samedi 9 mai 2026

Défi #923

 

 

Une petite chevauchée ? 

 

Walkyrie

 

 

 

 

Ut valent ?

  


  

Monsieur X ; Walrus ; Marie Sylvie ; Kate ;

Yvanne ; Joe Krapov ; François ;

 

 

UN VALÉTUDINAIRE (François)

  

un alétudinire

 

 

C'est un valétudinaire,

Il n'est pas gâté par la vie.

 

Avec son air maladif,

Il ne peut guère plaire,

Son comportement est dissuasif.

Franchement, il ne fait pas envie.

 

Il est atteint de cacochyme

Avec ce côté délabré,

C'est cette raison qui l’anime,

À se laisser aller.

 

Est-il vraiment malade,

Ou inquiet pour sa santé ?

Dans ses problèmes, il se balade,

Parfois jusqu'à satiété.

 

La Livraison de cidre (Joe Krapov)

 





Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais, je l’avoue avant qu’on ne me torture, je ne participe que de loin à la bonne marche du monde. C’est trop dangereux. Au siècle dernier on m’a envoyé faire le guignol pendant un an à Mourmelon-le-Grand. J’aurais pu y devenir une victime de l’adjudant Chanal de sinistre mémoire. Le treillis militaire m’allait comme une robe en steak à Rika Zaraï, paix à son âme et à son saint-bain de siège.

C’est pourquoi, bien que membre de l’association des Tisseurs de contes, je ne me suis pas inscrit comme bénévole pour le festival « Fabula » qui a lieu ce week-end à Rennes. J’irai donner un coup de main à 17 heures, je ramasserai les chaises, j’essuierai la vaisselle comme je fais d’habitude si on me le demande mais je ne veux pas faire partie d’une équipe avec un ordre de mission. C’est ça le luxe. Pour le calme, c’est mieux d’être tout seul et pour la volupté, ma recette est top secret.

Cependant, je peux arguer d’avoir fait partie de l’équipe « Descente de bouteilles » du festival. Je m’en vais vous narrer ça.



***

Je suis tranquille ce jeudi matin sur mon ordinateur à nettoyer des enregistrements du concert donné la veille quand la sonnette de la rue retentit. Je vais à l’interphone et une voix féminine me prévient que c’est pour la livraison de cidre Coat-Albret.

- Oui, je descends.

Ma colocataire qui me connaît bien mais communique peu sur les aspects matériels et administratifs de la vie qui, c’est vrai ,ne me font pas sauter de joie au plafond, ne m’a pas laissé d’informations au sujet de cette livraison. Une fois le portail ouvert, je tombe nez à nez avec une charmante jeune femme en tablier qui a déjà sorti quatre cageots de bouteilles pleines sur un diable.

- Où est-ce que je les entrepose ?

- Attendez, je remonte chercher la clé du garage.

L’Histoire ne retiendra sans doute pas grand-chose de Jacques Chirac, un grand flambard qui a bien profité de la vie et du pouvoir. Moi j’ai juste retenu son dicton selon lequel les emmerdes volent en escadrille. Évidemment, Marina Bourgeoizovna qui est partie faire les courses en voiture pour ce satané festival a emmené la clé du garage avec elle. Ça c’est l’emmerdement n° 1.

Je me rabats sur la cave et je redescends avec la clé. Là je tombe sur l’emmerdement n° 2. Bien qu’il ne pleuve jamais en Bretagne, de l’eau est tombée du ciel depuis deux jours sans discontinuer. Du coup l’entrée de la cave est inondée d’au moins cinq bons centimètres de flotte.

Heureusement je traîne chez moi pieds nus et en claques. Me voilà donc parti pour un très imprévu marathon de transbordement. Parce que des cageots de douze bouteilles il n’y en n’a pas que quatre. Il y en a quatorze. Plus quatorze cubitainers de jus de pomme mais eux je peux en porter deux à chaque fois.



A la fin de la corvée l’entrée de l’immeuble est une vraie pataugeoire et l’escalier de la cave rivalise avec les chutes du Niagara question taux d’humidité.

J’explique à la livreuse que ce n’est pas pour ma consommation personnelle mais pour un festival de contes mais je me demande si ce n’est pas plutôt un festival d’alcooliques.

Il s’avère que je n’ai rien à signer – ni à payer, heureusement ! – et nous prenons congé.

Sur le coup de midi, quand elle revient des courses j’informe ma coloc de la livraison. Vous, je ne sais pas, mais moi je déteste de plus en plus les colères des natives d’un signe de feu (Madame est bélier deuxième décan alors que moi quand je la vois faire des éruptions volcaniques comme ça, je me sens comme le dernier des cons).

- Mais c’était pas ici qu’il fallait livrer, c’est à la ferme de la Harpe ! T’aurais pu m’appeler !

Voilà que ça va être ma faute maintenant ! Le détroit d’Ormuz et Tchernobyl aussi, pendant qu’on y est ?

Furibarde, il n’y a pas d’autre mot, elle rappelle M. et Mme Coat-Albret et les incendie au téléphone. Elle obtient qu’ils repassent dans l’après-midi reprendre les cageots et les cubis pour les emmener à Villejean.

***

« On est toujours trop bon avec les femmes ! » a décrété Raymond Queneau dans ses œuvres de Sally Mara (pourquoi j’ai retenu ça, moi ?). Moi je suis un modèle du genre inverse.

A la fin du repas, avant que je n’aille prendre le bus pour aller faire ma partie d’échecs hebdomadaire, je lui propose de remonter les cageots de la cave dans le garage pour qu’elle n’ait pas à se mouiller les arpions en présence du livreur.

Et donc j’ajoute à mes cannes d’avant-festival une épreuve de vingt et une montées des marches avec un cageot au bras comme le fait si bien ….. ….. [inscrivez ici le nom de l’acteur ou actrice que vous détestez le plus dans la profession cinématographique, sachant que pour Gérard Depardieu il faut compter plutôt en camions-citernes qu’en cageots].

Voilà les faits. Qu’eût-ce été si j’avais été du genre valétudinaire !

Quand même ! S’il y a une deuxième édition de « Fabula », je demanderai à Mme Anne-Marie, l’organisatrice en chef, de prévoir une équipe « Descente de bouteilles... pour les remonter une heure après ». Si on barre la deuxième partie de l’intitulé, je suis sûr qu’il y aura des amateurs pour me filer un coup de main !





Chroniques félines au port de Marseille. (Yvanne)

  


  • Salut Coco !

  • Tiens ! Te v'là Hermès ? Juste à temps pour ma dose de sardines !Bonne mère, quelle mine ! D'où sors-tu ?

  • Ne m'en parle pas ! De nulle part. Mais j'ai fait de la ronron-thérapie toute la nuit.

  • Peuchère ! De la ronron quoi ?

  • Ah ça ! Bien sûr, tu ne connais pas, toi qui passes ta vie à marauder partout au lieu de t'instruire un peu.

  • Je suis pas un chat de riche, moi. J'ai pas ta culture, moi. Et...Tu veux savoir ? Je m'en fiche.

Toi, tu dois feinter pour venir ici tandis que je vais où je veux, quand je veux.

- Allez ! On ne va pas commencer à se chamailler. La preuve que je ne suis pas snob : je suis                         là avec toi. Pourtant, tu n'es guère appétissant avec ton pelage mité.

  • Oh ça va ! Pas eu le temps de faire une grande toilette. J'avais trop faim. Mais la ronron je ne sais quoi tu m'as pas expliqué !

  • Madame était stressée hier soir après une scène avec Monsieur. J'ai l'habitude. Ils n'arrêtent pas de se quereller. Et souvent pour la même chose. Monsieur demande avec un clin d'œil coquin : « nous dînons ce soir Bertille ? » Ce à quoi Madame répond invariablement : «Enfin Conrad vous savez bien que c'est impossible. Je suis valétudinaire. »

  • Elle est vétérinaire ta patronne ?

  • Peuh ! Laisse tomber. Elle est malade le soir pour son mari mais sûrement pas l'après midi pour le jardinier... Je m'en fiche un peu de leurs disputes, remarque. Mais ensuite, je dois soigner. Pour le fun.

  • Mazette ! Tu m'épates. Dis voir ! Tu la soignes comment ?

  • Ben, en faisant de la ronron-thérapie justement. Madame m'installe sur son ventre et je suis assigné à résidence toute la nuit.

  • Je suppose qu'elle compense avec des croquettes de premier choix et des friandises. J'ai jamais compris pourquoi, toi, si bien nourri, tu aimes à venir sur ce quai puant. Avec le nom que tu portes, ta place se trouve plutôt dans les salons parfumés.

  • Trop drôle ! Il me semble que toi aussi tu portes – mal, d'ailleurs - un nom d'effluve. Si elle te voyait Mademoiselle Coco ! Écoute, tu ne vas pas t'en plaindre je suppose si je viens par ici ? Je te donne mes sardines. Mais ce n'est pas seulement pour toi, mon cher ami que je passe de temps en temps au port.

  • C'est vrai, tu es sympa et comme tu ne manques pas d'adresse, je suis bien servi. Té vè ! Je me demande ce qu'ils fabriquent nos deux vieux sur leur rafiot. Ils ont tellement d'arthrose qu'ils n'arrivent plus à sortir la poiscaille des filets. Et moi, j'ai la dalle. Ils devraient prendre leur retraite, tiens !

  • Arrête ! S'ils ne te nourrissaient pas, toi et ta clique, je me demande comment vous subsisteriez. Les souris, ce n'est pas votre mets préféré parce qu'elles ne vous tombent pas dans la gueule toutes rôties. Il faut un peu les courser avant. Vous passez votre temps à dormir ou faire des galipettes et des petits ! Regarde un peu ! Tous les jours, il y a une portée de plus dans le coin.

  • Haha ! Tu es jaloux ? Tu ne risques pas d'avoir des aventures toi puisqu'il te manque l'essentiel. Vise un peu les mouflettes à droite. Va leur demander si je suis manchot.

  • Mais...Mais... ! Je vais te surprendre : je peux quand même. Tu veux que j'aille semer mes phéromones chez tes minettes ? On verra bien qui elles choisiront la prochaine fois. Si tu n'étais pas mon copain, nous aurions conclu depuis longtemps, figure toi. Si je viens ici...

  • Et bien voilà ! Pendant que tu lorgnes ce qui t'appartient pas, le Borgne a attrapé au vol la première sardine. Je ne vais pas la lui disputer : il est mauvais comme une teigne et il ne rêve que de m'arracher les yeux depuis que je lui ai taxé sa copine.

  • Quel courage ! Je crois effectivement qu'il vaut mieux l'éviter celui là. Sa nouvelle amie est bien à mon goût si tu vois ce que je veux dire. Et d'une ! Et de deux ! Le voilà ton petit déjeûner tout frais, râleur ! Profite bien. Moi, je vais me mettre au chaud. A demain.

 

Vale ! (Kate)

 

 

"Vale !" : adieu, porte-toi bien (littéralement), la santé est importante.

Et aussi le célèbre "Ave" (bonjour, salut) synonyme de "salve" (sois en bonne santé) : essentiel.

Valétudinaire, donc ?

 

Même racine étymologique mais j'entends aussi "valet"... qui m'évoque aussi majordome, donc Angleterre et le film "Les Vestiges du jour".

Il s'étale sur plusieurs périodes et débute avec James Stevens (Anthony Hopkins) qui se remémore sa vie de majordome. Son père, William Stevens, "sous-majordome" (Peter Vaughan) vieux, malade, valétudinaire. Un rôle secondaire mais pourtant très important, joué par un grand acteur.

Pour encore un touche d'Angleterre et un brin de nostalgie, une chanson de Paul quand il avait seize ans et plus proche de nous et plus mélancolique, un poème chanté par le moins jeune Daniel...

Valétudinaire, donc !

 

(Peter Vaughan

dans un épisode d'"Amicalement vôtre", parmi ses nombreux rôles ; extrait du livre

)

 

 

LE PAYS OÙ JE CONTINUE (Marie Sylvie)

  


  

 

Je n’ai pas attendu la vieillesse pour devenir valétudinaire.  
Le mot est venu me trouver bien plus tôt
À cinquante‑trois ans
Comme un verdict sans appel.  
Je n’ai pas choisi cette lenteur
Ni cette immobilité
Ni ce pays étrange où l’on vit allongée comme on habiterait une île isolée.  
J’y ai été projetée
Le rachis cervical brisé
Le corps marqué par des violences qui ont laissé des cicatrices visibles et d’autres que personne ne voit.

Depuis je vis dans un monde où chaque jour commence par une négociation avec la douleur.  
Elle est là avant même que j’ouvre les yeux.  
Elle me précède
Me suit
M’enveloppe.  
Elle n’a pas besoin de frapper à la porte : 
Elle vit ici
Avec moi.

Je pourrais dire que je m’y suis habituée
Mais ce serait mentir.  
On ne s’habitue jamais vraiment à souffrir.  
On apprend seulement à composer
À respirer entre deux vagues
À tenir debout intérieurement lorsque le corps
Lui
Ne peut plus.

Et dans cette vie couchée
Une autre présence s’est installée : 
La peur.  
Pas une peur spectaculaire non.  
Une peur sourde
Tenace
Qui se glisse dans les interstices de mes pensées.  
La peur que mon mari se lasse.  
La peur qu’un jour il regarde ma fragilité comme un fardeau.  
La peur qu’il se dise qu’il mérite mieux qu’une femme qui ne peut plus marcher
Plus sortir
Plus rire comme avant.

Je sais que cette peur vient de la douleur.  
Je sais que c’est elle qui dramatise
Qui amplifie
Qui transforme chaque doute en catastrophe.  
Je sais que mon cerveau
Épuisé
N’a plus la force de trier le vrai du faux.  
Mais savoir n’empêche pas de ressentir.

Alors parfois je lui dis :  
《 Et si un jour tu en avais assez ? 》
Et lui
Avec cette façon un peu brusque qu’il a d’aimer
Me répond que je suis ridicule.  
Ridicule de croire qu’il partirait.  
Ridicule de penser que je ne suis plus agréable.  
Ridicule de laisser la douleur me dicter des scénarios qui n’existent pas.

Je devrais le croire.  
Je veux le croire.  
Mais la souffrance est une brume qui déforme tout
Même les certitudes les plus solides.

Pourtant il est là.  
Jour après jour.  
Il reste.  
Il m’aide.
Il me parle.
Il s’agace parfois.
Il rit parfois.
Il vit avec moi dans ce pays valétudinaire où je n’aurais jamais voulu l’entraîner.  
Et dans ses gestes
Dans sa présence
Dans sa fidélité silencieuse
Il y a une vérité que la douleur ne peut pas effacer :  
Je ne suis pas seule.

Je ne suis pas un poids.  
Je suis une femme blessée oui
Mais vivante.  
Une femme qui pense
Qui écrit
Qui ressent.  
Une femme qui transforme l’immobilité en clairvoyance
La lenteur en écoute
La fragilité en lucidité.

Je suis valétudinaire
Mais je ne suis pas abandonnable.  
Je suis valétudinaire
Mais je suis aimée.  
Je suis valétudinaire
Mais je suis encore moi 
Entière
Sensible
Debout à l’intérieur.

Et peut‑être qu’un jour
Lorsque la douleur fera un peu moins d’ombre
Je verrai ce que lui voit déjà :  
Que je vaux la peine que l’on reste.


 

Et ça continue encore et encore... (Walrus)

   

Non seulement il nous colle valétudinaire, mais pour bien enfoncer le clou là où ça fait mal, il en profite pour ajouter cacochyme. C'est un sadique le mec !

Tout ça, juste pour "faire de son jan" comme on dit par ici (en brusseleir donc)...

Pourquoi pas "grabataire" tant qu'il y est ?

Moi, je me contente de "souffreteux", c'est plus dans mes cordes.

Mais si on creuse un peu, on en trouve quelques autres de mots autour de cette situation, à croire qu'elle préoccupe pas mal de monde.

Si la chose vous passionne, je vous invite à creuser de votre côté.

Je vais quand même vous en donner un étrange lié à Voltaire que je ne connaissais même pas (le mot, pas François-Marie Arouet) : Égrotant !

Ce qui ne laisse pas de m'inquiéter :  j'ai atteint l'âge auquel Voltaire est décédé !

Je m'en vais de ce pas me mettre au lit, faut rester prudent...

 

 

 

Là où le monde est loin (Monsieur X)

  



Que plus un chef ne me maltraite ! 
Je me refuse à tout effort
Pour fainéanter d'une traite
Jusqu'à la veille de ma mort ;
J'ai bien mérité ma retraite ! 

Vivre sous contrat m'a déplu. 
Ce temps est enfin révolu. 

J'ai trimé comme un perce-neige 
Coincé dans un hiver menteur ; 
Quelquefois, j'ai pensé : que n'ai-je
Pas tenté d'être un profiteur
Quand d'autres faisaient du manège ! 

Vivre pour moi, j'en ai rêvé. 
Ce temps est enfin arrivé. 

J'ai mis l'amour dans une boîte 
Jetée au feu ; je ne veux plus 
Me dépenser pour un corps moite
Dont le cœur me tiendrait reclus
Au fond de sa loi trop étroite ! 

Vivre à ta guise m'a déplu. 
Ce temps est enfin révolu. 

Je dors - c'est extraordinaire ! -, 
Je dîne à l'heure de mon choix ! 
Loin d'être un valétudinaire, 
Grâce au si bon air ardéchois, 
Je pourrais finir centenaire... 

Vivre avec moi, j'en ai rêvé. 
Ce temps est enfin arrivé. 

J'ai la beauté de la nature,
Et, par moment, sa cruauté. 
Elle est mon eau, ma nourriture, 
Ma compagne, ma liberté, 
Mon lendemain, ma sépulture. 

Mais comme je reste un terrien, 
Ne me manque-t-il vraiment rien ? 




 

samedi 2 mai 2026

Défi #922

  

Quoi ?
Vous auriez préféré "Cacochyme" comme moi ?

 

Valétudinaire

 


 
 

Ont creusé profond

 

 


 

Walrus ; Marie Sylvie ; Kate ; Lecrilibriste ;

Joe Krapov ; François ;

 

 

Comme sur du velours (Kate)

   

- Mon chou, tout me ramène à Bruxelles...
- Surtout moi ?
- Oui et la soirée "Underground" !
Mais après avoir vu le programme et pas trop emballés par celui-ci, on a préféré aller boire un verre dans un endroit aux lumières tamisées, enfoncés dans des fauteuils en velours, Lou Reed en fond sonore, on a parlé art moderne, "underground" et puis cuisine en rentrant.
- Owi Owi, tu la connais ?
- Ah oui ! Fouette-moi !
- Elle habite à Bruxelles, je crois.
- Oui. J'ai son livre.
- "Chaud froid" ?

- Non, "À foutre au four"...
- Ah ! Ah !
- Tiens, regarde. Quelle recette tu veux ?
- Ben, j'hésite... Rien à la banane ?
- Non...
- Ah ! Mais il y a une playlist !
- Oui, pour chaque recette.

- J'hésite entre "Poulet Balzaza" et "Poulet Sirocco"...
- Alors, je note pour demain, j'achèterai du poulet, du miel d'acacia, etc. Il est tard, mon frigo est vide, je suis crevée...
- Et dans ton placard ?

- Rien ! Même pas une boîte de soupe ! J'ai quelques bananes que je peux faire flamber au rhum.
- Magnifique  !

 

Under ground music (François)

  


  

Ils ne veulent pas de cette culture

De masse, préférant un autre mode de diffusion,

La ligne officielle ils la caricaturent,

Parfois jusqu’à la marginalisation.

 

L'artiste s'exprime en toute liberté,

Cassant les codes à la mode,

À sa manière il cherche à interpréter.

Aux normes, il s'inféode.

 

Il s'exprime dans des lieux alternatifs,

Désaffectés, caves ou autre endroit secret,

Ils ne sont pas faits pour les cabarets.

Agissant avec des communicants très actifs.

 

Du jazz naitra le mouvements Punk et Techno

L’underground music a su évoluer,

C’est une culture alternative

Parfois agressive et subversive.

 

De multiformes groupes ont pu s’exprimer,

Avec leur propre tempo.

 

 

 

Le Défi du samedi est-il underground ? (Joe Krapov)

 


Nous voici rendus de nouveau dans cette fin de l’alphabet où le choix des mots devient si limité que l’animateur de ce défi dictionnarien du samedi est contraint de puiser dans les vocables d’une autre langue pour faire plancher l’araignée que nous avons dans le plafond.

Je me souviens avec presque regret d’une prolixe défiante qui poussait ici jadis à cause de cela des cris d’orfraie. J’allais écrire des cris d’or frais d’après la ruée mais la ruée vers Laure est copyright Pétrarque.

Ce n’est pas à cause de ce franglais envahissant que je vais botter en touche aujourd’hui. C’est à cause de l’étiquette, de la manie de coller des étiquettes et des définitions sur toute manifestation de l’esprit humain.

Êtes-vous, sommes nous underground ?

S’affranchit-on ici des règles esthétiques traditionnelles et des valeurs établies ?

La réponse est « Non ». C’est la liberté qui règne. Et au diable les règles quand il s’agit, comme le chante Anne Sylvestre d’« écrire pour ne pas mourir ».

Par contre les valeurs établies, de Proust à Michel Houellebecq, on a le droit aussi, dixit Daniel Pennac, de ne pas lire quand on suspecte qu’on va s’emm’nuyer !

Reste-t-on en marge des circuits de production et de diffusion habituels ?

Oui, et c’est tant mieux. On n’a pas de comptes à rendre aux milliardaires activistes proches de l’extrême-droite qui investissent dans les médias.

Sinon "Underground" est un film d’Emir Kusturica dont la musique signée Goran Bregovic est très chouette mais je ne sais pas si j’arriverais à le revoir – j’ai le dévédé -.

Sinon, oui, "underground" dans le sens de « métro », j’aurais pu vous chanter « Le Trou de mon quai » mais je l’ai déjà fait en mai 2021 :


Le Poinçonneur des Lilas ? La Jeune fille du métro ? Le Meeting du Métropolitain ?

Allez, parce que c’est vous et que l’underground se permet tout y compris les drogues interdites et les hors sujet, je vous gratifie du «Tango stupéfiant» de Marie Dubas enregistré samedi dernier en public dans mon salon de thé culturel préféré.




Underground BBC (Lecrilibriste)

  

  

 

Loin du tumulte, narguant les des bruits de bottes

Bat le cœur sourd de l’Underground qui parle l’authentique

Petits refrains malicieux que radio-Londres émet

L’onde rebelle diffuse aux quatre coins de la France

Dans l’obscurité fertile des caves à charbon

Les mots bouillonnent dans l’ombre

Et la France prend le relais

L’oreille collée la radio le Grand-Père écoute

Il fait taire les enfants, l’instant est trop précieux

Pour que leurs facéties altèrent les paroles

Et les petits refrains s’allument comme braises

Crépitent en mille étincelles d’attente

Où chacun attend la phrase qui fera « tilt »

Qui relancera le désir de combattre

« le cerisier sera en fleur au muguet »

« le sapin reste toujours vert »

« la cigale chantera au matin »

Petites phrases naïvement codées

Qui font sourire par leur ingéniosité

Qui réveillent les âmes, les extraient du chaos

Leur insufflent l’envie de résister

De ne pas baisser les bras, jamais !

Jusqu’à la diffusion ultime

« les carottes sont cuites »

Qui Enfin, annoncera la VICTOIRE

 

 

LÀ OÙ L'AIR MANQUE (Marie Sylvie)

  


  


Je savais que les adultes descendaient toujours là‑bas
Dans cette partie interdite de la ferme.
Un endroit sombre
En contrebas
Presque sous terre. 
Un lieu où je n’avais pas le droit d’aller
Et qui me faisait peur rien qu’à l’imaginer. 
C’était mon premier underground
Un territoire où les voix devenaient plus dures
Où les gestes se faisaient secrets.

Ce jour‑là j’ai voulu m’éloigner d’eux. 
Me cacher. 
Trouver un endroit où leurs jeux d’adultes ne pourraient pas m’atteindre.
J’ai vu le vieux congélateur où l’on gardait les graines pour les volailles
Les lapins
Les chevaux
Et tout ce qui grattait dans les murs. 
Un coffre blanc
Posé dans l’ombre 
Telle une trappe vers un monde enfoui.

Je me suis glissée dedans. 
Je croyais que ce serait un refuge. 
Un abri sûr 
Où personne ne penserait à me chercher. 
Un souterrain improvisé
Choisi pour disparaître un moment.

Mais la porte s’est refermée
Et tout est devenu noir. 
Un noir compact
Sans fissure
Sans échappée. 
L’air s’est épaissi d’un coup
Chargé de poussière de graines
D’odeurs lourdes qui me brûlaient la gorge. 
J’entendais les adultes juste derrière
Si proches que je pouvais deviner leurs pas
Mais incapables d’imaginer que j’étais là
Enfermée
À retenir mon souffle.

Dans ce coffre j’ai compris ce que veut dire disparaître. 
Être vivante
Mais sans issue. 
Être là
Mais sans espace. 
Un underground sans rails ni tunnels :
Juste un froid immobile
Un noir compact
Et la peur qui s’installe pour longtemps.

Depuis mon corps n’a jamais rouvert la porte. 
Le noir me serre. 
Les pièces étroites me coupent l’air. 
Je porte encore en moi ce souterrain d’enfance
Ce lieu clos où j’ai appris trop tôt que l’on peut être enfermée 
Sans que personne ne s’en rende compte.

 

 

Oui, ça me rappelle quelque-chose ! (Walrus)

   

 


 

Ça me rappelle mes premières leçons d'anglais deuxième langue où (il n'y avait pas de labos de langues, le matériel d'enregistrement étant très rare et coûteux à l'époque) j'ai passé mon premier trimestre sans écrire un mot d'anglais : il fallait transcrire le discours du prof en langage phonétique, ça c'est de la méthode !

J'y ai appris (entre autres) qu'underground signifiait sous-sol mais aussi que c'était le nom du métro londonien.

Bien des années plus tard, à l'époque où j'ai pu admirer les crêtes iroquoises multicolores autant que fluo des punks de Great Yarmouth (j'y suis passé en me rendant de mon camp de base d'Aldeburgh chez des amis écossais dans leur caravane de Sea Palling), j'ai assisté consterné à la naissance puis l'extension de la musique et même la culture Underground.

Elle a fait un tabac à l'époque cette musique et plein de tubes !

Logique finalement quand on sait que les Londoniens appellent familièrement leur Undergound de métro "The tube"...

 

samedi 25 avril 2026

Défi #921

  

Ça vous rappelle quelque-chose ?

 

Underground

 




 
 

Ont connu la trouille de leur vie (... ou pas)

 

  

 


   

Walrus ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;

Monsieur X ; Lecrilibriste ; Yvanne ; François ;

Joe Krapov

 

  

 

La Trouille du siècle (Joe Krapov)

 



L’homme avait des visons. Enfin, des visions. Quelquefois il considérait sa femme et voyait en elle un chameau. Cela n’était en rien insultant, dégradant ou même misogyne. D’ailleurs nous n’avons aucune raison d’en vouloir au camélidé. C’est un animal tranquille, utile, un tantinet exotique, certes, mais synonyme de régions chaudes, de tourisme et de vacances. Il est différent de nous en ce qu’il blatère alors que nous sommes, nous, du genre à déblatérer. 

Si celle à qui il s’était uni devant monsieur le maire et les familles réunies était à ses yeux un chameau, c’est en raison du fait qu’elle le véhiculait bien souvent.

Et donc, une semaine dans l’année, afin de l’en remercier, il lui offrait un désert, avec voyage en train, hôtel, restaurants. Il commandait le tout lui-même grâce à cet outil magique, Internet, où le client fait tout le boulot, fait chauffer sa e-carte bleue et où à l’autre bout on se contente d’encaisser la braise et de veiller à ce que le distributeur de café fonctionne bien à l’heure du breakfast.

On dit énormément de mal des déserts. C’est à tort. On nous méga-bassine avec les déserts médicaux, les déserts culturels mais de fait ces étendues de sable, ces zones blanches ou ces villes forcément minuscules aux yeux des habitant de l’antique Lutèce qui ne voient de bon bec qu’en leur tonitruante cité, nonobstant qu’en matière de bonbecs, le Mistral est gagnant-gagnant, ces bourgades que régente un officier de l’État à casquette qui, comme nous le suggère M. Daudet dans une lettre envoyée de son moulin, versifie des alexandrins au lieu de grands discours dans les étendues d’herbe verte (là où est le bonheur dixit M. Fort ?), tous ces territoires inconnus des richous qui s’en vont en avion à l’autre bout du monde contiennent d’infinies richesses et ce serait bien que le style de Marcel de Combray se barre de cet énoncé déjà bien longuet, ma foi !

Il faut juste aimer l’histoire, l’accumulation de vieux meubles, de tableaux, de statues, de choses et de faits d’autrefois.

Le dernier désert où l’homme a emmené sa femme vêtue d’un vison, d’un collier et d’un ridicule bibi se nommait Blois et était, est toujours le chef-lieu du Loir-et-Cher, ce morceau de France où habite la famille du gars Michel D., le chanteur nostalgique du café « Chez Laurette ».



On y trouve l’amusante Fondation du doute, un admirable musée des arts religieux, une cathédrale sans grand intérêt, une maison des acrobates, de belles images de gabares d’aujourd’hui et, au château, de belles images de bagarres d’autrefois. Ici, quarante-cinq favoris d’Henri III assassinèrent le duc de Guise et dans l’édifice religieux jouxtant le castel, Léonard de Vinci gît encore aujourd’hui en son humble tombeau.

***

Le midi, dans le restaurant où ils déjeunèrent, l’homme qui considérait sa femme comme un chameau eut une autre vision : celle du fessier ténu de la jolie serveuse, celle de ses cheveux roux, de son sourire naturel. Son amabilité, sa grâce, son aide en vue d’afficher le menu via un QR code le touchèrent. Était-ce un délit d’être ainsi séduit ? Quand on regarde le monde, quand on ne fait que regarder les gens, est ce un crime ? Quel en était le châtiment ? Est-ce que Dostoïev skie ?

Tout en discutant de Louis XII, d’Anne de Bretagne et de la salle des États-généraux, il regarda la femme de sa vie et au lieu du chameau, il vit un château ! Il songea à ce qu’ils vivaient ensemble, à toutes ces années écoulées en confiance totale et sa trouille du moment et ses questions idiotes s’évanouirent : l’homme qui regardait sa femme comme un château découvrit qu’il n’y avait en elle ni échauguettes, ni mâchicoulis ni surtout… aucune meurtrière !

C’est donc tout à fait rasséréné qu’il avala son faux-filet de bœuf, ses frites et sa salade.


N.B. 1

Cher Défiant·e·s du samedi, j’ai un chouïa la trouille de m’être bien gouré. Je crains fort d’avoir traité ici la consigne d’écriture 117 de Filigrane, l’atelier de Dame Licorne. Je suis effrayé de surcroît en constatant l’absence, dans tous les vocables de cette contribution, de la seizième des lettres du système utilisé en vue de constituer, avec des consonnes ou des voyelles, des syllabes, des mots, des énoncés et des romans fleuves dont le début nous causerait d’un mondain souffreteux qui durant des années se coucha de bonne heure ».

Je vous l’assure : j’ai les chocottes, je tremble des glaouis devant ce fait fort inquiétant : l’influence qu’exercent sur moi les affidés de Raymond Queneau et de l’autre Georges, celui qui arrive à faire des récits sans caser des« e » et des omelettes sans casser des œufs, devient vraiment très inquiétante. Dès demain, je vous en fais serment, je vais consulter !


N.B. 2

- C’est quoi ce charabia, Joe Krapov ?

- J’ai bien peur d’avoir pondu un lipogramme en p à partir de la première photo et du bouquin « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau » ! ;-)

Une fripuoille sème la trouille (François)

  


  

À cause d'une fripouille,

Il a failli mourir.

Emporté par la trouille,

Il en a mis du temps pour guérir.

 

Pendant qu'il était en train de dormir,

Un visiteur mal intentionné,

A crocheté sa porte sans coup férir,

Pour venir le voler.

 

Réveillé en sursaut,

Il se demandait ce qui lui arrivait,

Affolé par ce traître assaut,

Le voilà grandement menacé.

 

Il lui dit, la Bourse ou la vie,

Il était si pauvre le vieil homme,

Qu'il ne pouvait que perdre la vie,

Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne

 

Sans tenir compte de sa trouille,

Voilà que la fripouille

Regarde partout et fouille,

Et comprend qu’il va se retirer bredouille.

 

Il s'était trompé de porte,

Laissant sa victime à l'agonie.

Qui voit que son cœur s'emporte,

Demandant au secours de lui sauver la vie.

 

Défi #923

    Une petite chevauchée ?    Walkyrie