samedi 15 août 2026

Suzanne au square (Yvanne)

  


Chaque après midi, depuis qu'elle habite cette petite ville du sud ouest de la France, Suzanne se rend au jardin public. Il est un peu éloigné de son domicile mais elle tient à y aller à pied, histoire de se dégourdir les jambes comme elle dit. Qu'il pleuve ou qu'il vente, voilà sa sortie journalière et elle n'y déroge d'aucune façon.

Passé les grilles, elle va directement s'installer sur un banc de pierre posé devant un massif de fleurs. Il borde un petit bassin où les enfants pataugent allégrement en été. Quand il fait beau, elle s'assoit et lit ou bien regarde avec tendresse les petits jouer dans l'eau. Elle rit avec eux quand le jet l'éclabousse. Elle en apprécie la fraîcheur ainsi que celle dispensée par l'ombre des arbres du parc.

Ce qu'elle aime par dessus tout, ce sont les fleurs qui agrémentent le parterre devant elle. Il change d'aspect quatre fois l'an au fil des saisons lui a dit un jardinier. Au printemps dernier c'était une symphonie de tulipes rouges tranchant sur le jaune des jonquilles, le blanc nacré des narcisses au cœur d'or, les clochettes des jacinthes fuchsia et bleu pastel dont le parfum envoûtant se répandait jusqu'à elle. Les pâquerettes, bravant leur timidité se haussaient bravement pour donner l'ultime touche à l'ensemble en faisant éclater leur blanc immaculé. Un enchantement.

Cet été, Suzanne a admiré les gaillardes orangées ourlées de jaune ardent, les campanules violettes, les asters au bleu pâle délicat et les freesias multicolores. Un mélange harmonieux, visité par une multitude d'abeilles et de papillons voletant de ci de là dont elle a profité pleinement. Il a rendu ses visites journalières riches en émotions diverses. Suzanne s’abîme dans ses pensées quand son regard se perd parmi les fleurs. Elles rendent sa solitude plus supportable et elle leur en sait gré.

La vieille dame, installée depuis avril dans la cité n'a pas encore vu le parterre en hiver. Il n'est pas encore temps d'y penser. Ce sera la surprise. En attendant, hier elle a remarqué qu'il était à nu. Elle a hâte de voir ce que le jardinier aura planté ce matin. Elle s'arrête. Le massif, paré pour l'automne est magnifique, même de loin. Les jardiniers sont des poètes pense Suzanne en souriant pour elle même. C'est un éblouissement. Les pourpres, jaunes, oranges des chrysanthèmes illuminent le coin préféré de Suzanne. Elle s'approche pour regagner son banc comme d'habitude.

C'est alors qu'elle distingue, un peu en retrait, une masse sombre posée au milieu des fleurs. Elle n'en croit pas ses yeux. Qui a osé interrompre la sérénité du massif ? Qui a osé installer là une statue ? Suzanne aime les enfants et ce bronze représente une fillette très jolie mais pour elle, il n'a pas sa place dans SON parterre de fleurs. Il se s'intègre pas et détruit l'harmonie du lieu. Elle va en faire part à la mairie. Et puis non. Ce n'est pas son genre d'aller se plaindre. Elle finira par s'habituer. Qui sait ? Elle trouvera peut être plus tard un charme nouveau à son massif...

 

3 commentaires:

  1. C'est une bien jolie résilience que d'accepter les choses comme elles viennent, pas toujours évident quand on avance dans l'âge de déplacer son regard pour bousculer ses habitudes

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  2. Oui, c'est de mon âge aussi de s'installer dans le confort du train train quotidien !
    Mais au bout d'un moment, on espère autre chose, mais quoi ?...

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  3. Oui c'est bien de lutter contre sa propension au "C'était mieux avant" ! ;-)

    Même si avant on retrouvait ses photos des Floralies et que maintenant on ne s'y retrouve plus dans ses onze disques durs externes à force de faire des copies de sécurité des copies de sécurité !! ;-)

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