Prière de répondre :
Questionnaire
Non, ce n'est pas un repenti,
Que le peintre a recouvert,
Mais si l’œuvre est réussie,
Magique peut être ce qui est recouvert.
On connaît la Palimpseste d’Archimède,
Antérieur à un texte liturgique,
Du 12e siècle, qui le dépossède,
De ses travaux mathématiques.
Sur un même support, le parchemin,
Le premier texte fut gratté, gommé.
Recouvert d'autres mots il connait le déclin,
Sur leur soutient les mots changent de destin.
Décrypté par les Paléographes,
De nombreux textes inconnus,
Sont à nouveau réapparus,
Ce que l'on pourrait concevoir comme des olographes.
Le palimpseste peut exprimer ses mystères,
Avec des révélations qui peuvent plaire.
Il a empâté avec le temps et l’abus de pâtes, l’estomac tapissé de pastis ou de Pepsi. Fan de Jean-Marie Pelt, tout occupé à ses semis, il est à la remorque pour ce qui est des applis, des mails, du slam ou des samples mais ça ne le gêne pas de perdre les pétales si sa mie l’aime à la folie sans que ça fasse un pli. La lampe tamisée, une fois alité·e·s, fi de la mise en plis, de la jupe plissée et des points de côté : leurs nuits sont tapissées d’étoiles amoureuses parce que le coeur palpite encore.
Je croyais le coffre fermé à
clé
Mais le tour de clé oublié
J’ai soulevé le couvercle
Et le vent a effeuillé les
pages
D’un vieux cahier griffonné
Au crayon, bien appuyé
Sur des carreaux Seyes
Sous le souffle léger
Les pages se sont tournées
Réveillant une empreinte
Au verso de chaque âge
Murmurant au hasard
Des souvenirs épars
Comme un vieux palimpseste
Sur ses pages le vieux cahier
Gardait les secrets
D’une trame de vie
Par les ans gribouillée
En filigrane inoublié
Ils sont une dizaine de
moines à vivre au prieuré artigien de la Saulière près de Brive
sous la règle des chanoines de Saint Augustin. Le site, isolé au
milieu d'une nature sauvage et cependant riante offre tous les
agréments nécessaires à ces âmes contemplatives. Les jours s'y
écoulent tranquillement, rythmés par les offices liturgiques et la
prière, le travail et les repas dans le silence du réfectoire.
Chaque frère se voit
imposer par le prieur des tâches bien précises. Parmi celles de
Frère Hélie il en est une qui consiste à s'occuper du scriptorium
afin d'assister les frères copistes Adémar et Odilon. Très
souvent, il en a assez Frère Hélie de gratter les parchemins qu'
Adémar et Odilon couvrent de leur écriture toute la sainte
journée sans en prendre soin ! Le prieur, Dom Aymeric délivre
avec parcimonie les supports qui coûtent cher mais rien n'y fait.
Les moines, surtout Odilon, continuent de souiller copieusement les
manuscrits en trempant leurs calames dans l'encre et Frère Hélie
n'arrête pas de gratter avec sa pierre ponce en faisant très
attention de ne pas endommager la peau. Et ce n'est pas tout :
il faut ensuite laver méticuleusement le palimpseste avec du lait et
du son d'avoine avant de le mettre à sécher pour qu'il soit en
parfait état pour être réutilisé. Mais Hélie se doit de servir
ses frères en toute humilité et il s'y applique du mieux qu'il
peut.C'est aussi lui qui fabrique l'encre à partir de noir de fumée
et prépare les roseaux pour les calames.
Quand il peut s'évader dans la nature pour accomplir son travail Hélie ne se sent plus de joie. Il aspire à ces moments de liberté où son âme simple se complaît. On le voit dévaler les pentes à toute vitesse comme s'il avait le diable aux trousses pour rejoindre son lieu favori. Son visage rond est fendu d'un large sourire qui ne le quitte plus. Parfois il a un peu honte de sa béatitude en se remémorant les paroles de Dom Aymeric qui assure qu'on ne peut être heureux ici bas que dans la prière. Alors Hélie se signe et demande pardon à Dieu mais son naturel reprend vite le dessus. Il est gai comme un pinson en rejoignant le ruisseau où il pêche quelques truites pour les repas de la communauté le vendredi. S'assurant d'un regard circonspect que personne ne l'épie, il retrousse vivement sa robe de bure, en glisse les pans dans sa large ceinture de cuir et patauge allègrement dans l'eau de la petite rivière. Comme il est heureux ! Tellement heureux qu'il pense naïvement que tout là haut le Seigneur le contemple avec bienveillance. Il nourrit ensuite les cygnes de l'étang venus à sa rencontre et prélève parfois quelques plumes pour le scriptorium. Les volatiles se laissent dépouiller sans rechigner ni mordre. Les animaux du prieuré aiment Hélie pour sa douceur envers eux et les soins attentifs qu'il leur prodigue.
Aujourd'hui, avant de grimper la colline et rejoindre l'abbaye pour l'offrande du soir, Hélie fait un petit détour pour s'assurer que tout est en ordre à la fontaine. Il est en charge de son entretien et s'en occupe avec une ferveur toute particulière. Son eau guérit les enfants atteints de scrofule. Il est fier car le prieur lui demande à lui et à lui seul de l'accompagner à la source miraculeuse quand un enfant se présente au monastère. En effet, les petits se laissent curieusement tremper dans l'eau par Hélie sans protester ni pleurer. Curieusement ils ne craignent par l'eau très froide, même en été, Hélie qui les soutient semblant leur communiquer sa chaleur corporelle. Qui fait des miracles ? L'eau ou bien le moine dont les prières ardentes pour guérir les bambins s'élèvent jusqu'au Ciel ? Nul ne le sait mais les résultats positifs ne sont pas discutables.
La cloche appelant aux vêpres vient de retentir. Frère Hélie, surpris et en retard regagne le prieuré aussi vite qu'il en est parti en début d'après midi. Il craint le regard sévère de Dom Aymeric mais il sait que le beau brochet qu'il rapporte saura l'attendrir. Même les hommes de Dieu ont leur petit péché mignon.
Le zapping l'ancêtre de scroller et swiper
Tu pestes encore mon cochon ?
Non... je pseste pas !
Mais... J'ai...
Pas l'impulsion pour agir, alors j'zappe !
Pas l'imprudence d'oser, alors j'zappe !
Pas l'improvisation habituelle, alors j'zappe !
Pas l'impression d'être hors sujet, alors j'zappe pas !
Pas l'impact escompté, alors j'zappe !
Pas l'impatience de laisser venir, alors j'zappe !
Pas l'importance de la mesure des mots, alors j'zappe !
Pas l'impuissance apprise à force de zapper...
N'aurais-je pas l'impudence de dénoncer ouvertement le zapping comme une forme de palimpseste ?
Dis-donc mon cochon, tu ronchonnes un max cette semaine ?
Ah bon, j'me souviens pas !
Je
ne gommerai plus la copie de ma voisine pour y inscrire des inepties
Je
ne gommerai plus la copie de ma voisine pour …
Je
ruminais en mon for intérieur en songeant qu'il me restait encore
quatre vingt dix huit lignes à copier sous le regard faussement
sévère de notre maîtresse.
Les grosses lunettes à monture
d'écaille qu'elle portait par souci d'autorité n'ôtaient rien à
ses jolis yeux bleus qui n'avaient besoin d'aucune correction, du
moins le croyais-je à l'âge où les mots myopie et presbytie
n'étaient pour moi qu'un supplice de plus, le dur combat du i et du
i grec!
Pour la petite histoire c'est à cette époque que j'appris quelle réputation on donne aux femmes à lunettes mais ayant déclamé haut et fort cette soi-disant vérité lors d'une réunion de famille, l'avoinée qui s'ensuivit m'ôta pour longtemps l'envie d'en savoir plus sur les moeurs des binoclardes.
Mais
je m'égare.
Ce
jour-là ma voisine de pupitre s'appelait Mauricette une rouquine
rondouillarde au sourire niais qui m'avait suffisamment humilié en
géographie pour mériter ma forfaiterie.
Elle
avait eu une crise de fou rire lorsque j'avais affirmé que la France
se situait au milieu du monde, donc bien placée.
Aussi
avais-je subtilisé sa copie pendant la récré pour y ajouter
quelques mots issus de mon imagination débordante.
En
lisant « sa » prose notre maîtresse apprit que :
« A
la fin des cours la connerie retentit »
« Le
caviard pousse dans des poissons très chairs »
« Les
os des jambes sont les tibias et les Pyrénées »
Si j'avais eu plus de temps j'aurais ajouté cette phrase évidente pour moi « Il faut faire ses devoirs à la maison … pour pouvoir dormir en classe »
Quand
j'aurais fini d'écrire mes cent lignes il me resterait à effacer
mes « inepties » sur la copie de cette gourde de
Mauricette.
J'aurais alors créé sans le savoir mon premier et
dernier palimpseste, un mot que j'aurais eu du mal à orthographier à
l'époque tout comme aujourd'hui.
Ce ferment-là n’est ni dans le chou ni la rose,
Mais la pluie a gorgé la souche du cyprès
Par l’éclair squelettique en la région morose,
Sous la place nommée : « Aux Gisants ci-après ».
Ils se sont relevés dans un feu d’artifice,
Sans souvenir aucun, sous le souffle jauni
D’un meneur en moonwalk hurlant pour son office,
La troupe a mis en train son grand corps dégarni.
Ô meneur, commandeur sur les glyphes du monde !
Que ton bras séculier, ton regard écorché,
Les emmènent ailleurs vers la source féconde,
Vers la vallée herbeuse au décor déhanché !
L’étoile marche droit au bas de la fissure,
L’horloge se trémousse en déambulations,
Et puis … l’Humain revient … ta femme s’en rassure,
Mais ton rire et tes yeux lui taisent les options …
PL
Je voudrais graver le dernier quatrain dans le marbre, ou plutôt sur une peau de mouton. Sur cette peau il y a déjá un ancien poème :
Le vent grignote,
les toits s’effacent,
ombre après ombre.
Donc je prends ma peau de mouton, un grattoir, puis un calame :
Pour « concatener » en patie avec :
L’étoile marche droit au bas de la fissure,
L’horloge se trémousse en déambulations,
Et puis … l’Humain revient … ta femme s’en rassure,
Mais ton rire et tes yeux lui taisent les options …
_____________________
Méthode :
Sous mes phrases,
il y a des phrases.
Je gratte –
un peu d’encre cède,
un peu de moi avec.
Ce que j’efface insiste :
une hanche de mot,
un verbe mal enterré,
le nerf d’une ancienne lumière.
J’écris par-dessus
comme on ment doucement,
pour ne pas réveiller
les morts exacts.
Mais ils remontent,
en filigrane,
dans les silences trop propres.
Alors je laisse
des manques,
des trous respirables,
et, sous la peau du texte,
quelque chose grésille encore —
un premier jet
qui refuse
d’avoir eu lieu.
…
Nous voilà partis pour écrire sur… de l’absence qui fuit. On ne choisit jamais la facilité, bien sûr, ici sur ce défi.
D’oú ensuite l’idée d’écrire ce « Poème en creux » :
Je traverse la peau
déjà griffée.
Rien ne tient longtemps
sous moi.
J’entre
par les failles,
je m’infiltre
dans les mots mal recousus.
Un toit hésite,
je le sens céder
grain après grain.
Je touche l’éclat
qui glisse encore
au bord de la fissure –
il me reconnaît.
J’ai remué des heures,
j’en remue d’autres.
L’horloge tressaille
et s’ombre
quand je passe.
Parfois quelqu’un revient,
ou croit revenir.
Je le prends
par les yeux.
Je n’efface pas :
je recommence.
Je laisse des traces
qui ne devraient pas rester.
Sous la laine raclée,
je travaille encore.
Je ronge,
je recommence,
je recommence.
Il va falloir gratter,
mais pas trop fort,
on ne sait jamais
si le passé est chatouilleux.
Sous cette
vieille encre
qui fait semblant d’avoir tout dit,
il y a peut-être
une blague oubliée du Moyen Âge.
Un moine
distrait
a peut-être écrit :
« penser à nourrir le chat »
entre deux prières très sérieuses.
Le
palimpseste ricane,
il cache ses secrets
comme un vieux carnet
qui refuse d’avouer ses ratures.
Je gratte,
je gratte,
et voilà qu’apparaît
une liste de courses millénaire :
pain, vin… et mystère.
Chaque
couche effacée
est une couche de plus
dans le mille-feuille absurde
de nos grandes idées.
Finalement,
on n’efface jamais vraiment,
on empile,
comme des chaussettes orphelines.
Et si au
fond
le sens de tout cela
était simplement
un gigantesque brouillon ?
Alors je
gratte encore,
mais en riant doucement,
de peur de découvrir
que quelqu’un, avant moi, avait déjà abandonné.
"JEAN-CHRISTOPHE" affiché dans le bureau de Mathilde, chère femme adorée ! Simplement mon prénom en lettres majuscules, ton idée, je t'adore depuis que je t'ai rencontrée, il y a dix ans, déjà, à cette conférence...
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C'est vrai que ma vie de célibataire très occupé par son travail s'est soudain transformée comme sous l'effet d'une baguette magique, d'une alchimie alliant ta beauté, ton intelligence, ton indépendance.
Mon métier d'archéologue m'amenant à voyager souvent, longtemps et loin ne t'a pas retenue d'accepter ma demande en mariage. Mes retours étaient désormais fêtés et le fait de rester seule la plupart de l'année avec la charge de la maison et de ton métier d'avocate -tu venais d'avoir ton diplôme, tu étais amenée à plaider ailleurs en France au gré des dossiers- ne te pesait pas.
Bonheur parfait, couple moderne, mes amis m'enviaient et me disaient souvent : "Veinard !"
Ce lundi de mars, comme tu étais absente pour la semaine, je me suis mis en tête de te faire une surprise : refaire la tapisserie un peu défraîchie de ton petit bureau. J'ai déplacé les quelques meubles et décroché le seul et unique tableau face à ton ordinateur. Le cadre était grand et lourd, je l'ai fait tomber mais heureusement la vitre ne s'est pas cassée. Au final, j'ai voulu le replacer au mur mais c'était impossible, il ne se refermait plus correctement. J'ai donc ôté la vitre et la feuille de papier m'a semblé très épaisse. Je l'ai soulevée et, au lieu de trouver simplement l'arrière du cadre, j'ai trouvé une autre feuille, légèrement froissée mais complètement identique. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Un autre "Jean-Christophe" ? J'ai souri intérieurement : ils sont pourtant rares ! En ne remettant pas cette feuille inutile j'ai facilement réussi à refermer le cadre : ni vu, ni connu.
Ne voulant pas la jeter, bien sûr, j'ai placé cette seconde feuille sur le plan de travail de la cuisine avec l'idée de l'encadrer dans mon propre bureau, peut-être. Le soir, deux amis, Jacques et Philippe sont passés et tout fier je leur ai montré mes travaux de rénovation. L'un d'eux m'a fait cette remarque amusante : "Tiens, Jean-Chri, une deuxième Jean-Chri ?"-oui, c'est comme ça que ma chérie m'appelle- et ça les amuse encore. On a parlé de toi, de notre rencontre :
- À une conférence ?
- Oui.
- Sur quoi ?
- Les manuscrits anciens, les palimpsestes...
La soirée s'est terminée assez tôt, j'étais fatigué. Tu m'as envoyé un texto, comme chaque soir et j'ai répondu par un bisou, notre "code". Seul, debout dans ton bureau, fenêtre ouverte, j'ai souri... De retour dans la cuisine pour un peu de rangement, j'ai pris délicatement le "deuxième JEAN-CHRISTOPHE", comme mes amis l'avaient nommé en rigolant quand, ouvrant le frigo, j'ai vu un demi-citron. Tiens... Si je le pressais dans un verre d'eau ? Amère potion qui m'a amené à me faire la réflexion suivante à cette heure déjà bien tardive de la journée : que fait ce citron alors qu'on n'en consomme pas ?
Un flash m'est venu. Dans le tiroir du placard, près des allumettes et des bougies, j'ai trouvé un briquet. Je l'ai aussitôt reposé : mais non, idiot que je suis... Je suis allé chercher le fer à repasser dans la buanderie et l'ai mis sur vapeur et l'ai tenu à bonne distance de la large feuille, près de mon prénom en lettres majuscules et j'ai vu lentement apparaître les lettres "ILIPPE"...
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Philippe ? Mon meilleur ami ? Bon... Besoin impérieux de m'asseoir, de boire quelque chose, de fumer une cigarette oubliée, l'esprit vide... Un sursaut enfin : plus fort que mes pressentiments, ma formation d'archéologue me poussant à continuer, j'ai repris le flambeau, en l'occurrence le fer, et j'ai continué l'exploration totale du document (oui ce qui était désormais devenu un "document")...
J'ai réchauffé très délicatement et entièrement le support mémoriel secret de ma jeune et tendre épouse, déterminé... Si je me doutais déjà un peu du résultat, ma surprise fut de taille !
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M'est venu en tête tout à coup le souvenir parfaitement clair de la question qu'elle avait posée lors de cette conférence où je l'avais rencontrée et le moment précis où j'étais tombé instantanément sous le charme de cette étudiante en droit : "que veut dire le mot palimpseste ?" et nos regards s'étaient croisés.
Mathilde, passionnée d'écrit... Non, plus Ma Thilde, comme je me plaisais à l'appeler mais Thilde, désormais...
Abattu, sonné, n'alignant plus une pensée valable, j'ai allumé la radio pour écouter l'émission de la nuit où les gens appellent pour des conseils, des soutiens et, juste après le flash d'info de minuit, une chanson...
Pas d'étymologie aujourd'hui !
Comment ?
Bien sûr que je la connais (mais sans doute pas pour longtemps) : je viens d'aller voir !
Comme vous l'aurez appris (à moins que vous ne l'ayez déjà su, grâce en soit alors rendue à votre érudition), le palimpseste est une récupération par grattage ou lavage d'un parchemin déjà utilisé pour lui donner un nouvel usage vu la cherté de ce support à l'époque où on l'utilisait.
On peut inférer de la chose que le texte que l'on s'était escrimé à faire disparaître avait alors été considéré comme de peu d'intérêt.
Ce qui me grattouille là-dedans, c'est qu'aujourd'hui, des équipes de petits curieux s'ingénient en s'aidant de techniques aussi ultramodernes que coûteuses, à retrouver les contenus originaux.
Ça me rappelle furieusement que sous quelques mots fléchés, malgré un gommage énergique, quelques traits fantomatiques laissent transparaître pour ma plus grande honte les idioties que j'avais imaginées avant de constater qu'elles ne collaient pas avec le reste de la grille.
Je vais installer un réceptacle à revues fermant à clé dans les toilettes !
Walrus ; Vegas sur sarthe ; Ecridelle ; Marie Sylvie ;
Cavalier ; Kate ; Nana Fafo ; elfeesens ;
Joe Krapov ; Lecrilibriste ; François ; Yvanne ;
- Tu viens Huguette ? On va aller en ville faire les soldes. Je t 'emmène.
- Bien vu Paulette ! Ça nous sortira de cette usine à fabriquer la mort qui sent la tambouille et le pipi.
- On en parle à Denise pour qu'elle se joigne à nous ?
- Ah non. S'il te plaît. Elle pousse des cris d'orfraie dès que je fais 100 mètres avec la voiture. Elle me déstabilise. Jeudi dernier elle m'a demandé de la conduire à la banque. Elle a tellement hurlé que je suis montée sur le trottoir. Heureusement il n'y avait personne. J'ai pas envie de me faire chouraver mon permis tu comprends. Ils attendent que ça ces pourris : sucrer le permis aux vieux. Déjà qu'on est des pompes à fric ! Tu te rends compte du prix du mouroir ?
- Bon bon. T'énerve pas Paulette. Tu vas t'acheter une babiole, ça te remontera le moral.
- Tu as raison. J'ai vu une doudoune dorée qui me plaît vachement. Mais je ne la prends que si elle est à moins cinquante...
Les deux amies, toutes guillerettes, se dirigent vers la zone commerciale de la cité. Huguette freine brusquement et se gare à la va comme je te pousse devant un grand magasin affichant l'enseigne prometteuse « Chez Cloclo, tout est beau . » La devanture laisse Huguette perplexe : pas trop son style ces fringues mais bon. Du reste elle n'a pas l'intention d'acheter. Paulette a déjà passé la porte et fait des ronds de jambe à Cloclo, un vieux beau qui lui fait des courbettes aussi.
Paulette fonce au rayon manteau et décroche, ravie, SA doudoune. Sans perdre de temps, elle l'essaie.
- Paulette, tu es sûre que c'est ta taille ?
- Mais bien sûr. Pourquoi ?
- Elle serre au niveau de la poitrine et des hanches. Et puis elle est seulement soldée à moins trente...
- Mais non, j'y suis à l'aise. 'Toute façon il ne reste que celle là. Je l'achète.
- Très bien. Tu as terminé alors ? On va prendre un café ?
- Attends une minute...
L'ami Cloclo, qui semble bien connaître Paulette se précipite avec une jupe plutôt...rock' n' roll d'un rouge...qui pique les yeux.
Éblouie, en plein shot de dopamine, Huguette s'engouffre dans une cabine et appelle sa copine.
- Elle me va trop bien tu trouves pas ? C'est tout à fait mon style.
Huguette, dubitative, est chargée de porter les achats pendant que Paulette se rue sur le rayon chaussures.
- Je n'ai plus rien qui avec tout ça. Je regarde juste...
Cloclo se démène et vante des bottines violettes ou ces escarpins avec une grosse boucle sur le dessus en assurant qu'ils sont du dernier cri. Il propose chaque paire à moins cinquante pour cent.
Nouveau shot de dopamine chez Paulette !
- Super ! Les deux pour le prix d'une ! C'est bon, je les prends.
Huguette pousse un soupir de soulagement quand Paulette s'approche de la caisse. Elle a terminé ses achats compulsifs songe l'amie qui trouve tout cela d'un goût plutôt douteux. Terminé ? Que nenni ! Au passage Paulette est tombée en pâmoison devant une étole bleu canard.
- Mais ça ne va pas du tout avec ce que tu viens d'acheter tente Huguette.
- Je sais avec quoi la porter et elle me plaît tellement...
Huguette paie et elles sortent de la boutique.
- Quand même ça me fait cher avoue t-elle mais c'est plus fort que moi. Quand j'aime je ne compte pas. C'est bien là le problème. En plus, je n'ai plus de place dans ma chambre. Je vais stocker chez Edouard.
Edouard est un brave homme tout content d'avoir les faveurs de Paulette. Il ferme les yeux devant l'amoncellement de vêtements que son amoureuse entasse chez lui. Ça ne le gêne pas : il n'a pas grand chose alors...
- Dis donc Paulette tu sais comment un ami à moi, Belge de son état, appelle ta …comment dire... ton addiction : l’oniomanie.
Paulette, un peu vexée :
- Qu'est ce que tu me chantes là ? Vous aimez les grands mots ton copain et toi. Je m'en fous : je me fais plaisir...avant de décaniller définitivement. Tu les mets où tes sous toi ? Et comment tu boostes ta dopamine au fait ? Tu veux que j'en parle à Edouard ?
Mais où va-t-il les chercher ces mots à cinquante centimes ?
Je ne l'ai trouvé ni dans le CNRTL, ni dans le Robert en ligne, lequel croit que votre orthographe est pourrie et vous propose de vous définir l'opiomanie ! ou vous offre la réponse suivante :
Eh oui, faut l'acheter la réponse de Robert!
Ce qui nous plonge en plein dans le sujet :
L'oniomanie, c'est en quelque sorte la fièvre acheteuse !
Évitez de confondre avec la fièvre aphteuse qui ne touche que les ongulés et que certaines personnes de mon enfance dénommaient, improprement, le croup, lequel s'en prend essentiellement aux jeunes enfants.
Si après ça vous vous exclamez à l'instar de Cyrano (une sorte d'association de Cynar et Cinzano) : "C'est un peu court, jeune-homme !", je peux vous écrire une rallonge moyennant une légère contribution financière de votre part...