Je suis suspendue dans l’air
La tête en bas
Comme si le monde avait décidé de me regarder autrement.
Le tissu rouge glisse contre ma peau
Solide et brûlant
Et je sens sa présence comme on sent une vérité que l’on n’a pas choisie
Mais qui s’impose.
Je ne suis pas une acrobate
Pourtant je connais cet état :
L’équilibre précaire
La respiration qui se concentre
La vie qui tient à un fil
Un fil que je n’ai pas tissé
Mais que j’ai appris à saisir.
Depuis longtemps
Je marche dans un univers où les repères se renversent.
Les tragédies ont été mes chapiteaux successifs
Dressés sans prévenir
Et chaque fois j’ai dû grimper
M’accrocher
Trouver un point d’appui pour ne pas tomber.
Je n’ai pas toujours su comment faire
Mais j’ai toujours su que je devais tenir.
Alors j’ai développé cette étrange aptitude :
Vivre la tête à l’envers sans perdre le nord.
Le rouge du tissu m’interpelle.
Je n’aime pas cette couleur.
Je lui préfère le bleu
Surtout le turquoise
Cette nuance qui respire
Qui apaise
Qui ouvre des portes vers des horizons plus doux.
Mais le rouge lui me ressemble davantage.
Il est la couleur de ma colère
Pas celle qui détruit
Mais celle qui protège.
La colère qui dit :
《 Je refuse de m’effondrer. 》
La colère qui m’a tenue debout lorsque mes larmes ont cessé de couler.
J’ai pleuré longtemps
Pour ceux qui sont partis
Pour ceux que la vie m’a arrachés.
Un jour les larmes se sont taries.
Non pas par dureté
Mais par épuisement.
Comme si mon corps avait décidé qu’il avait atteint son quota
Qu’il ne pouvait plus offrir davantage de sel au monde.
Depuis je ne pleure plus.
Je ne suis pas triste
Je ne suis pas dépressive.
Je suis colérique
Une colère claire
Lucide
Qui garde la tête sur les épaules même lorsque tout est à l’envers.
Alors dans cette photographie je me vois.
Je suis cette silhouette suspendue
Tenue par un fil rouge que je n’ai pas choisi
Mais qui m’a sauvée.
Je suis ce mélange étrange :
Un cœur rouge qui refuse de mourir
Une âme turquoise qui cherche la paix
Et une tête qui reste droite même lorsque le monde bascule.
Je me sens comme ces acrobates :
En équilibre dans le déséquilibre
En suspension dans le mouvement
En vie dans la chute.
Je ne sais pas si je danse ou si je lutte
Si je m’élève ou si je me retiens
Mais je sais que je suis là
Présente
Entière
Accrochée à ce fil rouge qui me traverse et me porte.
Et peut-être que c’est cela ma manière d’exister :
Avancer dans un monde renversé
Porter une colère qui protège
Chercher le turquoise dans chaque horizon
Et continuer
Encore
À tenir le fil.

C'est toujours tellement fort ce que tu décris... une vie à jongler pour tenter de fabriquer un équilibre unique, merci pour tes partages.
RépondreSupprimerMais quel bonheur que ce fil rouge t'ait portée jusqu'ici !
RépondreSupprimer"Je suis cette silhouette suspendue
RépondreSupprimerTenue par un fil rouge que je n’ai pas choisi
Mais qui m’a sauvée.
Je suis ce mélange étrange :
Un cœur rouge qui refuse de mourir
Une âme turquoise qui cherche la paix
Et une tête qui reste droite même lorsque le monde bascule."
Tout à fait l'antithèse de cet imbécile de Thésée qui n'a pas payé sa dette à Ariane ! ;-)
tu me fais penser au "pendu" dans le tarot de Marseille... On dit qu'il faut basculer complètement de l'autre dcôté pour trouver une façon de voir les choses ..
RépondreSupprimerMais garde précieusement ton âme turquoise et invoque le rouge quand ça craque, tu as raison!
Merci à vous pour vos mots déposés ici.
RépondreSupprimerChacun de vos commentaires est venu comme un fil supplémentaire, tissé autour de mon texte et j'ai été touchée par la manière dont vous avez accueilli ce récit suspendu.
Vos lectures, vos images, vos références, vos clins d'œil, tout cela crée une belle résonance autour de ce défi estival proposé par Walrus.
Merci pour votre sensibilité, votre regard, et cette générosité qui fait la force du Défi du Samedi.
Je suis heureuse que ce fil rouge vous ait parlé autant qu'il m'a portée.
Bien amicalement, Marie Sylvie