Quoi ?
Vous auriez préféré "Cacochyme" comme moi ?
Valétudinaire
- Mon chou, tout me ramène à Bruxelles...
- Surtout moi ?
- Oui et la soirée "Underground" !
Mais après avoir vu le programme
et pas trop emballés par celui-ci, on a préféré aller boire un verre
dans un endroit aux lumières tamisées, enfoncés dans des fauteuils en
velours, Lou Reed en fond sonore, on a parlé art moderne, "underground" et puis cuisine en rentrant.
- Owi Owi, tu la connais ?
- Ah oui ! Fouette-moi !
- Elle habite à Bruxelles, je crois.
- Oui. J'ai son livre.
- "Chaud froid" ?
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- Non, "À foutre au four"...
- Ah ! Ah !
- Tiens, regarde. Quelle recette tu veux ?
- Ben, j'hésite... Rien à la banane ?
- Non...
- Ah ! Mais il y a une playlist !
- Oui, pour chaque recette.
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- J'hésite entre "Poulet Balzaza" et "Poulet Sirocco"...
- Alors, je note pour demain, j'achèterai du poulet, du miel d'acacia, etc. Il est tard, mon frigo est vide, je suis crevée...
- Et dans ton placard ?
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- Rien ! Même pas une boîte de soupe ! J'ai quelques bananes que je peux faire flamber au rhum.
- Magnifique !
Ils ne veulent pas de cette culture
De masse, préférant un autre mode de diffusion,
La ligne officielle ils la caricaturent,
Parfois jusqu’à la marginalisation.
L'artiste s'exprime en toute liberté,
Cassant les codes à la mode,
À sa manière il cherche à interpréter.
Aux normes, il s'inféode.
Il s'exprime dans des lieux alternatifs,
Désaffectés, caves ou autre endroit secret,
Ils ne sont pas faits pour les cabarets.
Agissant avec des communicants très actifs.
Du jazz naitra le mouvements Punk et Techno
L’underground music a su évoluer,
C’est une culture alternative
Parfois agressive et subversive.
De multiformes groupes ont pu s’exprimer,
Avec leur propre tempo.
Loin du tumulte, narguant les des bruits de bottes
Bat le cœur sourd de l’Underground qui parle l’authentique
Petits refrains malicieux que radio-Londres émet
L’onde rebelle diffuse aux quatre coins de la France
Dans l’obscurité fertile des caves à charbon
Les mots bouillonnent dans l’ombre
Et la France prend le relais
L’oreille collée la radio le Grand-Père écoute
Il fait taire les enfants, l’instant est trop précieux
Pour que leurs facéties altèrent les paroles
Et les petits refrains s’allument comme braises
Crépitent en mille étincelles d’attente
Où chacun attend la phrase qui fera « tilt »
Qui relancera le désir de combattre
« le cerisier sera en fleur au muguet »
« le sapin reste toujours vert »
« la cigale chantera au matin »
Petites phrases naïvement codées
Qui font sourire par leur ingéniosité
Qui réveillent les âmes, les extraient du chaos
Leur insufflent l’envie de résister
De ne pas baisser les bras, jamais !
Jusqu’à la diffusion ultime
« les carottes sont cuites »
Qui Enfin, annoncera la VICTOIRE
Ça me rappelle mes premières leçons d'anglais deuxième langue où (il n'y avait pas de labos de langues, le matériel d'enregistrement étant très rare et coûteux à l'époque) j'ai passé mon premier trimestre sans écrire un mot d'anglais : il fallait transcrire le discours du prof en langage phonétique, ça c'est de la méthode !
J'y ai appris (entre autres) qu'underground signifiait sous-sol mais aussi que c'était le nom du métro londonien.
Bien des années plus tard, à l'époque où j'ai pu admirer les crêtes iroquoises multicolores autant que fluo des punks de Great Yarmouth (j'y suis passé en me rendant de mon camp de base d'Aldeburgh chez des amis écossais dans leur caravane de Sea Palling), j'ai assisté consterné à la naissance puis l'extension de la musique et même la culture Underground.
Elle a fait un tabac à l'époque cette musique et plein de tubes !
Logique finalement quand on sait que les Londoniens appellent familièrement leur Undergound de métro "The tube"...
Il en a mis du temps pour guérir.
Pendant qu'il était en train de dormir,
A crocheté sa porte sans coup férir,
Il se demandait ce qui lui arrivait,
Il lui dit, la Bourse ou la vie,
Il était si pauvre le vieil homme,
Qu'il ne pouvait que perdre la vie,
Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne
Sans tenir compte de sa trouille,
Et comprend qu’il va se retirer bredouille.
Laissant sa victime à l'agonie.
Qui voit que son cœur s'emporte,
Demandant au secours de lui sauver la vie.
Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui
ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement
inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà
parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans
un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.
Les conflits de
voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son
vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et
visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son
dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça
aussi il adorait...
De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.
Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.
C'est moi qui ai eu le
fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris
une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus
proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père
expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez
son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce
n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui
de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.
Assurément ce n'était
rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un
ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A
l'écouter moi aussi j'ai eu peur.
C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre.
A 20 ans, j’avais peur de mourir
Peur ?
Plus que la peur ! Oui !
Frousse ?
Plus que la frousse ?
Plus que la frousse encore ? Oui !
J’avais la TROUILLE
Une véritable TROUILLE
Qui vous tord le ventre
Qui vous fait battre le cœur
Qui vous empoisonne le jour entier !
Dès que j’avais un bobo
Dès que j’étais vasouille
J’AVAIS LA TROUILLE !
Maintenant que j’ai vieilli
Je n’ai plus peur de mourir
J’ai rempli ma vie
Je continue à la remplir
Jusqu’à ce que la coupe soit pleine
Et verse !
Alors J ’m’envolerai, volerai
Mais quand je réfléchis
Ce qui me fout la trouille aujourd’hui
C’est la maladie qui vous cloue au lit
Qui vous grignote jour après jour
Qui vous fait mal
Qui vous déshumanise….
Alors, je prie St Joseph
Il parait que c’est lui qui procure
Les morts douces
C’est une copine qui me l’a dit !
Et j’ m’envolerai,
volerai »
Barnabé
tu m'as eue avec ta bonne bouille
de grand bébé
et su empêcher que je bafouille
Malgré tes airs désintéressés
j'ai foncé
j'avais un peu la trouille
Eh ! Eh !
Touchée, charmée
j'ai réalisé
que je pouvais te parler
sans être bredouille
Mais pour peu que notre entente déplaise
qu'une inconnue
sur toi jette son dévolu
et n'éteigne les frêles braises de notre amitié
Le temps a passé
L'été
cette fripouille
où chacun vadrouille
L'automne, l'hiver
plus ou moins austères
et le printemps
depuis quelques temps
bidouille
soufflant chaud, froid
nous enchantant toi
moi
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Barnabé Réal, gare !
Ne rougis pas ni ne t'égare !
"Poussez!
Poussez que diable!" C'est
sur ces mots rassurants aboyés par un praticien aux oreilles de ma
mère que j'en suis arrivé là.
On
dit que j'ai mis du temps à pointer mon nez dans ce monde de brutes
comme si je cherchais la marche arrière et ça ne me surprend guère,
alors qu'aujourd'hui dans la sérénité des cliniques zen, des
mamans périduralisées pondent des marmots aussitôt prêts à
mordre la vie à pleines gencives!
Je
ne saurais dire si c'était à cause de l'haleine fétide du
praticien ou des nibards de la sage-femme mais j'ai appris très tôt
à baisser les yeux.
Très
tôt c'est à dire dès la cour de récré.
Entre
les cogneurs accros à la bagarre, les bavards avec leurs histoires
de Toto et les silencieux réfugiés dans l'ombre des platanes j'ai
choisi mon camp. C'était décidé ou plutôt c'était ainsi je
serais trouillard.
J'ai
longtemps cru que les trouillards étaient naturellement de petite
taille. Parmi les nains j'aurais pu naître joyeux ou
même atchoum mais
non, j'étais trouillard.
Pourtant j'étais joyeux, un peu amoureux de Blanche Nèje ma voisine
mais d'abord trouillard.
Pour
moi le trouillard était petit et donc destiné au premier rang de la
classe, celui sur qui pointe le doigt qui le propulse sur l'estrade
et le vertigineux écran noir, celui dont les oreilles vermillon
servent de référence au cours de peinture.
Le
trouillard a aussi la responsabilité quotidienne de contenir la
meute d'affamés qui l'écrase sur la porte de la cantine en lui
arrachant des "Poussez
pas" inaudibles.
Dans
les réunions de famille le trouillard est celui qu'on fait monter
sur la table pour chantonner du Guy Béart tandis qu'un aïeul sourd
comme un pot lui lance des "Pousse
gamin! Pousse plus fort!"
Puis
avec le temps notre trouillard s'affirme - du moins le croit-il - au
point d'être capable de fixer des yeux pendant une heure le bout de
ses rangers en tête d'un troupeau de bidasses indisciplinés.
Le
même trouillard aguerri - mais pas guéri pour autant - osera même
repousser les avances d'une greluche boutonneuse au prétexte qu'il
est venu à la boum pour apprécier la musique et que les filles
c'est pas son truc.
Quelques
décennies plus tard, notre trouillard n'aura conservé de sa
timidité qu'une collection - oui je collectionne les trouillards
célèbres - et parmi eux moins de nains que de grands trouillards
par la taille comme De Gaulle, Jacques Brel ou un certain
Zinédine...
Devant
autant d'exemples de réussite sociale notre trouillard a envie de
dire merci à la vie - tout nain qu'il est - et d'adresser un discret
pied de nez à tous ces forts en gueule.
"Poussez!
Poussez fort!" ne
cesse de me répéter mon psy alors je pousse chaque semaine, allongé
sur son sofa en fixant l'horizon incertain de mes orteils
recroquevillés.
J'ai
même l'impression d'avoir grandi et je devrais me ménager car à
trop pousser je vais finir boute-en-train ou même extraverti et ça
me fait vraiment peur.
Je
suis comme cet oiseau qui piaille sous ma fenêtre dès l'aurore et
s'envole au moindre souffle d'air, et comme lui je sais qu'un jour
viendra où j'irai me cacher pour mourir.