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Un bonbon rêvé … cling clong … et encore un autre
Dans la vieille cité, nous marchions main dans la main à l’ombre des grandes murailles grises. Des pierres posées par des géants sanguinaires, étranglantes. Des pierres sombres, ruisselantes, hérissées de feuilles arrondies comme des milliers de cœurs meurtris. Des pierres dressées, barrant le ciel, enserrant le soleil. À l’ombre de souterrains sans fond, de geôles oubliées, d’escaliers de cauchemars, emprisonnés par de grosses portes en bois. Closes à jamais.
Des vents marins glaciaux, salés, envoyés au front par des marais assiégeant la ville, entouraient les tours isolées, les meurtrières sans vie, puis se reflétaient au vide des douves vertes et profondes. Enfin ils s’engouffraient par les larges portes, hurlant dans le labyrinthe des ruelles et des venelles rétrécies en y tournoyant et en s’y lamentant sans fin.
Nous soufflions un peu … Soulevant sur les murs de gros anneaux de fer scellés qui retenaient encore chaque nuit les fantômes de vieux chevaux éteints. Nous les faisions sonner. Bruits mâts de cloches disparues. Mon petit frère m’imitait. Encore un autre bonbon. Ça fera cinq ! Souriais-je. Le rituel secret, sacré, durait sur notre chemin de ronde jusqu’à l’école, et nous engrangions ensemble des douceurs intimes – rêvées – sur chaque anneau de fer tinté.
Mais le lendemain matin, avant de partir à l’école, notre mère nous donnait à chacun, un seul tout petit croissant de lune fruité. Coloré, translucide, tout poisseux du sucre fondu. Elle refermait aussitôt puis remontait, bien à sa place, en haut du grand buffet, le joli bocal de verre, trésor de tous nos interdits.
PL

Et que résonnent dans la venelle les gros anneaux de fer tintés
( * ) La venelle, pas si sage, crayons de couleurs bleus et rouges, Cavalier——

Quel sympathique souvenir dans ce décor lugubre ! C'est magnifique que l'enfance sache faire abstraction de tout ça !
RépondreSupprimerLes jolis souvenirs illuminent les instants lugubres, dans un texte très évocateur pour les sens.
RépondreSupprimerTouchée par les souvenirs d’enfance et moi aussi soeur aînée, ma passion pour la géographie me laisse entrevoir que cette ville terrifiante serait en bord de mer (Atlantique ?) et qu’elle est vue et fantasmée par un écolier à la veine poétique déjà très développée (P.L. ?) et qui n’a peur de rien (Cavalier ?) et qui n’a pas oublié ces petits quartiers d’orange en sucre (que j’avais plutôt au retour de l’école quand je ramenais ma petite soeur en traversant des rues sans venelles (j’aurais eu peur !) !
RépondreSupprimerQuelle atmosphère ! Ça me rappelle ces vieilles cités médiévales refermées sur elles-mêmes que j'ai autrefois visitées, pas trop rassuré parfois !
RépondreSupprimerPersonne n'oublie certains souvenirs d'enfance. Notamment ceux qui évoquent le chemin de l'école. Ils sont enfermés dans notre cœur comme les bonbons l'étaient dans un bocal. Nous n'en gardons que la douceur.
RépondreSupprimerBravo Cavalier pour ce partage et merci !
Avec ces vents marins glaciaux, il n'y a pas que le Mistral qui est gagnant ! C'est toute l'enfance qui gagne le match ! ;-)
RépondreSupprimerLa candeur des enfants amenuiserait-elle le poids de l'histoire ?
RépondreSupprimerCher Cavalier,
RépondreSupprimerUne magnifique plongée orinique et mélancolique !
Bien amicalement, Marie Sylvie