Dans ce monde-là
On disait que la réalité avait glissé un soir
Comme une image mal calée sur l’écran.
Les couleurs avaient pâli
Les voix semblaient venir de trop loin
Et les rues ressemblaient à des décors de cinéma que l’on aurait oubliés de démonter.
Les gens continuaient de marcher
De parler
De vivre
Mais quelque chose avait changé dans l’air.
Un souffle.
Un manque.
Un silence qui ne venait pas du vent.
On racontait qu’un jour une mère avait perdu son enfant
Et que ce simple fait
Si simple
Si monstrueux
Avait fissuré le monde.
Comme si la réalité
Incapable de supporter l’injustice
Avait commencé à se comporter comme une fiction.
Les lampadaires clignotaient comme dans les films.
Les journaux parlaient comme dans les romans.
Les autorités répondaient comme dans les séries où l’on sait déjà que rien ne sera réparé.
Alors la mère s’est mise à marcher dans cette ville détraquée.
Elle avançait doucement
Comme si chaque pas était une caresse sur un sol devenu fragile.
Et partout où elle passait
Les façades semblaient retenir leur souffle.
Les ombres se faisaient plus tendres.
Les bruits plus timides
Parce qu’elle portait en elle une lumière que même la dystopie ne pouvait avaler.
On disait que dans son regard il y avait un éclat qui démentait le monde.
Un éclat qui disait :
《 Vous pouvez tordre la réalité
Vous pouvez la rendre sombre
Vous pouvez la faire ressembler à un film qui fait peur…
Mais vous ne pourrez jamais effacer l’amour.
Et depuis ce jour la ville
Pourtant cabossée
Pourtant brisée
S’est mise à changer.
Pas d’un coup.
Pas comme dans les histoires.
Mais comme une braise qui refuse de s’éteindre.
Une dystopie oui.
Mais une dystopie où une mère marche encore.
Et où à chacun de ses pas
Le monde se souvient qu’il pourrait redevenir vivant.

Il y a toujours du souffle dans tes écrits !
RépondreSupprimerQuoi, je l'ai déjà dit ?
Et alors...
Et combien se voient arracher leur enfant par la "justice" en toute légalité, dans ce monde là, c'est celui d'aujourd'hui 🤔
RépondreSupprimerje retiens de ton magnifique poème "《 Vous pouvez tordre la réalité
RépondreSupprimerVous pouvez la rendre sombre
Vous pouvez la faire ressembler à un film qui fait peur…
Mais vous ne pourrez jamais effacer l’amour. "
Bouleversant.
RépondreSupprimerLe passage que souligne Lecrilibriste m'a aussi marqué.
Également la "braise qui refuse de s'éteindre", simple (mais superbe et très parlante) image.
"La femme est l'avenir de l'homme et l'homme n'est l'avenir de rien" ?
RépondreSupprimerMerci à vous tous pour vos mots
RépondreSupprimerdéposés comme des éclats de lumière.
Je suis touchée par vos lectures, vos échos, vos interprétations.
Chacun a vu une nuance différente et toutes ensemble elles font vibrer le texte autrement.
Merci pour le souffle que vous avez senti, pour les passages qui vous ont parlé, pour les images qui ont trouvé leur chemin jusqu'à vous.
Votre présence, vos regards, vos mots... ils rappellent que l'écriture n'est jamais seule :
Elle respire aussi grâce à ceux qui la lisent.
Bien amicalement, Marie Sylvie