samedi 15 août 2026

Le Rêve (Lothar)

  

Le rêve

Une jolie fleur dans une peau de bronze,
une jolie vache parmi les pétales,
une femme immobile au milieu des massifs.

Le château, posé dans la verdure, respire.
Les parterres lumineux étirent leurs couleurs jusque
dans les pierres.
Le printemps semble avoir oublié de repartir.

La statue cligne des yeux
quand le jardin retient son souffle.

Elle marche un peu, lorsque personne ne regarde.
Elle donne un petit coup de pouce aux boutons timides,
redresse une tige, écarte une feuille,
verse la lune au pied des coquelicots
avec un vieil arrosoir de métal.

La nuit tisse des aiguilles d’argent sur les allées.
Les ombres s’écartent comme des doigts sur une harpe.
Des oiseaux chamarrés déposent des rêves
sur les tulipes endormies.

Dans l’étang, les fleurs prennent des voiles.
Des poissons traversent l’air des fontaines.
Un train amphibie passe lentement dans l’herbe,
sans rails, naturellement.

Des chevalets rêvent devant les massifs.
Des poignées de main deviennent énormes.
Un tuba essoufflé raconte une bataille d’étoiles.

Et puis viennent les enfants.

Appareil photo à la main,
lunettes roses, cheveux au vent,
ils découvrent que le monde bouge
quand on cesse de le regarder comme il faut.

Les statues changent de place.
Les arrosoirs deviennent fontaines.
Les fleurs semblent avoir quelque chose à dire.

Le bonheur, peut-être,
s’assemble ainsi :
en oblique,
avec quelques morceaux qui dépassent.

La jeune jardinière sourit.

Bronze et secret,
elle sait que la nuit les fleurs parlent
et que les ombres prennent racine.

Au matin, les visiteurs s’arrêtent, éblouis.

Ils nomment merveille
ce que la nuit a cousu.
Sur un petit écriteau, quelqu’un a ajouté :

FLORALIA 2014
Premier prix du jury.

La statue ne dit rien.

Elle sait bien, elle,
qu’elle n’a fait que jardiner.

Et si jamais une fleur carnivore
déroulait sa langue de serpent,
elle trouverait une chanson
et une main tendue.

Mais des fleurs carnivores
déroulant leurs langues de serpent,
il n’y en a pas.

Pas encore.

 

4 commentaires:

  1. Beaucoup de bronzette pour atteindre cette peau de bronze lui aura-t'il fallu ! Grâce à Walrus le jardinier du défi, on fleurit nos pensées créatives de projets aux variétés colorées... PS : j'ai suivi ton conseil pour les planches de BD : merci (sur Instagram et facebook pour le moment 🤪)

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  2. Tu es doué pour avoir retrouvé l'endroit où a été prise la photo !
    Bon, je l'ai prise en 2012, mais comme je n'y suis pas retourné en 2014, reste une chance...

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  3. "Mais des fleurs carnivores
    déroulant leurs langues de serpent,
    il n’y en a pas."

    Il n'y a que des langues de belles-mères, des cotillons et des serpentins !

    Je viens de tilter, ce personnage, c'est la grande soeur du Manneken Pis ! ;-)

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  4. Pour rebondir sur ce que dit Joe Krapov (qui parle lui-même de "faire pipi sur le gazon"), j'ai pensé à Jeanneke-pis, du coup, je me pose la question : elle est là grande ou la petite sœur ? 🤔😁

    Quoi qu'il en soit, une très belle manière de répondre à ce défi, en délicatesse, finesse et poésie.

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S'espèrent du côté du manche

     Walrus ; Laura ; Nana Fafo ; Monsieur X ; Marie Sylvie ; Kate ;