Jan et Greta sont
tristes. Tellement tristes. Leur forêt landaise brûle et ils sont
impuissants. Ils aimeraient se changer en géants, là, tout de suite
pour venir à bout de l'enfer. Mais ils ne sont que des lutins
chagrins et désarmés face à ce désastre. Ils ont dû quitter en
urgence leur jolie maison, un gros champignon rouge à pois blanc
bien ancré dans la tourbe et caché dans la mousse au pied d'un pin
posté en lisière. Ce dernier s'élançait vers le ciel pour se
laisser bercer pas le chant de l'océan tout proche. Et il dansait
dansait. Aujourd'hui, sans crier gare leur vieil ami,
surpris par la violence des flammes a laissé choir une de ses
branches déjà noircie sur la fragile habitation. Quand il a compris
que ses dernières forces allaient l'abandonner il a supplié son
locataire Octave le hibou de sonner l'alarme ce que ce dernier a fait
en ronchonnant. Pas un mauvais bougre Octave mais pas très
serviable.
Les deux lutins ont
juste pris leur panier plein de graines et leurs lanternes, les
lucioles qui les guident habituellement et se sont réfugiés sur la
plage avoisinante.
Bientôt tous leurs compagnons font de même. Chacun lutte pour sa survie. Une harde de sangliers à la tête de laquelle ils reconnaissent le vieux Bougon aux défenses redoutables est déjà installée près de gros rochers. Il paraît qu'ils sentent le danger avant tout le monde. Sans perdre de temps ils fouillent le sol à la recherche d'on ne sait quoi. Une habitude chez eux. On voit arriver par petits bonds Noisette l'écureuil et sa famille. Prudents comme toujours, chacun d'eux a rempli sa bouche de provisions. On dirait qu'ils ont une sacrée rage de dents ne peut s'empêcher de penser Greta. Ventre à terre déboule Jeannot le lièvre peureux et sa marmaille. Affolés, les chevreuils s'enfoncent dans le sable et ne savent plus où aller. C'est misère de les voir courir dans tous les sens. Une horde d'oiseaux fous se pose sur la mer formant une vague panachée et ondulante. Péniblement une famille de hérissons s'approche et forme un tas épineux sur le sable. On remarque, chose curieuse, la belette aux côtés de la fouine, le chat sauvage en compagnie de la martre. De tels comportements intriguent mais personne ne s'y arrête. L'heure n'est plus aux désaccords. Les abeilles, guidées par leur reine atteignent en vrombissant les pins en limite de plage. Tous les insectes qui le peuvent se rassemblent près de l'océan. Jan pense à ses amies les souris dont il remarque l'absence. Il espère qu'elles ont trouvé refuge dans les profondeurs de l'humus comme tous ceux qui vivent habituellement sous terre. Il se désespère en redoutant la mort presque certaine de tous ceux de ses compagnons qui n'ont pas eu la force de fuir pour survivre.
Ils regardent tous, fascinés et avec effroi les flammes voraces courir, grimper, envahir, brûler avec rage chaque parcelle de leur forêt. Des lueurs rouges et orangées plombent l'horizon. Des crépitements sinistres ont remplacé la douce harmonie des sons habituels de leur univers. Des braises incandescentes jaillissent puis retombent en cascade infernale pour semer la terreur toujours un peu plus loin. La fumée, épaisse et âcre vient jusqu'à eux et ils ont du mal à respirer. Qu'ont ils fait pour mériter l'enfer ? Chacun s'interroge et se résigne, paralysé devant l'ampleur de la catastrophe.
Greta sort soudain de sa torpeur et d'un léger coup de coude alerte Jan. Non. Ils ne peuvent pas rester là sans rien faire. Ce sont eux les magiciens de la forêt. Il faut redonner de l'espoir à leurs amis. Elle a une idée. Elle doit de toute urgence contacter le petit garçon qui la chatouille quand il vient près de chez elle ramasser des pommes de pin. Elle grimpe sur sa main et il rit aux éclats. Personne ne sait le lien qui les unit. Sûrement pas les adultes qui ne comprennent jamais rien à rien.
Bientôt ô miracle dans le ciel se déploie un magnifique cerf-volant aux couleurs chatoyantes. Un garçonnet en tire les ficelles avec ardeur. Les animaux aperçoivent alors à l'extrémité du bel oiseau Jan et Greta brandissant une pancarte pleine de promesses. Ils oublient pendant quelques secondes leur malheur et chacun à sa façon exprime silencieusement sa reconnaissance aux lutins. Il ne leur reste que l'espérance.
A la place du panneau "Attention animaux sauvages", j'aurais dû afficher le panneau "Attentions hommes tarés". Mais existe-t-il seulement ? ;-) et ;-(
RépondreSupprimerMerci pour ce conte torride !