Il existe des gestes qui ne s’apprennent pas
Des gestes qui viennent d’un lieu plus ancien que les mots
Un lieu où la présence soigne autant que les mains.
À Téloché
Petit village posé entre les champs et les brumes du matin
On parlait beaucoup du docteur.
Pas en bien.
On disait qu’il se trompait souvent
Qu’il ne voyait plus clair
Qu’il soignait comme on récite une vieille leçon oubliée.
Alors peu à peu
Les habitants ont pris un autre chemin.
Un chemin discret
Presque secret
Qui menait à ma porte.
Je n’étais pas médecin.
Je n’avais ni blouse blanche
Ni diplôme accroché au mur.
Mon don je le réservais aux animaux
Pour un cheval blessé
Un chien fiévreux
Un chat qui ne mangeait plus.
Je posais mes mains
J’écoutais
Je laissais passer ce qui devait passer.
Mais un jour
Une femme est venue pour son mari.
Puis un homme pour sa mère.
Puis une mère pour son enfant.
Et j’ai compris que quelque chose m’échappait.
Que ce que je faisais
Sans y penser
Relevait d’une autre forme de soin
Une forme que certains appellent magnétisme
D’autres intuition
D’autres encore mystique.
Le plus étonnant
Ce n’étaient pas les villageois.
C’étaient les médecins eux-mêmes.
Généralistes
Spécialistes…
Ils venaient en silence
Parfois tard le soir
Parfois entre deux consultations.
Ils ne demandaient pas de miracle.
Ils demandaient un appui
Un souffle
Un geste qui complète ce que la science ne pouvait pas toujours atteindre.
Nous travaillions ensemble
Mais dans l’ombre.
Eux par prudence.
Moi par humilité.
Aujourd’hui
Alors que les médecins manquent
Et que les salles d’attente débordent
Je regrette ce silence.
Si cette collaboration avait été reconnue
Peut-être que la médecine parallèle
Naturelle
Intuitive
Humaine
Aurait pu prendre le relais
Soulager
Accompagner
Répondre à la détresse.
Moi j’étais déclarée.
Je n’avais pas de prix fixe.
Chacun donnait ce qu’il pouvait
Ce qu’il voulait.
Ce n’était pas un commerce.
C’était un passage de lumière.
Et parfois
Lorsque je repense à Téloché
Je me dis que la mystique n’est pas un mystère.
C’est simplement ce qui circule entre deux êtres
Lorsque l’un souffre et que l’autre tend les mains ... ouvertes.
Les mains ouvertes ne
promettent rien
Elles laissent simplement passer
la lumière.

Dans mon coin, il y a une Jeanine qui te remet d'aplomp sans te deshabiller. Elle m'a guérie d'une sciatique que personne n'arrivait à faire passer !
RépondreSupprimerMerci pour ce partage !
SupprimerCes 《Jeanine 》 sont précieuses, elles possèdent ce savoir ancestral qui court-circuite la douleur sans fioritures.
Je suis ravie que ton expérience personnelle résonne avec mes mots.
Bien amicalement, Marie Sylvie
"Faire passer le mal" comme disent certains de ces obscurs soigneurs que l'on encense ou que l'on regarde de travers. ¨Pour ma part j'y crois et ton texte me conforte.
RépondreSupprimerY croire c'est un premier pas vers l'apaisement
Tu as raison, y croire est souvent le premier pas vers la guérison.
SupprimerCe récit est aussi une façon de rendre hommage à ces soigneurs de l'ombre que l'on ne comprend pas toujours mais qui apaisent tant.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Oui, je ne me l'explique guère, mais il y a des personnes qui ont cette sorte de... présence !
RépondreSupprimerC'est exactement cela :
SupprimerUne 《présence 》.
Parfois les mots ou les diplômes s'effacent devant la simple intensité d'être là pleinement.
Merci à toi d'avoir proposé ce thème qui m'a tant inspirée.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Je ne suis pas surprise...A te lire Marie-Sylvie je ressens toujours un souffle, une beauté, une bonté. Tu as je crois le pouvoir de faire du bien. Merci pour ce don.
RépondreSupprimerTes mots me touchent énormément.
SupprimerSi ce récit a pu t'apporter ce souffle et cette beauté dont tu parles alors j'en suis profondément heureuse.
Merci pour ta fidélité et ta bienveillance.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Certains ont la présence via leurs mains et d'autres via leurs mots... chacun soulage des maux. Merci pour tes si beaux textes remplis de présence 🙏
RépondreSupprimerC'est une très belle analyse :
SupprimerLes mains soignent les corps et les mots soignent les âmes.
Nous avons tous à notre manière un petit canal pour laisser passer cette lumière.
Merci pour ton commentaire si doux.
Bien amicalement, Marie Sylvie
Un sujet taillé pour Marie Sylvie (ou par Marie Sylvie qui en fait un diamant) !
RépondreSupprimerMerci infiniment pour votre commentaire.
SupprimerVenant de vous, l'image du diamant est un magnifique compliment qui me va droit au cœur.
Ce sujet me tenait particulièrement à cœur.
Bien amicalement, Marie Sylvie