trime
Un maton la ramène
Avec son martinet.

Un joueur de tam-tam
Assassine la sonate
A Creuse-heure
Et même quelquefois – avouez qu’il faut le faire ! -
Des airs de Stromaé !

Au moment de l’entrée
- Une terrine du chef si j’ai bonne mémoire -
J’ai quitté la marine et me suis amarré
Aux marches du palais.

Je suis alors témoin
Du bel assassinat
Du moine Raspoutine,
Homme à tout faire du tsar
Dont on dit qu’il ramone même
Les cheminées de la tsarine.

On lui entame l’estom’,
On lui troue l’abdomen !

Malgré son bon maintien
Il tombe de sa masse
Mais – Oh, Rino, c’est rosse ! -
La messe n’est pas dite :
Le mec, matois, résiste !

On l’assomme, on le traîne,
Semant son raisiné
Sur la route romaine
Et – en voiture, Simone ! -
On le balance dans la Néva,
Histoire qu’il fasse de la natation
Jusqu’à la mer !

Triste destin pour le minet
Devenu star grâce à Boney * !

Streamer des messes au monastère,
C’est moins de stress !

***

[Ici suit un long délire plein de minarets, de minoteries, de tritons, de Martiens, de rotations et d'aventures de Martine dont je vous fais grâce !]

***

Pour moi tout va bien ! Je ne suis pas mort !

Grâce à Saint-Rémi
Je voyage en train.



Une semaine dans l’année
Je vais dans la vallée des rois,
J’assois Marina sur le trône
(elle est ma reine)
Et je ramène à la maison,
Depuis Amboise,
Saint-Antoine et son cochon,
Une cousine d’Isaure à la mine aussi triste
Et le souvenir de Denis Papin,
L’inventeur de la cocotte-minette !





Femmes parfaites. (Yvanne)

  

 


Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.

Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.

Depuis quelques semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement de Marc.
Eva, lors de son rendez vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym, trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre ! Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour découvrir le pot aux roses.

Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.

Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.

Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...

 

  

Cocktail venu du fond des âges ! (Kate)

 


Comme Austremoine se serait appelé Stremonius et Stromae s'appelait Paul Van Haver le stramoine surnommé pomme épineuse, chasse-taupe, herbe des sorciers (etc.) s'appellerait datura officinal, officiellement "datura stramonium".  Circé s'en serait servi de narcotique pour transformer les compagnons d'Ulysse en cochons et Condorcet se serait suicidé avec un cocktail de ce poison et d'opium... Tout cela au mode conditionnel.

 

"Affreux sorcier déguisé en fleur" ! comme l'explique Alain Bonjean avec de belles photos prises tout près d'ici : "Aïe !" Je n'ai pu, pour ma part, photographier que cette plante qui n'est pas celle dont on parle mais celle que j'ai à proximité en ce moment : la clématite.


Le stramoine, dont l'étymologie est incertaine serait issu d'un mot catalan : estremoni, ce qui rejoindrait (toujours au conditionnel), et la boucle serait bouclée (dirions-nous) pour revenir à Saint Austremoine (saint local), dont le nom Stremonius serait gallo-romain... Ah ! Le latin n'a pas dit son dernier mot !

 

Enfin, pour rester dans la sorcellerie, la formule "Am stram gram" (oui "stram" !) d'origine germanique voire chamanique fait écho à ce stramoine... mais de là à écouter Mylène chanter "L 'Âme stram gram", peut-être pas...

 

LA DOUCEUR QUI MORD (Marie Sylvie)

 

 


  

Je suis d’abord attirée par la blancheur de cette fleur.  
Elle me parle
Peut-être parce que moi aussi j’aime m’habiller de blanc
Comme si la lumière pouvait devenir une seconde peau.

Je me penche vers elle
Confiante
Pensant trouver une douceur sœur
Une innocence tranquille
Mais la Stramoine me surprend :  
Sous son éclat pur je sens une pointe
Une vigilance
Presque une défense.

Je ne lui ressemble pas.  
Moi en robe longue et blanche
Je ne suis pas cette fleur qui hérisse ses bords  
Pour tenir le monde à distance.  
Et pourtant…  
Je reconnais quelque chose d’elle en moi :  
Cette nécessité silencieuse de se protéger pour survivre
De garder une frontière
Même fine
Entre ce que je donne 
Et ce que je préserve.

La stramoine me rappelle que la beauté peut être armée
Que la lumière peut avoir ses angles
Et que la douceur n’est jamais naïve.  
Elle veille comme je veille.  
Elle se tient debout.

La stramoine se tient debout elle.  
Moi je ne le peux plus.  
Je reste alitée
Dans ce monde qui m’oblige à la patience
Mais ma force ne dépend pas de mes jambes.  
Elle circule autrement.

Je ne me dresse pas comme cette fleur
Mais je veille moi aussi
Depuis mon lit qui est devenu mon poste d’observation
Mon lieu de résistance douce.  

Je ne suis pas armée comme elle
Je n’ai pas ses piquants
Mais j’ai appris
À ma manière
À protéger ce qui en moi demeure vivant
À garder ma lumière intacte 
Même lorsque le corps se fait fragile.

La stramoine se défend par ses bords.  
Moi je me défends par ma lucidité
Par ma douceur qui refuse de céder
Par ma façon de rester présente  
Même immobile.

 

La martienne (Monsieur X)

  



A-t-on déjà vu
Autant de fougue électrique
Dans un seul regard ? 

Ça vous happe, vous séquestre... 

A-t-on déjà vu
Autant de grâce excentrique
Rouge réalgar ? 

D'où vient cette extraterrestre !? 

Circulez, y a rien à voir, 
Ne vous laissez pas avoir, 
Retournez auprès de vos routines ! 

Vous n'avez rien vu, 
Rien qu'un fantôme, un fantasme, 
Une idée en l'air... 

Une rose... une pivoine... 

Vous n'avez rien vu, 
Comme on ne voit pas un phasme, 
Même par temps clair. 

(Les effet de la stramoine... ) 

Circulez, y a rien à voir, 
Vous vous êtes fait avoir
Par une hallu, mes pauvres rétines !



 

Une jolie fleur dans une peau de vache, Une jolie vache déguisée en fleur.. (JAK)

 



L’an dernier, sur le chemin qui fait le tour du zoo, j’ai croisé des fleurs magnifiques, majestueuses, du genre à vous faire oublier toute prudence.
Avec ma manie de ramener un bouquet pour fleurir ma maisonnée, j’en ai cueilli une belle brassée.
Grand mal m’en a pris.
J’ai failli ne plus jamais pouvoir venir icitte poser mes mots, tant de grands maux auraient pu s’ensuivre.

Je vous explique.

Être maniaque, parfois, ça sauve la vie. Et moi, je le suis grandement.
J’ai toujours dans mon sac à dos du papier kraft, au cas où une petite séance de grappillage improvisé se présenterait.
J’y ai donc emballé les tiges avec soin, façon fleuriste de randonnée.

J’aurais bien vérifié sur mon portable avec l’appli PLANET… mais dans ce coin-là, la G7 ne passe pas.
Pas une barre. Pas un soupir de réseau.
Juste moi, les fleurs, et le Mont Blanc qui me regardait de loin.

J’ai poursuivi ma promenade, admirant le panorama qui s’étale du Mont Blanc au Pilat, entre eux deux, une nature vallonnée, souriante.

Arrivée dans mon antre, j’ai posé les fleurs sur une table du jardin, prête à leur offrir un vase digne de leur beauté.
J’ai pris le temps de quitter mes godillots, de me laver les mains, comme à l’accoutumée, puis j’ai repris mon smartphone pour en savoir plus sur ma récolte.

Et là… horreur et désespoir.

J’ai découvert que la belle inconnue appartenait à la même famille que la pomme de terre et la tomate, légumes que j’apprécie, certes, mais on ne choisit pas toujours sa famille.



De plus, Wiki m’annonce, l’air de rien, que la plante est toxique.


L’herbe du diable.
La belle enjôleuse qui rend fou.

Coïncidence ou pas, mon cœur s’est mis à battre comme un tambour de carnaval, une tachycardie digne d’un marathon.
Des mouches noires ont voleté dans mes pupilles, j’étais confuse, incapable de prendre une décision.
Heureusement, tout cela n’a duré qu’un instant.
(Et entre nous… je me demande encore si je n’ai pas tout imaginé.)

Gantée jusqu’aux coudes, je n’ai même pas osé jeter ces fleurs dans le compost, on ne sait jamais, elles auraient pu contaminer mes épluchures.


Non, direct dans la poubelle, enfermées dans un sac plastique, par respect pour les éboueurs et pour la paix du monde.





Nota histoire véridique



Stramoine (Lilousoleil)

 

 

Dans le jardin de ce vieux moine,

Poussait une étrange stramoine.

Elle avait l'air d'un grand patrimoine,

Mais sentait fort le vieux babouin.

 

Un rat musqué, nommé Antoine,

Voulut en faire son avoine.

Il devint fou comme une pivoine,

En s'imaginant roi de Pologne.

 

Ne jouez pas les fier-à-bras, Sidoine,

Avec cette herbe de Pantoine.

Sinon, pour sauver votre bouille,

Il faudra appeler le chanoine !

 

 

  

J'hallucine ! (Walrus)

 


Il est quand même gonflé! 

Voilà-t-y pas qu'il nous propose maintenant, en le camouflant sous l'aspect d'une fleur à la blancheur virginale, rien moins que, venant d'Amérique par des chemins détournés, du datura, l'hallucinogène  des transes chamaniques !

N'en prendrait-il pas lui-même par hasard?

Enfin, par hasard, c'est une hypothèse gentille pour expliquer son cas, ça ne nous étonnerait pas qu'il fabrique des tambours de chamane en peau de zébu ou même de zébi, c'est vous dire s'il est ferme dans sa tête !

Il emploierait pas les graines pour faire des bâtons de pluie, toujours par hasard ? Ce serait logique en fin de compte : il a toujours eu un grain, y a qu'à lire ses participations borderline et bordéliques pour s'en convaincre...

 


Mais passons...

Quel nom étrange que stramoine ! 
Dans notre belle langue, il n 'y a pas tellement de mots qui se terminent par "moine", en dehors de moine lui-même et, chaque chose ayant son contraire, de l'antimoine, le grand frère de l'arsenic.

À propos d'arsenic, cet élément perdu entre les métalloïdes et les métaux, il est à souligner que celui qui fut associé aux vieilles dentelles par Joseph Kesselring et largement utilisé dans l'accélération des héritages porte improprement ce nom puisqu'il s'agit d'une poudre blanche, en fait du trioxyde d'arsenic (As2O3), qui servait à blanchir la peau des coquettes à l'époque bénie où bronzage et tatouage étaient d'une vulgarité affligeante !

Restent le patrimoine, grande source de conflits familiaux, et deux plantes : aigremoine (à fleurs  jaunes) et polémoine (à fleurs bleues).

Oui, je sais, vous me direz que c'est toujours mieux que belge où il n'y en a aucun en dehors de lui-même. À croire que le Belge est (auto-)suffisant...

  

samedi 11 avril 2026

Défi #919

  

 

Une jolie fleur dans une peau de vache,
Une jolie vache déguisée en fleur...

 


Stramoine

 

 


  

 

Ont pu jacter à l'aise...

 

 


 

Walrus ; Vegas sur sarthe ; Monsieur X ; Marie Sylvie ;

Kate ; Cavalier ; François ; Joe Krapov ;

 

Radoter, radoter... (Joe Krapov)

 



Vous ai-je déjà dit que je n'étais pas ici pour raconter ma vie ?

Oui ?

Eh bien aujourd'hui je ne le répèterai pas et je n'ajouterai pas "mais il se trouve que...".

Il se trouve qu'en effet je m'octroie une semaine de vacances. C'est donc "Bloganpoz" là où j'écris quotidiennement et ici où je dépose une bêtise chaque semaine ce sera une non-participation : je ne veux surtout pas qu'on dise que je radote... de la Méduse-te !







IL RABACHE (François)

  


 


Il a vécu beaucoup de décennies,

Énormément d'aventures,

Mais une seule qui pour lui est omni,

Il la rabâche tout le temps, ce n'est pas une sinécure.

 

Il radote toujours,

Inutile que je vous la raconte,

Parfois, Il vaut mieux être sourd.

Sa version change souvent au bout du compte.

 

Difficiles sont pour l'entourage ses propos séniles,

Ils finissent par vous épuiser,

Vous n'avez qu'une envie, faire un tour en ville

En cherchant à vous apaiser.

 

Toutes ses paroles sont peu sensées,

Et décousues, c'est dramatique,

Mais épuisé, vous pensez,

Que vous devez faire preuve d'éthique.

 

 


Radotage trop sage et sans âge (Cavalier)

  

 

D’après Adriano Cecchi

 

Quand j’étais enfant
On disait
Que j’étais un vaurien

Et je fus juge
Et j’ai mis des drôles
Au fond des tours de geôles
À tour de rôle

Je vis de peu
J’ai une chandelle qui siffle entre mes yeux
Des grelots qui résonnent dans mes oreilles
Qui me sonnent, m’assomment

On vient me voir
Pour écouter ces sons
Et pour fabriquer de la farine

Je raconte mes voix, mes bruits
Tout me va
Je souris
J’écoute
Ces demoiselles qui m’appellent
Et un buste m’obstrue le palais

Elles sont fines, jolies, et veulent me libérer
Me délier des cordages
Des ancres
De la cheminée qui m’étreint
Mais je dirige mon navire
Dans la tempête

Oui, juste les clochettes, les assourdir
Avec elles
Un peu

De peu je vis
Là, je suis si bien …
Quand j’étais enfant
On disait
Que j’étais un vaurien

 

Radotage en trente lignes seulement ! (Kate)

 

Et si ma vie
n'était qu'un radotage
l'amour qu'un mirage

Si de mon premier mariage
ne restaient que débris
je m'étais bien juré
de ne plus recommencer
Et puis déniant le sabotage
vers toi cher ami j'ai bondi
le bonheur m'était promis
Un nouveau paysage
le passé balayé avec rage
nos noces s'ensuivirent
bien vite surgirent
quelques nuages
qui incitèrent au cabotage
faisant fi de tout canot de sauvetage
tes tromperies m'ensevelirent
et ton permanent enfumage
me décida enfin à partir
sans armes ni bagages
Mon psy m'expliqua le capotage
découlant de l'auto-sabotage
la résilience
qui implique la patience
et comme si ma vie
n'était qu'un radotage...

Je tombais amoureuse de lui
et il m'offrit des orages
que j'aurais pu prédire !
(extraits du livre :

)

Radotage universitaire (Marie Sylvie)

 

 


 


On disait que je radotais.
Mais eux… ah eux !
Ils avaient inventé un radotage de compétition
Un refrain de cour de récré
Transposé dans les bancs trop sages de l’amphithéâtre.

Chaque Lundi
Chaque Mardi
Chaque jour pair ou impair
C’était la même litanie :
La teuf du week-end
La meuf du moment
Le keuf qui avait failli tout gâcher.

Trois mots en rime pauvre
Trois piliers d’un univers minuscule
Où l’aventure se résumait à un gobelet rouge
Un cœur hésitant
Et une fuite en baskets.

Je les regardais ces futurs notables
Ces héritiers de dossiers impeccables
Ces apprentis cadres supérieurs qui parlaient 
Comme si la vie se résumait à un épisode de série mal doublée.

            Le radotage parfois 
           C’est juste l’enfance
           Qui refuse de rendre les clés.


Et moi dans tout ça
Je jouais les professeurs sévères
Les gardiennes du bon usage
Les veilleuses du verbe.

Je leur reprochais leur rituel
Leur boucle sonore
Leur vocabulaire cabossé qui tournait en rond 
Comme un scooter sans pot d’échappement.

Mais au fond
Je les aimais bien dans leur chaos.
Ils radotaient pour se rassurer
Pour se reconnaître
Pour appartenir.

Et moi je radotais pour les réveiller
Pour les pousser un peu plus loin
Pour leur rappeler que les mots sont des portes
Pas des cages.



        Chaque génération radote à sa manière.
        L’important
       C’est ce qu’elle finit par comprendre en chemin.
    

 

Le premier radotage (Monsieur X)

  


La vie allait si douce au temps de l'herbe verte ;
C'était un grand jardin aux glaïeuls souriants, 
Un visage innocent aux yeux gourmands, brillants. 
C'était avant le vent - nous dormions porte ouverte. 

La vie avait l'amour comme un mot cultivé 
Sur le bout de la langue, et les jours de récolte
Sentaient bon le parfum de l'âge désinvolte ;
C'était avant le vent - tu m'avais captivé. 

La vie... Ah ! Cette vie intense, instable, ingrate, 
Que j'aime détester en détestant t'aimer, 
Ne sait plus où aller, se met à blasphémer ;
Son vert d'avant le vent, vois-tu, se déshydrate. 

Et la pluie, insistante, octobreuse à souhait, 
Ne fera que noyer ce qui ne peut plus boire. 
On ne revient jamais au début de l'histoire, 
Quand la vie était douce autant qu'elle jouait ;

Les souvenirs, déjà, nous prennent en otage
Dans le creux d'une ride où commence le deuil
D'une époque envolée en deux temps trois clins d'œil ;
Qui de nous deux dira le premier radotage ? 
 
 
 

 

La machine à remonter (Vegas sur sarthe)

   

 


Un matin - mais était-ce un matin -, il fallut bien se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu.


Quand tout le monde ou presque se fut rendu à « L'Eve y danse » - la dernière guinguette encore ouverte dans le canton - le préfet prit la parole en promettant de la rendre : "Boudiou! Je vous donne ma parole que nous allons rapidement trouver une solution à ce fâcheux contre-temps".
La dernière fois qu'il avait dit ça, c'était quand notre fontaine municipale s'était tarie mais j'étais trop jeune pour m'en souvenir et le vieux Paniole n'avait pas son pareil pour en parler.


Vint le tour des questions et chacun tour à tour de faire le tour de la question.
Un garçon vacher voyait le mal en pis et jurait mort aux vaches qu'on était tous foutus tandis que les moissonneurs voyaient le mal en épis.
Monsieur Papillon l'horloger et son éternelle mauvaise foi s'étaient abstenus de venir, prétextant qu'ils n'avaient pas le temps et qu'ils donneraient leur avis en temps utile.
Notre
 jeune instituteur fit justement remarquer que nous avions désormais tout le temps pour y réfléchir sauf que lui était jeune et l'un des rares du canton à être équipé pour réfléchir.
Le clerc de notaire pour qui le temps n'était qu'argent tripotait sa montre dans l'espoir de voir gigoter sa trotteuse et déclara qu'à partir de dorénavant il faudrait gagner du temps.

Des bigotes égrenaient leurs chapelets, retenant dans leurs doigts flétris des perles d'un autre temps en priant Dieu pour qu'il revienne.
Les optimistes affirmaient que de tout temps on avait toujours eu le temps et qu'il allait revenir d'avant longtemps, ce qui ne rassura personne.
Un rastaquouère venu des calanques grecques ou d'on-ne-sait-où osa même prétendre qu'il fallait relativiser le problème mais un cri tonitruant l'interrompit.
"Qui a bien pu tuer le temps?"
La voix forte du 'gardian' avait résonné dans le troquet comme une plombe sur la grosse cloche du campanile aussi personne ne s'avisa de répondre, chacun ignorant qu'il existât une date d'ouverture de la chasse au temps.


Peut-être n'était-il pas tout à fait mort et l'idée d'un mi-temps commença même à circuler dans une assistance fébrile et prête à toutes les concessions. Les initiatives les plus folles fusèrent de toutes parts: laisser du temps au temps, chercher lanterneja (midi à quatorze heures) et bien d'autres galéjades encore.


Comme le vieux Paniole se levait le brouhaha finit en soupir; à le voir péniblement ouvrir la bouche, chacun comprit qu'il allait prendre son temps mais après tout c'était le sien et il était compté.

Il commençait toujours ses phrases par « De mon temps » mais pas cette fois.
"Depuis des lustres..." dit-il "j'ai dans ma remise une machine à remonter que m'avait laissé en gage un certain Wells... un excentrique à qui j'avais prêté ma mule mais qui n'est jamais revenu".


"Le vieux Paniole radote encore, on n'est pas sortis de la guinguette!" ironisa Monsieur Papillon l'horloger.
"Alors si le coeur vous en dit de la remonter..."conclut le vieux en se rasseyant "je l'échange volontiers pour une paire de mules".
Le soir même - mais était-ce le soir - il fallut bien quitter « L'Eve y danse » et le troc eut lieu: un couillon reçut une sorte de sablier géant avec deux cordages et le vieux Paniole une paire d'espadrilles...


Ont connu la trouille de leur vie (... ou pas)

         Walrus ;