Il y a des soirs
où la solitude devient si dense
qu’elle semble s’installer à côté de moi
silencieuse
immobile
presque palpable.
Dans ces moments-là
je sens mon cœur battre
comme s’il cherchait une issue dans l’obscurité.
Alors je lève les yeux.
Je ne le savais pas encore
mais ce geste simple portait un nom ancien :
la Néphélomancie.
L’art de lire dans les nuages ce que l’âme n’ose pas dire.
Je ne cherchais pas à prédire l’avenir.
Je cherchais seulement un signe
que je n’étais pas entièrement perdue.
La fenêtre s’ouvre sur un ciel lourd
Un ciel qui ressemble à une mer renversée.
Les nuages avancent lentement
Chargés d’histoires que je ne connaîtrai jamais.
Je reste immobile
Les mains posées sur le rebord
Et j’attends que quelque chose se passe
Ne serait-ce qu’un frémissement.
Au début il n’y a rien.
Juste le gris
La fatigue du jour
Et cette impression d’être minuscule dans un monde trop vaste.
Mais peu à peu les formes se précisent.
Un premier nuage se détache
Une courbe
Une ombre
Un relief.
On dirait un visage.
Pas un visage connu
Un visage venu d’ailleurs
Comme si le ciel lui-même avait décidé de se pencher vers moi.
Je le regarde longtemps.
Il ne parle pas
Ne sourit pas
Mais il est là.
Et cette simple présence suffit à fissurer ma solitude.
Je me dis alors :
《 Peut-être que je ne suis pas aussi seule que je le crois. 》
Un second visage apparaît
Plus flou
Plus mouvant.
Il semble se former et se défaire à la fois
Telle une pensée que je n’arrive pas à retenir.
Il a quelque chose de tendre
Une douceur qui n’appartient ni au passé ni au futur.
J’y lis un encouragement silencieux
Un souffle qui murmure :
《 Tiens bon.
La nuit n’est jamais totale. 》
Puis vient un troisième nuage
Plus massif
Plus sombre.
Il ressemble à une silhouette qui avance
Bras ouverts
Comme si elle voulait accueillir ma fatigue.
Je sens une chaleur étrange dans ma poitrine
Une chaleur qui ne vient ni du corps ni de l’air
Mais d’un endroit plus profond
Là où se cachent les forces que j’oublie d’avoir.
La pluie commence à tomber
D’abord en gouttes timides
Puis en un rideau fin qui brouille les contours du ciel.
Les visages se dissolvent
Mais leur présence demeure
Telle une empreinte légère sur la peau de mon âme.
Je ferme la fenêtre
Mais quelque chose a changé.
La solitude n’a pas disparu
Non ...
Elle s’est simplement adoucie
Comme si les nuages avaient pris une part du poids
Pour que je puisse respirer un peu mieux.
Et dans le silence revenu
Je comprends enfin ce qu’est la Néphélomancie :
Non pas un art de prédire
Mais un art de recevoir.
Recevoir ce que le ciel offre
Recevoir ce que mon cœur murmure
Recevoir la preuve fragile que même dans les moments les plus sombres
Il existe des présences
Réelles ou imaginées
Qui veillent
Un instant avec moi.

Et si l'imagination était une réalité intérieure ? Nous pourrions nous connecter à nous-même et y voir plus clair dans le ciel assombri. Merci pour ce très beau texte.
RépondreSupprimerJe t'envie d'avoir su apprivoiser ces compagnons d'un soir, quand je n'y ai vu que des présages ou des monstres maléfiques
RépondreSupprimerCordialement
Tout ça pour l'ombre d'un nuage !
RépondreSupprimerSerais-tu magicienne avec l'écriture pour baguette ?
On sent que tu as passé du temps à les observer, tes nuages ... et ils t'ont sacrément inspirée !
RépondreSupprimerLa Nature donne à profusion à qui sait l'observer et l'écouter. Et tu le sais...Avec elle nous ne sommes jamais seuls.
RépondreSupprimerLes merveilleux nuages de Baudelaire envoient peut-être une correspondance fournie à qui collectionne les timbres de voix intérieures ? ;-)
RépondreSupprimer