samedi 31 janvier 2026

Défi #909

   

Un petit coup de rétroviseur ? 

 

Introspection

 

 

 

 

Sont allés voir chez les Grec·que·s

  


   

Nana Fafo ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;

Walrus ; Clio 101 ; Joe Krapov ; Yvanne ;

François ;

   

 

Le fils d'un dauphin (François)

   

le fils d'un dauphin

 

 

EST-IL LE FILS D’UN DAUPHIN ?

 

 

Cet enfant est-il le fils d'un dauphin ?

Dont l’hétaïre serait sa grande amie,

Connaîtra-t-il un jour son père, enfin ?

Sa mère a-t- elle, été répudiée pour Infamie ?

 

Certainement pas dans la Grèce antique,

On ne pratiquait pas toujours les amours ancillaires,

Mais les services de femmes qui avaient cette pratique,

En vendant leur corps pour un salaire.

 

L’enfant demande des comptes à sa mère,

Il piétine la tête du dauphin,

Ce qui signe la grandeur de sa colère,

Il désire connaitre la vérité, enfin.

 

Est-il l'enfant caché de Périclès ?

Un fils qui ne pourra pas régner,

Porté par une hétaïre au beau faciès,

Et par un père qui pourrait le renier.

 

Ô combien d'histoires ont été, confrontées,

À ces problèmes de fécondité.

Il a de quoi faire rêver des écrivains.

Avec ces joyeux plaisirs anciens.

 

 

Une histoire d'amour. (Yvanne)

 

Elle s'appelait Rose. C'était sa fleur, la plus belle, la plus précieuse. Il l'avait rencontrée une nuit d'hiver dans une discothèque de la ville. Immédiatement, il avait été attiré par cette beauté à la silhouette parfaite, aux jambes interminables, à la chevelure rousse de lionne et au visage en forme de cœur où brillaient des yeux malicieux. Son petit nez retroussé lui donnait un air impertinent et particulièrement séduisant. Il était pris et, fasciné, fixait cette fille qui, elle aussi, semblait l'avoir remarqué. Il s'approcha encore un peu du coin du bar où elle prenait un verre avec deux autres jeunes femmes. Elle leva la tête. Leurs regards s’accrochèrent. Elle lui sourit. Le restant de la soirée se passa comme dans un rêve.

Dès lors, ils ne se quittèrent plus. Elle libéra son minuscule studio en location pour habiter avec lui dans le bel appartement que lui avaient légué ses parents. Elle rentrait le soir éreintée, se plaignant de la fatigue occasionnée par sa journée de travail dans la boutique de mode où elle était vendeuse. Il était aux petits soins et la laissait se reposer. Elle ne prenait jamais part aux tâches quotidiennes. Elle lui susurrait d'une voix câline qu'il était tellement plus doué qu'elle pour la cuisine et tout le reste. Il était flatté. Elle passait son temps recroquevillée sur le canapé, son smartphone dans les mains ou dans la salle de bain où elle occupait toute la place. Il trouvait naturelle cette main mise sur sa vie : il était amoureux fou.

Pour les vacances qu'ils prenaient ensemble depuis leur liaison, elle choisit les îles grecques et Myconos. Il trouvait l'idée merveilleuse. Ses économies avaient fondu comme neige au soleil mais peu lui importait. Que n'aurait il fait pour plaire à sa déesse ?

Le début de leur séjour fut un enchantement. Jamais il n'avait été aussi heureux. Ils visitèrent Delos et son théâtre antique, firent des croisières en bateau à la journée pour profiter des plages secrètes et des criques isolées où ils firent de longues siestes coquines. Ils découvrirent dans les musées des amphores et des vases reproduisant des scènes millénaires. Ils purent admirer la grâce, la volupté de ces femmes cultivées et sensuelles qu'étaient les hétaïres. Il donna ce nom à Rose pour la taquiner car, disait-il, elle était aussi brûlante que le soleil de la Méditerranée.

Ils fréquentaient les bars branchés de Paradise Beach où ils faisaient la fête. Une nuit, il la perdit dans la foule des noctambules. Affolé, il la chercha partout sans succès et finit par rentrer à l'hôtel, mort d’inquiétude. Il ne dormit pas, espérant à tout instant son retour. Au petit matin, elle réapparut à la porte de leur chambre. Elle pleura, se confondit en excuses. Elle avait eu besoin de calme et était allée faire une longue promenade sur le sable près de la mer. Il comprit et pardonna, soulagé.

Hélas, tout recommença la nuit suivante et encore celle d'après qui était veille de leur retour en France. Il exigea des explications. Elles lui furent rapidement données. Elle était tombée amoureuse d'un barman qui lui promettait monts et merveilles. Elle ne rentrerait pas. Elle était désolée.

Il tomba des nues et ouvrit enfin les yeux. Elle s'était bien moquée de lui. Elle l'avait ridiculisé et songea t-il, il n'était sûrement pas le premier. En se remémorant les six mois qu'ils avaient passés ensemble, il en déduisit qu'elle avait – ô combien ! - l'art et la manière de gérer ses forfaits. Il avait honte de s'être fait duper de la sorte. C'était une menteuse, une profiteuse, une vraie grue. Se gaussant de lui même il pensa que, oui vraiment il ne croyait pas si bien dire en l'appelant son hétaïre.

Il reprit l'avion pour Roissy seul et désabusé, sans le sou. Pour réduire un peu la pression qui le submergeait, il fit preuve d'autodérision en fredonnant la chanson des Rita Mitsouko « les histoires d'amour finissent mal en général ».





Non-participation d'un pro de l'institution (Joe Krapov)

 


                                            Solesmes (Sarthe), le 30 janvier 2026


                       Cher oncle Walrus


je sais que vous fîtes toujours ce que vous pûtes pour maintenir au plus haut la qualité et la bonne tenue des défis du samedi.

Mais là, avec cette "hétaïre", vous avez dépassé les bornes de derrière les limites !

Moi qui ai écrit des tartines bien plus longues que la madeleine de Proust, je suis quasiment certain de n’avoir jamais employé ce gros mot-là et, putain de bordel de merde, ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer !

D’autant que je n’ai absolument rien à dire sur le concept de vénalité. Alors je vous le dis franchement, pour que je participe au Défi du samedi n° 908, il faudra me payer cher !

Bon week-end quand même à vous et aux vôtres !


                                      Joe Krapov




Hétaïre : en avant ? (Clio 101)

  


Mon dernier client de la journée se rhabille et quitte la chambre sans m’accorder un regard. Les yeux dans le vague, je me blottis contre les coussins. Mon corsage est défait, ma jupe sur mes cuisses. Je n’ai pas le courage de les renfiler. La vibration sourde de l’horloge dans le couloir me vrille les tympans. Le dîner sera servi dans une demi-heure et Madame tient à ce que nous soyons toutes présentes, habillées avec élégance. Avec un soupir, je m’extrais du lit et viens me placer devant le miroir. Je rajuste mes vêtements, arrange ma coiffure avec des épingles et un ruban pourpre, avant de choisir un collier dans mon coffret. Mon regard accroche mon reflet dans le miroir. Deux fines rides parcourent mes joues et mon cou ; quelques taches disgracieuses ornent mes mains ; quelques traces blanches parsèment mes cheveux. Une allure de presque vieille alors que j’en ai même pas quarante ! Mon métier de courtisane me lasse et m’use. Normal vous me diriez, après plus de vingt ans de pratique.

Sauf que je ne sais rien faire d’autre.

Issue de petite bourgeoisie, dernière-née de la famille, plutôt jolie de surcroît, j’ai très vite été repérée par la mère de la matrone actuelle. Elle m’a proposé un métier simple, amusant, pas routinier, avec plein de rencontres. Autant dire que j’ai accepté très vite et que mes parents n’ont pas été difficiles à convaincre : avec une sœur mariée, mon aîné destiné à reprendre la boutique, un frère dans les ordres, ma dot aurait été ridicule, donc j’aurai eu du mal à trouver un mari. La réalité a été un peu différente mais le travail m’a beaucoup plu au début. Comme j’avais pas mal lu dans ma jeunesse et que je jouais du piano plutôt correctement, la maîtresse m’a très vite eue à la bonne et m’a initiée aux arts de plaire, en société et dans l’intimité, comment faire naître le plaisir en se faisant désirer, comment apprendre la géographie des corps et en tirer profit. Très vite, j’ai été connue dans toute la ville. Les clients étaient d’abord séduits par ma conversation, la facilité avec laquelle j’identifiais leurs passions et dissertais avec eux, avant de les emmener dans la chambre. Là, selon leurs souhaits, je les déshabillais et faisais chanter leur peau, découvrais leurs zones les plus sensibles et les travaillais jusqu’à leur faire atteindre la plus haute jouissance. Du jeu de rôle le plus délicat à la brutalité la plus bestiale, rien ou presque ne semblait hors de ma portée.

Pourtant, depuis quelques années, tout avait changé. Fini le plaisir de disserter sur l’art ou le bonheur d’une journée paisible. Mes clients voulaient consommer, prendre leur pied et ne pas s’attacher. Moi qui me rêvait hétaïre, je ne dispensais plus que du plaisir.

Et aujourd’hui j’en avais assez. Je voulais changer de métier. Bon, bien sûr pas du jour au lendemain mais bientôt ce serait bien.

Sauf que rien ne se passa comme prévu.

Le lendemain, je tentais de changer la donne et engageais la conversation avec mon premier client. Sauf que lui ne l’entendait pas de cette oreille. Il étouffa ma première question d’un baiser et se mit à me déshabiller et me caresser. Direct, sans me demander mon avis, en ne pensant qu’à lui.

Cette goutte d’eau devint torrent et mon vase déborda.

Un peu trop.

Indépendamment de ma volonté (quoique…) mon genou heurta la partie la plus sensible de son anatomie. Mon client hurla, éructa puis décampa en jurant de ne plus jamais revenir. L’après-midi, je l’imitais, mais sans crier. Je me trouvais une petite chambre dans une taverne, réfléchis. C’était un peu plus rapide que prévu mais une partie de mon rêve commençait à se réaliser. Ne me manquaient que le lieu, les bonnes manières, le bouche-à-oreille et les employées.

Le lieu serait facile. Il y a quelques semaines, j’avais repéré une maison à vendre, en plein centre-ville, très bien agencée pour y installer de quoi vivre et recevoir. Désireux de s’en débarrasser au plus vite, le propriétaire en offrait un prix ridiculement bas. J'avais économisé une grande partie de mes pourboires et déposait le tout en maison de change. Il ne me fallut que deux jours pour l’acquérir, deux semaines pour la rénover. Pour les bonnes manières, je contactais les maîtres les plus réputés du moment. Comme je m’y attendais, ils me rirent au nez. Ils ne voyaient pas l’intérêt de m’enseigner quoi que ce soit, ni de me recevoir, d’ailleurs. Qu’importe, je m’instruirais moi-même ! La lecture assidue des journaux et l’appui d’anciens clients haut placés me permirent de comprendre et d’assimiler les codes de la bonne société. Trouver des employées me causa encore quelques problèmes mais rien d’insurmontable. Mon souhait de proposer une maison de plaisirs où les clients trouveraient des compagnes cultivées, capables de les divertir par leurs paroles autant que par les arts séduisit plusieurs de mes anciennes camarades, lassées d’un métier trop répétitif ou ne souhaitant guère consacrer leur vie au bon service de ces messieurs.

Leur joli minois fit le reste.

Habillées à la dernière mode, le visage dissimulé derrière leur éventail, elles répandirent le bruit de l’ouverture prochaine d’une maison close d’un nouveau genre.

A l’ouverture de la saison des bals et des théâtres, je fis salle comble.

 

Encore ! (Walrus)

  

Encore un mot à deux balles !  Je vais essayer de ne pas me planter comme la semaine passée, semaine où j'aurais mieux fait de bêtement poster ceci :


 

Maintenant, allons-y pour "Hétaïre". 

Si vous avez l'impression d'avoir déjà vu ça ici par le passé, c'est peut-être que vous vous rappelez le sujet #786  composé des mêmes lettres !

Comme je ne savais rien de ces (charmantes) dames, j'ai creusé pour essayer de me faire une idée de leur condition dans le monde grec...

Ben, je suis sans doute con mais il me semble que c'est vachement plus flou (à cause du drapé de leurs tuniques peut- être (quand elles en portent)) que le statut des Geishas au Japon. 

Le nom d'une de ces dames a cependant retenu mon attention : Thaïs, liée à Alexandre le Grand et à un de ses généraux : Ptolémée (I), l'ancêtre de Cléopâtre (VII). 

Et pourquoi diable celle-là plutôt que Phryné, Laïs ou Aspasie

Oh, pas à cause de  Massenet, je mange pas de ce pain-là moi, Madame !

Non, c'est bêtement parce que c'est ainsi que s'appelle la demi-sœur de ma belle-sœur. Comme le monde est petit, hein !

Comment ?

Non, elle ne faisait pas hétaïre, elle tenait un resto !

 

 

 

Elle me fera mourir (Kate)

  

Cette hétaïre
me fera mourir
de plaisir
comme on osait le dire
sans vice
en 70
Cette hétaïre
me fera mourir
de rire
avec son intelligence
sa présence
Son doctorat
de philosophie
l'amène dans mes bras
et je m'en réjouis
Cette hétaïre
est philosophe
mon honneur est sauf
elle est accorte
c'est une bonne escort
qui me fait jouir
et se retire
Tarifs fixés
moments parfaits
aucune vulgarité
tant en journée
qu'en soirée
et pour avoir si souvent dormi...
sans aucune présence amie
j'apprécie sa compagnie
de maîtresse accomplie
on discute on flirte
on danse avec ou sans tee-shirts
Si elle refuse toutes les photos
j'ai vu celle-ci dans sa bio

Elle m'appelle Tristan
(moi, le grand Gaëtan !)
ou même cher enfant
(mais elle n'est pas ma maman)
puisqu'elle s'appelle Yseult
elle m'évoque Aspasie
surtout pas Anastasie !

 

 

 

LE JOUR OÙ LES HUMAINS OUBLIÈRENT LE SEXE (Marie Sylvie)

   


On raconte qu'il fut un temps où les humains vivaient dans des corps lourds, 
traversés de besoins, 
de désirs, 
de peurs.
Ils  portaient leur sexe comme un secret et une blessure, 
comme une promesse et un danger.
Le monde tournait autour de cette énigme minuscule,
 et pourtant si puissante, 
qui décidait des lois, 
des guerres, 
des hontes et des orgueils.

Puis un matin personne ne sait comment, 
ni pourquoi, 
quelque chose changea.

Ce fut d'abord imperceptible.
Un souffle dans l'air.
Une légèreté nouvelle dans les gestes.
Comme si la gravité avait relâché son emprise.

Les humains se réveillèrent dans des corps plus simples, 
plus doux, 
plus transparents.
Le sexe avait disparu. 
Non arraché, 
non effacé, 
simplement ... oublié.
Comme un mot que l'on ne prononce plus et qui finit par perdre son sens.

Les premiers instants furent silencieux.
On se regardait avec étonnement 
mais sans panique.
Il y avait dans l'air une paix étrange, 
une évidence.
Comme si l'humanité avait enfin posé un fardeau qu'elle portait depuis trop longtemps.

Les médecins fermèrent leurs cabinets.
Les tribunaux restèrent vides.
Les vieilles disputes s'éteignirent d'elles-mêmes, 
faute de carburant.
Les corps n'étaient plus des territoires
mais des paysages.
On ne les comparait plus.
On les habitait.

C'est alors que Hétaïre apparut.

On dit qu'elle sortit d'une statue, 
un soir où la lune était si pleine qu'elle semblait vouloir descendre toucher la terre.
Elle marcha hors du marbre comme on sort d'un rêve, 
l'enfant à ses pieds marchant à ses côtés, 
libre de toute attente.

Elle n'était plus l'Hétaïre des anciens récits ... ni amante, 
ni muse, 
ni objet du désir.
Elle était devenue une passeuse.
Une guide.
Une gardienne de la douceur.

Elle enseigna aux humains à respirer autrement.
À écouter la peau comme on écoute une rivière.
À se toucher sans intention, 
juste pour sentir la présence.
À aimer sans posséder,
sans conquérir,
sans craindre.

Les enfants désormais naissaient dans les fleurs.
Les corolles s'ouvraient au petit matin et un souffle chaud en sortait 
portant un nouveau visage.
Les parents n'étaient plus des géniteurs mais des accueillants.
Ils accueillaient l'enfant comme on cueille une lumière.

Le monde devint plus lent, 
plus attentif.
Les discriminations tombèrent comme des feuilles mortes.
On ne parlait plus de genre, 
de rôle, 
de place.
Chacun avançait selon son propre rythme, 
dans un corps qui n'était plus une frontière mais un passage.

On raconte que l'Hétaïre un soir retourna au marbre.
Non par tristesse mais par accomplissement.
Elle avait montré le chemin.
Elle n'avait plus besoin de marcher parmi les vivants.

Depuis dit-on 
si l'on pose la main sur la statue
on sent un battement.
Très léger
comme un cœur qui continue de veiller.

Et parfois dans le vent 
on croit entendre sa voix :
        《  Soyez simples.
              Soyez égaux.
              Soyez lumière.
       Le reste n'a jamais été nécessaire. 》


 

Aspasie (Vegas sur sarthe)

   

 


Aux quatre vents d'Athènes on converse, on murmure
Laïs de Corinthe, La belle Léontion
j'entends riches, vénales, libres, prostitution.
L'indigent a choisi : douches froides et bromure

J'ai compté dans ma bourse deux drachmes et trois oboles
je ne suis qu'athénien, artiste, feu-follet.
J'ai choisi mon modèle, Aspasie de Milet
qu'elle soit prostituée de luxe ou sex-symbol

Je sculpte dans l'albâtre à grands coups de ciseau
tout ce que ses mains cachent et tout ce qu'on devine
les monts et les sillons et la source divine

Elle vibre, accomplie, je la possède enfin
le fleuve nous appelle et je sais qu'à la fin
elle m'entraînera de son poids sous les eaux



Ronchonchon, il n'aime pas se taire (Nana Fafo)

 

Doublette : les conquêtes de Ronchonchon





Cette nuit, Ronchonchon a fait le mur de la porcherie

pour s'approcher discrètement du poulailler.

Il veut jouer un tour de cochon à Bruno.

Il a entendu dire par Kate qui confiait à Walrus

que de nos jours il fallait taguer les personnes 

à qui on porte de l'intérêt 

pour leur transmettre un message...


Ni une, ni deux... une idée a germé dans son esprit trop arrosé de rosé.

Il a repéré Es-Ther la dernière poulette du harem de Bruno.

C'est une petite rousse pas farouche 

avec un graffiti sur son popotin qui invite l'oeil à s'arrêter.

Généralement les poule-iches de Bruno

sont plutôt du genre dociles et tremblotantes avec un TAG.

Mais Es-Ther, elle, transpire la frivolité du volatile.


Ronchonchon doit lui faire passer le message

que lui aussi transpirerait bien à la besogne.

Muni de sa plus belle bombe de couleur rose

il a décidé d'aller taguer Es-Ther pendant la nuit

pour l'informer de son élan récréatif.

Tel un "Graffitineur", il "graffitine" Es-Ther

de son plus beau graff pour agrapher son intérêt à la vue de tous.


Fier de la gaffe, il attend patiemment le lever du jour.


Au réveil, Bruno choqué, s'égosille d'un cri d'effroi.

Es-ther dégouline de peinture rose.

Simone, Monette et les autres cocottes du poulailler

accourent en se dandinant terrorisées, aux prises avec leur TAG,

contemplant tout de même le TAG d'Es-Ther avec une petite jalousie dissimulée.


Bruno se demande qui a bien pu oser marquer l'une de ses ouailles ?


Ronchonchon déteste ne rien dire,

il se sent toujours obligé de mettre son grain de sel

dans la récurrente hystérie du poulailler...

il "hait taire" ce qui doit être dit,

même si cela concerne sa nature profonde de cavaleur de poule-iches.


Il déclare alors : "J'ai tagué Es-Ther"

Es-Ther rosit...


Quand à Walrus et Kate ils ricanent en coin d'avoir 

jouer un tour de cochon à Ronchonchon.

Walrus, l'arroseur à rosé a encore sévi.





samedi 24 janvier 2026

Défi #908

  

Un truc grec ?

 

Hétaïre

 

 
 

 

Ont laissé leur trace...

  

 


Ecridelle ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;

Lecrilibriste ; Clio 101 ; Joe Krapov ; François ;

Walrus ; Yvanne ;

 

Tribulations du cerveau : lâcher les rênes (Clio 101)

  

Gigantesque dessin sur un mur

Racontant une histoire

Admiration des passants

Fait rapidement : la peinture sèche vite

Fondre (se) dans le décor (ou pas)

Irréel : l'imaginaire se déploie

Trouver sa patte, la faire grandir, évoluer

Inventer sans limites.

 

Ça alors ! (Yvanne)


 

 

Je ne vous présente plus mes amis Paulo et Jacky dont je suis toutes les aventures pour vous les faire partager. En voici une nouvelle.


Ça alors !


Paulo se gratte nerveusement la tête. Jacky le connaît bien et sait que quelque chose tracasse son copain venu cet après midi chez lui à l'improviste.

- Paulo, tu as fini de tourner autour du pot ? Qu'est ce qui se passe ? Tu n'es pas là pour me parler de la pluie et du beau temps je suppose, alors vas-y, raconte...

- Ah je ne sais pas comment te dire ça mais...

- Mais quoi ? Enfin, dis ce qui cloche, bon sang !

- C'est ton hangar.

- Quel hangar ? Tu m'énerves. Si tu continues comme ça, je me sauve jusqu'à ma vigne. J'ai du boulot, moi ! La taille n'attend pas.

- Écoute, il faut que tu ailles à Cantegril.

- A Cantegril ? Pourquoi ?

- C'est ton hangar.

- Oui. Tu l'as déjà dit. Qu'est ce qu'il a mon hangar ?

- Il est couvert de graffitis.

- Des graffitis ? Des graffitis ? Qu'est ce que tu racontes ?

- Viens. On y va. Il faut que tu vois ça !

Jacky commence sérieusement à s'énerver. Il n'aime pas du tout les imprévus. Surtout du genre emm. Il saute dans la jeep de Paulo et ils foncent vers Cantegril.

- On pourra pas accuser Louis cette fois murmure Jacky. Le pauvre croupit dans sa maison de retraite. Et tu n'es toujours pas allé lui rendre visite. Tu exagères quand même. Bon. Qui a osé me faire ces embrouilles je me le demande ? On peut pas être tranquille une minute. Je te jure que si je tombe sur le con qui s'amuse à saloper mes murs il passera un mauvais quart d'heure.

- Moi je crois que c'est à cause des élections...J'aurais bien voulu t'épargner ça tu le sais. Je t'avais prévenu pourtant que les élections c'est du poison. Mais tu ne m'écoutes pas.

-Tu crois vraiment que c'est parce que je suis sur la liste de Marcel ?

- Oh oui ! Marcel a les mêmes cochonneries écrites sur le mur de sa grange. Il n'y a pas de doute possible.

- Il doit faire joli Marcel ! En plus tu n'as pas oublié que c'est aujourd'hui notre anniversaire à Marcel et moi ? Nos mères ont accouché le même jour. On devait le fêter dimanche prochain. Je suis dégoûté  !

Ils arrivent à Cantegril sur les chapeaux de roue. Jacky descend de voiture et gronde :

- Putain ! C'est pas vrai. Du beau travail. Comment je vais faire pour effacer tout ça ? Ah les salauds ! Je te parie que ce sont les jeunots qui traînent par là depuis quelques temps. Tu les as rencontrés toi ?

- Oui. Ils ne font pas de mal. Il faut que tu trouves un coupable hein ?

- Je voudrais t'y voir tiens. Mais on dirait que tu...

Jacky observe Paulo qui affiche soudain un sourire en coin. Il s'approche plus près et s'arrête pile. Il y a bien des inscriptions partout sur les murs. Mais il y aussi des guirlandes suspendues un peu partout. Soudain les portes s'ouvrent en grand et il est accueilli avec enthousiasme par sa famille et ses amis. Dont Marcel !

- Joyeux anniversaire Jacky !

- Ben mes cochons ! Si je m'attendais... Et toi Paulo tu t'es bien foutu de ma gueule. Je vous préviens tous : vous allez vous débrouiller pour enlever vos graffitis. On a idée de barbouiller avec de la peinture ?

- C'est de la craie idiot. Et t'as vu comme c'est beau ? C'est le Parisien qui a fait tous ces dessins. Tu le sais que c'est un artiste. A ta place je n'effacerai pas. Ça vaut de l'or. Allez, on va arroser tes 50 balais. Champagne !

 

Vieux jeu (Walrus)

   

Je suis tellement vieux (oui, je sais, je me répète mais que voulez-vous : je suis vieux, je radote) que j'ai vu naître les tags.

Comme à l'époque ça faisait des siècles qu'il existait de graffitis, j'ai continué de réserver cette appellation à ce qu'ils étaient au démarrage : des inscriptions rapides sur des murs effectuées en catimini avec des outils rudimentaires: un clou pour gratter, du charbon de bois, du lait de chaux, (du sang...), du goudron...

J'en avais trouvé un en Italie, mais ça avait provoqué un problème à cause de la traduction erronée que j'avais faite du E chargé d'un accent horizontal.

Eh ben, du coup (indispensable aujourd'hui ce vocable), j'en mettrai pas d'autre ! Faut bien que vous fassiez enfin connaissance avec le côté obscur de mon caractère : 

Plus râleur que moi, tu meurs ! 

 

 

C’EST PITOYABLE (François)

  

c'est pitoyable

 

 

 

Pourquoi nos murs sont tagués?

Ce n'est pas toujours ce qu'il plaît,

Parfois des invectives sont là pour nous narguer,

Avec des signatures d'auteurs qui cherchent à exister.

C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.

 

Les murs de nos villes sont salis,

Parfois par des dessins incohérents,

Avec des propos témoignant,

De quelques disharmonies,

C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.

 

Nos villes seraient belles si elles n’étaient pas bombées,

Parce que certains cherchent à exister,

Là, le Street Art ne peut pas être évoqué.

C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.

 

Tous ces dessins sont loin d'être à la hauteur de ceux de MISS.TIC

Qui a laissé des souvenirs sur la Butte-Aux-Cailles,

Avec des dessins et des mots qui ont fait tilt.

Il est des auteurs qui mériteraient médailles.

C'est agréable de voir des artistes qui font preuve d'humanité.

Graffitis (Joe Krapov)

 




Comment ? Seulement 14 photographies de graffitis sur 15000 clichés pris en 2025 dans ma photothèque ?

Vous êtes fâchés ou quoi, les vandales urbains ? Ce sont les commentaires ironiques ou amusés que je dépose sous vos oeuvres qui vous dissuadent de m’écrire ? Ou c’est la police des m(oe)urs qui vous a mis le grappin dessus ?

***

Bien évidemment, je n’ai encore pas eu le temps cette semaine de concocter un livret électronique à partir de ces photos et de celles des années précédents. C’est pourquoi je vous livre juste une petite anthologie des échanges que l’on peut trouver sur mon blog entre un graffiteur anonyme et cet autre anonyme qu’est Joe Krapov (JK)

***

- Brest antifa : eat the fafs not the pigs

JK - C'est bien, les Brestois-mêmes, mais vous feriez bien de lutter aussi contre le remplacement de la langue française par l'anglo-américain !


- Pas de chance, je ne suis pas dans un film Disney

JK - Tu voulais jouer quoi ? Le 101e dalmatien ?


- Bourgeois, c’est à cause de toi que je bois !

JK - C'est la plus mauvaise excuse que j'aie jamais lue !


- Tous le monde déteste la police

JK - ... et encore plus l'orthographe !


- Je suis contre ta mère

JK - Tout contre ?


- Il faut arrêter de tout interdire car je n’arrive plus à tout désobéir

JK - Trop bien !


- Prends ton gilet, on quitte le navire

JK - C'est le culte de Râ ?


- De l’amour, putain !

JK - Tu en auras peut-être si tu le demandes plus poliment et si tu arrêtes d'écrire sur les murs !


- L'éducation est plus puisant que la réprétion

- Je suis tout à fait d'accord avec toi mais je te donne deux heures de colle pour que tu révises ton orthographe.


- Guillaume aime Valentin

JK - Si vous saviez comme on s'en fout de vos histoires, de leur histoire… et comme on aime qu'un mur reste propre dans un jardin public intemporel !


- Tu travails trop

JK - Du coup, t'en oublis tes conjugaisons !


- De l’in sol lance

- Puisqu'on me donne le droit d'être insolent, je ne ferai pas le mur : "Retourne à l'écolle apprendre l'orthograffe !"


- La pression il vaut mieux la boire que la subir

JK - Tout à fait d'accord ! Hips !



- Fans de Muscu Sales Gays

JK - Et c'est qui d'abord, ce Muscu ?




                            


- La bière est la preuve que Dieu existe

JK - Et tant qu'à faire, la tarte au maroilles de Joe Krapov aussi ! ;-)




***

Le plus beau graffiti rencontré est quand même ce poème de Marwan Makhoul vu à Parthenay l’été dernier :





P.S. Pour voir la totalité des sept pages publiées, c’est ici :








Le taggeur (Lecrilibriste)

  

 

La capuche rabattue sur le visage
Il s’est habillé de nuit
Et se glisse tout noir dans le noir du quartier
il s’en va s’adonner à son jeu favori
dessiner la nuit des graffitis
Sur les murs de l’usine désaffectée
c’est sa manière à lui d’écrire sa symphonie
Il commence par ses initiales, son tag
Ensuite il fera son graff, mais d’abord le tag
Il a bombé les lettres qui s’entrechoquent
Des flops joufflus tout en ronds
et une flèche pointue en finale
qui ressemble à un poignard lancé
Tout ça va bien avec son caractère
Le cœur sur la main, mais très vite en colère
Faut pas trop lui monter sur les pieds
Car l’air de rien, il ne se laisse pas faire !
Pour tracer l’outline, il choisit son cap
il secoue la bille et d’un geste sûr
il trace le contour avant de le remplir
la peinture gicle en éclat d’argent
Maintenant il lui reste à combler l’espace
Pour les courbes, turquoise, pour la flèche violet
Il décline toujours ses couleurs préférées
pour son tag et ses mêmes couleurs
Signature choisie pour son identité
Et ce qu’il a à dire, c’est ici qu’il le dit
C’est là qu’il se rebelle et mène ses batailles
 

 il aperçoit un gyrophare, son cœur cogne
S’entrechoquent en lui, adrénaline et interdit
Vif comme l’éclair, il range ses outils
Dans son sac complice, noir comme la nuit
La capuche rabattue sur le visage
Il se glisse tout noir dans le noir du quartier
Pas eu le temps de faire un graffiti
Mais content de lui, défoulé
il peut rentrer, l’âme libérée

 

 

Ont jeté un œil à l'intérieur

       Walrus ; Kate ; Marie Sylvie ;