samedi 23 mai 2026

Le bureau ovale (Vegas sur sarthe)

  


J'avais trop souvent entendu mes anciens congénères évoquer des années de disette à l'heure du formica ou à celle plus récente du plastique pour ne pas avoir envie de me farcir le style suédois au risque de me bousiller les mandibules sur un avsiktlig ou un godmorgon... alors j'avais choisi les formes simples, les courbes discrètes du style Directoire et le charme de ses chapiteaux de feuilles de palme en acajou... Miam Miam


C'est fou ce qu'on peut trouver comme vieilleries dans les musées, c'est pourtant là où j'avais rencontré Vrillette, une jeune gourmande capable de vous grignoter les orteils d'un pied de méridienne sans respirer.

Elle tenait ça de sa grand-mère qui avait disait-elle croqué toutes les bergères d'un lupanar du XVIème arrondissement de Paris. Ça c'est la grande classe !


Il fallait voir Vrillette creuser ses galeries "dans un fauteuil" si je peux dire et faire d'adorables petits tas de sciure comme un jeu de piste dans les allées désertes où je la suivais à la trace comme un élève docile.

On s'est plu tout de suite … il faut dire qu'elle était du Capricorne comme moi.


Je me demande encore où cette frêle bestiole pouvait bien stocker tout ça, moi qui me rassasiais d'un bouton de tiroir ou d'une maigre moulure de baldaquin.

Ainsi grâce à Vrillette j'appris tout de ce fabuleux métier de sapeur auquel j'étais destiné mais au fil du temps et des orgies de hêtre et de noyer je sentais bien que Vrillette perdait le moral autant que l'appétit.

Il faut dire que son désir secret, son besoin inassouvi c'était d'aller Outre Atlantique goûter à ce fameux bureau – le Resolute Desk offert par la reine Victoria aux Etats-Unis en 1880 et fabriqué dans le bois d'un navire british sauvé des glaces par les ricains – un bureau de chêne de plus de 220 kilos livré aux frasques du dernier occupant de la Maison Blanche !
Elle répétait qu'il était de son devoir d'aller investir l'illustre bureau – le témoin des galipettes d'une stagiaire pas farouche prénommée Monica – afin d'honorer la mémoire de sa chère grand-mère.

J'eus beau argumenter que là où y'a du chêne y'a pas d'plaisir, je voyais Vrillette dépérir chaque jour, les mandibules désespérément tournées vers son Eldorado.

Je lui présentai même un reste de baldaquin que l'armée de mes congénères convoitait mais rien n'y fit.


Elle disparut un matin alors que j'attaquais une commode Louis XV histoire de varier le menu.

J'espère qu'elle aura pu embarquer sur un de ces tas de ferraille qu'on appelle tankers et qu'elle saura ronger son frein car la route est longue vers les amériques...





 

4 commentaires:

  1. Y en a qui vont au bout de leurs rêves, quitte à embarquer sur le Titanic !

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  2. Les vrillettes, quelle horreur ! Débarrassée depuis des mois d'une chaise et puis d'une table (auxquels je tenais), quelle ne fut pas ma surprise hier soir d'en découvrir une dans ma cuisine... sûrement un reste et non pas une nouvelle invasion !,)

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  3. Ici aussi la prosopopée qui fait bien rire n'est pas piquée des vers ! ;-)

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Ont créé leur ambiance

     Laura ; Walrus ; Monsieur X ; Kate ;