samedi 22 août 2026

Un souvenir à réinventer : Le Brusseleir (Lothar)

 




Dans le quartier, près de La Rochelle, il y avait un café où nous allions parfois après la plage.

Je me souviens surtout de l’escalier.

Un grand escalier métallique qui montait vers une terrasse, avec des vélos appuyés contre les rambardes et des tables installées au soleil. Il fallait presque escalader le café pour aller boire quelque chose. En bas, les adultes parlaient, les verres tintaient, les voitures passaient lentement. Nous, nous courions autour des potelets sans jamais vraiment savoir pourquoi.

Le café s’appelait Le Brusseleir.

Je trouvais ce nom extraordinaire.

Je le prononçais Brusselère, puis Brussélair, selon les jours. Personne ne me corrigeait. J’avais décidé que c’était un mot de La Rochelle, peut-être un mot de marins, peut-être le nom d’un poisson.

Un après-midi, j’ai demandé au serveur :

- C’est quoi, un brusseleir ?

Il a réfléchi très sérieusement.

- Ça dépend.

- De quoi ?

- De ce que tu veux en faire.

J’ai trouvé la réponse parfaitement logique.

Alors nous avons inventé le brusseleir.

C’était quelqu’un qui parlait beaucoup, qui racontait des histoires invraisemblables et qui prétendait toujours connaître un raccourci.

- Je suis un brusseleir, ai-je déclaré.

Mon frère a protesté :

- Mais non. Toi, tu racontes n’importe quoi.

- Justement.

Le serveur a posé devant nous une assiette de moules.

- Alors vous êtes prêts.

Les moules étaient encore fumantes. Dans mon souvenir, elles se sont mises à parler.

Pas toutes ensemble. Une par une.

La première disait quelque chose que nous ne comprenions pas. La deuxième lui répondait. La troisième riait. Et bientôt toute l’assiette semblait discuter dans une langue inconnue.

Nous étions pliés de rire.

Je me souviens même d’une moule particulièrement autoritaire qui avait pris la tête du groupe.

- Celle-là, c’est la patronne, ai-je dit.

Le serveur a hoché la tête.

- Une vraie brusseleire.

Le mot était devenu féminin sans que personne ne s’en étonne.

Depuis, chaque fois que je repense à ce quartier de La Rochelle, je revois les façades colorées, les tables au soleil, les vélos, le grand escalier métallique.

Et surtout cette assiette de moules.

Je sais bien qu’une moule ne parle pas.

Mais je me souviens très précisément de ce qu’elle disait.
Aujourd'hui encore, je ne sais plus laquelle des deux histoires est la vraie.


 

3 commentaires:

  1. Les joies de la mémoire qui reconstruit nos souvenirs... il paraît que notre inconscient ne fait pas la différence entre l'imaginaire et la réalité, autant imaginer des trucs drôles 🤣

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  2. Ouais, parler, ça les Brusseleirs savent faire ! (ils disent "savent là-contre").
    Plus étrange encore : les Bruxellois de souche mangent leurs moules avec des tartines beurrées, pas avec des frites ! Cette recette s'appelle "Un parfait bruxellois". On n'en trouve plus qu'en de rares endroits.

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  3. La seule chose qu'on peut savoir, avec les Belges, c'est quand ils avertissent expressément, genre "Ceci n'est pas une pipe". Et encore, on n'est jamais sûr·e !

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Ont fait une virée chez les lutins...

        Laura ; Nana Fafo ; Monsieur X ; Marie Sylvie ;   Kate ; Yvanne ; Walrus ;