La vie allait si douce au temps de l'herbe verte ;
C'était un grand jardin aux glaïeuls souriants,
Un visage innocent aux yeux gourmands, brillants.
C'était avant le vent - nous dormions porte ouverte.
La vie avait l'amour comme un mot cultivé
Sur le bout de la langue, et les jours de récolte
Sentaient bon le parfum de l'âge désinvolte ;
C'était avant le vent - tu m'avais captivé.
La vie... Ah ! Cette vie intense, instable, ingrate,
Que j'aime détester en détestant t'aimer,
Ne sait plus où aller, se met à blasphémer ;
Son vert d'avant le vent, vois-tu, se déshydrate.
Et la pluie, insistante, octobreuse à souhait,
Ne fera que noyer ce qui ne peut plus boire.
On ne revient jamais au début de l'histoire,
Quand la vie était douce autant qu'elle jouait ;
Les souvenirs, déjà, nous prennent en otage
Dans le creux d'une ride où commence le deuil
D'une époque envolée en deux temps trois clins d'œil ;
Qui de nous deux dira le premier radotage ?
Très joli !
RépondreSupprimerEt si celui qui radote est le premier qui a dit "C'était mieux avant !", je suis champion toutes catégories !
La peste soit des lève-tôt ! ;-)
RépondreSupprimerJ'allais justement écrire que la plus petite expression de nostalgie vous fait ranger dans le camps des radoteurs qui ressassent le "C'était mieux avant".
Mais, comme la semaine dernière, c'est joliment exprimé !
Un premier radotage en otage en fin de dernier vers, bon, sinon, je remarque la forme classique (un style qui était mieux avant ?) du poème, avec des alexandrins de 12 pieds, pas si courants, flanqués de rimes riches, embrassées, en alternance de beaux vers masculin / feminin, où les voyelles sont mises après les e muets, comme dans ce bel exemple : La vie... Ah ! Cette vie intense, instable, ingrate, flanqués aussi de syrénèse, j’en passe et du joli, car du coup si on fait tout cela c’est moins facile de faire un beau poème, vivant, qu’il est sans aucun doute, pour moi en tout cas, d’où souvent mes formes libres, et puis je remarque ce rapport de proximité et au contraire d’éloignement avec ce que dit de mémoire rolland barthe : loin que se soit le passé qui explique le présent, c’est le présent qui permet la relecture du passé, autrement dit, le souvenir n’est pas retrouvé, il est reconstruit, presque réécrit quand le poème creuse une petite fissure dans le temps, s’interessant surtout à la fabrication même de ce passé par le présent, ce qui nous donne, bien sûr, une pièce tenue par un balancement obstiné entre l’avant et l’après, où le motif du “vent” fait office de fracture invisible, tandis que le poème, d’abord nourri d’images végétales presque trop sages - jardin, récolte, parfum d’un âge léger - glisse insensiblement vers une sécheresse affective où la mémoire, loin d’être un refuge, devient un mécanisme de capture, un lent travail d’otage du présent par le passé, si bien que la nostalgie elle-même finit par se fissurer sous son propre poids, laissant apparaître non pas un regret pur mais une forme d’ironie douce-amère, comme si l’amour, en se retournant sur lui-même, n’avait plus d’autre ressource que de se redire - et de se redire encore - jusqu’à ce que la répétition, précisément, prenne le nom de radotage.
RépondreSupprimerLe vent, la pluie... parlons donc météo ! Alors que tout nous parle de météo intérieure et de sentiments liés aux souvenirs, à la fuite du temps... J'écourte mes louanges (par crainte de radoter) et j'apprécie tes vers romantiques à souhait, cher Monsieur X, amoureux des glaïeuls et des tulipes (comme moi) !,)
RépondreSupprimer