samedi 31 janvier 2026

Une histoire d'amour. (Yvanne)

 

Elle s'appelait Rose. C'était sa fleur, la plus belle, la plus précieuse. Il l'avait rencontrée une nuit d'hiver dans une discothèque de la ville. Immédiatement, il avait été attiré par cette beauté à la silhouette parfaite, aux jambes interminables, à la chevelure rousse de lionne et au visage en forme de cœur où brillaient des yeux malicieux. Son petit nez retroussé lui donnait un air impertinent et particulièrement séduisant. Il était pris et, fasciné, fixait cette fille qui, elle aussi, semblait l'avoir remarqué. Il s'approcha encore un peu du coin du bar où elle prenait un verre avec deux autres jeunes femmes. Elle leva la tête. Leurs regards s’accrochèrent. Elle lui sourit. Le restant de la soirée se passa comme dans un rêve.

Dès lors, ils ne se quittèrent plus. Elle libéra son minuscule studio en location pour habiter avec lui dans le bel appartement que lui avaient légué ses parents. Elle rentrait le soir éreintée, se plaignant de la fatigue occasionnée par sa journée de travail dans la boutique de mode où elle était vendeuse. Il était aux petits soins et la laissait se reposer. Elle ne prenait jamais part aux tâches quotidiennes. Elle lui susurrait d'une voix câline qu'il était tellement plus doué qu'elle pour la cuisine et tout le reste. Il était flatté. Elle passait son temps recroquevillée sur le canapé, son smartphone dans les mains ou dans la salle de bain où elle occupait toute la place. Il trouvait naturelle cette main mise sur sa vie : il était amoureux fou.

Pour les vacances qu'ils prenaient ensemble depuis leur liaison, elle choisit les îles grecques et Myconos. Il trouvait l'idée merveilleuse. Ses économies avaient fondu comme neige au soleil mais peu lui importait. Que n'aurait il fait pour plaire à sa déesse ?

Le début de leur séjour fut un enchantement. Jamais il n'avait été aussi heureux. Ils visitèrent Delos et son théâtre antique, firent des croisières en bateau à la journée pour profiter des plages secrètes et des criques isolées où ils firent de longues siestes coquines. Ils découvrirent dans les musées des amphores et des vases reproduisant des scènes millénaires. Ils purent admirer la grâce, la volupté de ces femmes cultivées et sensuelles qu'étaient les hétaïres. Il donna ce nom à Rose pour la taquiner car, disait-il, elle était aussi brûlante que le soleil de la Méditerranée.

Ils fréquentaient les bars branchés de Paradise Beach où ils faisaient la fête. Une nuit, il la perdit dans la foule des noctambules. Affolé, il la chercha partout sans succès et finit par rentrer à l'hôtel, mort d’inquiétude. Il ne dormit pas, espérant à tout instant son retour. Au petit matin, elle réapparut à la porte de leur chambre. Elle pleura, se confondit en excuses. Elle avait eu besoin de calme et était allée faire une longue promenade sur le sable près de la mer. Il comprit et pardonna, soulagé.

Hélas, tout recommença la nuit suivante et encore celle d'après qui était veille de leur retour en France. Il exigea des explications. Elles lui furent rapidement données. Elle était tombée amoureuse d'un barman qui lui promettait monts et merveilles. Elle ne rentrerait pas. Elle était désolée.

Il tomba des nues et ouvrit enfin les yeux. Elle s'était bien moquée de lui. Elle l'avait ridiculisé et songea t-il, il n'était sûrement pas le premier. En se remémorant les six mois qu'ils avaient passés ensemble, il en déduisit qu'elle avait – ô combien ! - l'art et la manière de gérer ses forfaits. Il avait honte de s'être fait duper de la sorte. C'était une menteuse, une profiteuse, une vraie grue. Se gaussant de lui même il pensa que, oui vraiment il ne croyait pas si bien dire en l'appelant son hétaïre.

Il reprit l'avion pour Roissy seul et désabusé, sans le sou. Pour réduire un peu la pression qui le submergeait, il fit preuve d'autodérision en fredonnant la chanson des Rita Mitsouko « les histoires d'amour finissent mal en général ».





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