samedi 16 mai 2026

SOUS L'AILE DE L'ÉPUISEMENT (Marie Sylvie)

  


  

Il y a des soirs où je ne savais plus très bien si je marchais encore ou si je tenais par habitude.  

Le matin j’étais enseignante :  
Je portais des regards jeunes
Des questions qui tremblaient 
Des avenirs qui attendaient qu'on les aide à naître.  
Former des diplômés c’était plus qu’un métier 
C’était une responsabilité qui me dépassait.  

Le soir j’étais cheffe d’entreprise :  
Je portais des attentes d’adultes
Des projets à mener
Des clients à rassurer
Des décisions qui ne pouvaient pas attendre demain.  
Servir juste
Servir bien
C’était ma manière de tenir parole.  

Et entre les deux il y avait moi
Morte de fatigue
À ramasser mes forces comme on ramasse des miettes de lumière.  

C’est là qu’elle venait.  
Pas une ●Walkyrie de légende
Pas une guerrière casquée
Mais une présence discrète
Une gardienne de souffle.  

Elle se penchait vers moi  
Chaque fois que je m’effondrais dans un coin de journée
Et d’une main invisible
Elle me relevait.  

Elle ne me parlait ni de gloire ni de victoire.  
Elle me parlait de sens.  
Elle me rappelait que certaines vies  
se tiennent debout pour autre chose que la rémunération :  
Pour la trace qu’elles laissent
Pour les êtres qu’elles accompagnent
Pour la justesse qu’elles tentent de maintenir malgré les nuits trop courtes.  

Sous l’aile de l’épuisement
Je n’étais pas héroïque.  
J’étais vivante.  
Et c’était déjà beaucoup.  

Ma Walkyrie ne m’a jamais conduite au Valhalla.  
Elle m’a conduite à demain.  
À ce lendemain que je croyais hors de portée
Et que pourtant je finissais toujours par atteindre.

 

3 commentaires:

  1. Je me demande s'il y a beaucoup d'enseignants qui ont cette implication totale dans leur mission...

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    1. Bonjour Walrus

      Merci beaucoup pour ton commentaire.
      Je ne sais pas si mon implication était exceptionnelle…
      Je crois simplement que j’ai toujours eu à cœur de faire les choses pleinement :
      Accompagner mes étudiants jusqu’au diplôme
      et offrir à mes clients un travail juste et sérieux.
      Ces deux missions me portaient même lorsque la fatigue me rattrapait.

      Merci encore pour ton accueil et pour l’espace que tu offres chaque semaine.

      Amitiés
      Marie Sylvie

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  2. J'aime beaucoup cette formulation :

    "Elle me rappelait que certaines vies
    se tiennent debout pour autre chose que la rémunération :
    Pour la trace qu’elles laissent
    Pour les êtres qu’elles accompagnent
    Pour la justesse qu’elles tentent de maintenir malgré les nuits trop courtes"

    Et ça me fait hurler de rire que ma Walkyrie à moi s'appelle "Saint-Georges et ses 99 dragons" ! ;-)

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