Je suis née avec le deuil... l'enfant qui soigne...
Réparer le chagrin d'avoir perdu un frère.
Réparer le chagrin d'avoir perdu un père.
Réparer le chagrin d'avoir perdu un enfant.
Réparer le chagrin d'avoir perdu un mari.
Réparer le chagrin de ma mère et de ma grand-mère.
Enfant, les cimetières étaient une destination familière, marcher dans les allées qui crépitent, sous mes pieds les graviers rompaient le silence.
Regarder les photos des personnes qui dormaient ici, ne pas faire de bruit pour ne pas les déranger. Parler aux personnes disparues dans ma tête.
Tous ces enfants avec ces petites tombes...
Changer l'eau des fleurs, nettoyer les tombes, rendre hommage par ces petits moments passés ici pour leur dire combien ils ont été importants.
Même si je ne les ai jamais connu, à travers les récits de ma grand-mère, ils existaient et j'avais l'impression de les connaître.
Le cimetière d'Angevillers et le cimetière d'Algrange.
J'aimais aller au cimetière d'Algrange voir le Nono, le père de ma grand mère et son frère, puis la Nona qui vivait avec nous l'a rejoint. Lorsqu'on revenait du cimetière, en attendant le Bus, je degustais un chausson aux pommes. Aujourd'hui encore lorsque je m'achète un chausson aux pommes c'est la saveur des souvenirs qui s'exprime.
Ma grand-mère allait aussi à l'épicerie italienne. Il y avait des meubles avec des tas de tiroirs où on pouvait acheter de la farine, des pâtes ou du riz dans les quantités qu'on voulait. J'aimais lorsqu'elle achetait de la polenta blanche, on allait se régaler. Elle n'a pas le même goût que la jaune, elle est bien meilleure.
Je ne comprenais pas ce que la mort voulait dire, mais je pense que ma peur du noir était liée à cette ambiance remplie de mystère de l'au-delà.
C'est ainsi que Nana a raconté ses premières angoisses au Dr Martens, dans une ambiance feutrée.


Eh bien, ça nous change un brin de tes ambiances déjantées habituelles, mais tu excelles aussi dans ce nouveau domaine. Heureux de te retrouver !
RépondreSupprimerLa réalité c'est aussi cette ambiance mouvante du rire aux larmes, et inversement bien sûr 😉 j'avais prévu un truc plus drôle mais je ne sais pas pourquoi c'est celui-ci qui devait se dire. Allons vers le Nooorrrd
SupprimerLes paysages du deuil
RépondreSupprimerBelle ambiance, triste et belle
RépondreSupprimerUn texte sobre où certains deviennent un pansement vivant pour les blessures des autres.
Il est des enfances qui apprennent
Qui le noms des fleurs
Qui le nom des oiseaux
Qui grandissant parmi les absents
Dans le froissement des graviers du cimetière
Parmis les conversations silencieuses
Avec ceux qui ne répondront plus jamais
Si bien que tu nous dis ici que cette enfant-là ne jouait pas seulement entre les tombes mais transportait déjà le lourd métier de réparer les chagrins des vivants.
Tu nous dis que certains êtres reçoivent dès leur naissance la charge étrange de tenir un peu de lumière dans les maisons où le deuil a laissé les volets entrouverts.
Lothar/Cavalier
et d'autres reçoivent le don de transmettre avec les mots. C'est magnifique ce que tu as écrit, merci de l'avoir partagé.
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