samedi 5 septembre 2026

SOUS LES LIONS DE LA MÉMOIRE (Marie Sylvie)

 



Il y a des façades qui ne se contentent pas d’être des murs.  
Certaines portent en elles une respiration ancienne
Un souffle que le temps n’a pas réussi à effacer.  
Lorsque je lève les yeux vers ce monument
Avec ses lions dorés dressés comme des gardiens immobiles
Je sens aussitôt remonter ce que l’école voulait m’apprendre lorsque j’étais enfant : 
Vivre ensemble
Respecter
Comprendre que la vie collective est un fragile équilibre.

Dès les petites classes on nous parlait de civisme comme d’une évidence.  
On nous apprenait à partager la cour
À écouter
À tendre la main.  
Plus tard dans les cours d’histoire on nous montrait la désolation des guerres
Ces gouffres humains qu’il ne faudrait jamais revoir.  
Je me souviens encore de ces cartes colorées
De ces dates alignées
De ces récits qui faisaient trembler les voix des instituteurs.  
Tout semblait si clair : Plus jamais.

Alors
Devant ce monument somptueux
Sculpté avec une précision presque douloureuse
Je ressens tout ce que l’humanité a voulu graver dans la pierre pour ne pas oublier.  
Les dorures brillent comme des éclats de mémoire.  
Les visages sculptés semblent veiller sur nos erreurs.  
Les colonnes droites et fières portent le poids de ce que les hommes ont vécu
Perdu
Reconstruit.

Et pourtant… malgré ces témoins silencieux
Malgré ces façades qui murmurent 《 souviens‑toi 》 
Je continue de vivre dans la crainte d’une guerre mondiale.  
Comme si les leçons apprises sur les bancs d’école s’étaient dissipées dans le tumulte du monde adulte.  
Comme si la citoyenneté 
Elle
N’avançait plus au même rythme que la mémoire.

J’admire ces monuments qui racontent l’Histoire.  
Je les admire pour leur beauté
Pour leur force
Pour leur fidélité à ce qu’ils protègent.  
Mais je déplore que l’avancée citoyenne oublie.  
Qu’elle s’effrite.  
Qu’elle se perde dans les bruits de l’époque.  
Parfois j’ai l’impression que les pierres se souviennent mieux que les hommes.

Alors je reste là
Un instant
Sous les lions dorés.  
Je laisse la façade me parler
Me rappeler
Me ramener à ce que je sais depuis toujours :  
La paix n’est jamais acquise
La mémoire n’est jamais garantie
Et le civisme n’est jamais un acquis
Mais un choix
Chaque jour renouvelé.

Et peut‑être que c’est cela
Finalement
Que ce monument tente de me dire : 
Tant que quelqu’un lève les yeux vers lui
Tant que quelqu’un écoute ce qu’il raconte
La mémoire continue de vivre.

4 commentaires:

  1. Formidable texte, comme d'habitude !

    La paix, oui, elle est quand même là, elle nage au milieu des requins, fragile, toujours un peu (beaucoup) menacée cependant...

    Je me demande souvent, au fond, si la guerre ne ferait pas partie de la condition humaine... (c'était le mot pessimiste du jour, désolé)

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  2. Je suis parfaitement d'accord sur le fond de ce beau discours plein de sagesse. Mais il est difficile de demander à toute une génération, voire à toute une société, de lever les yeux et de réfléchir quand elle passe trois heures par jour et plus à "scroller" sur son portable !

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  3. Oui, je suis assez pessimiste moi aussi !
    Mais par bonheur, je suis fataliste...

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  4. Très beau texte, merci pour ces paroles

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