samedi 15 novembre 2025

Du sang parmi les étoiles. (Clio 101)

  



Nadi observait sans le voir le grand bol de wasabi et la bouteille d’alcool de riz posés devant lui. Il engloutit une cuillère pleine de raifort qu’il fit passer à l’aide d’une grosse goulée. Par la brûlure dans sa gorge, il espérait anesthésier ses regrets et oublier ses remords.

Son sommeil s’était enfui, comme sa raison.

Il Les voyait partout. Dans chaque couloir, chaque salle d’entraînement, chaque dortoir, sur chaque banc, chaque pierre, chaque arbre, chaque plan d’eau. Elles, ne lui accordaient pas un regard. Ou, si leurs yeux se croisaient, Elles les détournaient aussitôt, dégoûtées, brûlantes de haine.

Il fixa la fenêtre. Sursauta.

La nuit s’était fracassée sur la terre, laissant le ciel strié de plaies sanglantes.

Il cligna des yeux, affolé, avala une autre rasade.

Devant lui, le guerrier Orion, couché comme il se devait à cette période de l’année, gisait, sa ceinture en désordre, la pointe d’un nuage enfoncée dans son flanc. De terrifiantes images de son passé se superposèrent à la scène, il La revit s’effondrer, la pointe de son poignard à lui transpercer sa chair à Elle, le sang sur ses mains, Son  sourire qui se fige, Sa vie qui s’en va.

Revenu brièvement à la réalité, Nadi vit le wasabi devenir écarlate, son flot grossir, s’épancher au sol comme sorti d’une blessure éternellement ouverte ; les murs se teinter de rouge, gondoler, devenir liquides, former une vague démesurée et s’abattre sur lui. Au lieu de la brûlure dans ses poumons, il sentit la piqûre de milliers de lames dans les moindres parcelles de son corps.

Quand le sang se retira et qu’il put à nouveau bouger, il s’enfuit en hurlant vers la forêt, poursuivi par des milliers de monstres vengeurs. Il courut à perdre haleine, jusqu’à sentir son souffle se raréfier et ses jambes trébucher tous les mètres.

Dans un ultime effort de volonté, il pénétra dans une clairière.

Et sentit son cœur arrêter de battre.

Une jeune femme de dos, en vêtements blancs à l’exception d’un mince trait rouge sur son flanc, les cheveux tressés en une multitude de petites nattes se tenait là, devant lui.

Les larmes ruisselèrent sans discontinuer sur son visage. Tout ceci n’aurait-il été qu’un terrible cauchemar ?

Le coeur gonflé d’espoir, Nadi se rapprocha à pas lents. Son esprit tentait tant bien que mal de le raisonner mais il n’écoutait plus. Sur ses lèvres, un seul nom, celui qui rachèterait tout.

— Ysal ?


9 commentaires:

  1. Il nadi qu'un seul nom... seràit-ce celui qui ne doit rien dire pour ne pas se brûler la bouche ...

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  2. Onirique ou diabolique, on a du mal à choisir...

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  3. Tout va bien, je continue d'être approvisionné en récit d'aventures fantastiques. Pourvu qu'on n'ait pas "haïku obligatoire" un de ces quatre ! ;-)

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    1. T'inquiète : je serais le premier emm... ! :-)

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  4. Les extra terrestres sont parmi nous ! Voilà !

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  5. De rebondissements en rebondissements, guidéee par tes personnages, je me laisse emporter dans ce monde surprenant, au fil de ta plume si inspirée que j’admire
    !

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  6. Clio10, j’aime beaucoup. Un texte qui donne un beau panorama des mondes que le wasabi a mis en mouvement.
    ;)

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  7. Chère Clio 101,

    J'ai été happée par l'atmosphère sombre et cauchemardesque du récit.
    C'est un texte très fort qui dégage une grande violence émotionnelle.

    Félicitations pour cette œuvre littéraire si poignante !
    Bien amicalement, Marie Sylvie

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  8. Merci à tous pour vos commentaires, je suis très touchée ! L'univers et les personnages que je vous présente depuis quelques semaines m'habite depuis très longtemps et vos retours enthousiastes m'encouragent à en faire quelque chose plus tard..

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