"JEAN-CHRISTOPHE" affiché dans le bureau de Mathilde, chère femme adorée ! Simplement mon prénom en lettres majuscules, ton idée, je t'adore depuis que je t'ai rencontrée, il y a dix ans, déjà, à cette conférence...
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C'est vrai que ma vie de célibataire très occupé par son travail s'est soudain transformée comme sous l'effet d'une baguette magique, d'une alchimie alliant ta beauté, ton intelligence, ton indépendance.
Mon métier d'archéologue m'amenant à voyager souvent, longtemps et loin ne t'a pas retenue d'accepter ma demande en mariage. Mes retours étaient désormais fêtés et le fait de rester seule la plupart de l'année avec la charge de la maison et de ton métier d'avocate -tu venais d'avoir ton diplôme, tu étais amenée à plaider ailleurs en France au gré des dossiers- ne te pesait pas.
Bonheur parfait, couple moderne, mes amis m'enviaient et me disaient souvent : "Veinard !"
Ce lundi de mars, comme tu étais absente pour la semaine, je me suis mis en tête de te faire une surprise : refaire la tapisserie un peu défraîchie de ton petit bureau. J'ai déplacé les quelques meubles et décroché le seul et unique tableau face à ton ordinateur. Le cadre était grand et lourd, je l'ai fait tomber mais heureusement la vitre ne s'est pas cassée. Au final, j'ai voulu le replacer au mur mais c'était impossible, il ne se refermait plus correctement. J'ai donc ôté la vitre et la feuille de papier m'a semblé très épaisse. Je l'ai soulevée et, au lieu de trouver simplement l'arrière du cadre, j'ai trouvé une autre feuille, légèrement froissée mais complètement identique. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Un autre "Jean-Christophe" ? J'ai souri intérieurement : ils sont pourtant rares ! En ne remettant pas cette feuille inutile j'ai facilement réussi à refermer le cadre : ni vu, ni connu.
Ne voulant pas la jeter, bien sûr, j'ai placé cette seconde feuille sur le plan de travail de la cuisine avec l'idée de l'encadrer dans mon propre bureau, peut-être. Le soir, deux amis, Jacques et Philippe sont passés et tout fier je leur ai montré mes travaux de rénovation. L'un d'eux m'a fait cette remarque amusante : "Tiens, Jean-Chri, une deuxième Jean-Chri ?"-oui, c'est comme ça que ma chérie m'appelle- et ça les amuse encore. On a parlé de toi, de notre rencontre :
- À une conférence ?
- Oui.
- Sur quoi ?
- Les manuscrits anciens, les palimpsestes...
La soirée s'est terminée assez tôt, j'étais fatigué. Tu m'as envoyé un texto, comme chaque soir et j'ai répondu par un bisou, notre "code". Seul, debout dans ton bureau, fenêtre ouverte, j'ai souri... De retour dans la cuisine pour un peu de rangement, j'ai pris délicatement le "deuxième JEAN-CHRISTOPHE", comme mes amis l'avaient nommé en rigolant quand, ouvrant le frigo, j'ai vu un demi-citron. Tiens... Si je le pressais dans un verre d'eau ? Amère potion qui m'a amené à me faire la réflexion suivante à cette heure déjà bien tardive de la journée : que fait ce citron alors qu'on n'en consomme pas ?
Un flash m'est venu. Dans le tiroir du placard, près des allumettes et des bougies, j'ai trouvé un briquet. Je l'ai aussitôt reposé : mais non, idiot que je suis... Je suis allé chercher le fer à repasser dans la buanderie et l'ai mis sur vapeur et l'ai tenu à bonne distance de la large feuille, près de mon prénom en lettres majuscules et j'ai vu lentement apparaître les lettres "ILIPPE"...
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Philippe ? Mon meilleur ami ? Bon... Besoin impérieux de m'asseoir, de boire quelque chose, de fumer une cigarette oubliée, l'esprit vide... Un sursaut enfin : plus fort que mes pressentiments, ma formation d'archéologue me poussant à continuer, j'ai repris le flambeau, en l'occurrence le fer, et j'ai continué l'exploration totale du document (oui ce qui était désormais devenu un "document")...
J'ai réchauffé très délicatement et entièrement le support mémoriel secret de ma jeune et tendre épouse, déterminé... Si je me doutais déjà un peu du résultat, ma surprise fut de taille !
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M'est venu en tête tout à coup le souvenir parfaitement clair de la question qu'elle avait posée lors de cette conférence où je l'avais rencontrée et le moment précis où j'étais tombé instantanément sous le charme de cette étudiante en droit : "que veut dire le mot palimpseste ?" et nos regards s'étaient croisés.
Mathilde, passionnée d'écrit... Non, plus Ma Thilde, comme je me plaisais à l'appeler mais Thilde, désormais...
Abattu, sonné, n'alignant plus une pensée valable, j'ai allumé la radio pour écouter l'émission de la nuit où les gens appellent pour des conseils, des soutiens et, juste après le flash d'info de minuit, une chanson...
Il a du mouron à se faire, reste encore des lettres libres !
RépondreSupprimerJe pense que l'amour a des limites...,)
SupprimerUn pieu dans le cœur pour un qq'un qui passe de pieu en pieu... une chanson qui me fend le cœur. 😪
RépondreSupprimerJoli mot à double sens ce "pieu" ! J'adore ! J'adore la chanson aussi !
SupprimerEncore une histoire d'amour qui finit mal en général ? Ou un plaidoyer contre la déformation professionnelle ? Comme disait Boris Bergman chez Baschung, l'archéologue ferait mieux d'avoir des trous dans ses fouilles ! ;-)
RépondreSupprimerMais non Jean-Christophe, ce n'est pas ce que tu crois : Mathilde a écrit là le nom de vos potentiels futurs bébés pour que tu choisisses le moment venu !
RépondreSupprimerEt ce ne sera que des garçons !,)))
SupprimerVoilà ce que c'est d'être un espion qui s'ignore ! J'avais lu ça quelque part, le citron et le fer à repasser ! Merci de m'en faire souvenir !
RépondreSupprimerAh ! Ah ! J'ai un peu détourné ce palimpseste... pour une histoire d'amour (?) qui finit mal (comme l'a souligné Joe)... Mais pas chaque semaine, quand même !,)
SupprimerTrès mauvaise idée de refaire le bureau de sa moitié en son absence...
RépondreSupprimerMais oui, Monsieur X, entièrement d'accord ! Pourquoi pas un peu de ménage, de repassage, de rangement dans son propre bureau, hein ?,)
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