samedi 26 septembre 2026

Défi #943

 

Un truc à la pointe :

 

Hallebarde

 


  

 

 

Ont produit des grommellements

 

 

 

 

 Laura ; Walrus ; François ; Kate ;

Nana Fafo ; Monsieur X ; Marie Sylvie ; Lilousoleil ;

Vegas sur sarthe ; Yvanne ; Joe Krapov ; Lecrilibriste ;

 

J'ai conjugué Grrooo... (Vegas sur sarthe)

  


En sortant les poubelles
en battant la semelle, je grommelle

En voulant te faire belle
forçant sur le rimmel, tu grommelles

Quand tout va de travers, que vous vous rebellez
c'est sûr vous grommelez

En coiffant ma tignasse, en trouant mes godasses
il fallait que je grommelasse

Qu'on ait la grosse tête ou qu'on ait le melon
les amis … grommelons !

 

 

Allons plutôt nous promener (Kate)

  

À quoi sert de grommeler
de marmonner de ressasser
sinon pour déplaire
Plutôt se taire
ou alors hurler
mais grommeler
à quoi bon ?
Vous me rétorquerez :
- Voyons,
Il faut bien exprimer
son mécontentement
sa déception
son désappointement
la perte de ses illusions...
Si vous voulez, 
je l’ai fait aussi
mais en vain
On n’en sort pas grandi
plutôt aigri
pas bien
tout petit
Dire tout haut ce qu’on pense
c’est plus intense
mais maugréer
tout bas
ça sert à quoi
sinon à s’enfoncer
Je le sais 
on le sait 
mais si grommeler
n’est qu’un moment passager
autorisons-nous à le faire
pour que l’étau qui nous enserre
se desserre
ça peut le faire...

 

Et si on allait tout simplement se promener
visiter
oublier
et voir ce que certains ont sculpté ?
 
(Issoire, septembre 2026)
 
 

Les pensées intimes de Ronchonchon (Nana Fafo)

 



J'aime pas...

M'en fout, j'aime pas le samedi matin.
M'en fout, j'aime pas écrire 
M'en fout, je suis gros et mêle toujours un coupable dans mes histoires. 

Alors je vous le dit, Walrus a encore frappé
et cette semaine ça tombe sur ma pomme !

Ce n'est pas de son chapeau (ou de son bonnet)
que notre maître du jeu sort ses mots.
Chaque samedi matin, il fait tourner la
machine à mots,
une sorte de lessiveuse pour lessiver nos méninges endormies et parfois endolories.

Comment ne pas imaginer que ce mot est une invitation à Ronchonchonner ?

M'en fout, j'aime pas grommeler car j'ai pas de barbe.
M'en fout, j'aime pas grommeler car quand j'ai quelque chose à dire, il faut que ça sorte.
M'en fout d'abord et avant toute chose.

Et voilà, comment Ronchonchon réagit au tirage des mots,
il réagit beaucoup mieux au tirage d'une bonne petite mousse.





Gâteaux bretons. (Yvanne)

 

 

Mon chien Ficelle se débattait sous mon bras. Il n'en avait pas assez, de toute évidence de poursuivre la volaille de Nana. Moi, en revanche, je me dépêchais de le soustraire – et moi avec - à la vindicte de la cousine, gardienne momentanée des lieux.
Je lui tournais le dos mais je l'entendais grommeler derrière moi. Je ne l'écoutais pas. Il valait mieux faire la sourde oreille parce que ses jérémiades et ses cris étaient adressés à ma personne je n'en doutais pas. Je regagnai mes pénates, enfermai Ficelle dans la maison et entrepris tranquillement le désherbage de mon jardin.

Je discutais avec François, mon voisin célibataire qui travaillait dans son potager limitrophe. Il me parlait avec désespoir de ses salades et autres légumes perdus par faute de la sécheresse. Lui aussi bougonnait en trouvant injuste de ne pouvoir arroser ses plantations alors que d'autres, aux alentours se prélassaient dans leur piscine.
- Il y en a que pour les riches dans ce pays. Ils n'ont qu'à aller se baigner dans la rivière. Elle n'est pas loin. Une piscine ! Avec toute l'eau qu'il faut ! Ah ça fait bien d'avoir une piscine. Ils disent que ça donne de la plus value à leurs maisons en béton. Tiens, voilà quelqu'un qui approche. Avec le cochon de Nana. Tu connais ?

Je me redressai vivement et observai avec stupéfaction l'arrivée de la cousine bretonne tenant en laisse un Ronchonchon récalcitrant d'une main et de l'autre un paquet couvert de papier aluminium.
Elle se dirigeait droit sur moi, ignorant l'ami François qui riait sous cape, tant l'attelage était comique. Pensez : un cochon grognon, une grosse ficelle autour du cou, avançant, contraint et forcé par la prise ferme d'une vieille femme bizarrement accoutrée. Moi, je ne riais pas. Je me demandais bien ce qu'elle me voulait. Elle me tendit sa boîte brillante.
- Tenez Madame. Je ne connais pas votre nom. Je vous ai fait un gâteau. Excusez moi pour hier. Mais vous savez j'avais peur pour ces pauvres poulettes.
- Oh merci ! Il ne fallait pas. C'est à moi de m'excuser pour les désordres de mon chien. C'est un kouign amann ?
- Non. C'est un quatre quart. J'ai ramassé les œufs pas trop cassés après votre départ. Je n'aime pas gâcher vous comprenez. Pour le kouign amann il faut beaucoup de beurre et demi-sel en plus. Ici, vous ne connaissez pas le beurre demi-sel. Bah vous ne savez pas ce que vous perdez.
- C'est très gentil. Encore merci. Vous promenez Ronchonchon ?
- J'ai pensé qu'il lui fallait de l'exercice. Il se prélasse à longueur de journée. Il est trop gros. Ce n'est pas bon. Et puis, j'avais l'espoir qu'il m'aide à faire mon tour en me tirant devant. Mes jambes ne me tiennent plus ma pauvre dame. Mais l'animal ne veut pas quitter la basse cour. Je vais rentrer. Bon appétit Madame. Au revoir. Je m'appelle Hortensia.

Hortensia ? Un prénom de circonstance mais je trouvais que la cousine n'avait rien des fleurs bleues ou roses de sa région. Sauf que très certainement elle ne courbait pas la tête sous le vent comme ses homonymes.
Je regardais d'un air dubitatif le paquet que je tenais à la main. Je me demandais si la cousine avait vraiment utilisé les œufs en omelette par terre devant le poulailler..
- Tenez François. Je n'aime pas les gâteaux.


Grincheux (Lilousoleil)

  

 

Le vieux nain fixait la porte de pierre avec la même expression qu'un client devant une file d'attente de quarante-cinq minutes. Les sourcils froncés, le nez rouge gonflé d'indignation, il semblait prêt à faire tomber la montagne de colère — ou au moins à l'insulter copieusement.

— « Parle, ami, et entre » ... grommela-t-il en lisant l'inscription pour la douzième fois. Traite-moi d'ami, toi, tu ne me connais même pas. C'est comme ça qu'on se fait enlever sa bourse dans les tavernes.

Derrière lui, la jeune femme aux cheveux blonds patientait avec le sourire diplomatique de quelqu'un qui a déjà vu ce nain râler contre une fontaine, un escalier, et une fois, mémorablement, contre un nuage.

— Peut-être qu'il faut juste dire « bonjour » ? proposa-t-elle d'une voix douce.

— BONJOUR ! hurla le nain à la porte, avec l'intonation de quelqu'un qui règle ses comptes.

La porte resta parfaitement, magnifiquement muette. Le nain la grommela une insulte que même les pierres préférèrent ne pas entendre, bougonna que de son temps, les portes magiques avaient le sens du respect, et s'assit lourdement sur une marche en déclarant qu'il ne partirait pas avant que cette maudite porte s'excuse.

La jeune femme alla chercher du thé. Elle savait que ça allait être long.

 

 

 

 

 

 

Les sabots de Papy Geo (Lecrilibriste)

 

 

Quand il faisait des sabots, Papy Geo
Qu’il posait le hêtre sur le billot
Et qu’il parlait à ses couteaux
Pour qu’ils fassent leur travail
Dans sa moustache il grommelait
Des mots que personne n’entendait
Pour le hêtre réduit en morceaux
Car il lui rendait hommage
Avant de l’entailler
Il lui disait qu’il allait être beau
Dans une nouvelle vie renaître
Et quand il commençait le creusage
Et qu’il passait au façonnage
Qu’il jonglait avec ses racloirs
Sa cuiller, sa tarière ou son boutoir
Dans sa moustache il souriait
Car il le voyait et il savait
Que le hêtre avait repris espoir
Quelques lignes à sculpter encore
Pour que sabot touche le cœur
De son futur acquéreur
Et quand il avait mis la bride
Au Cuir ciré travaillé et lustré
Sabot avait beauté d’alcide
Et Il s’écriait  Papy Geo
« Je te l’avais dit que je te ferais beau ! Idiot ! »

 

 

 

Utopie pacifiste (Joe Krapov)

 



Le sergent ne jure que par Neymar
Le lieutenant peut plus
le caporal bol
Le général râle
et même le maréchal grommelle.

La colère gronde dans la Grande muette,
Des grognards de l’empire
Aux grenadiers fraîchement moulus et déjà aigris
(fraîchement émoulus et déjà gris ?).

Tous les gouvernants,
Tous les politiques
en prennent pour leur grade,
On les gourmande, on les engueule :

Foutez la paix au Groenland !
Allez vous faire voir chez les Grecs !

Entre autres gracieusetés voilà ce qu’on entend :

- Va y a voir du grabuge !
On vous fera rendre grâce,
Bande de vieux grabataires grippe-sous !!
Graisseurs de pattes !
Pas grand-chose !
Grigous Picsoûlants !
Grandeurs grandiloquentes et disloquées !
Vaniteux graniteux amoureux des grand-messe médiatiques !
Egocentriques !
Graveleux !
Grapilleurs d’épaves !
Gratin cramé par le dessus !
Gros graves !
Amoraux tragi-comiques !

Et autres coups de griffe jamais vraiment grossiers
Car le militaire militant se soucie du Gandhi-ra-t-on.

- A partir d’aujourd’hui toutes les armées du monde sont en grève !
Plus question de risquer nos vies pour des gredins comme vous.
Nous ne croyons plus à vos grimaces, à vos grimoires, à vos grenouillages dans le bénitier du profit.
La révolte gronde !
Las d’être grugés !
Instaurons la grogne
et mettons un terme à votre gangrène !
Puisque vous ne nous foutez jamais la paix
Nous vous l’imposerons par la non-violence !

Nous déposons nos armes
Et nous sonnons l’alarme !

***

Le sergent ne jure que par Neymar
Le lieutenant peut plus
Le caporal bol
Le général râle
Et même le maréchal grommelle.





 

LES ANNÉES OÙ JE GROMMELAIS (Marie Sylvie)

 


 

La première fois que j’ai grommelé ce n’était pas un caprice d’enfant contrariée.  
C’était un grondement sourd
Un froissement de révolte dans la poitrine
Le jour où ma mère a décidé que ma majorité serait troquée contre quelques hectares de terre.  
Un mariage de convenance
Scellé comme un marché agricole.  
Je n’étais plus une jeune femme : 
J’étais une parcelle
Une valeur foncière
Une signature au bas d’un contrat qui n’était pas le mien.  
Alors j’ai grommelé 
Un son discret
Presque imperceptible
Mais qui disait déjà : 
Ce n’est pas ma vie.

Moins d’un an plus tard l’adultère de mon mari m’a offert une brèche.  
À cette époque c’était une faute grave
Un déshonneur qui ouvrait les portes du divorce.  
Je l’ai saisie comme on saisit une poignée dans le noir.  
Et ce jour-là j’ai grommelé de satisfaction
Un grommellement victorieux
Minuscule mais lumineux.  
J’avais réussi à me défaire d’un destin imposé.

Mais ma mère elle n’avait pas renoncé à disposer de moi.  
Sa revanche fut de me confier à l’un de ses amants
Un homme sadique
Plus âgé que mon père aurait pu l’être.  
Alors j’ai grommelé à nouveau 
Un grommellement lourd
Résigné
Qui disait : 
La liberté n’était qu’un mirage.  
Ce bruit intérieur allait devenir mon compagnon forcé.

Il m’a séquestrée pendant dix années.  
Dix ans où grommeler était ma seule manière de respirer.  
Il remplissait le frigo sans jamais tenir compte que j’étais végétarienne.  
Je vivais de pâtisseries fraîches comme si le sucre était la seule douceur autorisée dans un monde qui me broyait.  
Et malgré tout j’ai aimé cette gourmandise
Ce petit refuge clandestin au milieu de l’emprise.

Je grommelais chaque fois que je le voyais dans mon rétroviseur
Silhouette collée à ma vie comme une ombre malveillante.  
Un jour un contrôle de Gendarmerie :
Papiers
Alcootest.  
Il a cru que j’avais parlé.  
Alors il m’a brûlé la main à l’acide sulfurique.  
Ce grommellement-là n’était plus un murmure : 
C’était un cri étouffé
Un grondement de douleur qui ne pouvait pas sortir autrement.

Il m’a imposé de faire entrer sa fille Corine au lycée Hélène Boucher
De lui offrir un BEP qu’elle ne méritait pas
Et pour couronner l’injustice de lui acheter une voiture.  
Je grommelais cette humiliation
Cette manière de me transformer en instrument de ses caprices
En exécutante de ses mensonges.

Mon planning quotidien était affiché sur un tableau comme si ma vie était une suite de cases à remplir.  
Un jour je suis rentrée en retard.  
Il a ébouillanté ma chienne Blédina.  
Trois jours de souffrance avant qu’il ne la fasse piquer.  
Je grommelais mon impossibilité d’intervenir étant paralysée par la peur.
Ce grommellement-là s’est mué en colère 
Une colère lente
Souterraine
Qui commençait à fissurer les murs de ma cage.

Et puis un matin après dix années de grommellements accumulés comme des pierres dans ma gorge j’ai appelé la Gendarmerie.  
Ils sont venus.  
Ils lui ont demandé de quitter le domicile.  
Pas de prison non.  
Mais pour moi c’était mieux : 
Ils venaient d’ouvrir la porte.  
J’ai explosé de joie 
Une joie brute
Presque sauvage
Celle de l’oiseau qui découvre que la cage n’a plus de cadenas.

Après cela je n’ai plus eu à grommeler.  
Le bruit de fond s’est tu.  
Et dans ce silence retrouvé j’ai enfin pu commencer à vivre.
 
 
 

 

Grommeler (Laura)

  

 

 

Je grommelle ? Moi? Murmurer, me plaindre entre mes dents
N'est pas trop mon genre; moi, j'explose, je déballe tout.
Tu grommelles des injures, souvent même, tu les craches.
Il grommelle derrière son écran, anonyme, tranquille
Elle grommèle devant la difficulté du français, pas sa faute!
Nous, Français,  grommelons alors que d'autres peuples
Auraient vraiment de quoi se plaindre et ne le font pas.
Vous grommelez contre la canicule, le président, la pluie
Tous pourris! Ils grommellent et me bloque moi, qui ne
grommelle
Pas: je suis trop coupable, pas victime, trop pressée pour
Grommeler

 

 

Sans grommeler (François)

 

IL GROMMELLE


 

 

 

 

 

 

 

Mais à qui est cette belle grimace,

Était-ce là celle d'un grincheux,

Coléreux à la triste face,

Au regard sulfureux ?

 

 

Je ne comprends pas ce qu'il dit,

Mais visiblement, il est de mauvaise humeur,

Il est comme ces mal appris,

Un éternel râleur.

 

 

Peut-être a-t-il trop bu,

Il a le nez si rouge,

Alors il ne supporte plus les abus,

Il crie sur tout ce qui bouge.

 

 

Au diable son hostilité,

Il ne fait que bougonner,

De murmurer, de grommeler.

 

 

 

 

 

 

Grommelpot (Walrus)

  

Ah, là, ça ne pouvait pas mieux tomber : c'est ma spécialité !

D'où le titre, lequel dans le langage de ma ville adoptive signifie en gros "(vieux) Ronchon" (initialement je pensais que c'était "Broebeleir" mais ça, c'est plutôt celui qui bredouille, bégaye).
N'allez pas confondre avec "Rommelpot" qui, dans le même idiome est un instrument de musique à membrane (vessie de porc) et friction, même si on devine un lien entre les deux choses, démonstration :

 


Vous avez compris ?

Comment ? Vous ne comprenez pas le flamand, même celui du Brabant, un des plus simples pourtant* ? C'est pas grave : moi non plus (ou à peine) ! 


Mais revenons à nos bougons...

J'ai peut-être pas l'air comme ça  parce que vous me lisez et ne m'entendez pas, mais je suis un râleur de première !

Si bien qu'à longueur de journée, à propos de tout et surtout de n'importe quoi,

je ronchonne
je marmonne
je bougonne
je rognonne
je grogne
je grommelle
je grognasse... 

et j'en passe !

Eh oui, mon entourage a bien du mérite (ou  alors, il est dur de la feuille).


 

* Il en va du flamand comme du wallon : l'idiome local varie quasiment à chaque changement de patelin si bien que le riverain de la mer du Nord aura bien du mal à comprendre l'habitant du Limbourg, pareil pour le Tournaisien et le Liégeois côté wallon.

 

Défi #943

  Un truc à la pointe :   Hallebarde