Nana Fafo ; Vegas sur sarthe ; Marie Sylvie ; Kate ;
Gigantesque dessin sur un mur
Racontant une histoire
Admiration des passants
Fait rapidement : la peinture sèche vite
Fondre (se) dans le décor (ou pas)
Irréel : l'imaginaire se déploie
Trouver sa patte, la faire grandir, évoluer
Inventer sans limites.
Je ne vous présente plus mes amis Paulo et Jacky dont je suis toutes les aventures pour vous les faire partager. En voici une nouvelle.
Ça alors !
Paulo se gratte nerveusement la tête. Jacky le connaît bien et sait que quelque chose tracasse son copain venu cet après midi chez lui à l'improviste.
- Paulo, tu as fini de tourner autour du pot ? Qu'est ce qui se passe ? Tu n'es pas là pour me parler de la pluie et du beau temps je suppose, alors vas-y, raconte...
- Ah je ne sais pas comment te dire ça mais...
- Mais quoi ? Enfin, dis ce qui cloche, bon sang !
- C'est ton hangar.
- Quel hangar ? Tu m'énerves. Si tu continues comme ça, je me sauve jusqu'à ma vigne. J'ai du boulot, moi ! La taille n'attend pas.
- Écoute, il faut que tu ailles à Cantegril.
- A Cantegril ? Pourquoi ?
- C'est ton hangar.
- Oui. Tu l'as déjà dit. Qu'est ce qu'il a mon hangar ?
- Il est couvert de graffitis.
- Des graffitis ? Des graffitis ? Qu'est ce que tu racontes ?
- Viens. On y va. Il faut que tu vois ça !
Jacky commence sérieusement à s'énerver. Il n'aime pas du tout les imprévus. Surtout du genre emm. Il saute dans la jeep de Paulo et ils foncent vers Cantegril.
- On pourra pas accuser Louis cette fois murmure Jacky. Le pauvre croupit dans sa maison de retraite. Et tu n'es toujours pas allé lui rendre visite. Tu exagères quand même. Bon. Qui a osé me faire ces embrouilles je me le demande ? On peut pas être tranquille une minute. Je te jure que si je tombe sur le con qui s'amuse à saloper mes murs il passera un mauvais quart d'heure.
- Moi je crois que c'est à cause des élections...J'aurais bien voulu t'épargner ça tu le sais. Je t'avais prévenu pourtant que les élections c'est du poison. Mais tu ne m'écoutes pas.
-Tu crois vraiment que c'est parce que je suis sur la liste de Marcel ?
- Oh oui ! Marcel a les mêmes cochonneries écrites sur le mur de sa grange. Il n'y a pas de doute possible.
- Il doit faire joli Marcel ! En plus tu n'as pas oublié que c'est aujourd'hui notre anniversaire à Marcel et moi ? Nos mères ont accouché le même jour. On devait le fêter dimanche prochain. Je suis dégoûté !
Ils arrivent à Cantegril sur les chapeaux de roue. Jacky descend de voiture et gronde :
- Putain ! C'est pas vrai. Du beau travail. Comment je vais faire pour effacer tout ça ? Ah les salauds ! Je te parie que ce sont les jeunots qui traînent par là depuis quelques temps. Tu les as rencontrés toi ?
- Oui. Ils ne font pas de mal. Il faut que tu trouves un coupable hein ?
- Je voudrais t'y voir tiens. Mais on dirait que tu...
Jacky observe Paulo qui affiche soudain un sourire en coin. Il s'approche plus près et s'arrête pile. Il y a bien des inscriptions partout sur les murs. Mais il y aussi des guirlandes suspendues un peu partout. Soudain les portes s'ouvrent en grand et il est accueilli avec enthousiasme par sa famille et ses amis. Dont Marcel !
- Joyeux anniversaire Jacky !
- Ben mes cochons ! Si je m'attendais... Et toi Paulo tu t'es bien foutu de ma gueule. Je vous préviens tous : vous allez vous débrouiller pour enlever vos graffitis. On a idée de barbouiller avec de la peinture ?
- C'est de la craie idiot. Et t'as vu comme c'est beau ? C'est le Parisien qui a fait tous ces dessins. Tu le sais que c'est un artiste. A ta place je n'effacerai pas. Ça vaut de l'or. Allez, on va arroser tes 50 balais. Champagne !
Je suis tellement vieux (oui, je sais, je me répète mais que voulez-vous : je suis vieux, je radote) que j'ai vu naître les tags.
Comme à l'époque ça faisait des siècles qu'il existait de graffitis, j'ai continué de réserver cette appellation à ce qu'ils étaient au démarrage : des inscriptions rapides sur des murs effectuées en catimini avec des outils rudimentaires: un clou pour gratter, du charbon de bois, du lait de chaux, (du sang...), du goudron...
J'en avais trouvé un en Italie, mais ça avait provoqué un problème à cause de la traduction erronée que j'avais faite du E chargé d'un accent horizontal.
Eh ben, du coup (indispensable aujourd'hui ce vocable), j'en mettrai pas d'autre ! Faut bien que vous fassiez enfin connaissance avec le côté obscur de mon caractère :
Plus râleur que moi, tu meurs !
Pourquoi nos murs sont tagués?
Ce n'est pas toujours ce qu'il plaît,
Parfois des invectives sont là pour nous narguer,
Avec des signatures d'auteurs qui cherchent à exister.
C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.
Les murs de nos villes sont salis,
Parfois par des dessins incohérents,
Avec des propos témoignant,
De quelques disharmonies,
C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.
Nos villes seraient belles si elles n’étaient pas bombées,
Parce que certains cherchent à exister,
Là, le Street Art ne peut pas être évoqué.
C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité.
Tous ces dessins sont loin d'être à la hauteur de ceux de MISS.TIC
Qui a laissé des souvenirs sur la Butte-Aux-Cailles,
Avec des dessins et des mots qui ont fait tilt.
Il est des auteurs qui mériteraient médailles.
C'est agréable de voir des artistes qui font preuve d'humanité.

La capuche rabattue sur le visage
Il s’est habillé de nuit
Et se glisse tout noir dans le noir du quartier
il s’en va s’adonner à son jeu favori
dessiner la nuit des graffitis
Sur les murs de l’usine désaffectée
c’est sa manière à lui d’écrire sa symphonie
Il commence par ses initiales, son tag
Ensuite il fera son graff, mais d’abord le tag
Il a bombé les lettres qui s’entrechoquent
Des flops joufflus tout en ronds
et une flèche pointue en finale
qui ressemble à un poignard lancé
Tout ça va bien avec son caractère
Le cœur sur la main, mais très vite en colère
Faut pas trop lui monter sur les pieds
Car l’air de rien, il ne se laisse pas faire !
Pour tracer l’outline, il choisit son cap
il secoue la bille et d’un geste sûr
il trace le contour avant de le remplir
la peinture gicle en éclat d’argent
Maintenant il lui reste à combler l’espace
Pour les courbes, turquoise, pour la flèche violet
Il décline toujours ses couleurs préférées
pour son tag et ses mêmes couleurs
Signature choisie pour son identité
Et ce qu’il a à dire, c’est ici qu’il le dit
C’est là qu’il se rebelle et mène ses batailles
il aperçoit un
gyrophare, son cœur cogne
S’entrechoquent en lui, adrénaline et interdit
Vif comme l’éclair, il range ses outils
Dans son sac complice, noir comme la nuit
La capuche rabattue sur le visage
Il se glisse tout noir dans le noir du quartier
Pas eu le temps de faire un graffiti
Mais content de lui, défoulé
il peut rentrer, l’âme libérée
Les graffiti remonteraient à si longtemps... et leurs ancêtres seraient peut-être les gribouillis ?
Qui sait ? Quand on plonge dans les vertiges du passé, on apprend même :
- que les dinosaures avaient des ancêtres,
- que la première chanson est très
ancienne, certes, et comble du comble et merveille de la science et de
la technique, on peut l'entendre ici !
N'étant pas scientifique mais
scribouillarde, n'étant pas là pour raconter ma vie, enfin si, n'étant
pas là pour dessiner quoi que ce soit mais pour prendre des photos
(littéralement "écrire la lumière"
et je crois capturer des images par la même occasion), j'en profite
pour faire une petite récolte sur mon terrain d'exploration favori et le
résultat est là mais quand même m'a fait lever les yeux au ciel...
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Les cheminées sont très prisées
(l'escalade doit faire partie de la montée d'adrénaline, je suppose) et
celle-ci n'est pas la seule, mais elle m'amène à Jaude. Au passage, "L'Appart" en question n'est pas une agence immobilière, d'ailleurs elle n'en a pas les mêmes horaires, je vous préviens.
Sinon, de retour avec ce bien maigre
butin, je plonge (non pas dans ma piscine ni dans mon carnet d'adresses)
mais dans mes récoltes précédentes.
Ah oui, c'est vrai, près du Marché
Saint Pierre se trouvent au carrefour d'une rue piétonne deux bâtiments
face à face qui se ressemblent, pour peu qu'on prenne la peine de
regarder un peu au-dessus des vitrines.
De gauche :
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en zoom :
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Je vois bien qu'une autre raison
m'avait incitée à prendre ces photos, il y a quelques mois : la
cueillette des mots en ville et là ces mots écrits en majuscule sur ce
tee-shirt blanc, tels des graffiti sur tissu, un nouveau genre ? S'il y a
bien parfois quelques écrits par-ci par-là, de là à s'afficher avec :
"WHATEVER
WHOEVER
WHEREVER",
(et encore il manque "whenever" !) et même si tout ça m'embarque directement vers la linguistique, hum, de là à porter ça !
Et pour finir, le "WHATEVER", bien sûr, m'avait directement embarquée vers une oasis musicale...
Ça
c'est produit juste avant que je ne sois gazé aux lacrymos vers la
barricade du Boul'Mich.
Elle
était là à barbouiller le mur d'un slogan percutant "A bas le
sommaire, vive l'effet mère".
Entre
deux déflagrations je lui ai gueulé que ça s'écrivait é-phé-mè-re
comme l'insecte du même nom qui nique en plein vol avant de clamser
quelques heures plus tard, et ça l'a faite marrer.
Elle
était canon en se marrant.
Moi,
sur le même mur j'étais en train de taguer un truc moins cérébral
"L'alcool tue. Prenez du LSD"
Elle
m'a demandé ce que c'était du élèsedé mais je pleurais trop pour
lui répondre.
C'était
ma première fois, les potes m'avaient pourtant prévenu que là où
y'a du lacrymogène, y'a pas d'plaisir.
C'était
vrai et ça l'est encore … c'est fou ce qu'on a fait comme progrès
en lacrymos en quelques décennies.
La
voilà donc qui m'entraîne loin de la ligne de front, là où y'a
moins de plage et plus de pavés et on s'engouffre dans une pharmacie
avant que le rideau de fer ne tombe sur nous comme à l'époque de la
Guerre Froide.
Elle
cherche un truc dans son sac – j'apprendrai qu'elle est élève
infirmière – et s'empresse de m'inonder de sérum psychologique !
Pas
habitué à héberger des insoumis le pharmacien fait la gueule.
Même
s'il a encore la manivelle du rideau de fer à la main j'emmerde le
pharmacien. Si j'avais de la peinture j'écrirais ça sur sa vitrine.
Elle
me dit qu'il faut aussi se rincer la bouche, alors en guise de
cocktail on se refile tour à tour une boutanche de purple drank, un
sirop pour la toux mi-soda mi-anxiolytique mi-codéine (oui ça fait
beaucoup de mi).
Dehors
aussi les cocktails explosent en bouche – surtout en bouche de
métro – et les matraques pleuvent sur tout ce qui bouge jusqu'à
ce que ça ne bouge plus.
Trêve
de présentations, la boutanche passe de ma bouche à la bouche de
Germaine et y faut croire que ça créée des liens : dans l'arrière
boutique on tombe sur un improbable lit de camp; je garde toujours
mes clarks même pour dormir mais cette fois je les quitte pendant
que Germaine quitte tout le reste c'est à dire peu de choses
puisqu'on est en mai, le mois où on fait ce qu'y nous plait alors
qu'en avril … bref.
C'est
fou ce qu'une jolie nana peut aller vite quand elle est libérée et
déterminée.
Celui
qui a tagué "Fêtes l'amour et recommenssez" serait
content de savoir qu'on est au moins deux à l'avoir déchiffré !
J'ai
l'air ringard avec mes préservatifs, y en a qui en feraient des
caisses et Germaine en fait des ballons avant de jouir bruyamment et
sans préavis; on a oublié les préliminaires à la grande déception
du pharmacien qui nous lorgnait depuis son comptoir.
Pas
de doute, la chienlit c'est nous... ça se voit dans nos yeux
éparpillés et nos fringues écarquillées ou l'inverse.
On
remet ça – l'amour, pas nos fringues – et le pharmacien en perd
sa manivelle.
Le
lendemain on s'était promis Germaine et moi d'aller taguer "Je
jouis dans les pavés" là où on avait mélangé nos
graffiti(s) mais quelqu'un avait déjà fait le grand ménage sur le
Boul'Mich et dans tout le quartier latin.
On
était le 11 mai et le mouvement ouvrier se joignait à la
contestation et appelait à la grève générale.
Au
bout d'un mois notre belle odyssée tenait toujours bon alors que
partout ça sentait le syndicaliste et le manque de tout.
Voilà
pourquoi je prends un sacré coup de vieux quand le moindre graffiti
sur un mur m'évoque ce souvenir indélébile.
P.S : J'ai écrit graffiti(s) pour ne pas froisser les italiens qui ignorent les pluriels en s. Ils ont même des mots masculins qui changent de sexe au pluriel ; ça doit compliquer les partouzes mais ça n'est pas le sujet.
Notre fille ayant eu l'idée saugrenue de fêter ses soixante ans ce soir, il est possible que les chefs d'œuvres envoyés dans la soirée ne se retrouvent pas sur le site à minuit.
Pas de panique, les choses rentreront dans l'ordre au cours de la nuit...
Dans le bleu de la nuit
Quand tout dort encore
Le boulanger s’active au cœur du fournil
Il a pris la mesure de sel et de levain
Et puisé dans son festival de farines
Celles de froment d’épeautre et de sarrasin
Elles volent des sacs en une blanche poussière
Qui s’accroche au mur comme le lierre
Sous ses mains vigoureuses sa pâte prend vie
Elle claque sur le marbre
Le pétrin bat le rythme, la chaleur est d’étuve.
Mais il ne se plaint pas car il a l’habitude
Les loquets du four claquent
Avec sa pelle il enfourne les baguettes et les flutes
Puis les pains aux raisins, les croissants du matin
Bien alignés par le mitron sur les plaques
Il s’applique le mitron car il aime ce métier,
qu’il a choisi comme ça, ne sachant où aller
IL sait qu’il a bien fait car ce métier lui plaît
Il fignole la brioche aux pralines
car il sait que la jeune Pauline
dont il est amoureux
fait tinter le carillon de la boulangerie
Pour avoir sa brioche aux pralines
avant sa longue journée à la passementerie
Et ça le rend heureux
Une bonne odeur de pain chaud
A envahi la rue et fait hâter les clients
Regardez-les en ressortant
Tous rompent et croquent le croûton craquant
La ménagère entre deux croissants chauds.
Rencontre son mari qui aux fourneaux.
Lui, il s’etait couché tôt,
Et levé quelques heures après le soir,
Après que madame eut fermé le comptoir.
Le fournil, là où est son four c’est son antre,
Il y passe une partie de ses nuits,
En y travaillant avec ses commis,
Avec des gestes vifs, il se concentre.
Il s’occupe de faire lever des pâtes,
Avec des farines délicates,
Pour réaliser des pains qu’il va façonner,
Sans oublier ses gâteaux que vous aimerez.
Il pétrit, pétrit toujours,
Ses gestes, il les faits avec amour,
Bien reposées ses pâtes iront au four,
Son pain sera croustillant
Beaux et bons seront pâtisserie et croissant,
.
Et il peut satisfaire comme toujours,
Sa clientèle alentour.
Pour que vous puissiez vous régaler,
Sachez que la vie au fournil n’est pas drôle,
Le boulanger ne fait que de gestes répétés,
Ses commis et lui n’ont qu’un seul protocole,
À l’ouverture tout doit être prêt.
Le
boulanger dans son fournil
Aime-t-il
Plus
que nous, les boute-en-train,
Se
trouver dans le pétrin ?
Pour réussir un pain polka
Doit-il écouter du Chopin ?
De la musique de baluche
Pour fabriquer une faluche ?
Une sonate de Beethoven
Pour pétrir un pain sans gluten ?
Qu’advient-il
Si son mitron
Est un adepte du litron ?
Pourquoi se sent-il lessivé
Quand il a fait du pain azyme
Pour les gloutons ?
On peut connaître
Toutes les ficelles de son métier
Et être perdu
Quand on vous dit
Que le pain à la grecque
Est une spécialité de Bruxelles !
Mais surtout
Où est passée sa Pomponnette ?
Partie battre la campagne ?
Mener un mâle à la baguette ?
Fabriquer d’autres bâtards,
Pâton rimant avec chaton ?
La disparition de la minette
Gâche sa journée,
Gâche sa fournée.
Il n’a plus le coeur au boulot
Et l’impression très peu fougasse
Qu’il se trouve au bout du rouleau,
Roulé dans la farine,
Dans un désespoir complet,
Sans munition devant la gruauté du sort,
A ne plus émettre aucun son.
Quand on a mangé son pain blanc
Et chanté « Noir c’est noir »,
Quand on trouve le thé au harem sans pita gore,
Ne reste plus alors
- on ne fait pas les choses à demie
dans l’échec -
Qu’à mettre la tête
Dans le four
Ou à entamer la lecture
De « La Légende des seigles » de Victor Hugo.
Ou à se tirer un coup
- histoire belge ? -
De pistolet ?