On m’a coincé
sous une marche.
Pas même droite.
Un angle à tenir.
Du poids.
Des semelles mouillées.
Le sable des sabots l’hiver.
Des jurons.
Une soupe renversée un soir de février.
J’ai porté ça longtemps.
Avant,
on me couchait sur une table.
Fer.
Maillet.
Gouges.
Des mains appuyaient sans parler.
Ça entrait lentement.
Dans mes fibres.
Des courbes.
Une aile.
Un doigt levé vers quelque chose
hors cadre.
Puis l’encre.
L’odeur surtout.
Épaisse.
Noire comme un puits.
On me pressait contre des feuilles humides.
Je laissais partir des figures
que je ne voyais jamais en entier.
Un bras.
Une pointe.
Quelque chose qui traverse.
Une bouche.
Pas le mot.
Juste l’ouverture.
Plus loin :
un genou, peut‑être.
Ou une chute.
Puis le noir.
Des siècles de poussière sous les marches.
Le ventre mangé par les carreaux.
Le froid dans les nœuds.
Je tenais encore.
Puis un homme s’est arrêté.
Pas longtemps.
Juste cette hésitation des yeux
devant ce qui dépasse un peu de la boue du monde.
Il m’a retournée.
Nettoyée avec sa manche.
Puis le silence.
Ensuite la lumière.
L’atelier.
Les rouleaux.
Le chiffon noirci.
Et cette première feuille
qu’on soulève doucement
comme un drap sur un visage.
Alors ils ont commencé
à dire des mots autour de moi :
rare
origine
gothique
quatorzième siècle
exceptionnel
Je les écoute faire.
Autour ça imagine
Moi
je me rappelle surtout
le poids des marches
et la poussière qui tombait chaque soir
entre les fentes.
Autour.
…….


Eh oui, on recyclait en ces temps-là !
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RépondreSupprimerl
c'est 'ancêtre de l'imprimerie
François
Cette prosopopée est magnifique !
RépondreSupprimerSuperbe participation !!!
RépondreSupprimerTa première partie me fait vraiment penser à "l'ombre" selon Jung
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