samedi 7 novembre 2026

Défi #949

 

  

Un truc costaud :

 

Nickel

 

  


Ont jeté un regard discret...

  


 

Monsieur X ; Walrus ; Marie Sylvie ; Nana Fafo ;

Laura ; Kate ; Vegas sur sarthe ; Joe Krapov ;

François ; 

 

 

 

Le moucharabié (François)

  

LE MOUCHARABIÉ

 

 

On l'appelle moucharabié,*

C'est une cloison en bois,

Finement charpentée,

Qui n'a pas que la fonction que l'on croit.

 

 

On pense tout de suite qu'il cache,

La femme du regard extérieur,

Elle peut vous voir dans sa cache,

Être prisonnière de son marieur.

 

 

Il peut y avoir du vrai dans ce fait,

Mais le moucharabieh dispose,

D'autres fonctions, Il est fait exprès.

Il est temps que l’on en glose.

 

 

Il assure une ventilation forcée,

Pour protéger de la chaleur,

Il est particulièrement utilisé,

Aidé par des zones humides pour la fraîcheur.

 

Il se doit d'atténuer la lumière,

Dans les pays arabes, qui est trop vive,

Ce n'est nullement un cache misère.

Il permet d'agrémenter le lieu où les gens vivent.

 

 

 

 

Moucharabié, * on dit aussi moucharabieh ou moucharaby.

 

LE CLIMAT DE MON ÂME (Marie Sylvie)

  


 



Lorsque j'ai découvert le mot moucharabieh j'ai souri.

Je n'avais jamais rencontré ce mot auparavant. 
Il faut dire que dans ma région
Nous luttons davantage contre l'humidité que contre le soleil. 
Les habitants des pays chauds ont inventé le moucharabieh pour apprivoiser la lumière
Créer de l'ombre 
Et laisser passer un peu de fraîcheur. Moi depuis quelques années je cherche exactement l'inverse.

Je suis devenue frileuse.

Avant je supportais assez bien le froid.
Puis il y a eu ce coma. 
Lorsque je me suis réveillée
Beaucoup de choses sont revenues. Mes souvenirs
Mes habitudes
Mes goûts. 
Mais quelque chose avait changé. 
Mon corps semblait désormais réclamer la chaleur comme une plante penche naturellement vers la lumière.

Depuis l'Hiver me paraît plus long.

Je regarde parfois la pluie tomber derrière mes fenêtres 
Et je rêve d'un monde où le climat se choisirait comme un menu à la carte.
J'irais au comptoir des saisons avec un grand sourire.

《 Bonjour
Je voudrais un Printemps permanent s'il vous plaît. 》

Pas un Printemps capricieux
Rempli d'averses et de bourrasques.
Non. 
Un Printemps doux
Parfumé
Lumineux. 
Un ciel bleu traversé de nuages blancs. 
Des fleurs dans les jardins. 
Une température assez tendre pour sortir les mains des poches sans hésiter.

À la place des canicules je commanderais des journées baignées d'une chaleur tranquille. 
Celle qui réchauffe les épaules sans écraser les êtres vivants sous un soleil impitoyable.

La pluie ?

Je ne la supprimerais pas complètement. 
Les arbres ont besoin de boire autant que nous. 
Je lui demanderais simplement de travailler la nuit. 
Pendant que les êtres humains rêvent 
Et que les chats dorment en boule sur les coussins.

Le matin elle laisserait derrière elle une herbe étincelante et un parfum de terre mouillée.

Quant au froid je l'inviterais seulement pour quelques jours
Comme un parent éloigné que l'on apprécie davantage lorsqu'il ne s'installe pas trop longtemps.

Je sais bien que ce climat n'existe pas.

La nature ne consulte personne avant de distribuer le soleil
Les nuages 
Ou le vent.
Elle n'a jamais fonctionné sur le principe du sur-mesure.

Alors je fais avec.

Mais lorsque Novembre étend ses brouillards et que l'humidité s'insinue jusque dans les os
J'imagine alors un immense moucharabieh suspendu entre le ciel et la terre.

Un moucharabieh magique.

Il filtrerait tout ce qui nous gêne. 
L'excès de chaleur pour ceux qui vivent sous des soleils brûlants. 
L'excès de froid pour ceux qui grelottent. 
Trop de pluie ici. 
Trop de sécheresse là-bas.

Il laisserait simplement passer ce qu'il faut de lumière
Ce qu'il faut de douceur
Ce qu'il faut de chaleur.

Le climat idéal ... en somme.

Celui qui n'existe nulle part ailleurs que dans nos rêves.
Et dans le mien je suis assise sur un banc au soleil.
Je lis un livre.
Un chat dort près de moi.
Pour une fois je n'ai pas froid.



 

Stratégie anti cocovin (Nana Fafo)

 


Rupture d'oeufs à la ferme


Bruno a missionné Louptard pour veiller sur ses poulettes,
sa survie en dépend si il ne veut pas passer à la casserole
pour incoq-pétence. 

Dernièrement Louptard a renforcé le trou de derrière le poulailler
par
un mur en briques
et cela n'a fait que renforcer les tentatives de Ronchonchon,
qui s'est acoq-quiné d'un rouquin roublard espion façon 00zéro. 

Louptard a eu une idée de génie : piéger Roussin,
le
mouchard à biais de pensée, qui fait croire à Ronchonchon
que l'assaut est possible.
Il a repéré que Roussin opère la nuit.
Comme ses tentatives lointaines ont abouti à un non lieu d'acoq-quinement,
il a dû se rapprocher et prendre des risques.

Louptard a décidé de construire une palissade de panneaux en bois
qui ne permet pas de regarder ce qu'il se passe dans le poulailler. 

Par contre il peut observer les rôdeurs sans être vu... 

Voilà encore une idée de Walrus, il pond des mots,
qui pondent des idées dans la tête des bestioles du poulailler,
de là à dire que ça va résoudre la ponte des oeufs...

Il y a peut-être une coquille dans son plan.

 

N'allez pas prendre la mouche... (Walrus)

  

... quand je vous dis que je ne vois pas l'utilité des vacances : je parle pour moi !

Cela n'empêche pas mon épouse d'être de l'avis contraire, comme certains d'entre vous j'en suis persuadé, et par conséquent, j'en ai prises des vacances et j'en ai vu des moucharabiehs !

Non ! Je n'ai pas visité le Maghreb, ma complaisance pour mon épouse ne va pas aussi loin. Donc, 

  • pas d'Afrique, fût-elle du nord
  • pas d'Asie, même le proche Orient
  • pas d'Amérique, Trump merci !
  • pas d'Océanie pour marcher la tête en bas
  • pas d'Antarctique je ne suis pas un pingouin (ah, ce sont des manchots ? Sorry) !

Bref, je n'ai pas dû courir plus loin que l'Espagne pour en voir des tas dans les terres d'Al Andalus des moucharabiehs.

Et encore, j'aurais même pas dû aller aussi loin puisque j'en avais déjà vu un dans la maison de Pierre Loti (ce pilleur de civilisations lointaines inspirateur de Malraux)  à Rochefort, Charente Maritime, en sortant du chantier de l' Hermione, c'est vous dire si ça date.

Remarquez que j'aurais pu m'éviter ces déplacements puisqu'ici même nous avons aujourd'hui ceci.

 


En forme de "chat-rat-deux" (Kate)

 

Un MOUcheron peut le traverser
(une fine mouche aussi)
un CHAt ne peut pas
(un chas d'aiguille si)
un RAt non plus
(un radis si)
c'est BIen pratique pour voir sans être vu
(et se protéger)
EH oui
(et pour aérer ça va)

Peu inspirée
par ce mot
mais enchantée
par sa racine trilitère
le schème "s-r-b" (*)
c'est beau
ça veut dire boire
un besoin élémentaire
tout comme un bon bol d'air
et ça raconte une histoire
 

(*) le "s" est surmonté d'un accent espagnol (= ch)

 

 

 

Gare à la mouche (Vegas sur sarthe)

  


C'est un treillage à claire-voie, une jalousie orientale
faite de cèdre, d'acajou, de bois de rose ou de santal
sortie des Mille et une nuits et d'habiles mains égyptiennes
aucune alcôve aucun sérail aucun harem qui n'ait la sienne

On y colle un œil, une oreille, guettant quelque secret d'état
mais le vaillant treillis protège la pudeur d'un attentat
On guette un bruissement furtif ou de la soie le froissement
la silhouette musulmane pendue au cou de son amant

On y colle un œil mais prudence... c'est que la mouche-arabe-y-est !

 

 

 

Médina yéyé (Monsieur X)

  



Pour une mouche arabe yéyé
Qui twistait autour de sa lampe,
Et qui d'ailleurs l'a réveillé,
Il a twisté jusqu'à... la crampe !

Mon petit génie a twisté
Parmi des garçons et des filles
D'un autre âge ; il s'est délesté
Des boulets qu'il avait aux quilles.

    Derrière les moucharabiehs,
    On croit que règne le silence... 
    Derrière les moucharabiehs
    De la médina, ça balance !

Tout avait d'abord commencé
Comme quand un air vous possède ;
Non timide, il s'est élancé
Mieux qu'un Johnny, loin d'être raide.

La mouche, sa Badroulbadour,
Était à ses yeux la plus belle
Pour aller danser sur l'amour
Un slow qui colle et sent la pelle.

    Derrière les moucharabiehs,
    On croit que règne la ronflette... 
    Derrière les moucharabiehs
    De la médina, c'est la fête ! 

John, Paul, Teppaz et darbouka,
Des mots qui vont très bien ensemble,
Auront fait mousser le coca
Toute la soirée, il me semble...

Dix danses du ventre plus tard,
Raplapla, mon petit génie,
Gainsbourré comme une rockstar,
A dit : "Stop ! La colle est finie !"

    Derrière les moucharabiehs,
    La mouche a tant ri de sa crampe... 
    Derrière les moucharabiehs,
    Il s'est rendormi dans sa lampe,
        Les mollets complètement cuits,
        Pour au moins... mille et une nuits !




 

Logogriphe du moucharabieh (Joe Krapov)

 



image produite par Gemini


Voilà encore un vendredi où l’on s’abîmera la santé à chercher une amorce d’idée pour évoquer, ne serait-ce qu'un peu, le moucharabieh. Poète, courbe l’échine, prends ton luth et saisis l’ébauchoir !


Il faudra éviter de parler d’un harem, d’un boucher à l’extérieur, prénommé Brahim ou Hicham, qui se serait amouraché d’une des favorites du sultan ou du chah et qui, de désespoir, tenterait d’agresser le maître du palais à coups de hachoir. Quel brouhaha cela fera sur la place du marché quand, arrêté, amoché, couvert d’un camaïeu de bleus, on le mettra à l’ombre, on le livrera aux garde-chiourme avec la promesse assurée qu’on le crame incessamment sous peu sur un bûcher rien que pour lui !


On entendra alors le choeur des vierges s’élever de la populace du hameau :


- Où est-ce qu’on va l’acheter, nous, maintenant, le mouton pour le méchoui ? Y’en a marre de votre charia !


Non, merci ! Pas d’image d’un Maroc trop cruel, ça humera le macabre et on sort juste d’Halloween !


Peut-être vaudra-t-il mieux pénétrer dans le gynécée ? La caméra panoramiquera à l’ombre du moucharabieh. On entrera dans la chambre où Leïla se cambre pour danser la cumbia au son de Marcia Baila ! On s’ébahira de constater la présence de disques du groupe America, de Billy Cobham, de dévédés d’aérobic, d’un poster de Mariah Carey. Dans cet univers chamboulé, notre mâchoire choira par terre en découvrant dans le cabinet de toilette Chiara Mastroianni et Sophie Marceau en train de se faire belles. L’une est en train de peigner sa chevelure aile-de-corbeau et l’autre se met du rouge sur la bouche. Que font donc ces actrices au charme incontestable chez ce chameau polygame ? Elles bossent ?


Va-t-on rabâcher le scénario du narrateur qui se réveille et dit : « C’était un cauchemar ! J’ai dû manger trop de brioche avec Mircéa et Maurice à Saint-Brieuc !» ?


Comme d’habitude, quoi qu’on fasse, on aura pondu dans son cahier broché une copie mi chèvre mi-chou, un chouïa surréaliste, un chouïa sous la ceinture, surtout si l’on ajoute qu’on aurait pu parler – ils étaient dans la liste – du chibre de Brahma, de l’incidence de la chiure de mouche au plafond dans l’endormissement du petit Marcel, du vol d’Icare, de Corne d’auroch, de Lawrence d’Arabie et des bêtises de Cambrai en sus de la mienne.


C’est ça qui est pratique avec les marques de générosité des chimistes belges : quoi que j’écrive, même si ça n’est pas nickel-chrome (Ni-Cr !), je suis sûr que ça boumera toujours pour le boss ! Le cher oncle sait que je suis plus tenace qu’un morbac et que je ne chômerai jamais ! Surtout quand la mouche arabe y est !



Mouchara-biais (Laura)

  

 

 

Je suis tombée sur l'Orient alors qu'enfant, je rêvais de me connecter à mes origines celtes(le projet n'est pas abandonné) par mon cher Gérard de Nerval et son voyage là-bas. J'ai lu cette œuvre en long, en large et en travers(dans les deux sens) par le biais(idem) des représentations que mon auteur préféré avait de cette contrée du monde. Il convient d'ailleurs de définir ce qu'est l'Orient . Littéralement, c'est le lever du soleil donc l'est donc chez moi(où je suis née). Eh oui, le voyage nervalien commence en Allemagne(il était fin connaisseur de cette culture ,traducteur émérite de la langue et sa mère y est morte) littérairement car en vrai, il est passé par Marseille. Les subdivisions de l'Orient sont :subdivisions sont : le Proche-Orient (Égypte, Turquie, Palestine, Syrie…) le Moyen-Orient (de la Méditerranée à l’Iran) et l'Extrême-Orient (Chine, Japon, Cochinchine, Tonkin…) »L’Orient désigne, du point de vue de l’Occident (qui est lui-même une construction historique, une « invention »), l’autre moitié du monde1. »

J'ai donc suivi Nerval dans son voyage littéraire à Vienne, en Égypte, en Syrie, au Liban et à Constantinople. Comme je travaillais sur les paysages dans cette œuvre, je m'intéressais aussi au réel derrière les représentations(littéraires et artistiques) de cet Orient mythique des origines que cherche Nerval et dont parlait aussi Baudelaire(que j'avais étudié avant-avec Nerval, juste avant).Je voyageais moi aussi au gré des usines de textile que dirigeait mon mari et qui fermaient malheureusement presque toutes :l'est donc où nous sommes connus, le Nord d'où il était originaire, le Sud-ouest, la Haute-Loire(où nous sommes mariés),Saint-Étienne. Ici, l'usine est une des plus belles, modernes, saines que nous avions connues et son équipe était formidable. Mais, l'issue fut une vente aux enchères qui me tira des larmes des machines dont certaines partirent au Maroc.Mon mari fit un essai en Tunisie, un autre Orient que je découvris par son récit et en partie par mon beau-frère né là-bas.Nous étions heureux à St Étienne  mais il n'y avait pas de travail pour lui alors il accepta la proposition d'un des acheteurs du matériel de monter au Maroc une usine du sol à l'aménagement des machines, embauche du personnel etc. Je pleurais encore beaucoup et la voyageuse que j'étais n'était guère enthousiaste mais ma nature curieuse pris le dessus. Je tombais dans cet Orient, réel et différent de celui de Nerval. Moi, je n'avais jamais rêvé de cet Ailleurs mais j'y étais dans ce pays de Moucharabieh. J'avoue avoir découvert en grande partie cette semaine l'usage principal de cet élément de l'architecture orientale, en connaissance son usage de discrétion, voire de secret.Malgré mon peu de connaissances réelles du Moucharabieh, du Maroc et de l'Orient en général , j'avais comme mon mari et d'autres comme vous, peut-être des préjugés, malgré moi, des fantasmes, des biais par lesquels j'abordais cette nouvelle vie, Casablanca et ses habitants. Tout ne fut pas rose et il y eut des moments cauchemardesques mais ils ne furent pas le fait du pays et des Marocains qui ont été avec nous accueillants, patients devant notre ignorance de ce qui était leur vie... réelle.

Si je pleurais en quittant la France, je m'arrachais avec tristesse de Casablanca même si notre vie là-bas était devenu très compliqué. Quand nous fumes revenus(en mauvaise posture) de notre exil, que mon mari retrouva un travail et que je démarrais dans l’éducation Nationale, nous partîmes une semaine à Istanbul avec des connaissances littéraires et artistiques(en bonne professeure documentaliste, j'avais beaucoup lu) et malgré tout, encore des biais venant du Maroc, des voyages de travail et touristiques de mon mari là bas, d'un homme turc qui avait voulu m'épouser.

 

samedi 31 octobre 2026

Défi #948

  

Fraîcheur et discrétion... 

 

Moucharabieh

 

 


  

 

Ont fait une virée chez les lutins...

  

 


  

Laura ; Nana Fafo ; Monsieur X ; Marie Sylvie ;

 Kate ; Yvanne ; Walrus ; Lothar ;

Lecrilibriste ; Joe Krapov ; Lilousoleil ; François ;

 

 

 

On va se poiler (Nana Fafo)

 


Ce n'est pas toujours la faute de Ronchonchon


Après Castor et Pollux...

Voici Walrus et Poilux et leurs histoires pour se poiler.

Vous connaissez la tendance de Walrus à faire des blagues à toute la ménagerie ?

Non ?

Et bien, voici ce qu'il se passe
lorsqu'on laisse un morse décoder les codes du rire sur les réseaux : 

Pour allumer le feu chez Joé du Bureau des Affaires Animalières ...

Pour faire gueuler Bruno...

Pour effrayer les poulettes...

Pour rouler Ronchonchon dans la farine...


Voilà Walrus s'est entiché de Poilux,
le lutin farceur que Nana a fabriqué pour amuser la galerie...
enfin le seul qui s'amuse c'est lui !


Négus. (Yvanne)

  

 

J'en ai déjà parlé ici , nous avions des chats à la ferme. Beaucoup de chats. Mais ils étaient à moitié sauvages et se terraient dans les granges et les étables. On ne les voyait jamais. Ils n'avaient pas de nom, ce n'était pas des chats de salon. Ils étaient là parce qu'ils étaient utiles, c'est tout. L'un d'eux, cependant fit exception à la règle : Négus. Et il avait un maître, mon oncle le plus jeune, vivant encore dans la maison familiale au retour de son service militaire en Algérie.

Négus, drôle de nom pour un chat, surtout quand il était complètement superflu de leur en donner un. Il le tenait, bien sûr du périple de mon oncle en Afrique. Négus donc, disposait de privilèges. Il pouvait, à sa guise entrer ou sortir de la cuisine et même y faire la sieste quand tonton était dans les parages. Ce qui déplaisait fortement aux autres adultes, se dépêchant de le chasser dès que l'oncle avait tourné le dos. L'animal feulait et montrait les dents avant de déguerpir. J'avais 5 ou 6 ans et j'aurais bien voulu le caresser mais il s'éclipsait à mon approche et surtout ma mère m'interdisait de le toucher en disant : « que je ne te vois pas avec cette sale bête dans les bras ! »

Négus était haut sur pattes avec un corps long et une queue fine sans cesse en mouvement. Il était noir comme la nuit avec des yeux obliques d'un vert intense. Il était indésirable à la maison parce que habituellement les chats n'y avaient pas leur place mais aussi parce qu'il ne manquait pas de commettre quelque larcin quand il en avait la possibilité. Mais le désamour pour lui s'arrêtait là chez nous.

Il n'en allait pas de même avec notre plus proche voisine Madeleine, la Nadou. Elle avait littéralement peur de Négus et l'appelait « la malabestia » On évoquait beaucoup la mal bête dans les veillées. On ne parlait pas de lutins doux, gentils, un peu facétieux au coin du feu. Non, il était plutôt question de l'esprit du mal et il avait un nom : le drac. Le drac ou le diable, c'était du pareil au même. La religion et les croyances n'étaient jamais bien loin. Chacun avait toujours une histoire terrifiante à raconter et les chats y avaient une place prépondérante tant ils étaient liés aux sorciers par leur côté mystérieux et leur vie nocturne. Le fait que les légendes et superstitions leur prêtent neuf vies n'y était pas non plus étranger.

La Nadou ne venait plus à la maison depuis que Négus y vivait. Elle avait décrété une fois pour toutes que la « malabestia », donc le chat, lui jetait des sorts. Je la revois, silhouette frêle, aux cheveux d'un roux bizarre, teints à l'eau oxygénée, coiffés en coques qu'elle s'appliquait à faire sur sa tête avec de gros bigoudis. Elle portait en permanence un collier de perles de jais autour du cou pour éloigner les maléfices disait-elle. Elle y croyait mais apparemment les pierres ne faisaient guère effet si toutefois elles l'auraient dû ou pu.

Chaque fois qu'il y avait un problème domestique chez elle, on voyait débarquer la Nadou. Elle hélait ma mère depuis le chemin. Un jour c'était : - Clémence, mes poules ne pondent plus depuis une semaine. C'est le chat. Je l'ai vu rôder autour du poulailler.
On aurait pu croire que c'était un subterfuge pour obtenir des œufs mais pas du tout. Nadou était trop simplette pour avoir des idées tordues derrière la tête. Maman lui donnait quelques œufs quand nous en avions tout en maudissant son frère et son satané chat.
D'autres fois, Nadou se plaignait que sa portée de lapins était morte, comme ça, subitement. Évidemment elle avait trouvé Négus couché sur son clapier...

J'avais constaté que Négus, quand il ne trônait pas à la maison passait le plus clair de son temps chez Nadou. Ce chat jouait et je crois moi aussi qu'il avait le diable au corps pour ne pas dire qu'il était habité par le diable !

Mon oncle quitta peu après la maison familiale pour le travail et nous laissa le chat. Je ne sais pas se qu'il se passa mais Négus ne fit pas de vieux os. Une vengeance du Malin sans doute lui trouvant trop de pouvoirs pernicieux et à qui il faisait de l'ombre !



 

LE VOLEUR DE LUTINS (Marie Sylvie)

  

 




Lorsque j’habitais encore à Téloché 
Ma fille Gwendoline est rentrée un jour d’un vide‑grenier avec trois petites figurines de jardin : 
Trois lutins un peu décalé
Un peu vieillot
Un peu cabossés
Un peu vide-grenier
Mais pleins de charme.  
Elle les a installés dans le vaste terrain derrière la maison
Comme si elle leur offrait un royaume.  
Ils avaient l’air heureux
Posés là
Sous le vent
Sous la pluie
Sous les saisons.

Et puis un soir bien plus tard elle rentre du lycée avec un air inquiet.  
Elle me demande si j’ai rentré les figurines dans le garage.  
Non.  
Alors elle m’annonce qu’ils ne sont plus là.  
Disparus.  
Volatilisés.

Le lendemain à l’école elle apprend que le Bélinois est victime d’une vague de vols de nains de jardin.  
Une histoire qui circulait
Mi‑rumeur
Mi‑fait divers.  
Nous avons donc accepté avec un petit pincement au cœur d’avoir été volés.  
Trois lutins envolés comme ça sans prévenir.

L’affaire aurait pu s’arrêter là.

Mais au Printemps un matin très tôt l’agriculteur dont le champ entoure notre maison se met à hurler depuis son tracteur.  
Il venait d’abîmer son matériel : 
Son engin avait déterré… les figurines de jardin.  
Nos lutins.  
Là au milieu du champ enterrés comme un trésor mal caché.

Étrange.

Et puis un jour pris en flagrant délit nous voyons notre chien Massaï 
Un Saint‑Bernard au cœur tendre mais aux idées parfois très personnelles
Gratter avec ardeur dans le champ du paysan.  
Il enterrait quelque chose.  
Une  "cachoterie " comme disait ma fille.

Alors forcément on a imaginé notre voleur.  
Pas un adolescent du village.  
Pas un collectionneur de nains de jardin.  
Pas un lutin farceur venu reprendre ses droits.

Non.  
Juste Massaï
Notre géant à quatre pattes
Qui avait dû décider que ces trois lutins méritaient une vie souterraine
Un secret
Un jeu
Ou peut‑être un trésor à protéger.

Depuis chaque fois que je vois un lutin je pense à lui.  
À son sérieux de fossoyeur improvisé.  
À sa manière de transformer un simple jardin en terrain d’aventures.  
Et je me dis que parfois les lutins ne disparaissent pas : 
Ils changent juste de gardien.

 

Trouvé lutin et perdu raison (Kate)

 

Ce matin un lutin
a brisé mon cœur
n'a plus roulé patin
a fui mon bonheur
Pourtant
son sourire mutin
son petit accroche-cœur
son bel entrain
ses mots galants
promettaient des lendemains
de roi pas de mendiant
Mais son air moqueur
ses propos badins
son style dragueur
annonçaient la fin
d'une relation passagère
où le plaisir de plaire
annihilait toute raison

Me reste la mémoire
enchantée d'avoir fait sa connaissance
charmée d'avoir succombé
dans son antre sombre d'un soir

 

 

 

 

Plus rien ne ruisselle, Père Noël ! (Joe Krapov)

 



Se peut-il que nos lutins,
Piétaille, menu fretin,
Marchent, brandissent carton,
Réclament, badge au veston,
Sonorités argentines ?
Bref, que ces petits fripons
Sous mon fortin se mutinent ?

Plutôt qu'à saute-mouton,
Qu'ils jouent à brûle-poubelle ?


Cop. Ouest-France Redon

Pourquoi toutes ces tartines
Dès que sonnent les matines ?
Tels les Germanopratins
De mai au Quartier latin,
Rêvent-ils d'une catin
Sur un fauteuil en rotin
Qu'on lutine et qui cartonne ?

Au s’cours Sœur Emmanuelle, !
Plutôt qu'à brûle-poubelle,
Qu’ils jouent à claque-jarretelle !



Au matin des nuits de satin,
Dans le blanc du pays lapon,
A quoi donc rêvent ces pantins ?
D'être des Arsène Lupin ?
Dévaliser mon magasin ?
Ne plus vivre comme un rapin
Mais devenir de vrais rupins ?
Ne plus avancer à tâtons
Vers un avenir qui fout les j’tons ?

Plutôt qu’ces « C’est quand qu’on va où ? »,
Allez emballer les joujoux !

Ça suffit comme ça, mes lapins !
Vous n' touch’rez pas à notr’ butin,
Parole de nantis du gratin !
Des coups de bâton pour les gredins,
Des matons pour les malandrins,
On vous en donnera à foison !
Car vous nous cassez les arpions
A nous réclamer profs et pions !
Si c'est pour jouer l’ gambit letton
Vous allez goûter du gourdin !

Saint Laurent n'est pas mon cousin
Pour rien !



Déjà : privés de tarte Tatin
Et de cadeaux sous le sapin
A la Noël !
 

Défi #949

     Un truc costaud :   Nickel