Affichage des articles dont le libellé est #906. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #906. Afficher tous les articles

samedi 17 janvier 2026

Dans l’antre du fournil (Lecrilibriste)

  

 

Dans le bleu de la nuit

Quand tout dort encore

Le boulanger s’active au cœur du fournil

Il a pris la mesure de sel et de levain

Et puisé dans son festival de farines

Celles de froment d’épeautre et de sarrasin

Elles volent des sacs en une blanche poussière

Qui s’accroche au mur comme le lierre

Sous ses mains vigoureuses sa pâte prend vie

Elle claque sur le marbre

Le pétrin bat le rythme, la chaleur est d’étuve.

Mais il ne se plaint pas car il a l’habitude

Les loquets du four claquent

Avec sa pelle il enfourne les baguettes et les flutes

Puis les pains aux raisins, les croissants du matin

Bien alignés par le mitron sur les plaques

Il s’applique  le mitron car il aime ce métier,

qu’il a choisi comme ça, ne sachant où aller

IL sait qu’il a bien fait car ce métier lui plaît

Il fignole la brioche aux pralines

car il sait que la jeune Pauline

dont il est amoureux

fait tinter le carillon de la boulangerie

Pour avoir sa brioche aux pralines

avant sa longue journée à la passementerie

Et ça le rend heureux

Une bonne odeur de pain chaud

A envahi la rue et fait hâter les clients

Regardez-les en ressortant

Tous rompent et croquent le croûton craquant

 

 

Entre deux croissants (François)

 

 

La ménagère entre deux croissants chauds.

Rencontre son mari qui aux fourneaux.

Lui, il s’etait couché tôt,

Et levé quelques heures après le soir,

Après que madame eut fermé le comptoir.

 

Le fournil, là où est son four c’est son antre,

Il y passe une partie de ses nuits,

En y travaillant avec ses commis,

Avec des gestes vifs, il se concentre.

 

Il s’occupe de faire lever des pâtes,

Avec des farines délicates,

Pour réaliser des pains qu’il va façonner,

Sans oublier ses gâteaux que vous aimerez.

 

Il pétrit, pétrit toujours,

Ses gestes, il les faits avec amour,

Bien reposées ses pâtes iront au four,

Son pain sera croustillant

Beaux et bons seront pâtisserie et croissant,

.

Et il peut satisfaire comme toujours,

Sa clientèle alentour.

Pour que vous puissiez vous régaler,

 

Sachez que la vie au fournil n’est pas drôle,

Le boulanger ne fait que de gestes répétés,

Ses commis et lui n’ont qu’un seul protocole,

À l’ouverture tout doit être prêt.

 

 

Et tout le fournil ment ? (Joe Krapov)

 

Le boulanger dans son fournil
Aime-t-il
Plus que nous, les boute-en-train,
Se trouver dans le pétrin ?


Pour réussir un pain polka

Doit-il écouter du Chopin ?


De la musique de baluche

Pour fabriquer une faluche ?


Une sonate de Beethoven

Pour pétrir un pain sans gluten ?


Qu’advient-il

Si son mitron

Est un adepte du litron ?


Pourquoi se sent-il lessivé

Quand il a fait du pain azyme

Pour les gloutons ?



On peut connaître

Toutes les ficelles de son métier

Et être perdu

Quand on vous dit

Que le pain à la grecque

Est une spécialité de Bruxelles !




Mais surtout

Où est passée sa Pomponnette ?

Partie battre la campagne ?

Mener un mâle à la baguette ?

Fabriquer d’autres bâtards,

Pâton rimant avec chaton ?


La disparition de la minette

Gâche sa journée,

Gâche sa fournée.

Il n’a plus le coeur au boulot

Et l’impression très peu fougasse

Qu’il se trouve au bout du rouleau,

Roulé dans la farine,

Dans un désespoir complet,

Sans munition devant la gruauté du sort,

A ne plus émettre aucun son.


Quand on a mangé son pain blanc

Et chanté « Noir c’est noir »,

Quand on trouve le thé au harem sans pita gore,

Ne reste plus alors

- on ne fait pas les choses à demie

dans l’échec -

Qu’à mettre la tête

Dans le four

Ou à entamer la lecture

De « La Légende des seigles » de Victor Hugo.


Ou à se tirer un coup

- histoire belge ? -

De pistolet ?






Un lent frisson (Clio 101)

   

Perdus dans une bulle qui n’appartenait qu’à eux, le prince et Onia valsaient au son de la musique. Pendant toute la durée du banquet, ils s’étaient découverts de nombreux points communs, un goût immodéré pour la poésie, l’amour de la nature et la conviction qu’hommes, plantes, roches et animaux étaient reliés entre eux, sans oublier leur métier de guérisseurs. A présent, perdus dans les yeux l’un de l’autre, ils savouraient l’instant. Délicatement guidée par la main du prince au bas de son dos, Onia s’émerveillait de la pensée, qu’elle, une simple fille de la campagne, dansait réellement au bras d’un des hommes des plus puissants de l’empire. Le prince Thibault, quant à lui, peinait à se rendre compte qu’il tenait à son bras la femme dont il avait toujours rêvé : belle, indomptable, érudite, capable aussi bien d’apprécier un bal mondain qu’une journée dans la forêt, au simple contact des éléments naturels. 

Son cœur inconstant devenait guimauve et il se mit à rêver de plus, tellement plus. Il profita d’un mouvement plus lent de la musique pour la rapprocher un peu de lui. Son parfum, violette et sous-bois après la pluie, l’enivra et affola ses sens. Une chaleur et une tension incongrues se manifestèrent dans son bas-ventre. Son éducation, la conscience de ses devoirs et son souci de ne pas la brusquer l'aidèrent à grand-peine à se contenir. De sa main gauche, il entama une lente caresse sur sa colonne vertébrale, tandis que sa main droite venait effleurer la partie découverte de son poignet. Surprise, Onia leva son regard vers lui ; son visage prit la couleur de sa robe alors que la chair de poule envahissait sa main. Pourtant, elle ne se déroba pas et fit à son tour un pas en avant, un timide sourire aux lèvres 

Ils valsèrent encore longtemps, sans se soucier des autres. Quelques jeunes nobles tentèrent bien une approche envers la jeune femme mais le regard hargneux du prince Thibault les dissuada d’insister. Quand elle exprima le besoin de faire une pause, il lui sourit mystérieusement et l’entraîna hors de la salle de bal. Ils marchèrent quelques mètres avant de se glisser dans une porte dérobée au détour d’un couloir. Sans fenêtres ni torches, il ne laissait passer que de minces rais de lumière. Si elle avait d’abord frissonné et sentit l'angoisse envahir son corps, Onia s’était très vite rassurée. Devant elle, la main du prince enserrait la sienne de façon tout à fait sécurisante. Il marchait d’un pas égal, ni trop lent ni trop rapide, ralentissait quand elle le demandait et la stabilisait quand il la sentait trébucher. Devant une autre porte où se faisaient déjà sentir les odeurs du pain et des brioches en train de cuire, il s’arrêta. 

— Voici le fournil, chuchota-t-il. Dès que je suis arrivé, je me suis efforcé de me concilier les faveurs de tous, des boulangers jusqu’à l’apprenti. Maintenant, dès que j’ai un petit creux, je me glisse là : ils auront toujours un petit pain chaud ou un gâteau pour moiIls entament leur journée, ne les dérangeons pas. 

Par une autre porte un peu plus loin, il l’entraîna vers un escalier en colimaçon. Ils grimpèrent sans se presser jusqu’à un petit enfoncement, orné d’une grande fenêtre. Deux petits bancs de pierre se faisaient face. Le prince Thibault s’assit sur l’un d’eux et tendit la main à Onia. Elle hésita une fraction de seconde avant de prendre place à ses côtés. Avec un sourire, il se décala pour lui permettre de mieux voir.  

Un cri lui échappa face au spectacle qui se présentait à ses yeux. 

Illuminée par le ciel nocturne, la neige avait pris une teinte bleutée. Les étoiles embrasaient le firmament et répandaient sur la nuit leur manteau protecteur. Profitant de l’absence humaine les animaux sortaient de la forêt pour chasser. Les petits du printemps, encore jeunes et folâtres, se pourchassaient, glissaient, s’amusaient à se laisser rouler ou creusaient des terriers. Au loin, la masse sombre des rochers marins formaient une silhouette indistincte, forteresse mystique d’un sorcier millénaire ou ailleurs peuplé de créatures étranges.  

Absorbée par la contemplation, Onia ne remarquait pas le regard passionné du prince derrière elle. Il n’esquissait pas un geste, la laissant savourer le moment. Il la dévorait du regard, luttait courageusement contre son désir. Il rêvait de la saisir dans ses brasl’emmener dans sa chambre, lui ôter chaque pièce de son vêtement et parsemer son corps de baisers. Il s’imaginait éveiller une à une ses zones sensibles et l’emmener dans un ciel où ne régnait que l’amour.  

Mais pas tout de suite 

D’abord, il voulait de nouveau converser avec elle. Lui lire des poèmes et l’entendre s’extasier sur la beauté d’un vers. Se promener dans la forêt et lui en révéler les secrets. Lui construire un bonhomme de neige ridicule pour l’entendre rire. Lire à côté d’elle en savourant sa présence. Connaître ses joies, ses goûts, ses peines, ses failles, être son complice et son bouclier, son partenaire et sa forteresse. Son ancien moi lui hurlait de passer à l’action, lui se laissa envahir par la tendresse. 

D’un geste doux, il effleura sa main.  

Elle se retourna.  

Il déglutit. 

 Leurs deux souffles, si proches, se mêlaient, s’entrecroisaient, entamaient une danse qui parlaient à leurs âmes. Sa bouche, délicate, semblait être dessinée au pinceau le plus fin dans le rose le plus doux. Il aurait voulu de suite poser ses lèvres sur les siennes. La crispation de ses épaules et ses mains serrées sur son giron le convainquirent de changer de tactique.  

Il entrelaça ses doigts aux siens 

— Voulez-vous...me permettre de vous embrasser ? 

Sa voix était rauque et son souffle court. Les yeux d’Onia s’écarquillèrent. Elle demeura muette quelques secondes avant d’acquiescer lentement. 

Devinant son impatience autant que sa peur, le prince se rapprocha d’elle et posa ses mains en coupe sur son visage. Quand ils ne furent plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, il la regarda de nouveau, quêtant son approbation. Quand elle la lui accorda, il déposa un baiser léger sur ses lèvres, aussi doux que les premières plumes d’un oisillon. Avant de continuer, il s’écarta un peu, lui laissa le choix. Elle, tremblante, leva les yeux vers lui, ne lut dans ses prunelles que tendresse et bonté. Elle se rapprocha à son tour et l’embrassa doucement avant de rétablir un semblant d’espace entre eux. Le prince sentit un étrange froid l’envahir, avant de sourire de plus belle. Onia s’était lovée contre lui et nichait sa tête dans le creux de son cou ; lui referma ses bras autour d’elle, comme un cocon où le mal ne pourrait plus l’atteindre. 

Ils demeurèrent longtemps ainsi, lovés dans une bulle qui n’appartenait qu’à eux. Les heures s’écoulèrent, paisibles. Bientôt, le peintre céleste piqueta sa toile de discrets points roses et oranges qui s’élargirent avec douceur, gouttes d’aquarelle sur un tableau sans cesse renouvelé. Les astres nocturnes tirèrent leur révérence, invitant le maître du jour. Dans le lointain, retentirent les bruits du château qui s’éveillait.  

Eux savouraient l'aube nouvelle, promesse de projets à venir. 

 

Au four et au moulin. (Yvanne)

  


Avant le four, dernière étape de l'histoire du pain dans mon enfance paysanne, il y avait le labour, les semences, la moisson, la batteuse et le moulin. Labourer et semer occupaient principalement les hommes de la famille. Je revois mon père ou mon grand-père maternel, un grand panier au bras, distribuant avec des gestes lents et amples les grains sur la terre fraîchement retournée. Puis venait la moisson durant l'été quand les blés étaient d'or. S'ensuivait la batteuse pour séparer le grain de la paille et la récolte regagnait le grenier de la maison. C'était du méteil, un mélange de froment et de seigle. Plusieurs fois dans l'année, mon père allait au moulin situé dans la vallée avec deux vaches attélées à la charrette. Il était d'usage que le meunier prélève sa part de farine sur la nôtre pour se payer.

Tous les 15 jours environ, on fabriquait le pain de la famille. La veille, maman préparait le levain dans la maie en chêne qui occupait un coin de la cuisine. Le lendemain, tôt le matin, mon grand-père pétrissait longuement la pâte élaborée à partir d'eau chaude salée et de farine jusqu'à ce qu'elle soit très ferme. Il en confectionnait de grosses boules qu'il déposait dans des «paillassous » ronds pour une seconde fermentation. Pépé râclait conscieusement le pétrain et les débris de pâte devenaient de petits pâtissons que l'on appelait familièrement « pompons du chien ». J'en raffolais.
Les corbeilles en vannerie étaient ensuite disposées près de l'âtre pour que les boules « lèvent » à la chaleur du feu. Au préalable, maman avait tracé au couteau une croix sur chacune d'elles. Mon grand-père allait allumer le four avec des fagots de branchages et de genêts façonnés pendant l'hiver. Il surveillait attentivement « la chauffe ». J'étais captivée par cette opération : pour mesurer la température, pépé employait des épis battus qu'il trempait dans un peu d'eau. Il les accrochait ensuite dans les rainures de la « fourne » et promenait celle ci sous la voûte chauffée à blanc. Quand ils sortaient roussis mais non brûlés, c'était prêt pour la cuisson. Il prélevait la pâte bien gonflée des corbeilles apportées là par les femmes de la maison pour la glisser sur la fourme et, sans perdre de temps, les plaçait sur la « sole » au préalable débarrassée des braises et des cendres. Avant de refermer, on y mettait aussi clafoutis, pâté de pommes de terre, tarte aux prunes...Souvent, des femmes du village, dont l'institutrice, en profitaient pour venir y faire cuire des mets appêtisants dans leurs cocottes en fonte.

Alors la magie commençait pour moi. Des parfums mêlés et incomparables s'échappaient par bouffées quand pépé ouvrait la porte du four pour contrôler la cuisson. Ces odeurs délicieuses sont imprégnées dans ma mémoire et je les sens encore aujourd'hui. Quand tout était cuit, pépé sortait les tourtes couleur bis et croustillantes, les replaçait dans leurs panières et elles étaient portées à la cuisine où on les rangeait sur un râtelier. Quand le pain devenait dur, on le remplaçait, jusqu'à la prochaine fournée par des « tourtous », les galettes de sarrasin qui accompagnaient les plats. Le pain rassis était taillé en tranches dans une soupière et on l'arrosait de bouillon de légumes pour en faire de bonnes soupes bien consistantes.

Le jour du pain était jour de fête où l'on se régalait. L'hiver on invitait les voisins et amis pour la veillée et c'était des moments chaleureux de partage et de bonne humeur.

Le fournil ne servait pas qu'à cuire le pain. Il avait un étage et était utilisé pour une autre préparation d'importance dans les campagnes corrèziennes. Mais ceci est une autre hoistoire dont je parlerai peut être si l'occasion se présente.

 

Pas facile ! (Kate)

  

Basile
passe la nuit au fournil
Odile
la journée au magasin
depuis très tôt le matin
Leur fils Émile
assure l'après-midi
et parfois le samedi
C'est pas la fournée d'Antoine
près de la rue Saint-Austremoine
- évoquant le fournil de Jean
où se pressent les gens -
C'est juste leur boulangerie

leur gagne-pain, leur vie
le travail est éreintant
le rythme désociabilisant
pas  beaucoup d'argent
(surtout des petites pièces)
l'électricité a augmenté
le beurre, le blé
mais pas le nombre de clients...

C'est plus comme avant
du temps de leurs grand-parents
qui avaient ouvert "Le Saint-Laurent"...
Maintenant "Le fournil de Jean"
est omniprésent
avec ses décors vibrants

leur coin café
où l'on peut s'arrêter
les multiples ventes à emporter
la fameuse carte de fidélité...

Mais ni fournil, ni Jean
Presque tout est fabriqué
en atelier
c'est la marche du temps...
Pas facile !

 

 

 

Hommage aux boulangers-paysans (Nana Fafo)

 

Boule d'ange, une boul'ange'rit



A force de faire des voeux en ce début d'année,

les Anges vont avoir du boulot pour réchauffer les coeurs.


C'était il y a maintenant quelques temps déjà,

la ferme de Nana Fafo ne nourrissait plus d'espoir 

de trouver un boulanger digne de ce nom.

Ils ont mangé leur pain noir.


Lorsque la famille Ange s'est présentée,

toute la ménagerie était perplexe.

Ils étaient si différents.

Ils venaient d'ailleurs.

Ils semblaient trop rieurs pour être honnêtes.


Comme toutes les décisions importantes à la ferme

c'est bec et truffe que chacun défend son point de vue

pour aboutir à une décision collective poussée à point.


OK, la famille Ange peut s'installer

dans la vieille grange près de la mare aux canards.

Mais... les locaux sont vétustes,

il faudrait que chacun mette la main à la pâte.


Ronchonchon leur a fourni-le grain à moudre, 

comme à son habitude, il ne fait pas dans la dentelle 

pour fermenter et "fromenter" des plans d'hydratation controversée.


Walrus leur a fourni-le pétrisseur, 

pétri de bonnes intentions, il ne veut pas les mettre dans le pétrin.


Kate leur a fourni-le grand livre des recettes de sa grand-mère, 

la madeleine de Proust ne demande qu'à s'exprimer.


Quant au poulailler, Bruno et ses cocottes leur ont fourni-le lamage 

pour ne pas se faire laminer de remarques 

sur le fait qu'ils ne se sont pas bougés les miches.


Et Nana est juste venu ajouter son grain de sel 

pour l'équilibre d'une recette en laine qui tisse dans ses filets 

un réseau a-glutineux de défiants qui suent et ressuent 

à produire la tendre mie de leurs idées croustillantes.


Le fournil et l'échoppe aux milles saveurs savoureuses

ont pu voir le jour solidairement

et depuis, chaque samedi matin

les narines frétillent et les coeurs se réchauffent

à l'idée de partager quelques douceurs du Fournil Boule d'ange, 

une boulangerie où les petites boules de pains des Anges rient aux éclats de pépites de chocolat.







Mon Fournil Pour Un Rire De Cheval (Lothar)


Desire, like dough, doth rise unbid

Remix, pas gèné par les Mèmes ni par les Gènes, même :

Dans la veine d’une pièce de Shakespeare, voici un tout autre défi :
Partant de l’image de Fernandel en boulanger, tenant un grand panier de vienoiseries raconter une histoire du genre gènes VS mèmes : ici entre croissants turcs et biscuits de Vienne.
Bien sûr on reconnait le boulanger de Marcel Pagnol,
mais quel est son potentiel « érotique » ? Si ce mot a un sens, ici …

Bon. On va jouer au théâtre sans jouer au jeu interdit du « je reconnais donc je nomme ». Disons simplement ceci : un boulanger légendaire au visage élastique, au rire chevalin, sorti d’un cinéma méridional, surpris en plein geste sacré, panier d’osier au bras, regard en biais, comme s’il venait d’entendre le chœur murmurer une hérésie.

La scène
Un Fournil valse à Vienne. La farine vole comme des arguments qu’on ne réfute pas. Les religieuses en rang comme des sardines derrière le comptoir, n’en perdent une seule miette. Elles compteront les points.

Dans le panier d’osier vert, les viennoiseries face à face font bloc. Toutes. Elles ne sont pas neutres :
Les croissants turcs, arqués, conquérants, mémétiques, sont les porteurs de récits, de routes, de replis identitaires feuilletés.
Les biscuits viennois, un peu génois, même, plus massifs, génétiques, sont les héritièrs d’un ordre, d’une levure disciplinée, d’une pâte qui croit au temps long.

Nous sommes pile entre les Gènes (la pâte, la main, la sueur, la transmission)
et les Mèmes (la forme, le nom, le symbole, l’Empire du petit-déjeuner).

Acte III, scène unique
Le Boulanger, au Fournil, seul, balle au centre.

LE BOULANGER
Ô pâte rebelle, ô ma mie conspiratrice,
Tu te dresses sous mes doigts comme un désir ancien.
Croissant ou biscuit, qu’importe la frontière
Quand la bouche des hommes en réclame sa part ?

Il caresse le panier.

Oui, caresse. Mais restons adultes.

Le “potentiel érotique” (mot peu attendu, mais on y est)
Il n’est pas sexuel.
Il est alimentaire et symbolique, ce qui est bien plus dangereux.
– Le pain est chaud.
– Il est gonflé.
– Il est attendu.
– Il va être rompu.

Tout Shakespearien savait que le désir passe par ce qui se partage, se fend, se rompt, se distribue. Le boulanger est donc une figure puissamment érotique malgré lui :
il donnera forme,
il retiendra,
il relâchera,

et tout le monde dépend de lui sans jamais le remercier.

Son regard oblique dans l’image dit exactement cela :

« Je sais ce que je tiens, et vous n’aurez pas tout. »

Chœur final
Près du Fournil odorant,
Entre croissants d’Orient et biscuits d’Occident,
Le monde se joue dans un panier d’osier.
Les gènes pétrissent, les mèmes bavardent,
Et le désir, comme la pâte, lève sans permission.

Voilà.

Un Fournil comme champ de bataille civilisationnel.
Mon Fournil pour un rire de cheval,
Un boulanger comme deus ex levura.
Et une érotique du pain qui ne souille ni ne salit rien, sauf les mains.

FIN
—————————————————
CHORUS (in the old tongue)

> Betwixt the crescent breads of Eastern lands
And Western loaves of sober, patient make,
The fate of men is weighed in wicker’d hands.

Here Genes do knead, with sweat and faithful palms,
Whilst Memes do prate, give names, and spread their tales;
And Desire, like dough, doth rise unbid,
No master call’d, no law observ’d, no leave once ask’d.

Mark well this Baker, lord of heat and time:
He shapes, withholds, and yields when pleas’d alone.
All hunger waits upon his common grace,
Yet none give thanks when mouths are duly fill’d.

Thus ends our play: a hand all dusted white,
A basket full, a world kept half in want.


Le défi du samedi, sujet #906 – Fournil

Bien sûr on reconnait le boulanger de Marcel Pagnol  

Quel est son potentiel érotique ? Si ce mot a un sens, ici

 

Within the Bakehouse stands the Baker of Disaster,
Sovereign of flame and hours unseen …

Le combat sans merci des Viennoiseries au milieu des Religieuses ébahies


Dans le souffle du fournil (Marie Sylvie)

  



Il est quatre heures
Ce moment suspendu où la nuit hésite encore à se retirer.
Le village dort
Mais derrière une porte de bois
Une respiration ancienne s'éveille.
Le fournil n'a pas besoin d'horloge
Il connaît le rythme du monde
Le battement discret des jours qui recommencent.

À l'intérieur l'air est tiède
Presque maternel.
La farine flotte telle une poussière d'aube
Un pollen de lumière qui se dépose sur les mains
Sur les gestes
Sur les pensées.
Chaque grain porte en lui une promesse
Celle de devenir nourriture
Chaleur
Partage.

Le boulanger ne parle pas.
Il écoute.
Il écoute la pâte qui s'étire
Le bois qui craque doucement
Le souffle du four qui s'allume tel un soleil apprivoisé.
Dans ce lieu tout est parole silencieux.
On n'impose rien
On accompagne
On accueille
On laisse advenir.

Pétrir c'est prier avec les mains.
C'est offrir au monde un peu de sa propre patience.
C'est comprendre que rien ne lève sans repos
Que rien ne nourrit sans transformation
Que rien ne dure sans feu intérieur.

Le fournil est un sanctuaire humble.
Il ne promet pas l'extraordinaire 
Il promet le quotidien
Le pain posé sur la table 
La mie qui s'ouvre tel un sourire 
La croûte qui chante lorsqu'on la rompt.
Et pourtant c'est là que se cache le miracle.
Dans la simplicité qui sauve
Dans la chaleur qui rassemble 
Dans l'odeur qui rapelle à chacun qu'il a une place
Qu'il est attendu.

Lorsque le jour se lève enfin 
Le fournil ouvre sa porte
La lumière du matin entre telle une bénédiction.
Les pains alignées ressemblent à des pierres d'or
Des offrandes silencieuses pour ceux qui viendront.
Le boulanger sourit.
Il sait que son travail est invisible
Mais que son invisible nourrit le monde.

Et toi qui passes devant ce lieu
Peut-être tôt
Peut-être tard
Tu sens quelque chose t'appeler .
Une chaleur
Une mémoire
Un rappel discret que la vie se pétrit chaque jour
Que nous sommes tous pâte en devenir
Levain d'espérance
Miettes de lumière offertes au monde.


 

Ont peut-être dialogué avec le personnage

      Laura ; François ; Lilousoleil ; Lecrilibriste ; Marie Sylvie ;