Cela ne va pas de soi de parler de soi
Surtout que l’on n’est pas ici
Pour raconter sa vie.
Donc, pour répondre à l’injonction
D’introspection,
On n’aura aucune prétention.
Le meilleur moyen pour aller en paix
Est bien de se considérer
Comme un personnage de Sempé.
On se sent, du coup,
Bien plus Passepartout
Passe-partout
Traversant, débrouillard,
Tous les brouillards
Que Philéas Fogg.
De ce fait le tour du moi
Ne durera pas
Quatre-vingts jours.
Car qu’a-t-on d’unique ?
Comme demande
Caton d’Utique.
On a un intestin grêle
Planqué au bas du ventre
A l’abri des grêlons ;
Pas très loin un gros côlon sans médailles sur le poitrail,
Un sternum, un sacrum, un duodénum qui vaut bien le "Duo des chats" de Rossini ;
On a des côtes fendues quand nous prend l’envie de rire,
Un estomac dans les talons lorsque la faim nous tenaille
Et qu’abonde la boustifaille
Ou que sonne l’heure de la graille ;
On a des vaisseaux sans gains vu qu’ils n’ont jamais joué au loto
Et donc tout est normal, docteur !
Par contre on n’a pas le cœur sur la main
Et pas même peut-être l’âge de ses artères
Ni celui de César Franck.
On a deux humérus clausus,
Des péronés de péronnelle,
Des tibias sans protège-mollets,
Du sang de navet,
Deux poumons vous dis-je,
Un pancréas pacifiste qui ne veut pas pratiquer le pancrace
Et encore moins la lutte des crasses.
On a un cœur fidèle d’Ardéchois (?)
Ce qui nous permet parfois
D’évoquer Saint-Jean Ferrat
(cf infra) !
On a parfois en nous une fièvre de cheval
Alors on ronge son frein,
On piaffe d’impatience
Ou bien on hennit gmatique
Pour que personne ne devine
« Ce qui m’habite et qui m’obsède ».
On a un foie mais pas de foi parce que l’homme de peu de foi ne se fait pas avoir deux fois.
On a des chansons plein la tête, une mémoire phénoménale, une curiosité vagabonde, une imagination certaine et surtout, gangrenant tout ça, on a cette maladie qui force à noircir des cahiers et saturer des disques durs externes : un cancer de l’outil scripteur !


Nana fafo
RépondreSupprimerOups mon téléphone poste des commentaires vides tout seul. 🤔
SupprimerEst-ce que la noirceur de l'âme serait le pire des cancers ? Et les notes son remède ?
Et c'est pareil tous les jours ! ;-)
RépondreSupprimerOuvrard : sors de ce corps !
RépondreSupprimerJe co-signe le dernier paragraphe et te remercie pour le bonheur d'entendre Jean Ferrat chantant Aragon ; je ne me souvenais plus de l'évocation du grand Marlowe : magnifique, triste et magnifique, la vie, quoi !
RépondreSupprimerCher Joe Krapov
RépondreSupprimerUne introspection qui convoque Rossini, Sempé et Jean Ferrat ne peut qu'être réussie !
Merci pour ce moment de haute voltige verbale.
Entre votre 'pancréas pacifiste' et vos 'vaisseaux sans gains', vous nous prouvez que l'humour est le meilleur scalpel pour s'autopsier le moral.
Un vrai régal de lecture !"
Bien amicalement, Marie Sylvie