Walrus ;
Très vite, il a voulu goûter,
À l'herbe du diable,
Il fallait voir comme il était agité,
Toute son attitude devenant abominable.
La toxicité de la stramoine,
Peut-vous faire faire des folies,
Même chez un humble moine,
Ce qui en soi serait une grande anomalie.
Tous ses effets sont psychotropes,
Et terriblement opérant,
Ils peuvent détruire votre amour-propre,
En adoptant un comportement navrant.
Même si vous voulez jouer un tour,
A votre plus grand ennemi,
Devant cette fleur, faites un détour,
Retenez-vous : C’est promis ?
Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.
Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.
Depuis quelques
semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement
de Marc.
Eva, lors de son rendez
vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym,
trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna
constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour
sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre !
Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre
un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors
il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la
meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler
clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va
falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour
découvrir le pot aux roses.
Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.
Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.
Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...
Comme Austremoine se serait appelé Stremonius et Stromae s'appelait Paul Van Haver le stramoine surnommé pomme épineuse, chasse-taupe, herbe des sorciers (etc.) s'appellerait datura officinal, officiellement "datura stramonium". Circé s'en serait servi de narcotique pour transformer les compagnons d'Ulysse en cochons et Condorcet se serait suicidé avec un cocktail de ce poison et d'opium... Tout cela au mode conditionnel.
"Affreux sorcier déguisé en fleur" ! comme l'explique Alain Bonjean
avec de belles photos prises tout près d'ici : "Aïe !" Je n'ai pu, pour
ma part, photographier que cette plante qui n'est pas celle dont on
parle mais celle que j'ai à proximité en ce moment : la clématite.
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Le stramoine, dont l'étymologie est incertaine serait issu d'un mot catalan : estremoni,
ce qui rejoindrait (toujours au conditionnel), et la boucle serait
bouclée (dirions-nous) pour revenir à Saint Austremoine (saint local),
dont le nom Stremonius serait gallo-romain... Ah ! Le latin n'a pas dit
son dernier mot !
Enfin, pour rester dans la sorcellerie, la formule "Am stram gram" (oui "stram" !) d'origine germanique voire chamanique fait écho à ce stramoine... mais de là à écouter Mylène chanter "L 'Âme stram gram", peut-être pas...
L’an
dernier, sur le chemin qui fait le tour du zoo, j’ai croisé des
fleurs magnifiques, majestueuses, du genre à vous faire oublier
toute prudence.
Avec ma manie de ramener un bouquet pour fleurir
ma maisonnée, j’en ai cueilli une belle brassée.
Grand mal
m’en a pris.
J’ai failli ne plus jamais pouvoir venir icitte
poser mes mots, tant de grands maux auraient pu s’ensuivre.
Je vous explique.
Être
maniaque, parfois, ça sauve la vie. Et moi, je le suis
grandement.
J’ai toujours dans mon sac à dos du papier kraft,
au cas où une petite séance de grappillage improvisé se
présenterait.
J’y ai donc emballé les tiges avec soin, façon
fleuriste de randonnée.
J’aurais
bien vérifié sur mon portable avec l’appli PLANET… mais dans ce
coin-là, la G7 ne passe pas.
Pas une barre. Pas un soupir de
réseau.
Juste moi, les fleurs, et le Mont Blanc qui me
regardait de loin.
J’ai poursuivi ma promenade, admirant le panorama qui s’étale du Mont Blanc au Pilat, entre eux deux, une nature vallonnée, souriante.
Arrivée
dans mon antre, j’ai posé les fleurs sur une table du jardin,
prête à leur offrir un vase digne de leur beauté.
J’ai pris
le temps de quitter mes godillots, de me laver les mains, comme à
l’accoutumée, puis j’ai repris mon smartphone pour en savoir
plus sur ma récolte.
Et là… horreur et désespoir.
J’ai découvert que la belle inconnue appartenait à la même famille que la pomme de terre et la tomate, légumes que j’apprécie, certes, mais on ne choisit pas toujours sa famille.
De plus, Wiki m’annonce, l’air de rien, que la plante est toxique.
L’herbe
du diable.
La belle enjôleuse qui rend fou.
Coïncidence
ou pas, mon cœur s’est mis à battre comme un tambour de carnaval,
une tachycardie digne d’un marathon.
Des mouches noires ont
voleté dans mes pupilles, j’étais confuse, incapable de prendre
une décision.
Heureusement, tout cela n’a duré qu’un
instant.
(Et entre nous… je me demande encore si je n’ai pas
tout imaginé.)
Gantée jusqu’aux coudes, je n’ai même pas osé jeter ces fleurs dans le compost, on ne sait jamais, elles auraient pu contaminer mes épluchures.
Non,
direct dans la poubelle, enfermées dans un sac plastique, par
respect pour les éboueurs et pour la paix du monde.
Nota histoire véridique
Dans le jardin de ce vieux moine,
Poussait une étrange stramoine.
Elle avait l'air d'un grand patrimoine,
Mais sentait fort le vieux babouin.
Un rat musqué, nommé Antoine,
Voulut en faire son avoine.
Il devint fou comme une pivoine,
En s'imaginant roi de Pologne.
Ne jouez pas les fier-à-bras, Sidoine,
Sinon, pour sauver votre bouille,
Il faudra appeler le chanoine !
Il est quand même gonflé!
Voilà-t-y pas qu'il nous propose maintenant, en le camouflant sous l'aspect d'une fleur à la blancheur virginale, rien moins que, venant d'Amérique par des chemins détournés, du datura, l'hallucinogène des transes chamaniques !
N'en prendrait-il pas lui-même par hasard?
Enfin, par hasard, c'est une hypothèse gentille pour expliquer son cas, ça ne nous étonnerait pas qu'il fabrique des tambours de chamane en peau de zébu ou même de zébi, c'est vous dire s'il est ferme dans sa tête !
Il emploierait pas les graines pour faire des bâtons de pluie, toujours par hasard ? Ce serait logique en fin de compte : il a toujours eu un grain, y a qu'à lire ses participations borderline et bordéliques pour s'en convaincre...
Mais passons...
Quel nom étrange que stramoine !
Dans notre belle langue, il n 'y a pas tellement de mots qui se terminent par "moine", en dehors de moine lui-même et, chaque chose ayant son contraire, de l'antimoine, le grand frère de l'arsenic.
À propos d'arsenic, cet élément perdu entre les métalloïdes et les métaux, il est à souligner que celui qui fut associé aux vieilles dentelles par Joseph Kesselring et largement utilisé dans l'accélération des héritages porte improprement ce nom puisqu'il s'agit d'une poudre blanche, en fait du trioxyde d'arsenic (As2O3), qui servait à blanchir la peau des coquettes à l'époque bénie où bronzage et tatouage étaient d'une vulgarité affligeante !
Restent le patrimoine, grande source de conflits familiaux, et deux plantes : aigremoine (à fleurs jaunes) et polémoine (à fleurs bleues).
Oui, je sais, vous me direz que c'est toujours mieux que belge où il n'y en a aucun en dehors de lui-même. À croire que le Belge est (auto-)suffisant...
Il a vécu beaucoup de décennies,
Énormément d'aventures,
Mais une seule qui pour lui est omni,
Il la rabâche tout le temps, ce n'est pas une sinécure.
Il radote toujours,
Inutile que je vous la raconte,
Parfois, Il vaut mieux être sourd.
Sa version change souvent au bout du compte.
Difficiles sont pour l'entourage ses propos séniles,
Ils finissent par vous épuiser,
Vous n'avez qu'une envie, faire un tour en ville
En cherchant à vous apaiser.
Toutes ses paroles sont peu sensées,
Et décousues, c'est dramatique,
Mais épuisé, vous pensez,
Que vous devez faire preuve d'éthique.

Quand j’étais enfant
On disait
Que j’étais un vaurien
Et je fus juge
Et j’ai mis des drôles
Au fond des tours de geôles
À tour de rôle
Je vis de peu
J’ai une chandelle qui siffle entre mes yeux
Des grelots qui résonnent dans mes oreilles
Qui me sonnent, m’assomment
On vient me voir
Pour écouter ces sons
Et pour fabriquer de la farine
Je raconte mes voix, mes bruits
Tout me va
Je souris
J’écoute
Ces demoiselles qui m’appellent
Et un buste m’obstrue le palais
Elles sont fines, jolies, et veulent me libérer
Me délier des cordages
Des ancres
De la cheminée qui m’étreint
Mais je dirige mon navire
Dans la tempête
Oui, juste les clochettes, les assourdir
Avec elles
Un peu
De peu je vis
Là, je suis si bien …
Quand j’étais enfant
On disait
Que j’étais un vaurien
Et si ma vie
n'était qu'un radotage
l'amour qu'un mirage
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Si de mon premier mariage
ne restaient que débris
je m'étais bien juré
de ne plus recommencer
Et puis déniant le sabotage
vers toi cher ami j'ai bondi
le bonheur m'était promis
Un nouveau paysage
le passé balayé avec rage
nos noces s'ensuivirent
bien vite surgirent
quelques nuages
qui incitèrent au cabotage
faisant fi de tout canot de sauvetage
tes tromperies m'ensevelirent
et ton permanent enfumage
me décida enfin à partir
sans armes ni bagages
Mon psy m'expliqua le capotage
découlant de l'auto-sabotage
la résilience
qui implique la patience
et comme si ma vie
n'était qu'un radotage...
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Je tombais amoureuse de lui
et il m'offrit des orages
que j'aurais pu prédire !
(extraits du livre :
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)
Un matin - mais était-ce un matin -, il fallut bien se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu.
Quand
tout le monde ou presque se fut rendu à « L'Eve y danse »
- la dernière guinguette encore ouverte dans le canton - le préfet
prit la parole en promettant de la rendre : "Boudiou!
Je vous donne ma parole que nous allons rapidement trouver une
solution à ce fâcheux contre-temps".
La
dernière fois qu'il avait dit ça, c'était quand notre fontaine
municipale s'était tarie mais j'étais trop jeune pour m'en souvenir
et le vieux Paniole n'avait pas son pareil pour en parler.
Vint
le tour des questions et chacun tour à tour de faire le tour de la
question.
Un
garçon vacher voyait le mal en pis et jurait mort aux vaches qu'on
était tous foutus tandis que les moissonneurs voyaient le mal en
épis.
Monsieur
Papillon l'horloger et son éternelle mauvaise foi s'étaient
abstenus de venir, prétextant qu'ils n'avaient pas le temps et
qu'ils donneraient leur avis en temps utile.
Notre jeune
instituteur fit justement remarquer que nous avions désormais tout
le temps pour y réfléchir sauf que lui était jeune et l'un des
rares du canton à être équipé pour réfléchir.
Le
clerc de notaire pour qui le temps n'était qu'argent tripotait sa
montre dans l'espoir de voir gigoter sa trotteuse et déclara qu'à
partir de dorénavant il faudrait gagner du temps.
Des
bigotes égrenaient leurs chapelets, retenant dans leurs doigts
flétris des perles d'un autre temps en priant Dieu pour qu'il
revienne.
Les
optimistes affirmaient que de tout temps on avait toujours eu le
temps et qu'il allait revenir d'avant longtemps, ce qui ne rassura
personne.
Un
rastaquouère venu des calanques grecques ou d'on-ne-sait-où osa
même prétendre qu'il fallait relativiser le problème mais un cri
tonitruant l'interrompit.
"Qui
a bien pu tuer le temps?"
La
voix forte du 'gardian' avait résonné dans le troquet comme une
plombe sur la grosse cloche du campanile aussi personne ne s'avisa de
répondre, chacun ignorant qu'il existât une date d'ouverture de la
chasse au temps.
Peut-être
n'était-il pas tout à fait mort et l'idée d'un mi-temps commença
même à circuler dans une assistance fébrile et prête à toutes
les concessions. Les initiatives les plus folles fusèrent de toutes
parts: laisser du temps au temps, chercher lanterneja (midi
à quatorze heures) et bien d'autres galéjades encore.
Comme
le vieux Paniole se levait le brouhaha finit en soupir; à le voir
péniblement ouvrir la bouche, chacun comprit qu'il allait prendre
son temps mais après tout c'était le sien et il était compté.
Il
commençait toujours ses phrases par « De mon temps »
mais pas cette fois.
"Depuis
des lustres..." dit-il "j'ai
dans ma remise une machine à remonter que m'avait laissé en gage un
certain Wells... un excentrique à qui j'avais prêté ma mule mais
qui n'est jamais revenu".
"Le
vieux Paniole radote encore, on n'est pas sortis de la
guinguette!" ironisa
Monsieur Papillon l'horloger.
"Alors
si le coeur vous en dit de la remonter..."conclut
le vieux en se rasseyant "je
l'échange volontiers pour une paire de mules".
Le
soir même - mais était-ce le soir - il fallut bien quitter « L'Eve
y danse » et le troc eut lieu: un couillon reçut une sorte de
sablier géant avec deux cordages et le vieux Paniole une paire
d'espadrilles...