Il y a des lieux où l’ambiance ne se contente pas d’exister :
Elle se dédouble
Se contredit
Se déchire.
Cette discothèque en faisait partie.
D’un côté la fête battait son plein.
Un anniversaire qui riait trop fort
Un enterrement de vie de garçon qui levait les bras
Comme si le monde entier était une piste de danse.
Les verres tintaient.
Les épaules se frôlaient
Et la musique gonflait les sourires
jusqu’à les faire déborder.
De l’autre côté
À quelques mètres seulement
Un homme noyait son divorce dans l’alcool.
Il ne fêtait rien lui.
Il tentait juste d’oublier.
Son ambiance à lui était lourde
Épaisse comme une fumée qui ne veut pas monter.
Il buvait pour étouffer le silence
que personne n’entendait.
Et moi au milieu
Je travaillais depuis trois ans
Sans jamais voir la couleur d’un salaire.
Je connaissais les coulisses
Les faux éclats
Les vraies misères
Les rires qui sonnent creux
Et les regards qui glissent trop vite.
Cette nuit-là
Les deux ambiances se sont percutées.
La joie trop bruyante
La tristesse trop imbibée.
Un mot de travers
Un geste de trop
Et la fête s’est renversée.
Les rires se sont changés en cris
Les verres en projectiles
La piste en champ de bataille.
L’ambiance alors n’était plus double.
Elle était unique
Violente
Absurde.
Une seule vibration
Un seul chaos
Comme si la nuit elle-même avait perdu l’équilibre.
Et moi témoin malgré moi
J’ai vu ce que peu voient :
Qu’une ambiance peut basculer d’un souffle
Qu’elle peut contenir à la fois
le meilleur et le pire
Et que parfois
Elle finit par choisir le pire.

Ça me rappelle l'ambiance des bistrots de Charleroi des années quarante comme la chantait Bob Dechamps dans "El danseu à l'viole", où tout commence par une danse au son d'un piano mécanique et finit en bagarre générale avec lancer de brique et intervention des flics.
RépondreSupprimerJe peux mettre un lien mais faut faire un gros effort pour comprendre le patois du coin (moi j'y suis né, alors...)
https://youtu.be/2NSilgHrStY?si=NkNU33L7VW3dRNpb
Merci Walrus pour ton commentaire et pour la référence à Bob Dechamps.
SupprimerC'est vrai que certaines ambiances semblent traverser les époques sans vraiment changer...
Mon souvenir, lui, remonte aux années 2010-2013 mais visiblement la mentalité n'avait pas tellement évolué depuis les bistrots de Charleroi des années quarante !
Je vais aller écouter la chanson même si je risque de devoir tendre l'oreille pour comprendre le patois.
Amitiés, Marie Sylvie
Peut être que l'humain a besoin de sa dose de violence pour se sentir vivant, surtout lorsqu'il noie ce qu'il vit sous des degré d'alcool. S'amuse t'on vraiment sous alcool ou est-ce un illusion ?
RépondreSupprimerLe paradoxe, dans les saloons, c'est que l'ambiance dégénère en baston... dès que Lucky Luke y entre ! Ça doit être son odeur de sainteté qui ne plaît pas ! ;-)
RépondreSupprimerLe monde sera toujours une coexistence de toutes les ambiances, des pires et des meilleures, et ça ne changera jamais, car le pire et le meilleur se trouvent dans l'être humain, donc le monde sera toujours à la fois violent, festif, paisible, ennuyeux, enchanteur, destructeur, vivant, endormi, mort, rieur, ivre...
RépondreSupprimerUn grand merci à vous tous pour vos commentaires si riches et si sensibles.
RépondreSupprimerVos lectures, vos réflexions et vos échos autour de ce thème de l'ambiance m'ont beaucoup touchée.
J'ai apprécié la manière dont chacun a apporté sa nuance, son regard, sa philosophie, parfois même son humour, pour prolonger ce souvenir que j'ai partagé.
Merci pour cette diversité de voix qui fait la beauté du défi.
Bien amicalement, Marie Sylvie