En un jour et une nuit, la vaste prairie se couvrit de couleurs chatoyantes. Tels de petits champignons qui sortent à la faveur de l’aube, un océan de tentes avait poussé dans le vaste cirque de montagnes. Enfants et vieillards, hommes et femmes, nettoyaient ustensiles et lessive, cousaient ou reprisaient les habits de fête, pétrissaient la pâte, rôtissaient la viande, fabriquaient les gâteaux sacrés et répétaient sans se lasser tours et morceaux de musique.
Rassemblés dans la tente des anciens, les jeunes gens qui parviendraient à la majorité après les cérémonies du Nouvel An confectionnaient avec application leurs vêtements d’homme. Après avoir bâti les différentes pièces en utilisant les couleurs traditionnelles (vert pour la fécondité, blanc pour l’abondance et rouge pour la chance), ils brodaient en fil d’or le ou les symboles qui représentaient l’orientation qu’ils souhaitaient donner à leur vie d’adulte. Quand le dernier rayon du soleil disparaissait à l’horizon, ils paradaient dans le campement munis de leurs instruments et entonnaient les mélodies sacrées qui éveillaient le courage des guerriers et l’ardeur des amants. Sous la sage surveillance des femmes mariées, les jeunes filles en âge de se fiancer minaudaient et choisissaient dans un coin de leur esprit celui qu’elles inviteraient à partager leur couche au jour du Nouvel An.
Dans la vaste étendue qui leur était réservée, les yacks broutaient, placides. Accoudés à la barrière, les jeunes guerriers sélectionnaient, en se fondant sur la mélodie des couinements, celui qu’ils monteraient lors du rodéo.
A l’aube du jour sans lune, l’assemblée se réunit devant la yourte sacrée.
En un geste répété mille fois depuis que le monde est monde, le chamane déposa à sa droite la pierre blanche pour inviter les dieux et à sa gauche les épines pour repousser les démons. Sur un geste, son assistant souleva la théière pour la suite du rituel. Il allait verser le thé au lait dans le bol commun quand une multitude de grognements résonnèrent dans l’enclos.
Avec l’approbation du chamane, une poignée de jeunes gens se rua vers les yacks, et restèrent sans voix.
Affolés, les animaux couraient, désordonnés et désorientés, d’un bout à l’autre de l’enclos.
Au milieu d’eux, sale, dépenaillé, amaigri, un homme s’efforçait en vain de s’extraire du cercle chaotique ; avec ses mouvements désordonnés il risquait à tout moment d’être embroché.
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