Toutes les voies du labyrinthe
Ne sont sans doute
Que des routes
Vers la déroute,
Vers une fin plus ou moins feinte
Où notre âme sera défunte.
Eh quoi ? C’est donc là notre sort
De servir de tortore
A ce vieux Minotaure ?
A force de tours et détours
Dans cet endroit où l’on se perd
Et s’exaspère
Et désespère
Aucune magie n’opère,
Pas même par le père
Qui est aux cieux
Et chutera
Avec son fils
– Dédale, Icare, de mémoire - :
L’un crève la dalle,
L’autre décarre.
A force de tours et détours
Ne se tresse que la détresse :
Il faut, désemparé,
Marquer l’arrêt
Pour finalement se retrouver
Au bout de ces errances
En pleine déshérence.
Après toute quête de sens
Vient la déliquescence,
Après toute question
Vient la déréliction
Et la dernière aubade
Est une dérobade.
Entre les murs
Aucun indice ;
Pas de sirène comme pour Ulysse
Qui chante l’heure de la sortie,
Pas un murmure
Et l’on déchante.
D’autres l’ont dit bien mieux que nous :
« En ce lieu régnait le silence.
Bientôt nous gagnait le délire :
On entendait des airs de lyre
Dans ce désert
Alors qu’en fait
Tout se Thésée ».
Parmi ce défilé
De parois monotones
Le héros désolé
Mesure son dénuement
Avant le dénouement :
Sa vie ne tient qu’à ce fil rouge
Qu’Ariane l’autochtone
Lui a filé ou refilé.
Et même quand tout finit bien -
Monstre combattu puis battu
Et amoncelé en détritus -,
Il n’y a pas de fin heureuse
Comme souvent dans « Boule et Bill » :
L’équipage débile
Oublie la malheureuse
Sauveteuse
Sur le rivage !
Quel piteux sauvetage !
- #Balance ton port !
Déporte-toi, retourne-z-y !
Hurle Circé
En fond sonore.
On a tant de mythes au logis
Que cette histoire me troue
Ou qu’elle me détruit.
Débarrasser le monde,
Venir à bout du monstre
Et partir solitaire !
Y a-t-il plus désolant ?
Chanter les Filles des Forges ?
Offrir du sucre d’orge
Aux amis diabétiques ?
Ou raconter Saint-Georges
En cent variations stylistiques ?
Belles statues d’albâtre
Je vous laisse débattre
De cela...
Ou vous en battre
Les coulpes !





Chanter les Filles de Forges ? Mais oui, c'est beaucoup mieux que te narguer un diabétique ! Quant à la philosophie, elle a toute sa place : "Tout se Thésée", sans oublier toute celle contenue dans "Boule et Bill" (la BD)...
RépondreSupprimerTu as bien si bien traité le sujet que j'en ai perdu de vue la sortie, enfin, je fais comme si...
RépondreSupprimerParce que toi, plutôt que le minotaure t'y as fourré 99 dragons dans ton labyrinthe ! Tu m'étonnes que personne n'en saur !
RépondreSupprimerUne fois la sortie trouvée... c'est juste la fin (point) du monde connu. Vivre perdu ou allumé, à chacun sa manière de brûler la chandelle !
RépondreSupprimerSujet parfaitement traité avec des sujets et des références partout. Bravissimo.
RépondreSupprimerl'image que tu mets est vraiment un labyrinthe où l'on se perd, mais dans ton poème j'ai bien réussi à suivre le fil d'Ariane
RépondreSupprimerCher Joe Krapov
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup cette vision désabusée du héros.
Entre un Icare qui "décarre" et une Ariane
" sauveteuse malheureuse", vous ramenez le mythe à une dimension humaine très touchante, loin de l'épopée héroïque.
C'est une belle métaphore de nos propres errances.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Pas toujours évident de ne pas se perdre au fil de la lecture. Sujet traité avec brio. À mon (humble) avis, personne ne s'en battra les coulpes 😁
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