La vieille dame épluche du Rutabaga,
Son homme joue avec sa pipe, faute de tabac,
Prématurément vieilli et non plus d'espoir,
L'absence de lettre est pour eux misère.
Leur fils est-il mort à la guerre ?
Ils entendent sonner le glas du manoir.
Puis c'est le tour des cloches de l'Église,
Ils s'interrogent tous deux sur cette méprise,
Pourquoi fait-on sonner les cloches alentours ?
Il n'y a plus au village un homme à marier,
Ils se sont tous fait tuer à quoi bon unir leur amour ?
Le garde-champêtre va frapper son tambour,
Il bat la campagne depuis le lever du jour,
Il annonce la nouvelle la guerre est finie,
Avec empressement, il remplit son office,
Ils ont signé l'armistice, la guerre est vraiment finie.
La femme lâche son couteau et se met à pleurer,
L'homme va à la fenêtre et reste en arrêt.
Enfin, c'est le moment, l'espoir tant attendu,
Il y aura eu pour cette guerre tant de sacrifices,
Que pour ce jour de l'armistice,
Ils ne peuvent être que très émus.
Combien de Pierres, de Hans, de Jacques et d'enfants,
Sont partis au front avec l'âme d'un innocent,
Pour être broyé par l'ennemi en chair à canon ?
Imaginez leur douleur, leurs crises et leurs pleurs,
Perdus, disparus quel malheur.
Tout droit dans la gueule d'un démon.
La campagne est désolée, où sont les maris,
Qui donnaient à la terre toutes ces couleurs ?
Les compagnes ont leur vie à jamais détruite,
Et grandit tous les jours la liste des orphelins.
Espérons que peut-être que demain,
La nation sera reconstruite.
Les habitants du village ne veulent pas y croire,
En ce 11 novembre est une page d'histoire,
Qui rend l'honneur et répare les humiliations,
Le pays peut désormais relever la tête.
Adieu sentiment de défaite,
Et vive à jamais la nation.
Enfin, elle est là, l'heure de la délivrance,
Chacun et tous prennent un peu plus d'assurance,
Mais la joie n'est pas complète le sang a coulé.
La vieille dame rappelle que nos enfants sont morts.
Nous sommes touchés par le sort,
Ils ont détruit nos douces couvées.
Et quelques mois après, de nouvelles à la ronde,
Leur a appris qu'il y a eu un wagon à Rethondes,
Et les champs peu à peu, qui étaient en jachère,
Donnaient à l'horizon une nouvelle couleur.
Les hommes ont repris le labeur pour faire reculer la misère.
Bien plus tard, deux petits vieux cherchent réconfort,
Sous cette grande voûte, où un inconnu dort.
A l'écart, tout tremblant, en se tenant par la main,
Se demandait s'il était là, leur tendre enfant,
Ne point savoir, c'est le néant,
Peut-être reviendra -t -il demain ?
Ne pas savoir résonne comme ne pas pouvoir dire au revoir. Très beau texte, merci de ce partage
RépondreSupprimerTu me rappelles les monuments aux morts des villages de la Somme !
RépondreSupprimerIl y en a même certains en couleurs...
Il y a plus que des tracas dans ce barda-là.
RépondreSupprimerJ'ai fait connaissance - livresque - cet été avec le monument au mort pacifiste de Gentioux (Creuse)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Monument_aux_morts_de_Gentioux-Pigerolles