Ça
c'est produit juste avant que je ne sois gazé aux lacrymos vers la
barricade du Boul'Mich.
Elle
était là à barbouiller le mur d'un slogan percutant "A bas le
sommaire, vive l'effet mère".
Entre
deux déflagrations je lui ai gueulé que ça s'écrivait é-phé-mè-re
comme l'insecte du même nom qui nique en plein vol avant de clamser
quelques heures plus tard, et ça l'a faite marrer.
Elle
était canon en se marrant.
Moi,
sur le même mur j'étais en train de taguer un truc moins cérébral
"L'alcool tue. Prenez du LSD"
Elle
m'a demandé ce que c'était du élèsedé mais je pleurais trop pour
lui répondre.
C'était
ma première fois, les potes m'avaient pourtant prévenu que là où
y'a du lacrymogène, y'a pas d'plaisir.
C'était
vrai et ça l'est encore … c'est fou ce qu'on a fait comme progrès
en lacrymos en quelques décennies.
La
voilà donc qui m'entraîne loin de la ligne de front, là où y'a
moins de plage et plus de pavés et on s'engouffre dans une pharmacie
avant que le rideau de fer ne tombe sur nous comme à l'époque de la
Guerre Froide.
Elle
cherche un truc dans son sac – j'apprendrai qu'elle est élève
infirmière – et s'empresse de m'inonder de sérum psychologique !
Pas
habitué à héberger des insoumis le pharmacien fait la gueule.
Même
s'il a encore la manivelle du rideau de fer à la main j'emmerde le
pharmacien. Si j'avais de la peinture j'écrirais ça sur sa vitrine.
Elle
me dit qu'il faut aussi se rincer la bouche, alors en guise de
cocktail on se refile tour à tour une boutanche de purple drank, un
sirop pour la toux mi-soda mi-anxiolytique mi-codéine (oui ça fait
beaucoup de mi).
Dehors
aussi les cocktails explosent en bouche – surtout en bouche de
métro – et les matraques pleuvent sur tout ce qui bouge jusqu'à
ce que ça ne bouge plus.
Trêve
de présentations, la boutanche passe de ma bouche à la bouche de
Germaine et y faut croire que ça créée des liens : dans l'arrière
boutique on tombe sur un improbable lit de camp; je garde toujours
mes clarks même pour dormir mais cette fois je les quitte pendant
que Germaine quitte tout le reste c'est à dire peu de choses
puisqu'on est en mai, le mois où on fait ce qu'y nous plait alors
qu'en avril … bref.
C'est
fou ce qu'une jolie nana peut aller vite quand elle est libérée et
déterminée.
Celui
qui a tagué "Fêtes l'amour et recommenssez" serait
content de savoir qu'on est au moins deux à l'avoir déchiffré !
J'ai
l'air ringard avec mes préservatifs, y en a qui en feraient des
caisses et Germaine en fait des ballons avant de jouir bruyamment et
sans préavis; on a oublié les préliminaires à la grande déception
du pharmacien qui nous lorgnait depuis son comptoir.
Pas
de doute, la chienlit c'est nous... ça se voit dans nos yeux
éparpillés et nos fringues écarquillées ou l'inverse.
On
remet ça – l'amour, pas nos fringues – et le pharmacien en perd
sa manivelle.
Le
lendemain on s'était promis Germaine et moi d'aller taguer "Je
jouis dans les pavés" là où on avait mélangé nos
graffiti(s) mais quelqu'un avait déjà fait le grand ménage sur le
Boul'Mich et dans tout le quartier latin.
On
était le 11 mai et le mouvement ouvrier se joignait à la
contestation et appelait à la grève générale.
Au
bout d'un mois notre belle odyssée tenait toujours bon alors que
partout ça sentait le syndicaliste et le manque de tout.
Voilà
pourquoi je prends un sacré coup de vieux quand le moindre graffiti
sur un mur m'évoque ce souvenir indélébile.
P.S : J'ai écrit graffiti(s) pour ne pas froisser les italiens qui ignorent les pluriels en s. Ils ont même des mots masculins qui changent de sexe au pluriel ; ça doit compliquer les partouzes mais ça n'est pas le sujet.
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