samedi 25 avril 2026

Ont creusé profond

 

 


 

Walrus

Défi #921

  

Ça vous rappelle quelque-chose ?

 

Underground

 




 
 

Ont connu la trouille de leur vie (... ou pas)

 

  

 


   

Walrus ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;

Monsieur X ; Lecrilibriste ; Yvanne ; François ;

Joe Krapov

 

  

 

La Trouille du siècle (Joe Krapov)

 



L’homme avait des visons. Enfin, des visions. Quelquefois il considérait sa femme et voyait en elle un chameau. Cela n’était en rien insultant, dégradant ou même misogyne. D’ailleurs nous n’avons aucune raison d’en vouloir au camélidé. C’est un animal tranquille, utile, un tantinet exotique, certes, mais synonyme de régions chaudes, de tourisme et de vacances. Il est différent de nous en ce qu’il blatère alors que nous sommes, nous, du genre à déblatérer. 

Si celle à qui il s’était uni devant monsieur le maire et les familles réunies était à ses yeux un chameau, c’est en raison du fait qu’elle le véhiculait bien souvent.

Et donc, une semaine dans l’année, afin de l’en remercier, il lui offrait un désert, avec voyage en train, hôtel, restaurants. Il commandait le tout lui-même grâce à cet outil magique, Internet, où le client fait tout le boulot, fait chauffer sa e-carte bleue et où à l’autre bout on se contente d’encaisser la braise et de veiller à ce que le distributeur de café fonctionne bien à l’heure du breakfast.

On dit énormément de mal des déserts. C’est à tort. On nous méga-bassine avec les déserts médicaux, les déserts culturels mais de fait ces étendues de sable, ces zones blanches ou ces villes forcément minuscules aux yeux des habitant de l’antique Lutèce qui ne voient de bon bec qu’en leur tonitruante cité, nonobstant qu’en matière de bonbecs, le Mistral est gagnant-gagnant, ces bourgades que régente un officier de l’État à casquette qui, comme nous le suggère M. Daudet dans une lettre envoyée de son moulin, versifie des alexandrins au lieu de grands discours dans les étendues d’herbe verte (là où est le bonheur dixit M. Fort ?), tous ces territoires inconnus des richous qui s’en vont en avion à l’autre bout du monde contiennent d’infinies richesses et ce serait bien que le style de Marcel de Combray se barre de cet énoncé déjà bien longuet, ma foi !

Il faut juste aimer l’histoire, l’accumulation de vieux meubles, de tableaux, de statues, de choses et de faits d’autrefois.

Le dernier désert où l’homme a emmené sa femme vêtue d’un vison, d’un collier et d’un ridicule bibi se nommait Blois et était, est toujours le chef-lieu du Loir-et-Cher, ce morceau de France où habite la famille du gars Michel D., le chanteur nostalgique du café « Chez Laurette ».



On y trouve l’amusante Fondation du doute, un admirable musée des arts religieux, une cathédrale sans grand intérêt, une maison des acrobates, de belles images de gabares d’aujourd’hui et, au château, de belles images de bagarres d’autrefois. Ici, quarante-cinq favoris d’Henri III assassinèrent le duc de Guise et dans l’édifice religieux jouxtant le castel, Léonard de Vinci gît encore aujourd’hui en son humble tombeau.

***

Le midi, dans le restaurant où ils déjeunèrent, l’homme qui considérait sa femme comme un chameau eut une autre vision : celle du fessier ténu de la jolie serveuse, celle de ses cheveux roux, de son sourire naturel. Son amabilité, sa grâce, son aide en vue d’afficher le menu via un QR code le touchèrent. Était-ce un délit d’être ainsi séduit ? Quand on regarde le monde, quand on ne fait que regarder les gens, est ce un crime ? Quel en était le châtiment ? Est-ce que Dostoïev skie ?

Tout en discutant de Louis XII, d’Anne de Bretagne et de la salle des États-généraux, il regarda la femme de sa vie et au lieu du chameau, il vit un château ! Il songea à ce qu’ils vivaient ensemble, à toutes ces années écoulées en confiance totale et sa trouille du moment et ses questions idiotes s’évanouirent : l’homme qui regardait sa femme comme un château découvrit qu’il n’y avait en elle ni échauguettes, ni mâchicoulis ni surtout… aucune meurtrière !

C’est donc tout à fait rasséréné qu’il avala son faux-filet de bœuf, ses frites et sa salade.


N.B. 1

Cher Défiant·e·s du samedi, j’ai un chouïa la trouille de m’être bien gouré. Je crains fort d’avoir traité ici la consigne d’écriture 117 de Filigrane, l’atelier de Dame Licorne. Je suis effrayé de surcroît en constatant l’absence, dans tous les vocables de cette contribution, de la seizième des lettres du système utilisé en vue de constituer, avec des consonnes ou des voyelles, des syllabes, des mots, des énoncés et des romans fleuves dont le début nous causerait d’un mondain souffreteux qui durant des années se coucha de bonne heure ».

Je vous l’assure : j’ai les chocottes, je tremble des glaouis devant ce fait fort inquiétant : l’influence qu’exercent sur moi les affidés de Raymond Queneau et de l’autre Georges, celui qui arrive à faire des récits sans caser des« e » et des omelettes sans casser des œufs, devient vraiment très inquiétante. Dès demain, je vous en fais serment, je vais consulter !


N.B. 2

- C’est quoi ce charabia, Joe Krapov ?

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-)

Une fripuoille sème la trouille (François)

  


  

À cause d'une fripouille,

Il a failli mourir.

Emporté par la trouille,

Il en a mis du temps pour guérir.

 

Pendant qu'il était en train de dormir,

Un visiteur mal intentionné,

A crocheté sa porte sans coup férir,

Pour venir le voler.

 

Réveillé en sursaut,

Il se demandait ce qui lui arrivait,

Affolé par ce traître assaut,

Le voilà grandement menacé.

 

Il lui dit, la Bourse ou la vie,

Il était si pauvre le vieil homme,

Qu'il ne pouvait que perdre la vie,

Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne

 

Sans tenir compte de sa trouille,

Voilà que la fripouille

Regarde partout et fouille,

Et comprend qu’il va se retirer bredouille.

 

Il s'était trompé de porte,

Laissant sa victime à l'agonie.

Qui voit que son cœur s'emporte,

Demandant au secours de lui sauver la vie.

 

Phénomènes naturels et croyances. (Yvanne)

  

Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.
Les conflits de voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça aussi il adorait...

De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.

Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.

C'est moi qui ai eu le fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.
Assurément ce n'était rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A l'écouter moi aussi j'ai eu peur.

C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre.

 

 

J’m’envolerai (Lecrilibriste)

 

 

A 20 ans, j’avais peur de mourir
Peur ?
Plus que la peur ! Oui !
Frousse ?
Plus que la frousse ?
Plus que la frousse encore ? Oui !
J’avais la TROUILLE
Une véritable TROUILLE
Qui vous tord le ventre
Qui vous fait battre le cœur
Qui vous empoisonne le jour entier !
Dès que j’avais un bobo
Dès que j’étais vasouille

J’AVAIS LA TROUILLE !

 Maintenant que j’ai vieilli
Je n’ai plus peur de mourir
J’ai rempli ma vie
Je continue à la remplir
Jusqu’à ce que la coupe soit pleine
Et verse !
Alors J ’m’envolerai, volerai 

Mais quand je réfléchis
Ce qui me fout la trouille aujourd’hui
C’est la maladie qui vous cloue au lit
Qui vous grignote jour après jour
Qui vous fait mal
Qui vous déshumanise…. 

Alors, je prie St Joseph
Il parait que c’est lui qui procure
Les morts douces
C’est une copine qui me l’a dit !
Et  j’ m’envolerai, volerai »

 


 

Un temps périt (Monsieur X)

 


Le temps se gâte.
Un ciel de plomb
Fera qu'éclate
Un sanglot long.

Bien sûr, on aperçoit encore
Des prés verts, des balcons fleuris...
Là-bas, sur la plage, on se dore.
Toi, tu souris.
Encore.
Mais... 

Le temps se gâte. 
Tout doucement. 
Sur l'onde plate, 
La brise ment. 

Je te l'accorde, on danse encore. 
Et pas qu'au pays des souris.
Et ta sincérité t'honore
Lorsque tu ris. 
J'adore !
Mais...

Demain se brouille.
Plus tard est noir. 
Moi, j'ai la trouille.
Sans le vouloir.

Les heures sombrent dans le trouble ; 
Un temps périt, un autre vient, 
Un autre pire qu'un de chien... 
Ou bien... le vin me fait voir double.
 
 
 

 

Barnabé Réal, gare ! (Kate)

  

Barnabé

tu m'as eue avec ta bonne bouille
de grand bébé
et su empêcher que je bafouille
Malgré tes airs désintéressés
j'ai foncé
j'avais un peu la trouille
Eh ! Eh !
Touchée, charmée
j'ai réalisé
que je pouvais te parler
sans être bredouille
Mais pour peu que notre entente déplaise
qu'une inconnue
sur toi jette son dévolu
et n'éteigne les frêles braises de notre amitié
Le temps a passé
L'été
cette fripouille
où chacun vadrouille
L'automne, l'hiver
plus ou moins austères
et le printemps
depuis quelques temps
bidouille
soufflant chaud, froid
nous enchantant toi
moi

Barnabé Réal, gare !
Ne rougis pas ni ne t'égare !

 

Trouille de Souillé (Marie Sylvie)

 


  


J’avais dix ans
Pas plus.  
Ma mère m’avait envoyée chercher mon père au bistrot.  
C’était tard
Un de ces tard où même les chiens dorment.  
Le chemin je le connaissais par cœur
Mais cette nuit‑là il avait une drôle de figure.  

Au bout de quelques pas j’ai senti quelqu’un derrière moi.  
Pas un bruit franc non.  
Juste une présence.  
Un poids dans le dos.  
Un pas qui collait au mien.  

Pour vérifier j’ai tourné vers la plage de Souillé.  
Un chemin bordé d’arbres
Serrés comme des vieux qui murmurent.  
Là‑dedans la nuit était noire comme du goudron.  
Si quelqu’un me suivait il serait obligé de tourner aussi.  

Et il a tourné.  
L’ombre
La vraie.  
Pas un rêve
Pas un bruit de bête.  
Quelqu’un.  

Alors j’ai couru.  
Couru comme une gamine qui veut juste rester vivante.  
Je n’étais pas une trouillarde
Mais là… c’était la peur qui décidait.  

Dans le noir je n’ai pas vu l’ornière.  
Mon pied s’est tordu d’un coup sec.  
La douleur m’a coupé les jambes.  
Je suis tombée
Roulée dans le fossé comme un sac de grain qu’on jette.  

Et puis plus rien.  
Le trou noir.  
Évanouie.  

C’est sûrement ça qui m’a sauvée.  
Le fossé m’a avalée
La terre m’a cachée.  
Le type a dû perdre ma trace
Faire demi‑tour
Disparaître.  

Lorsque j’ai rouvert les yeux il faisait déjà clair.  
J’avais froid
J’avais mal
J’étais sale.  
Et si mes sous‑vêtements n’avaient pas gardé la marque de la peur
J’aurais peut‑être cru que tout ça n’était qu’un mauvais rêve.  

Mais non.  
La trouille
La vraie
Celle qui vous attrape par la nuque
Je l’ai rencontrée là
Dans ce chemin de Souillé
Et elle m’a laissée repartir
Mais jamais indemne.


             Je suis sortie du fossé
             Mais pas de cette nuit-là.

 

Trouillard (Vegas sur sarthe)

  


"Poussez! Poussez que diable!" C'est sur ces mots rassurants aboyés par un praticien aux oreilles de ma mère que j'en suis arrivé là.
On dit que j'ai mis du temps à pointer mon nez dans ce monde de brutes comme si je cherchais la marche arrière et ça ne me surprend guère, alors qu'aujourd'hui dans la sérénité des cliniques zen, des mamans périduralisées pondent des marmots aussitôt prêts à mordre la vie à pleines gencives!
Je ne saurais dire si c'était à cause de l'haleine fétide du praticien ou des nibards de la sage-femme mais j'ai appris très tôt à baisser les yeux.
Très tôt c'est à dire dès la cour de récré.
Entre les cogneurs accros à la bagarre, les bavards avec leurs histoires de Toto et les silencieux réfugiés dans l'ombre des platanes j'ai choisi mon camp. C'était décidé ou plutôt c'était ainsi je serais trouillard.


J'ai longtemps cru que les trouillards étaient naturellement de petite taille. Parmi les nains j'aurais pu naître joyeux ou même atchoum mais non, j'étais trouillard. Pourtant j'étais joyeux, un peu amoureux de Blanche Nèje ma voisine mais d'abord trouillard.
Pour moi le trouillard était petit et donc destiné au premier rang de la classe, celui sur qui pointe le doigt qui le propulse sur l'estrade et le vertigineux écran noir, celui dont les oreilles vermillon servent de référence au cours de peinture.
Le trouillard a aussi la responsabilité quotidienne de contenir la meute d'affamés qui l'écrase sur la porte de la cantine en lui arrachant des "Poussez pas" inaudibles.

Dans les réunions de famille le trouillard est celui qu'on fait monter sur la table pour chantonner du Guy Béart tandis qu'un aïeul sourd comme un pot lui lance des "Pousse gamin! Pousse plus fort!"  
Puis avec le temps notre trouillard s'affirme - du moins le croit-il - au point d'être capable de fixer des yeux pendant une heure le bout de ses rangers en tête d'un troupeau de bidasses indisciplinés.
Le même trouillard aguerri - mais pas guéri pour autant - osera même repousser les avances d'une greluche boutonneuse au prétexte qu'il est venu à la boum pour apprécier la musique et que les filles c'est pas son truc.

Quelques décennies plus tard, notre trouillard n'aura conservé de sa timidité qu'une collection - oui je collectionne les trouillards célèbres - et parmi eux moins de nains que de grands trouillards par la taille comme De Gaulle, Jacques Brel ou un certain Zinédine...
Devant autant d'exemples de réussite sociale notre trouillard a envie de dire merci à la vie - tout nain qu'il est - et d'adresser un discret pied de nez à tous ces forts en gueule.

"Poussez! Poussez fort!" ne cesse de me répéter mon psy alors je pousse chaque semaine, allongé sur son sofa en fixant l'horizon incertain de mes orteils recroquevillés.
J'ai même l'impression d'avoir grandi et je devrais me ménager car à trop pousser je vais finir boute-en-train ou même extraverti et ça me fait vraiment peur.
Je suis comme cet oiseau qui piaille sous ma fenêtre dès l'aurore et s'envole au moindre souffle d'air, et comme lui je sais qu'un jour viendra où j'irai me cacher pour mourir.

 

Potamologie (Walrus)

   

Cette science étudiant les fleuves et rivières nous apprend que l'Escaut,  production française se répandant en Belgique, y possède plusieurs affluents dont la Haine.

J'ai vécu un temps le long de la Haine

Cette rivière a elle-même un affluent (ne tenez pas compte de la première ligne du lien) : la Trouille ! (et celle-ci un affluent artificiel, le Trouillon disparu vers 1960).

Je vous vois venir : non, je n'ai pas vécu le long de la Trouille !

Encore que...

J'ai fait mes études secondaires à Mons, capitale du Hainaut (Hainaut, Haine, vous voyez le lien ?) et ville du confluent de la Haine et de la Trouille.

Cette fréquentation quasi quotidienne et pluriannuelle de la Trouille m'a mithridatisé :

 

Peur de rien !

Sauf de mon ombre... 

 

  

 

samedi 18 avril 2026

Défi #920

  

Comme disait Lou Deprijck,

"On verra tout à l'heure
si vous n'avez pas peur !"

  

 

Trouille

  

  


  

 

Ont peut-être échappé aux épines

 

 

 


  

Walrus ; Lilousoleil ; JAK ; Monsieur X ;

Marie Sylvie ; Kate ; Yvanne ; Joe Krapov ;

François

 

LA STRAMOINE (François)

 

 

Très vite, il a voulu goûter,

À l'herbe du diable,

Il fallait voir comme il était agité,

Toute son attitude devenant abominable.

 

La toxicité de la stramoine,

Peut-vous faire faire des folies,

Même chez un humble moine,

Ce qui en soi serait une grande anomalie.

 

Tous ses effets sont psychotropes,

Et terriblement opérant,

Ils peuvent détruire votre amour-propre,

En adoptant un comportement navrant.

 

Même si vous voulez jouer un tour,

A votre plus grand ennemi,

Devant cette fleur, faites un détour,

Retenez-vous : C’est promis ?

 

 

Logogriphe de la stramoine (Joe Krapov)

 


Qu’est-ce qui a pris à la matrone
Pour qu’elle assaisonne
De stramoine
Son minestrone ?

La stramoine est l’herbe des fous !
Et depuis ma sortie de table
Le peu de raison que j’avais
Se ratatine !

J’ai des visions irraisonnées !
Tourbillon dans l’estaminet !

Dans la marmite de l’auberge
Flottent des trimarans,
Aristos de la mer,
Aux côtés de trirèmes.

A bord de ces galères
Pour qu’on rame et qu’on trime
Un maton la ramène
Avec son martinet.

Un joueur de tam-tam
Assassine la sonate
A Creuse-heure
Et même quelquefois – avouez qu’il faut le faire ! -
Des airs de Stromaé !

Au moment de l’entrée
- Une terrine du chef si j’ai bonne mémoire -
J’ai quitté la marine et me suis amarré
Aux marches du palais.

Je suis alors témoin
Du bel assassinat
Du moine Raspoutine,
Homme à tout faire du tsar
Dont on dit qu’il ramone même
Les cheminées de la tsarine.

On lui entame l’estom’,
On lui troue l’abdomen !

Malgré son bon maintien
Il tombe de sa masse
Mais – Oh, Rino, c’est rosse ! -
La messe n’est pas dite :
Le mec, matois, résiste !

On l’assomme, on le traîne,
Semant son raisiné
Sur la route romaine
Et – en voiture, Simone ! -
On le balance dans la Néva,
Histoire qu’il fasse de la natation
Jusqu’à la mer !

Triste destin pour le minet
Devenu star grâce à Boney * !

Streamer des messes au monastère,
C’est moins de stress !

***

[Ici suit un long délire plein de minarets, de minoteries, de tritons, de Martiens, de rotations et d'aventures de Martine dont je vous fais grâce !]

***

Pour moi tout va bien ! Je ne suis pas mort !

Grâce à Saint-Rémi
Je voyage en train.



Une semaine dans l’année
Je vais dans la vallée des rois,
J’assois Marina sur le trône
(elle est ma reine)
Et je ramène à la maison,
Depuis Amboise,
Saint-Antoine et son cochon,
Une cousine d’Isaure à la mine aussi triste
Et le souvenir de Denis Papin,
L’inventeur de la cocotte-minette !





Femmes parfaites. (Yvanne)

  

 


Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.

Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.

Depuis quelques semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement de Marc.
Eva, lors de son rendez vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym, trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre ! Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour découvrir le pot aux roses.

Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.

Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.

Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...

 

  

Cocktail venu du fond des âges ! (Kate)

 


Comme Austremoine se serait appelé Stremonius et Stromae s'appelait Paul Van Haver le stramoine surnommé pomme épineuse, chasse-taupe, herbe des sorciers (etc.) s'appellerait datura officinal, officiellement "datura stramonium".  Circé s'en serait servi de narcotique pour transformer les compagnons d'Ulysse en cochons et Condorcet se serait suicidé avec un cocktail de ce poison et d'opium... Tout cela au mode conditionnel.

 

"Affreux sorcier déguisé en fleur" ! comme l'explique Alain Bonjean avec de belles photos prises tout près d'ici : "Aïe !" Je n'ai pu, pour ma part, photographier que cette plante qui n'est pas celle dont on parle mais celle que j'ai à proximité en ce moment : la clématite.


Le stramoine, dont l'étymologie est incertaine serait issu d'un mot catalan : estremoni, ce qui rejoindrait (toujours au conditionnel), et la boucle serait bouclée (dirions-nous) pour revenir à Saint Austremoine (saint local), dont le nom Stremonius serait gallo-romain... Ah ! Le latin n'a pas dit son dernier mot !

 

Enfin, pour rester dans la sorcellerie, la formule "Am stram gram" (oui "stram" !) d'origine germanique voire chamanique fait écho à ce stramoine... mais de là à écouter Mylène chanter "L 'Âme stram gram", peut-être pas...

 

LA DOUCEUR QUI MORD (Marie Sylvie)

 

 


  

Je suis d’abord attirée par la blancheur de cette fleur.  
Elle me parle
Peut-être parce que moi aussi j’aime m’habiller de blanc
Comme si la lumière pouvait devenir une seconde peau.

Je me penche vers elle
Confiante
Pensant trouver une douceur sœur
Une innocence tranquille
Mais la Stramoine me surprend :  
Sous son éclat pur je sens une pointe
Une vigilance
Presque une défense.

Je ne lui ressemble pas.  
Moi en robe longue et blanche
Je ne suis pas cette fleur qui hérisse ses bords  
Pour tenir le monde à distance.  
Et pourtant…  
Je reconnais quelque chose d’elle en moi :  
Cette nécessité silencieuse de se protéger pour survivre
De garder une frontière
Même fine
Entre ce que je donne 
Et ce que je préserve.

La stramoine me rappelle que la beauté peut être armée
Que la lumière peut avoir ses angles
Et que la douceur n’est jamais naïve.  
Elle veille comme je veille.  
Elle se tient debout.

La stramoine se tient debout elle.  
Moi je ne le peux plus.  
Je reste alitée
Dans ce monde qui m’oblige à la patience
Mais ma force ne dépend pas de mes jambes.  
Elle circule autrement.

Je ne me dresse pas comme cette fleur
Mais je veille moi aussi
Depuis mon lit qui est devenu mon poste d’observation
Mon lieu de résistance douce.  

Je ne suis pas armée comme elle
Je n’ai pas ses piquants
Mais j’ai appris
À ma manière
À protéger ce qui en moi demeure vivant
À garder ma lumière intacte 
Même lorsque le corps se fait fragile.

La stramoine se défend par ses bords.  
Moi je me défends par ma lucidité
Par ma douceur qui refuse de céder
Par ma façon de rester présente  
Même immobile.

 

Ont creusé profond

      Walrus ;