Dans les années 1980 lorsque je fuguais je vivais avec presque rien.
Je marchais beaucoup.
Je dormais où je pouvais et je comptais sur la chance pour trouver quelques pièces par terre ou dans les endroits où les gens ne regardaient jamais.
Avec ces petites sommes je m’achetais mon repas du jour :
Une ficelle ou une baguette selon ce que j’avais réussi à réunir.
J’étais déjà végétarienne alors le pain était une solution simple et nourrissante mais surtout accessible.
Je le mangeais seul sans rien mais pour moi c’était suffisant.
C’était même un plaisir :
Un repas chaud
Un goût familier
Quelque chose qui me tenait debout.
La ficelle c’était mon quotidien de fugueuse :
Un aliment bon marché facile à trouver et qui ne demandait rien d’autre que d’être mangé.
Le mot me ramène aussi à l’école des Sœurs à Souligné-sous-Ballon.
Là-bas j’ai appris à faire du macramé. Ce n’était pas un loisir artistique :
C’était d’abord pratique.
On tressait des ceintures pour nos tabliers avec des nœuds simples mais solides.
Ensuite on a appris à faire des suspensions pour les plantes toujours avec cette même ficelle.
Cette même technique répétée jusqu’à ce qu’elle devienne naturelle.
Je me souviens aussi d’un projet un peu particulier :
Une bouteille suspendue dans un poirier.
L’idée était de faire mûrir une poire directement dans la bouteille pour obtenir plus tard une eau-de-vie parfumée.
La ficelle servait à maintenir la bouteille en place
À la stabiliser
À éviter qu’elle ne tombe.
C’était une méthode artisanale
Un mélange de patience et de bricolage.
Pour moi "ficelle" n’est pas un mot abstrait.
C’est un morceau de vie.
C’est le pain que j’achetais lorsque je n’avais rien.
C’est les ceintures d’école
Les suspensions de plantes
Les bricolages dans les arbres.
C’est un mot simple mais il traverse des souvenirs très différents :
La survie
L’apprentissage
L’ingéniosité
Et parfois même une forme de débrouillardise qui m’a accompagnée longtemps.


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