Walrus ;
Il en a mis du temps pour guérir.
Pendant qu'il était en train de dormir,
A crocheté sa porte sans coup férir,
Il se demandait ce qui lui arrivait,
Il lui dit, la Bourse ou la vie,
Il était si pauvre le vieil homme,
Qu'il ne pouvait que perdre la vie,
Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne
Sans tenir compte de sa trouille,
Et comprend qu’il va se retirer bredouille.
Laissant sa victime à l'agonie.
Qui voit que son cœur s'emporte,
Demandant au secours de lui sauver la vie.
Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui
ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement
inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà
parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans
un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.
Les conflits de
voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son
vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et
visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son
dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça
aussi il adorait...
De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.
Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.
C'est moi qui ai eu le
fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris
une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus
proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père
expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez
son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce
n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui
de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.
Assurément ce n'était
rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un
ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A
l'écouter moi aussi j'ai eu peur.
C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre.
A 20 ans, j’avais peur de mourir
Peur ?
Plus que la peur ! Oui !
Frousse ?
Plus que la frousse ?
Plus que la frousse encore ? Oui !
J’avais la TROUILLE
Une véritable TROUILLE
Qui vous tord le ventre
Qui vous fait battre le cœur
Qui vous empoisonne le jour entier !
Dès que j’avais un bobo
Dès que j’étais vasouille
J’AVAIS LA TROUILLE !
Maintenant que j’ai vieilli
Je n’ai plus peur de mourir
J’ai rempli ma vie
Je continue à la remplir
Jusqu’à ce que la coupe soit pleine
Et verse !
Alors J ’m’envolerai, volerai
Mais quand je réfléchis
Ce qui me fout la trouille aujourd’hui
C’est la maladie qui vous cloue au lit
Qui vous grignote jour après jour
Qui vous fait mal
Qui vous déshumanise….
Alors, je prie St Joseph
Il parait que c’est lui qui procure
Les morts douces
C’est une copine qui me l’a dit !
Et j’ m’envolerai,
volerai »
Barnabé
tu m'as eue avec ta bonne bouille
de grand bébé
et su empêcher que je bafouille
Malgré tes airs désintéressés
j'ai foncé
j'avais un peu la trouille
Eh ! Eh !
Touchée, charmée
j'ai réalisé
que je pouvais te parler
sans être bredouille
Mais pour peu que notre entente déplaise
qu'une inconnue
sur toi jette son dévolu
et n'éteigne les frêles braises de notre amitié
Le temps a passé
L'été
cette fripouille
où chacun vadrouille
L'automne, l'hiver
plus ou moins austères
et le printemps
depuis quelques temps
bidouille
soufflant chaud, froid
nous enchantant toi
moi
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Barnabé Réal, gare !
Ne rougis pas ni ne t'égare !
"Poussez!
Poussez que diable!" C'est
sur ces mots rassurants aboyés par un praticien aux oreilles de ma
mère que j'en suis arrivé là.
On
dit que j'ai mis du temps à pointer mon nez dans ce monde de brutes
comme si je cherchais la marche arrière et ça ne me surprend guère,
alors qu'aujourd'hui dans la sérénité des cliniques zen, des
mamans périduralisées pondent des marmots aussitôt prêts à
mordre la vie à pleines gencives!
Je
ne saurais dire si c'était à cause de l'haleine fétide du
praticien ou des nibards de la sage-femme mais j'ai appris très tôt
à baisser les yeux.
Très
tôt c'est à dire dès la cour de récré.
Entre
les cogneurs accros à la bagarre, les bavards avec leurs histoires
de Toto et les silencieux réfugiés dans l'ombre des platanes j'ai
choisi mon camp. C'était décidé ou plutôt c'était ainsi je
serais trouillard.
J'ai
longtemps cru que les trouillards étaient naturellement de petite
taille. Parmi les nains j'aurais pu naître joyeux ou
même atchoum mais
non, j'étais trouillard.
Pourtant j'étais joyeux, un peu amoureux de Blanche Nèje ma voisine
mais d'abord trouillard.
Pour
moi le trouillard était petit et donc destiné au premier rang de la
classe, celui sur qui pointe le doigt qui le propulse sur l'estrade
et le vertigineux écran noir, celui dont les oreilles vermillon
servent de référence au cours de peinture.
Le
trouillard a aussi la responsabilité quotidienne de contenir la
meute d'affamés qui l'écrase sur la porte de la cantine en lui
arrachant des "Poussez
pas" inaudibles.
Dans
les réunions de famille le trouillard est celui qu'on fait monter
sur la table pour chantonner du Guy Béart tandis qu'un aïeul sourd
comme un pot lui lance des "Pousse
gamin! Pousse plus fort!"
Puis
avec le temps notre trouillard s'affirme - du moins le croit-il - au
point d'être capable de fixer des yeux pendant une heure le bout de
ses rangers en tête d'un troupeau de bidasses indisciplinés.
Le
même trouillard aguerri - mais pas guéri pour autant - osera même
repousser les avances d'une greluche boutonneuse au prétexte qu'il
est venu à la boum pour apprécier la musique et que les filles
c'est pas son truc.
Quelques
décennies plus tard, notre trouillard n'aura conservé de sa
timidité qu'une collection - oui je collectionne les trouillards
célèbres - et parmi eux moins de nains que de grands trouillards
par la taille comme De Gaulle, Jacques Brel ou un certain
Zinédine...
Devant
autant d'exemples de réussite sociale notre trouillard a envie de
dire merci à la vie - tout nain qu'il est - et d'adresser un discret
pied de nez à tous ces forts en gueule.
"Poussez!
Poussez fort!" ne
cesse de me répéter mon psy alors je pousse chaque semaine, allongé
sur son sofa en fixant l'horizon incertain de mes orteils
recroquevillés.
J'ai
même l'impression d'avoir grandi et je devrais me ménager car à
trop pousser je vais finir boute-en-train ou même extraverti et ça
me fait vraiment peur.
Je
suis comme cet oiseau qui piaille sous ma fenêtre dès l'aurore et
s'envole au moindre souffle d'air, et comme lui je sais qu'un jour
viendra où j'irai me cacher pour mourir.
Cette science étudiant les fleuves et rivières nous apprend que l'Escaut, production française se répandant en Belgique, y possède plusieurs affluents dont la Haine.
J'ai vécu un temps le long de la Haine.
Cette rivière a elle-même un affluent (ne tenez pas compte de la première ligne du lien) : la Trouille ! (et celle-ci un affluent artificiel, le Trouillon disparu vers 1960).
Je vous vois venir : non, je n'ai pas vécu le long de la Trouille !
Encore que...
J'ai fait mes études secondaires à Mons, capitale du Hainaut (Hainaut, Haine, vous voyez le lien ?) et ville du confluent de la Haine et de la Trouille.
Cette fréquentation quasi quotidienne et pluriannuelle de la Trouille m'a mithridatisé :
Peur de rien !
Sauf de mon ombre...
Très vite, il a voulu goûter,
À l'herbe du diable,
Il fallait voir comme il était agité,
Toute son attitude devenant abominable.
La toxicité de la stramoine,
Peut-vous faire faire des folies,
Même chez un humble moine,
Ce qui en soi serait une grande anomalie.
Tous ses effets sont psychotropes,
Et terriblement opérant,
Ils peuvent détruire votre amour-propre,
En adoptant un comportement navrant.
Même si vous voulez jouer un tour,
A votre plus grand ennemi,
Devant cette fleur, faites un détour,
Retenez-vous : C’est promis ?
Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.
Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.
Depuis quelques
semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement
de Marc.
Eva, lors de son rendez
vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym,
trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna
constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour
sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre !
Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre
un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors
il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la
meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler
clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va
falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour
découvrir le pot aux roses.
Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.
Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.
Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...
Comme Austremoine se serait appelé Stremonius et Stromae s'appelait Paul Van Haver le stramoine surnommé pomme épineuse, chasse-taupe, herbe des sorciers (etc.) s'appellerait datura officinal, officiellement "datura stramonium". Circé s'en serait servi de narcotique pour transformer les compagnons d'Ulysse en cochons et Condorcet se serait suicidé avec un cocktail de ce poison et d'opium... Tout cela au mode conditionnel.
"Affreux sorcier déguisé en fleur" ! comme l'explique Alain Bonjean
avec de belles photos prises tout près d'ici : "Aïe !" Je n'ai pu, pour
ma part, photographier que cette plante qui n'est pas celle dont on
parle mais celle que j'ai à proximité en ce moment : la clématite.
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Le stramoine, dont l'étymologie est incertaine serait issu d'un mot catalan : estremoni,
ce qui rejoindrait (toujours au conditionnel), et la boucle serait
bouclée (dirions-nous) pour revenir à Saint Austremoine (saint local),
dont le nom Stremonius serait gallo-romain... Ah ! Le latin n'a pas dit
son dernier mot !
Enfin, pour rester dans la sorcellerie, la formule "Am stram gram" (oui "stram" !) d'origine germanique voire chamanique fait écho à ce stramoine... mais de là à écouter Mylène chanter "L 'Âme stram gram", peut-être pas...