Le jour où je me suis perdue dans un champ de Maïs.
Nous pique-niquions à la sauvage,
une bande d’adolescents affamés,
bruyants,
un peu fiers d’être seuls au monde.
J’étais la seule fille parmi eux,
et pourtant,
sans que je comprenne vraiment pourquoi,
ils me considéraient comme leur chef.
Une place étrange,
un peu lourde,
un peu flatteuse,
que je portais comme un costume trop grand.
C’est au milieu de ce joyeux désordre que mon ventre a protesté.
Une urgence banale mais qui,
à cet âge-là,
prend des allures de catastrophe intime.
Je n’allais tout de même pas annoncer ça à cette bande de garçons. Heureusement,
juste à côté,
un immense champ de Maïs se dressait,
dense et rassurant,
comme une porte de secours.
Je m’y suis glissée avec la discrétion d’un animal craintif.
Et par une logique adolescente absolument imparable,
j’ai avancé jusqu’à ne plus entendre leurs voix.
Je croyais sincèrement que si je ne les entendais plus,
ils ne pourraient plus me voir.
Alors j’ai marché,
encore un peu,
puis encore.
Lorsque je me suis relevée,
soulagée,
j’ai voulu faire demi-tour
mais tout se ressemblait.
Les tiges hautes formaient des couloirs identiques,
des murs végétaux qui frémissaient au moindre souffle.
J’ai pris un chemin puis un autre, persuadée de retrouver la sortie
mais chaque pas semblait me ramener au même endroit.
Le champ avait changé de nature :
Il n’était plus un refuge
mais un labyrinthe.
La panique est montée doucement,
comme une vague froide.
Je me suis mise à marcher plus vite,
les feuilles me fouettant les bras,
le cœur battant trop fort.
Je me suis imaginée perdue pendant des heures,
retrouvée par un agriculteur surpris,
ou pire :
Jamais retrouvée du tout.
À quinze ans on dramatise vite.
Et puis un aboiement a traversé l’air.
Un chien quelque part.
Un son clair,
familier,
vivant.
Je m’y suis accrochée comme à une corde.
J’ai marché vers cette voix animale qui,
elle,
savait où était le monde.
Et enfin j’ai vu la lumière.
Le bord du champ.
La sortie.
Il suffit parfois d'un aboiement pour ramener le monde à sa place.
J’ai contourné le Maïs pour revenir vers les autres,
tâchant de reprendre une respiration normale,
d’effacer la panique de mes joues.
Lorsque je suis arrivée,
ils parlaient de leurs plus grandes frayeurs,
de ces moments où ils avaient cru mourir ou se perdre.
Je me suis assise parmi eux, calmement.
Je n’ai rien dit.
Mon aventure resterait mon secret ...
un secret un peu absurde,
un peu héroïque,
un peu honteux aussi.
Ils me voyaient comme leur chef.
Je les ai laissés croire que je n’avais jamais peur.
Mais moi je savais qu’un jour,
dans un champ de Maïs,
j’avais affronté mon propre labyrinthe.
Le courage commence
Là où l'on n'ose pas
appeler à l'aide.
J'ai eu la même aventure quand j'étais enfant, mais c'était dans une plantation de jeunes épicéas. Comme je n'étais pas le chef, quand les autres se sont aperçu de mon absence, ils se sont mis à m'appeler et je me suis guidé sur leurs voix. C'est sans doute pour ça que je n'ai pas beaucoup de courage... ;-)
RépondreSupprimerMerci Walrus
SupprimerC'est amusant ...ou rassurant de voir qu'on a tous eu notre
" labyrinthe" d'enfance.
La voix des autres est parfois la meilleure des boussoles même si j'avais choisi de ne pas l'appeler ce jour-là !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Cela montre surtout que la panique est mauvaise conseillère, surtout dans mon pays où les parcelles ne sont jamais très étendues, il suffit de se fixer une direction et de marcher, on finit fatalement par en sortir du champ de maïs... ;-)
SupprimerRester "juste" maître de ses pieds , :), c'est sans doute le meilleur moyen de toujours s'en sortir ! Ton histoire me rappelle aussi des souvenirs ! (pratique les champs de maî !)
RépondreSupprimerMerci pour ce commentaire
SupprimerC'est vrai que dans ces moments-là, on réalise que tout dépend de notre capacité à garder le cap, un pas après l'autre.
Heureusement que mes pieds ont fini par croiser le bon chemin !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Voilà une épreuve qui peut paraitre anecdotique mais elle forge le caractère et nous confronte à nos peurs. Ton récit , Marie Sylvie nous plonge avec toi dans ce dédale
RépondreSupprimerCordialement
Merci Vegas sur Sarthe pour cette analyse.
SupprimerTu as raison, ce sont souvent ces petits drames invisibles qui nous apprennent le plus sur nous-mêmes.
Ce dédale de Maïs était, sans que je le sache encore, ma première leçon de résilience.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Le destin a mis un chien sur ton chemin pour te guider, éprouver la peur et trouver le courage d'avancer...
RépondreSupprimerMerci Nana Fafo.
SupprimerC'est exactement ce que j'ai ressenti :
Cette intervention extérieure comme un fil d'Ariane.
Il fallait parfois un peu de peur pour découvrir qu'on a le courage d'avancer.
Merci pour ta lecture sensible.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Voilà, ça sera ma philosophie de la semaine : "Je suis perdu dans un champ de maïs génétiquement modifié !" ;-)
RépondreSupprimerMerci pour ton beau récit qui me rassure sur le fait que moi aussi je suis un drôle de chef ! ;-)
Merci Joe Krapov
SupprimerHeureuse de voir que je ne suis pas la seule "drôle de chef" par ici.
Quant au Maïs génétiquement modifié, qui sait, c'est peut-être pour ça que les tiges me paraissaient si hautes !
Bien amicalement, Marie Sylvie
Un champ de maïs, ça peut être immense. Heureusement que le chien était du bon côté. Sinon les garçons auraient fini par s'inquiéter et vous appeler, et leurs voix vous auraient ramenée. Juste votre aura de chef aurait été un peu écornée.
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