samedi 17 octobre 2026

Bernard et … Jacques (Lecrilibriste)

  

 

Mon mari, Bernard, aujourd’hui parti dans l’autre dimension pour aller voir les anges aurait toujours désiré avoir un frère jumeau.  Il aurait également désiré avoir des jumeaux comme enfants. Or un an sépare nos premiers enfants, mais pas de jumeaux…

Né le premier enfant d’un couple juste avant la guerre Bernard s’est retrouvé le seul enfant du regroupement familial qui a réuni toute la famille en une seule maisonnée quand son Père est parti pour cinq longues années de captivité et de déportation dans un camp en Pologne.

Sa mère, ses grands-parents, son oncle et sa tante et lui, formaient donc cette entité familiale.  Seul enfant au milieu d’adultes, il s’était inventé un frère jumeau qu’il appelait Jacques. Avec Jacques à qui il parlait comme on parle à un frère, ce qui amusait son entourage en le voyant marmonner, il construisait des châteaux, menait des batailles avec ses soldats de plomb, arrosait le petit voisin avec la lance d’arrosage au grand dam du Grand-Père et il avait même cédé son lapin préféré à Jacques pour dormir dans un lit de fortune à côté du sien…  Bref, Jacques était son frère et son jumeau toujours là, toujours présent dans ses aventures. 

Je ne sais pas combien de temps a duré son scénario de petite enfance, mais c’était très fort. A l’adolescence un de ses meilleurs copain à vie, a été un Jacques.

A retraite, Bernard a voulu faire le chemin de St Jacques de Compostelle, il en rêvait depuis qu’ il en avait entendu parler. Il s’est exercé à marcher longtemps avec des pierres dans son sac à dos pour le poids, des kilomètres de plus en plus longs pour s’aguerrir, puis il s’est senti prêt. Il est parti du PUY en Velay, la première fois, de Port la Nouvelle une deuxième fois, de notre maison de l’Isère une troisième fois et une quatrième où il m’a emmenée en voiture pour me faire découvrir Santiago de Compostelle et les étapes principales où il s’était arrêté.

Entre temps, il s’est totalement engagé dans l’association pour promouvoir le chemin de St jacques, balisant les chemins, accueillant des Pèlerins, en hébergeant certains, les emmenant en voiture un village plus loin pour trouver un hébergement, créant des accueils jacquaires dans toute la région pour les hébergements, faisant des conférences pour faire connaître le chemin, et ouvrant tous les jours l’église du village pour les Pèlerins de passage… Si bien que dans notre village, les gens l’appelaient « la coquille » et dirigeaient vers lui tous les Pèlerins en perdition. Bref, c’était comme une vocation, qu’il entretenait au fond de lui depuis l’enfance.

Ce fut une période intense d’ouverture, de rencontres, toutes émouvantes, particulières, et pour certaines absolument époustouflantes !

Et je sais que de là-haut, ce soir, Bernard me fait un clin d’œil, ayant rejoint le grand St Jaques, qu’il avait vu, m’avait-il dit, comme une vision, marcher à grands pas, dans le même sens que lui, au-dessus d’une forêt, gigantesque, ployant les arbres et les sapins sous la force de son pas.

 

4 commentaires:

  1. De Jacques à Saint-Jacques... C'était prédestiné, pour Bernard. Magnifique récit.

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  2. J'ai un frère Jacques, mais il ne sonne pas les matines et n'est pas mon jumeau...

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  3. Une évocation fort émouvante d'une vocation positivante.

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  4. Peut être que ce frère imaginaire était un ancêtre bienveillant... un enfant Jacques parti trop tôt... réincarné dans son imaginaire

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Ont empoigné le micro

     Nana Fafo ;