samedi 31 octobre 2026

Nuton, Celles Qu’on Croit (Lothar)

 


Celles en Ardenne

Le soir,
sur le seuil :
une tasse fêlée,
un manche sans lame,
trois cuillerées de bouillie.

Je ne demande pas.
Je prends ce qui manque.

Sous la colline,
la pierre mouillée.
Ses outils dans la glaise.
Je travaille après les voix.

Au matin,
l’anse tient.
La porte ferme.
L’assiette est vide.

Sur le bois, deux traces de terre.
Et cette vis
que personne ne reconnaît.

À Celles, une pierre
porte encore mes consonnes.
Une seule, peut-être.
On compte les lettres.
On cherche un dieu.
Moi, je préfère
les objets réparés.

PL

Le Nuton (Lutin des Ardennes) : Dans le folklore belge et wallon, le terme équivalent pour désigner un lutin est le Nuton. L’origine de cette créature est historiquement liée à la région : des fouilles archéologiques ont mis au jour une pierre votive gravée dédiée au dieu celto-romain Nuttons (NVTTO) à Celles en Ardenne-mêmes, liant le village aux origines profondes du mythe du lutin ardennais.

Et pendant ce temps, ailleurs, chez les korrigans :

Hé ! Je dois appuyer un peu sur le champignon, si je ne veux pas être en retard au kiné. La rue du Lac est droite, il n’y a personne. Juste de petits clapotis frisent la lumière sur le Lac, c’est joli.

Tiens l’Orée du bois, encore un magasin de souvenirs. Mugs, magnets, tee-shirts, sacs et autres. Mais aussi des figurines dragons, fées, pixies, et autres produits régionaux. Bigre, tiens, et si j’achetais des crèpes. Ce ne sera pas long.

Un canson aquarelle s’affiche sur la porte vitrée : Séances de magie. Patachon jonglera demain et vendredi, lames sur lames avec ses couteaux sculptés dragons et loups. Oui. Diantre. Beh. Bon.

C’est un peu le bazar, ici. En même temps c’est l’endroit. Par contre personne ? Je reviendrai …

Coicoubeh, mais la porte est fermée ! Je ne vais quand même pas chanter l’opéra pour déclencher l’alarme ? Toutlopera me dit crécelle, point. Grave. C’est dit. Alors d’impatience je crécelle quelque peu, mais en vain. Décibels …

Un petit tour dans les lieux sous l’oeil curieux de la fée blondie s’impose. Curieux. Juste une grande valise au beau milieu du magasin.

Patachon, c’est un magicien – chapeau lapin perlimpinpin, qui a une grosse valise posée dans l’allée. Une grosse valise jolie qui se fait la malle à trente centimètres du sol quand je l’ouvre. Et même si on ne voit rien entre le fond de la valise et le sol, il y a une grande échelle qui descend loin à l’intérieur. Cette échelle, baignée d’une lumière toute étoilée, c’est l’accès à un monde secret.

Venez-y voir par vous-même …

À fond de malle, il y a du monde. On parle breton ici. Quelle douce odeur. Ça fleure bon les crèpes ici. Aussi. Ça travaille sec. C’est babillard même. Ça ressemble au siècle passé. De petites vieilles en coiffes antiques, uniques, coiffées de lutins pour chacune. À chacun sa tâche. Préparer la pâte. La faire lever. Juste un peu. S’occuper du bois, du feu. Faire les crèpes. Quel travail. De l’eau, du lait, du beurre salé, des oeufs, de la farine de blé noir, du sucre et du sel, un peu de levain. Et voilà.

Juste le levain d’amande que je ne connaissais pas. Juste bien sucer les dragées. En bossant. Et gare aux dents … qui restent. Mesdames. Piler les amandes. Puis les mâcher juste un peu. Chicha.

Je suis parti en courant d’air. Dame, point le temps de muguetter. Je goûterai plus tard, mon kiné m’attend … C’est dit.

 


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