samedi 4 juillet 2026

Dystopie – Tournis queue ni tête (Lothar)

 

« Les certitudes sont des poches.
On y range ce qui rassure.
On y oublie ce qui brûle. »

– Fragment attribué à l’Ancienne Espèce
L’humanité s’était dissoute.
Pas d’explosion, pas de clairon.
Juste un effacement –
Lent,
comme une encre bien trop diluée.

Les marsupiaux, eux, avaient pris la suite.
De poche en poche, ils transportaient
des fragments d’avenir,
des miettes d’hypothèses,
et des embryons de certitudes.

Puis vint le Colloque des Continuités.
Une salle circulaire,
des pupitres en bois tendre,
des oreilles dressées comme des antennes inquiètes.
Le Grand Galilé II,
un opossum maigre aux yeux trop vastes,
y contestait la Doctrine du Fil Ininterrompu.

Il parlait d’un gouffre.
D’un trou noir dans les archives.
D’une espèce bipède, nerveuse,
qui avait bâti des merveilles,
jadis,
avant de se consumer dans ses propres reflets.

Les pairs soupirèrent.
« Encore un catastrophiste.
Encore un partisan du Mythe Anthropique.
Avant nous, rien n’a marché debout.
Rien n’a pensé de travers.
Rien n’a disparu. »

Le Galilé II sourit.
Un sourire mince, presque fossile.
Il posa sur la table un éclat de verre poli,
un morceau de transparence humaine.
où l’on devinait encore
la trace d’un doigt qui avait voulu comprendre.

Les Colloquataires détournèrent les yeux.
Le conformisme a toujours la peau sensible.

Alors il conclut, très bas :
« L’univers n’aime pas le vide.
Quand une espèce s’efface,
ses travers cherchent un nouveau logis.
Vous êtes de bons locataires. »

Dans la poussière du sol,
une main pétrifiée semblait approuver.
Elle écrivait encore, peut‑être :

Le tournis commencer
quand une espèce croit
que l’Histoire n’a ni queue ni tête.

 

  

 

4 commentaires:

  1. Pas si terrible comme dystopie, être remplacé par d'autres bestioles ainsi va la vie

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  2. Ça me rappelle une nouvelle où un membre d'un laboratoire s'inquiète du fait que des escargots qui devenaient de plus en plus intelligents s'étaient enfuis une nuit.
    Il concluait en disant : "Ça m'effraie parce que c'est déjà ainsi que nous, les rats, avons remplacé les hommes !"

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  3. Ton texte me donne un peu le tournis ... me fait aussi penser à l'Atlantide !

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  4. Comme disait Johnny Hallyday, "quelquefois le serpent se mord l'Ah que !" ;-)

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Ont peut-être dialogué avec le personnage

      Laura ; François ; Lilousoleil ;