samedi 1 août 2026

Défi #935

  

 


 

 

 

Se sont recueillis au cimetière

 

Attention !  

 

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Pour être  certain de voir toutes les participations, prenez donc l'habitude d'utiliser les liens de la liste des participants fournie chaque samedi.

Désolé ! 

 


 

Walrus ; Laura ; Monsieur X ; Nana Fafo ;

Lecrilibriste ; Marie Sylvie ; Kate ; Joe Krapov ;

Yvanne ; François ;

 

 

Pierre (Ton bal) (Monsieur X)

  



Pierre,
Ton bal était l'un de ces bals
Très courus et très populaires,
Pas forcément spectaculaires
Mais... certainement pas banals.

Pierre,
Ton bal faisait valser des cœurs
Dans le décor des amours folles ;
Tu en as levé, des guiboles,
Bien avant le temps des rockeurs.

Pierre,
Ton bal... un divertissement
Aux dessous pourtant interlopes
Où, en bon roi des nyctalopes,
Tu braconnais le firmament.

Pierre,
Ton bal, un siècle avant Me Too,
C'était pour attirer des lunes
Et marcher dessus ; quelques unes
N'ont, hélas, plus brillé du tout...

Pierre,
Ton bal a créé, malgré toi,
Le couteau d'une vengeresse
Qui, dans une rageuse adresse,
T'a jeté pour toujours au froid.

Pierre,
Ton bal au vent d'accordéon
S'est rétamé dans ta poussière. 
Tu n'as pas été un saint, Pierre. 
Il a mieux fini, Actéon. 

Pierre,
Ton bal fermé joue en enfer
Tes flonflons d'Étripeur Terrestre ;
Plus de traces de son orchestre !
Ici, l'on n'entend que la mer...

Oui, que la mer... 
Sauf que la mer...

La mer, qui ressasse sa houle,
Dit que rien ne s'est arrêté,
Le diable n'est pas retraité,
Il œuvre tapi dans la foule.

 

 

Les lucioles (Yvanne)

   


Il est, dans la vie des croisements inopinés qui peuvent parfois faire dévier le cours de l'existence. Eliette peut en témoigner. Et les lucioles aussi.
La jeune femme passe toutes ses vacances dans sa maison de famille à Saint Sauveur. Le mois de juin la ramène dans son village de naissance tous les ans. C'est pour elle un vrai bonheur, une parenthèse attendue. Elle vit au Etats Unis où elle travaille en tant qu’œnologue. Elle se donne toute pour ce métier, appris à Bordeaux dans un château célèbre. Aussi, elle aspire à retrouver le calme et la nature qu'elle aime pendant quelques temps en Limousin. Cela lui permet de se ressourcer et elle prise ces moments privilégiés.

Comme chaque soir, depuis son retour, elle prend son vieux vélo pour sa promenade vespérale. Elle l'a sorti de la remise où il l'attend, fidèle compagnon depuis ses randonnées d'enfance et d'adolescence.
Hier, elle a appuyé sa bicyclette contre le tronc du gros tilleul de la cour. Elle s'arrête pour s'enivrer du parfum de miel de ses fleurs qu'il prodigue en abondance. Les abeilles, affolées et laborieuses bourdonnent dans ses ramures et y butinent sans relâche pour leur récolte. Eliette se promet d'en cueillir demain pour les mettre à sécher. Elle les emportera pour les tisanes d'hiver. Elles lui sont précieuses.

Eliette emprunte la vieille route qui conduit au bourg. Elle est devenue à peine carrossable. La mousse a pris le dessus sur le goudron et trace une jolie bande verte en son milieu. Tout est paisible. Le silence est seulement troublé par le souffle léger du vent dans les hauts peupliers et le cri-cri des grillons dans le fossé. Tout en pédalant tranquillement Eliette se remémore ses jours d'école où elle prenait le même chemin. Il était fréquenté alors. On y croisait le facteur, lui aussi poussant son vélo, quelques ménagères des villages avoisinants allant à pied à la messe ou à l'épicerie, des hommes conduisant leur attelage vers les champs. Il y en avait encore malgré l'afflux des tracteurs.

Les bas côtés, envahis par les ronces regorgent de mûres. La jeune femme n'aura pas le loisir de se tacher les doigts comme avant puisqu'elles ne sont pas encore d'un noir d'encre. Elle en mangeait jusqu'à plus faim et revenait toute barbouillée à la maison. Ses vêtements maculés lui promettaient la colère de sa mère. Mais qu'importe. Sa gourmandise l'emportait toujours.

Ce qu'elle aimait surtout c'était découvrir les lucioles. Pour elle, petite fille, elles étaient des fées agitant leur baguette magique dans le fossé humide des dernières pluies pour faire de la lumière. Déjà le mot lui même l’entraînait dans le rêve. Il y en avait juste là, au dessous de cette masse de bruyère violette parmi les belles digitales pourpres qu'il ne fallait surtout pas toucher. Les vers luisants allumaient les fougères leur donnant une apparence enchantée. Eliette savourait son secret, celui d'avoir décelé d'invisibles et magnifiques présences qui n'étaient que pour elle. Eliette se penche, emportée par son imagination et ses souvenirs. Patatras ! La voilà par terre, son vélo par dessus. Elle tente de se relever mais sa cheville droite la fait souffrir. Zut ! Comment faire ?

Devant elle soudainement une apparition. Il est grand. Il est brun. Il abandonne sa bicyclette et se presse vers elle. Il a compris. Il lui demande de ne pas bouger. Qui est il ? Eliette ne l'a jamais vu. Pourtant elle connaît tout le monde ici. Il dit qu'il va revenir avec sa voiture et rebrousse chemin.

Quand il est à nouveau là, Eliette a réussi à se relever malgré la douleur. Elle a posé son vélo contre une vieille borne oubliée en bordure de la route. Tout de suite il examine sa cheville.
- Je suis médecin. Vous avez juste une foulure. Je m'appelle Timothy. Tim. Je suis londonien. Mes parents viennent d'acheter le corps de ferme des Debrach. Je suis en vacances. Mais montez plutôt. Je vous ramène chez vous.
- Je m'appelle Eliette. Pardon pour le dérangement. Je suis stupide. Je me suis laissée emporter par mes souvenirs. J'habite juste à côté et je...
Alors qu'il ramasse le vélo de la jeune femme il s'arrête puis déclare :
- Regardez.
- Pardon ?
- Regardez. Là. Sur la borne. E et T. C'est écrit. Nous devions nous rencontrer. C'était écrit.
Ils éclatent de rire à l'unisson. Eliette remarque juste derrière elle des scintillements jaunes et verts dans les herbes.
Elle pense alors avec amusement que ce sont autant de clins d'œil de la nature complice...


 

Oceano nox (Joe Krapov)

 




C’est plus qu’évident : à partir d’une image de pierre tombale on ne peut guère parler d’autre chose que de la mort.

Or ce sujet est plus plombant qu’un cercueil ! Déjà que l’actualité est chauffée à blanc par les guerres et les incendies de forêt ! Mais soyons courageux et résistons aux injonctions sado-masochistes de notre oncle préféré ! Pour rafraîchir l’atmosphère j’ai décidé de vous proposer un petit jeu des vacances dont vous me direz des nouvelles !

« Ô combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Et se sont vu cinq mille en arrivant au port
N’ont rencontré sur mer que Madame la Mort ? »

C’est pour répondre à cette question angoissante et pour honorer tou·te·s les noyés·e·s de différentes périodes de l’histoire que les autorités municipales de Larmor-Baden (Morbihan) ont décidé de créer, au centre de l’île Berder, un cimetière commémoratif empli de cénotaphes. L’originalité de ces monuments et de ces stèles tient à ce qu’aucun corps n’a été enseveli dessous – "Et pourtant c’est nos tafs de les y mettre !" disent les fossoyeurs en colère – mais aussi à ce que les noms des personnes disparues figurent juste sous forme d’initiales accompagnées de la profondeur maritime à laquelle ils ou elles reposent.

Sur cette mystérieuse image de départ il faut donc lire « Éric Tabarly » 1914 mètres ».

Saurez-vous de votre côté identifier les autres célébrités honorées dans ce cimetière bercé par le bruit de la marée montante et le cri des mouettes qui ne cessent jamais de chanter leur De profundis ?

Pour vous aider, car ce n’est pas facile, j’ai ajouté dans le tableau, avec les initiales et la profondeur, deux colonnes avec la date de la noyade et la profession de la personne.

Bon amusement à vous !


P.S. J’ai ajouté une colonne pour la réponse. Inutile de l’inscrire au Tipp-Ex sur votre écran. Par contre vous pouvez imprimer ce billet si vous désirez faire ce jeu à tête – éternellement – reposée. 

 

Initiales

Profondeur

Date du décès

profession

Réponse

B. J.

2,50 m

3-07-1969

Musicien

 


J.-P. M.

0,80 m.

13-07-1793

Homme politique



E. J. S.

3821 m.

15-04-1912

Capitaine de paquebot



M.-F. P.

2,30 m

24-04 2011

Actrice



W. H.

0,69 m

11-02-2012

Chanteuse



J.-F. de L. P.

421 m.

Juin 1788

Capitaine de vaisseau



C. F.

0,70 m.

11-03-1978

Chanteur bien entouré



F. de R.

25 m.

21-11-1975

Compositeur de musiques de films



J. ? M.

12 m.

1893

Professeur, Napoléon du crime



J. M.

0,60

3-07-1971

Chanteur



N. W.

20 m.

29 11 1981

Actrice



V. W.

3 m.

28-03 -1941

Autrice effrayante



G. R.

3, 50 m

30-12-1916

1er mage du Kremlin



R. B.

0,15 cm

30-10-1979

Homme politique




Ah, ces Anglais ! (Walrus)

  

... et leur manie d'enterrer sans dalle funéraire !

 

Ça a facilité d'autant l'exhumation d'E.T. par Spielberg en 1981 dans le petit cimetière entourant l'église d'Aldringham (Suffolk) où il reposait depuis 1914.

Ce qui explique évidemment l'état lamentable de la bestiole au moment du tournage !

 


Paysages de cimetière (Laura)

  

 

Le cimetière de ma famille paternelle
Dans une ville au nord-est de Paris
La fouille aux obsèques de mon grand-père
La froideur de ce coin de France au-dessus de sa tombe 

Le cimetière du côté de mère dans un village
Ma grand-mère au dessus de sa mère
Personne ne pouvait me récupérer
A l'aéroport alors j'ai pensé à elle 

Au Mazroc où mon mari travaillait.
L'essentiel est d'avoir aimés les gens
De leur vivant; il y a tant de simulacres
Dans les paysages de cimetière 

Le cimetière picard où mon mari
A voulu aller la veille de sa mort
Ses parents y ont été inhumés 

L'année du décès de leur fils
Dont j'ai ouvert l'urne
Cinq ans après pour disperser les cendres
Sur les rails de tram, un de ses paysages 

J'ai demandé à une proche d'envoyer
Des fleurs à la fille de notre meilleur ami
Je ne sais pas si ça a été fait j'espère
Qu'il retiendra notre amour pour lui 

Les cimetières du Maroc
Sont assez différents des nôtres
Je n''y suis jamais rentrée
Mais j'ai vécu un mariage et une circoncision 

L'amour, l'argent et la fortune
-Qui est parfois son corollaire-
Se retrouvent dans les paysages
De cimetière: les tombes des riches 

Qui n'ont pas été les plus aimés
Les pauvres tombes abritant
Les sentiments encore vivaces
Dans le cœur des vivants 

Les tombes des célébrités admirées
Que l'on va  voir  à Paris ou Auvers sur Oise
Théo et Vincent, Rimbaud à Charleville
Le saint Sépulcre, les tombes des renégats

 

  

En mode erratique (Kate)

  

Des vies passées
dans ces maisons séculaires
Des murs gravés
de numéros
qui ont résisté aux saisons
tels des héraults
qu'on ne fait pas taire
On est plaqué
Le passé
nous prend
nous apprend
nous surprend
Il reste vivant

En résumé
six inscriptions
dont deux seraient
de la même main
Les plus modernes sont
erratiques
sans lien
juste pratiques
J'aurais bien continué
sur ma lancée
ma série de photos
de numéros
J'aurais voulu investiguer
et plutôt qu'une pierre tombale

voici une carte postale
où histoire et géographie
sont réunies

 

 

La faim ou la fin ? (Nana Fafo)

 

La fin justifie les moyens

Jeune femme à l'air inquiet tenant un coq noir au crochet devant une grange au coucher de soleil, texte 'J'ai besoin d'eux...

Nana demande des comptes à Bruno.


Nana n’est pas contente, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs.

Bruno doit trouver une solution.

Ronchonchon n'arrête pas de venir dragouiller ses poulettes, 

il leur fait tellement tourner la tête, qu’elles ne pondent plus suffisamment d'œufs, 

Simone, Monette, Mado... sauf Coupelette qui n’est jamais distraite de sa couve, 

la chouchoute de Bruno.


Bruno a eu une idée.

Il a passé une petite annonce dans le journal local, le Samatin.

Il reçoit ce matin un candidat de taille.

Il lui a donné rendez-vous au cimetière à 10h10 

(Bruno aime les heures miroir, ça sonne l’ordre, selon lui) 

à côté de la stèle anonyme.

On n’a jamais su qui était à cet endroit. 

A la ferme, personne n’a vécu en 1914, même Walrus !

Mais, les propositions allaient bon train à l’estaminet, les jours de célébrations.

Notre enquêteur local Joe Akrapovic, avec son humour taquin, proposait l’extraterrestre E.T.

Ronchonchon, avec ses allusions salaces, fantasmait Emmanuelle Torride.

Quant aux autres… l’auteur leur laisse la possibilité de s’exprimer en commentaire.


Coq noir au crochet tenant un journal près d'une pierre tombale gravée 'E.T. 1914', texte 'Il m'a pris pour un Dindon !

Bruno attend son candidat à côté de la stèle de l'inconnu aux initiales E.T.


Bruno pensait que toutes les bonnes choses avaient une fin.

Ça faisait plus de 30 minutes qu'il poireautait devant la stèle.

Quand enfin une ombre se profila, longue et pointue, dépassant largement les autres candidats.

Bruno manqua de s'étrangler avec ses barbillons.

"Louptard, pour vous servir"

dit l'ombre, arrivant pile à l'heure, selon la sienne.

Il jeta un œil distrait à la pierre tombale et murmura

"Ah… E.T., un vieux client, il a atterri ici".

Bruno, lui, ne savait plus s'il devait glousser

 de peur ou de soulagement.

Une chose était sûre : au poulailler, les ronchonneries, elles, ne faisaient que commencer.

Coq noir au crochet lisant un journal et loup gris au crochet debout devant une pierre tombale en forêt, texte "J'suis Louptard, toujours à point !"
Bruno est surpris du candidat qui va veiller sur son poulailler...



LA TERRE DES PETITS DÉFUNTS (Marie Sylvie)

   

 

Lorsque j’étais môme
Je vivais dans un monde où les choses avaient une âme. 
Les pierres
Les torchons
Les animaux
Les coins de jardin. 
Rien n’était banal
Rien n’était insignifiant. 
Je ne connaissais pas les films
Pas les rites
Pas les croix blanches des cimetières. Je n’avais pas de télévision
Pas de modèles à imiter. 
J’avais seulement mes mains d’enfant
Mes yeux grands ouverts
Et cette conviction instinctive que la mort méritait un geste de douceur.

C’était vers 1974.  
Les Étés avaient une odeur particulière : Un mélange de terre chaude
De menthe sauvage
De linge séché au soleil. 
Les journées s’étiraient comme des chats paresseux. 
Je passais des heures dehors
À observer les insectes
À écouter les oiseaux
À suivre les traces de vie minuscules qui animaient le jardin.

Parfois la vie s’arrêtait.  
Un oiseau tombé du nid
Une souris trouvée raide dans la grange
Un lapin trop fragile pour le monde. 
Je les découvrais avec un pincement au cœur
Mais sans effroi. 
La mort pour moi n’était pas une ennemie. 
Elle était une transition
Un passage
Quelque chose que l’on pouvait accompagner avec respect.

Alors je les enveloppais dans un torchon blanc de cuisine.  
Un torchon en coton
Doux
Propre
Qui devenait pour quelques instants un linceul. 
Je pliais les coins avec soin
Comme si je bordais un lit. 
Puis je creusais un petit trou avec une cuillère de cantine 
Ma pelle sacrée 
Et je déposais le petit corps dans la terre. 
Je posais ensuite un galet dessus. 
Un galet rond
Poli par l’eau
Ramassé sur la plage de Souillé. 
Une pierre douce
Presque chaude
Comme un geste de tendresse.

Seul Robert mon hamster n’eut pas droit à ce rituel.  
Moustique mon chat siamois l’avait dévoré avant que je puisse le sauver. 
Je lui offris une boîte d’allumettes vide
Faute de mieux. 
Une tombe minuscule pour une vie minuscule. 
Je me souviens encore de la sensation étrange de cette boîte dans ma main :
Légère
Trop légère
Comme si la mort avait effacé jusqu’au poids.

Au fil des mois mon cimetière d’animaux s’agrandit.  
Une douzaine de galets formaient une constellation blanche dans l’herbe. 
Je savais exactement où chacun reposait. 
Je leur parlais parfois. 
Je leur racontais mes journées
Mes secrets
Mes peurs. 
Je leur promettais que personne ne viendrait les déranger. 
C’était mon royaume silencieux
Mon sanctuaire
Mon petit territoire sacré.

Puis j’ai grandi.  
Le Mans m’a appelée pour le lycée
Et j’ai quitté le jardin. 
Les trajets
Les cours
Les amitiés nouvelles ont rempli mes journées. 
L’herbe a poussé
Les galets ont disparu sous les saisons. Le temps a recouvert mes gestes d’enfant comme une couverture épaisse.

Un jour mon père a décidé de récupérer un bout de terrain pour agrandir son potager.  
Il a sorti le motoculteur
Sûr de lui
Prêt à retourner la terre comme on tourne une page. 
Je n’étais pas là
Mais je connais la scène par cœur : 
Le soleil haut
La machine rouge
Le bruit régulier du moteur
La terre qui se soulève en sillons.

Puis soudain ... un claquement sec.  
Un bruit étrange
Répété
Presque furieux.  
Le motoculteur a bondi
Vibré
Puis s’est arrêté net.

Mon père a juré.  
Les crocs étaient brisés.

Il a fouillé la terre
Surpris.  
Et là sous les racines
Sous les herbes hautes
Sous les années… les galets.  
Tous.  
Alignés comme je les avais laissés.  
Immobiles
Intacts
Obstinés.

Mon père m’a raconté la scène plus tard
Un sourcil levé
Un sourire en coin.  
Moi je n’ai rien dit.  
J’ai juste senti quelque chose remuer dans ma poitrine 
Une présence
Un souvenir
Un murmure.

Comme si quelqu’un
Ou quelque chose
Avait protégé ce petit royaume.  
Comme si les galets avaient refusé d’être déplacés.  
Comme si E.T. l’extraterrestre que je ne connaissais pas encore
Avait posé sa main lumineuse sur mon cimetière d’enfance pour dire :  
《  Laisse-les. 
Ils sont bien là. 》

Depuis ce jour je n’ai jamais su si c’était le hasard
La terre
Ou un gardien invisible.  
Mais je sais une chose :  
Les morts
Même les plus petits
Savent se faire respecter.

 

Défi #935