samedi 4 avril 2026

LEÇON D'HUMANITÉ EN DEUX UNIFORMES (Marie Sylvie)

   

 



Le couloir de l’hôpital sentait le désinfectant et la fatigue. 
Une lumière pâle glissait sur les murs comme si elle hésitait à vraiment éclairer. 
On m’avait appelée
non pas comme témoin
ni comme proche
mais pour ce don étrange et ancien que certains reconnaissent encore
celui qui apaise les corps lorsque les mots ne suffisent plus.

Dans la chambre l’accidenté gisait encore secoué de l’intérieur. 
Sa moto avait dansé un instant de trop et la route avait repris ses droits. 
Il respirait comme quelqu’un qui revient d’un autre monde.

Le médecin entra le premier
suivi d’une nuée d’infirmiers. 
Leur voix n’était pas tranchante
non… elle était lourde 
et chargée d’un reproche qui tombait comme une pluie froide.

《 Si vous aviez mieux tenu votre guidon…
 On pourrait enfin souffler pendant cette garde…
Vous n’imaginez pas ce que ça représente pour nous… 》

Chaque phrase frappait l’air comme une gifle. 
Leur sévérité n’était pas méchante mais elle tombait mal. 
Le blessé lui encaissait en silence.

Puis les gendarmes sont arrivés. 
Leur présence aurait pu peser mais elle fut au contraire une respiration. 
Ils parlèrent doucement avec une humanité simple.

《 Nous allons devoir vous poser quelques questions. 
C’est pour l’assurance 
pour comprendre ce qui s’est passé.
Rien contre vous.

《 Vous avez eu de la chance. 
Le mal est fait certes oui… mais vous êtes vivant. 
Et c’est pour éviter que d’autres finissent ici que nous veillons sur les routes.》

Le questionnaire n’était plus un interrogatoire mais une main tendue.
Une manière de dire : 
Tu es adulte
Tu as chuté
mais nous sommes là pour remettre un peu d’ordre autour de toi.

Ce jour-là j’ai appris que la douceur ne porte pas toujours la blouse blanche
et que la sévérité ne porte pas toujours l’uniforme. 
La véritable guérison commence souvent par une voix qui ne juge pas. 


          Il arrive que la lumière se glisse 
          là où l'on attendait l'ombre
          et que l'ombre tombe 
          là où l'on cherchait refuge. 



7 commentaires:

  1. Le lien humain est partout, si on lui donne la parole... parfois je me demande si la déshumanisation de certains ne les protègent contre toutes les horreurs qu'ils voient chaque jour.

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  2. Eh oui, la bienveillance n'est pas liée à la tenue...

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  3. Voilà qui réconcilie avec les gendarmes. Belle approche du thème !

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  4. Bien vu.

    La vie est pleine de surprises (bonnes ou mauvaises)... Une main tendue, d'où qu'elle arrive, c'est toujours agréable.

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  5. Encore un très joli témoignage !

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  6. Et bien l'empathie n'est pas toujours là où on croit la trouver. Une histoire vécue sans doute Marie-Sylvie.

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  7. La véritable guérison commence souvent par une voix qui ne juge pas, Marie Sylvie, tu le dis, oui, et ces soignants surbookés de l’hôpital se fichant de la charité, et puis de cette rude maréchaussée se tournant un peu les pouces, je pensais cela comme pendant les pics du covid - avant les vaccins, et pendant les confinements forcés à la maison, car ton texte, sous son titre presque sage de Leçon d’humanité en deux uniformes, avance d’abord comme une scène attendue - couloir blafard, corps brisé, rôles bien distribués - pour mieux déplacer les lignes sans bruit, renversant les réflexes les plus ancrés en faisant passer la rudesse du côté de ceux censés soigner et la douceur du côté de ceux censés juger, jusqu’à transformer le questionnaire lui-même en un geste presque réparateur, et laissant derrière lui, sans insister, cette idée discrètement dérangeante que l’humanité ne tient ni à une fonction ni à un costume mais à une manière de se tenir au bord de l’autre sans l’enfoncer davantage.

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S'y sont cassé la voix

     Laura ; Walrus ;