samedi 31 janvier 2026

LE JOUR OÙ LES HUMAINS OUBLIÈRENT LE SEXE (Marie Sylvie)

   


On raconte qu'il fut un temps où les humains vivaient dans des corps lourds, 
traversés de besoins, 
de désirs, 
de peurs.
Ils  portaient leur sexe comme un secret et une blessure, 
comme une promesse et un danger.
Le monde tournait autour de cette énigme minuscule,
 et pourtant si puissante, 
qui décidait des lois, 
des guerres, 
des hontes et des orgueils.

Puis un matin personne ne sait comment, 
ni pourquoi, 
quelque chose changea.

Ce fut d'abord imperceptible.
Un souffle dans l'air.
Une légèreté nouvelle dans les gestes.
Comme si la gravité avait relâché son emprise.

Les humains se réveillèrent dans des corps plus simples, 
plus doux, 
plus transparents.
Le sexe avait disparu. 
Non arraché, 
non effacé, 
simplement ... oublié.
Comme un mot que l'on ne prononce plus et qui finit par perdre son sens.

Les premiers instants furent silencieux.
On se regardait avec étonnement 
mais sans panique.
Il y avait dans l'air une paix étrange, 
une évidence.
Comme si l'humanité avait enfin posé un fardeau qu'elle portait depuis trop longtemps.

Les médecins fermèrent leurs cabinets.
Les tribunaux restèrent vides.
Les vieilles disputes s'éteignirent d'elles-mêmes, 
faute de carburant.
Les corps n'étaient plus des territoires
mais des paysages.
On ne les comparait plus.
On les habitait.

C'est alors que Hétaïre apparut.

On dit qu'elle sortit d'une statue, 
un soir où la lune était si pleine qu'elle semblait vouloir descendre toucher la terre.
Elle marcha hors du marbre comme on sort d'un rêve, 
l'enfant à ses pieds marchant à ses côtés, 
libre de toute attente.

Elle n'était plus l'Hétaïre des anciens récits ... ni amante, 
ni muse, 
ni objet du désir.
Elle était devenue une passeuse.
Une guide.
Une gardienne de la douceur.

Elle enseigna aux humains à respirer autrement.
À écouter la peau comme on écoute une rivière.
À se toucher sans intention, 
juste pour sentir la présence.
À aimer sans posséder,
sans conquérir,
sans craindre.

Les enfants désormais naissaient dans les fleurs.
Les corolles s'ouvraient au petit matin et un souffle chaud en sortait 
portant un nouveau visage.
Les parents n'étaient plus des géniteurs mais des accueillants.
Ils accueillaient l'enfant comme on cueille une lumière.

Le monde devint plus lent, 
plus attentif.
Les discriminations tombèrent comme des feuilles mortes.
On ne parlait plus de genre, 
de rôle, 
de place.
Chacun avançait selon son propre rythme, 
dans un corps qui n'était plus une frontière mais un passage.

On raconte que l'Hétaïre un soir retourna au marbre.
Non par tristesse mais par accomplissement.
Elle avait montré le chemin.
Elle n'avait plus besoin de marcher parmi les vivants.

Depuis dit-on 
si l'on pose la main sur la statue
on sent un battement.
Très léger
comme un cœur qui continue de veiller.

Et parfois dans le vent 
on croit entendre sa voix :
        《  Soyez simples.
              Soyez égaux.
              Soyez lumière.
       Le reste n'a jamais été nécessaire. 》


 

10 commentaires:

  1. La pulsion et la passion ont laissé la place à la sérénité et la plénitude, un monde idéal

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    1. Merci pour ce beau résumé.
      C'est exactement cette idée de passage de la tension vers la plénitude que j'ai voulu explorer.
      Je suis ravie que cette vision d'un monde apaisé t'ait touchée.
      Bien amicalement, Marie Sylvie

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  2. Alors, la rumeur de mon enfance disait donc vrai : on naît dans les (choux-)fleurs ! ;-)

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    1. (Rires) Et oui, les légendes de notre enfance finissent toujours par nous rattraper !
      C'est une façon bien plus poétique de voir la vie, tu ne trouves pas ?
      Bien amicalement, Marie Sylvie

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  3. Alors plus de dénonciation, plus de "me too" ... On voudrait tant y croire

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    1. C'est une réflexion très juste.
      Dans mon récit, l'oubli du sexe efface les rapports de force et donc la nécessité du combat.
      C'est une utopie bien sûr mais elle permet de rêver à une sérénité enfin partagée.
      Bien amicalement, Marie Sylvie

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  4. Elle ferait bien de revenir cette hétaïre : personne n'a compris sa leçon de sagesse je crois.

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    1. Tu as raison, un peu de sa "douceur sans intention" nous ferait le plus grand bien.
      Elle reste sans doute là, dans l'ombre, à attendre que nous soyons prêts à l'écouter vraiment.
      Bien amicalement, Marie Sylvie

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  5. Je le savais que ce sujet-là me ferait écrire des bêtises ! Alors la voici, la krapoverie du jour : "Même si ça a l'air bien, je ne tiens pas à recevoir une lettre de LGBTQIA+ : candidat sans étiquette, ça me va très bien au teint !"

    OK, je sors !

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    1. Ne sortez pas tout de suite !
      " Candidat sans étiquette", c'est finalement très proche de ce que je propose ici :
      Être simplement un humain qui habite son corps comme un paysage, sans rôle imposé par la société.
      Merci pour votre "Krapoverie" du jour !
      Bien amicalement, Marie Sylvie

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Ont pu jacter à l'aise...

      Walrus ; Vegas sur sarthe ; Monsieur X ; Marie Sylvie ; Kate ;