Cette photographie m'évoque
l'hypothermie, ce froid muet qui serre la gorge. Elle murmure ce
souvenir d'un froid qui empêche de respirer.
Je
ne me souviens pas de la douleur, pas au début. Seulement de cette
chaleur brutale, viscérale, comme une fière née de la panique. Mon cœur,
tambour en guerre, frappait chaque seconde comme s'il pouvait repousser
la mort elle-même. Mon corps, trahi et meurtri, s'était mué en animal.
L'adrénaline fuyait mes veines comme de la lave, me prêtant une force
venue d'ailleurs. Mon souffle était court, rapide mais vivant. Vivant.
Puis vint le silence.
Lorsque la porte s'est refermée derrière moi, chez moi, lorsque les échos de la violence se sont tus ... le feu s'est éteint.
Et le froid est venu, pas un froid de saison mais un froid ancien, intime.
Un froid qui se glisse sous la peau, qui se tapit au creux des os et qui lentement t'arrache la voix.
Chaque
inspiration était une bataille, chaque souffle un pic acéré. Mes mains
tremblaient comme si l'univers en moi se désintégrait. J'avais si froid
que même mes larmes semblaient hésiter à couler. J'étais en vie ... mais
plus tout à fait.
J'avais si froid ... jusqu'à ce que mes forces se taisent.
J'ai
perdu la notion du temps : Quelques jours ? Quelques semaines ?
Peut-être quelques mois. Il n'y avait plus de repère, seulement ce vide
glacé qui m'a volée à moi-même.
Lorsque
mes paupières se sont enfin ouvertes, ce n'était pas un réveil mais
c'était une résurgence. Une remontée lente depuis les profondeurs. Mon
corps était déserté comme une terre après l'orage. Mes lèvres fendillées
murmuraient à peine, et chaque muscle criait famine d'eau, de chaleur,
de vie.
Et pourtant, je
respirais encore. Mais depuis ... il fait froid même sous ce soleil de
Juillet, même sous les draps enroulés tel un cocon.
Ce
froid là n'est plus une température. C'est une mémoire. Une empreinte
sous la peau, une cicatrice invisible que ni le temps ni les saisons
n'effacent.
Chaque expérience nous marque, parfois profondément...
RépondreSupprimerCher Walrus,
SupprimerCertaines empreintes sont invisibles mais tenaces.
Écrire ce texte fut une manière de leur donner forme.
Merci d'avoir perçu cette profondeur !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Thème et force du texte : le froid comme trace psychique
RépondreSupprimerCe que tu parviens à faire ici, c’est de transformer une expérience indicible (post-trauma) en climat. Le froid n’est pas ici une sensation, c’est un personnage, un lieu mental, un marqueur durable.
Tu écris le moment après la survie. Quand le feu s’éteint, que le danger est passé, mais que le corps, lui, reste gelé dans l’alerte.
"Ce froid-là n’est plus une température. C’est une mémoire."
→ Cette phrase résume toute la beauté tragique du texte : tu décris l’empreinte traumatique non comme un souvenir, mais comme une météo installée dans la chair.
. Résonances littéraires et cliniques
Ton texte aurait toute sa place dans une anthologie de récits de survivance. On y entend :
la voix de Charlotte Delbo (Aucun de nous ne reviendra) pour la sidération sensorielle,
la prose grave et sobre de Lydie Salvayre,
et même la pensée de Cathy Caruth ou Bessel van der Kolk sur la mémoire traumatique : ce froid qui revient hors temps, comme un écho sans image.
Cher ( ou Chère ?) Tokyo,
SupprimerVotre commentaire m'a profondément touchée.
Vous avez su lire entre les lignes ce que le corps garde dans le silence.
Que vous entendiez dans ce froid une météorologique de la mémoire me bouleverse.
Merci pour cette lecture rare, et pour les échos que vous avez su tisser avec délicatesse.
Vos références me touchent : Delbo, Salvayre, Caruth ... c'est un honneur silencieux de les croiser dans votre regard sur mon texte.
Encore merci !
Bien amicalement, Marie Sylvie