samedi 30 mai 2026

Le festival international du bruit noble (Cavalier)

  


Le festival international du bruit noble

Dans ce beau pays alpin austro-bavarois un montagnard entonne une tyrolienne pour signaler sa présence sur un sommet et exprimer sa satisfaction et sa fierté de l’avoir gravi pour jouer avec l’écho.

Hoite hol i olle o
Holééééé …

Quel grand paysage.
Des falaises immenses. Un chalet minuscule.
YODEL est debout sur un rocher,
bras ouverts au ciel.
Quand il chante, les nuages vibrent.

Des notes qui bondissent comme des chèvres nerveuses entre les vallées.
YODEL
– Holééééééééééééé…

Son cri descend la montagne
Le “HOLÉÉÉ” serpente visuellement
jusqu’à une ville au loin.
En bas, on aperçoit fumée, immeubles et néons.

YODEL
– Peut-être… qu’il existe d’autres tribus sonores.

ROCK sort d’un garage enfumé avec une guitare énorme.
Tout autour de lui tremble : poubelles, panneaux, pigeons.
ROCK :
Musique électrique.
Trois accords, beaucoup de décibels
et une confiance déraisonnable dans les vestes en cuir.

ROCK
– Le silence est une panne technique.

YODEL arrive en ville
Il regarde ROCK avec fascination.
ROCK regarde YODEL comme s’il venait d’un autre siècle.

YODEL
– Tu habites dans une avalanche métallique ?
ROCK
– Et toi, dans un magasin de fondue ?

Une station de métro est transformée en scène
RAP est entouré de tags colorés et d’enceintes portatives.
Le rythme semble sortir du sol lui-même.

RAP,
Musique du rythme et des mots.
Quand la rue parle trop vite pour respirer.

RAP
– J’ai des rimes plus rapides que vos connexions neuronales.

Rencontre des trois chanteurs :
Ils se regardent comme trois animaux découvrant une nouvelle espèce.
En arrière-plan : une chèvre attachée à une borne incendie.
Dialogue
ROCK
– C’est quoi exactement, ton pouvoir ?
YODEL
– Je parle aux montagnes.
RAP
– Lui au moins, quelqu’un lui répond.

Démonstration de YODEL
Il pousse un énorme “HOLÉÉÉÉ”.
Les vitres vibrent. Des pigeons dessinent une portée musicale dans le ciel.

Alors, YODEL
– Ma voix traverse les vallées !
ROCK
– Elle traverse surtout mes tympans.

———–

Monologue de la marmotte survivante : Intermède philosophique involontaire 

Je vais te dire, moi, marmotte anonyme, témoin involontaire du vacarme des humains : j’avais creusé un terrier tranquille, juste au bord du futur chaos. Je voulais seulement écouter le vent, compter les nuages, pratiquer l’art discret du repos stratégique.
Mais ce jour‑là, les montagnes ont froncé les sourcils.

Ils sont arrivés par grappes :
le chanteur des hauteurs, celui qui parle aux sommets comme à des cousins lointains ;
le guitariste qui croit que chaque rocher attend son solo ;
le poète urbain qui découpe l’air en syllabes rapides.
Trois espèces sonores, trois tempêtes ambulantes.
Et moi, petite masse de fourrure, je me suis dit :
“Ça va mal finir.”

Le premier a lancé son cri, un long “Holéééééééééééé…” qui a fait vibrer mes moustaches.
Le second a répondu avec un éclair de guitare, un grondement qui a fait tomber mes pensées comme des pommes trop mûres.
Le troisième a posé son rythme, sec, précis, comme s’il voulait tatouer la montagne.

Je les ai regardés se mesurer, se jauger, se gonfler d’orgueil.
Les humains ont toujours cette manie de croire que le monde les écoute.
Moi, je sais que la montagne écoute seulement ce qui la fait rire.

Et puis il y a eu la chèvre.
La chèvre, oui.
Calme comme une pierre chaude.
Elle mâchait un câble électrique avec la sérénité d’un moine tibétain.
J’ai voulu prévenir quelqu’un, mais qui écoute une marmotte quand les amplis hurlent ?

Le destin est entré en scène sans bruit, comme toujours.
Un petit grésillement, une odeur de plastique chaud, un frisson dans l’air.
Et soudain, les écrans ont explosé en fleurs roses et vertes.
Le silence est tombé, lourd, presque sacré.
Puis une voix minuscule a dit :
“Pouêt.”

Je n’avais jamais entendu un “pouêt” aussi sûr de lui.
C’était le SYNTHÉTISEUR, une machine roulante, vintage, coiffée de néons.
Il avançait comme un prophète électronique, persuadé d’être attendu.
Les humains l’ont regardé comme on regarde un nuage qui clignote.

Et là, tout a basculé.
Les rockeurs se sont mis à danser du disco malgré eux.
Les rappeurs ont ondulé comme des algues urbaines.
Moi-même, j’ai senti ma patte taper le sol, malgré ma dignité.
La chèvre, elle, n’a rien fait.
Elle a juste existé.
Et le public l’a adorée.

Je les ai vus, les trois artistes, rejetés sur le côté comme des figurants.
Le yodelleur levait les bras vers la chèvre comme vers une divinité.
Le rockeur cherchait une explication rationnelle.
Le rappeur murmurait :
“Elle a une présence scénique.”

Et la chèvre, placide, mâchait encore un morceau de câble.
Les humains ont brandi une banderole lumineuse :
DJ BIQUET LIVE.

J’ai compris alors que la musique n’est pas une affaire de technique, ni de style, ni de puissance.
La musique, c’est ce qui reste quand tout s’effondre.
C’est ce que les humains applaudissent quand ils ne savent plus pourquoi.
C’est ce qui survit au vacarme.

Moi, marmotte, je suis rentrée dans mon terrier.
J’ai laissé les humains célébrer leur nouvelle idole.
J’ai pensé que le monde est un grand instrument mal accordé,
et que parfois, il suffit d’une chèvre pour en jouer juste.

Je me suis roulée en boule, j’ai fermé les yeux,
et j’ai écouté le dernier écho du festival :
un “Pouêêêt” lointain,
comme un clin d’œil du destin.

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PLANCHE 1

PLANCHE 2

PLANCHE 3
FIN

 

2 commentaires:

  1. C'est une autre ménagerie que celle de Nana Fafo mais j'ai bien aimé la prosopopée de la marmotte ! Pour une fois qu'elle fait autre chose que ronfler ! ;-)

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  2. Y a du groove grave dans ton concert ! ;-)

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Défi #926

   Un truc du temps de ma naissance, c'est vous dire si ça date !    Zazou