samedi 25 avril 2026

J’m’envolerai (Lecrilibriste)

 

 

A 20 ans, j’avais peur de mourir
Peur ?
Plus que la peur ! Oui !
Frousse ?
Plus que la frousse ?
Plus que la frousse encore ? Oui !
J’avais la TROUILLE
Une véritable TROUILLE
Qui vous tord le ventre
Qui vous fait battre le cœur
Qui vous empoisonne le jour entier !
Dès que j’avais un bobo
Dès que j’étais vasouille

J’AVAIS LA TROUILLE !

 Maintenant que j’ai vieilli
Je n’ai plus peur de mourir
J’ai rempli ma vie
Je continue à la remplir
Jusqu’à ce que la coupe soit pleine
Et verse !
Alors J ’m’envolerai, volerai 

Mais quand je réfléchis
Ce qui me fout la trouille aujourd’hui
C’est la maladie qui vous cloue au lit
Qui vous grignote jour après jour
Qui vous fait mal
Qui vous déshumanise…. 

Alors, je prie St Joseph
Il parait que c’est lui qui procure
Les morts douces
C’est une copine qui me l’a dit !
Et  j’ m’envolerai, volerai »

 


 

Un temps périt (Monsieur X)

 


Le temps se gâte.
Un ciel de plomb
Fera qu'éclate
Un sanglot long.

Bien sûr, on aperçoit encore
Des prés verts, des balcons fleuris...
Là-bas, sur la plage, on se dore.
Toi, tu souris.
Encore.
Mais... 

Le temps se gâte. 
Tout doucement. 
Sur l'onde plate, 
La brise ment. 

Je te l'accorde, on danse encore. 
Et pas qu'au pays des souris.
Et ta sincérité t'honore
Lorsque tu ris. 
J'adore !
Mais...

Demain se brouille.
Plus tard est noir. 
Moi, j'ai la trouille.
Sans le vouloir.

Les heures sombrent dans le trouble ; 
Un temps périt, un autre vient, 
Un autre pire qu'un de chien... 
Ou bien... le vin me fait voir double.
 
 
 

 

Barnabé Réal, gare ! (Kate)

  

Barnabé

tu m'as eue avec ta bonne bouille
de grand bébé
et su empêcher que je bafouille
Malgré tes airs désintéressés
j'ai foncé
j'avais un peu la trouille
Eh ! Eh !
Touchée, charmée
j'ai réalisé
que je pouvais te parler
sans être bredouille
Mais pour peu que notre entente déplaise
qu'une inconnue
sur toi jette son dévolu
et n'éteigne les frêles braises de notre amitié
Le temps a passé
L'été
cette fripouille
où chacun vadrouille
L'automne, l'hiver
plus ou moins austères
et le printemps
depuis quelques temps
bidouille
soufflant chaud, froid
nous enchantant toi
moi

Barnabé Réal, gare !
Ne rougis pas ni ne t'égare !

 

Trouille de Souillé (Marie Sylvie)

 


  


J’avais dix ans
Pas plus.  
Ma mère m’avait envoyée chercher mon père au bistrot.  
C’était tard
Un de ces tard où même les chiens dorment.  
Le chemin je le connaissais par cœur
Mais cette nuit‑là il avait une drôle de figure.  

Au bout de quelques pas j’ai senti quelqu’un derrière moi.  
Pas un bruit franc non.  
Juste une présence.  
Un poids dans le dos.  
Un pas qui collait au mien.  

Pour vérifier j’ai tourné vers la plage de Souillé.  
Un chemin bordé d’arbres
Serrés comme des vieux qui murmurent.  
Là‑dedans la nuit était noire comme du goudron.  
Si quelqu’un me suivait il serait obligé de tourner aussi.  

Et il a tourné.  
L’ombre
La vraie.  
Pas un rêve
Pas un bruit de bête.  
Quelqu’un.  

Alors j’ai couru.  
Couru comme une gamine qui veut juste rester vivante.  
Je n’étais pas une trouillarde
Mais là… c’était la peur qui décidait.  

Dans le noir je n’ai pas vu l’ornière.  
Mon pied s’est tordu d’un coup sec.  
La douleur m’a coupé les jambes.  
Je suis tombée
Roulée dans le fossé comme un sac de grain qu’on jette.  

Et puis plus rien.  
Le trou noir.  
Évanouie.  

C’est sûrement ça qui m’a sauvée.  
Le fossé m’a avalée
La terre m’a cachée.  
Le type a dû perdre ma trace
Faire demi‑tour
Disparaître.  

Lorsque j’ai rouvert les yeux il faisait déjà clair.  
J’avais froid
J’avais mal
J’étais sale.  
Et si mes sous‑vêtements n’avaient pas gardé la marque de la peur
J’aurais peut‑être cru que tout ça n’était qu’un mauvais rêve.  

Mais non.  
La trouille
La vraie
Celle qui vous attrape par la nuque
Je l’ai rencontrée là
Dans ce chemin de Souillé
Et elle m’a laissée repartir
Mais jamais indemne.


             Je suis sortie du fossé
             Mais pas de cette nuit-là.

 

Trouillard (Vegas sur sarthe)

  


"Poussez! Poussez que diable!" C'est sur ces mots rassurants aboyés par un praticien aux oreilles de ma mère que j'en suis arrivé là.
On dit que j'ai mis du temps à pointer mon nez dans ce monde de brutes comme si je cherchais la marche arrière et ça ne me surprend guère, alors qu'aujourd'hui dans la sérénité des cliniques zen, des mamans périduralisées pondent des marmots aussitôt prêts à mordre la vie à pleines gencives!
Je ne saurais dire si c'était à cause de l'haleine fétide du praticien ou des nibards de la sage-femme mais j'ai appris très tôt à baisser les yeux.
Très tôt c'est à dire dès la cour de récré.
Entre les cogneurs accros à la bagarre, les bavards avec leurs histoires de Toto et les silencieux réfugiés dans l'ombre des platanes j'ai choisi mon camp. C'était décidé ou plutôt c'était ainsi je serais trouillard.


J'ai longtemps cru que les trouillards étaient naturellement de petite taille. Parmi les nains j'aurais pu naître joyeux ou même atchoum mais non, j'étais trouillard. Pourtant j'étais joyeux, un peu amoureux de Blanche Nèje ma voisine mais d'abord trouillard.
Pour moi le trouillard était petit et donc destiné au premier rang de la classe, celui sur qui pointe le doigt qui le propulse sur l'estrade et le vertigineux écran noir, celui dont les oreilles vermillon servent de référence au cours de peinture.
Le trouillard a aussi la responsabilité quotidienne de contenir la meute d'affamés qui l'écrase sur la porte de la cantine en lui arrachant des "Poussez pas" inaudibles.

Dans les réunions de famille le trouillard est celui qu'on fait monter sur la table pour chantonner du Guy Béart tandis qu'un aïeul sourd comme un pot lui lance des "Pousse gamin! Pousse plus fort!"  
Puis avec le temps notre trouillard s'affirme - du moins le croit-il - au point d'être capable de fixer des yeux pendant une heure le bout de ses rangers en tête d'un troupeau de bidasses indisciplinés.
Le même trouillard aguerri - mais pas guéri pour autant - osera même repousser les avances d'une greluche boutonneuse au prétexte qu'il est venu à la boum pour apprécier la musique et que les filles c'est pas son truc.

Quelques décennies plus tard, notre trouillard n'aura conservé de sa timidité qu'une collection - oui je collectionne les trouillards célèbres - et parmi eux moins de nains que de grands trouillards par la taille comme De Gaulle, Jacques Brel ou un certain Zinédine...
Devant autant d'exemples de réussite sociale notre trouillard a envie de dire merci à la vie - tout nain qu'il est - et d'adresser un discret pied de nez à tous ces forts en gueule.

"Poussez! Poussez fort!" ne cesse de me répéter mon psy alors je pousse chaque semaine, allongé sur son sofa en fixant l'horizon incertain de mes orteils recroquevillés.
J'ai même l'impression d'avoir grandi et je devrais me ménager car à trop pousser je vais finir boute-en-train ou même extraverti et ça me fait vraiment peur.
Je suis comme cet oiseau qui piaille sous ma fenêtre dès l'aurore et s'envole au moindre souffle d'air, et comme lui je sais qu'un jour viendra où j'irai me cacher pour mourir.

 

Potamologie (Walrus)

   

Cette science étudiant les fleuves et rivières nous apprend que l'Escaut,  production française se répandant en Belgique, y possède plusieurs affluents dont la Haine.

J'ai vécu un temps le long de la Haine. 

Cette rivière a elle-même un affluent (ne tenez pas compte de la première ligne du lien) : la Trouille ! (et celle-ci un affluent artificiel, le Trouillon disparu vers 1960).

Je vous vois venir : non, je n'ai pas vécu le long de la Trouille !

Encore que...

J'ai fait mes études secondaires à Mons, capitale du Hainaut (Hainaut, Haine, vous voyez le lien ?) et ville du confluent de la Haine et de la Trouille.

Cette fréquentation quasi quotidienne et pluriannuelle de la Trouille m'a mithridatisé :

 

Peur de rien !

Sauf de mon ombre... 

 

  

 

samedi 18 avril 2026

Défi #920

  

Comme disait Lou Deprijck,

"On verra tout à l'heure
si vous n'avez pas peur !"

  

 

Trouille

  

  


  

 

Ont peut-être échappé aux épines

 

 

 


  

Walrus ; Lilousoleil ; JAK ; Monsieur X ;

Marie Sylvie ; Kate ; Yvanne ; Joe Krapov ;

François ; 

 

LA STRAMOINE (François)

 

 

Très vite, il a voulu goûter,

À l'herbe du diable,

Il fallait voir comme il était agité,

Toute son attitude devenant abominable.

 

La toxicité de la stramoine,

Peut-vous faire faire des folies,

Même chez un humble moine,

Ce qui en soi serait une grande anomalie.

 

Tous ses effets sont psychotropes,

Et terriblement opérant,

Ils peuvent détruire votre amour-propre,

En adoptant un comportement navrant.

 

Même si vous voulez jouer un tour,

A votre plus grand ennemi,

Devant cette fleur, faites un détour,

Retenez-vous : C’est promis ?

 

 

Logogriphe de la stramoine (Joe Krapov)

 


Qu’est-ce qui a pris à la matrone
Pour qu’elle assaisonne
De stramoine
Son minestrone ?

La stramoine est l’herbe des fous !
Et depuis ma sortie de table
Le peu de raison que j’avais
Se ratatine !

J’ai des visions irraisonnées !
Tourbillon dans l’estaminet !

Dans la marmite de l’auberge
Flottent des trimarans,
Aristos de la mer,
Aux côtés de trirèmes.

A bord de ces galères
Pour qu’on rame et qu’on trime
Un maton la ramène
Avec son martinet.

Un joueur de tam-tam
Assassine la sonate
A Creuse-heure
Et même quelquefois – avouez qu’il faut le faire ! -
Des airs de Stromaé !

Au moment de l’entrée
- Une terrine du chef si j’ai bonne mémoire -
J’ai quitté la marine et me suis amarré
Aux marches du palais.

Je suis alors témoin
Du bel assassinat
Du moine Raspoutine,
Homme à tout faire du tsar
Dont on dit qu’il ramone même
Les cheminées de la tsarine.

On lui entame l’estom’,
On lui troue l’abdomen !

Malgré son bon maintien
Il tombe de sa masse
Mais – Oh, Rino, c’est rosse ! -
La messe n’est pas dite :
Le mec, matois, résiste !

On l’assomme, on le traîne,
Semant son raisiné
Sur la route romaine
Et – en voiture, Simone ! -
On le balance dans la Néva,
Histoire qu’il fasse de la natation
Jusqu’à la mer !

Triste destin pour le minet
Devenu star grâce à Boney * !

Streamer des messes au monastère,
C’est moins de stress !

***

[Ici suit un long délire plein de minarets, de minoteries, de tritons, de Martiens, de rotations et d'aventures de Martine dont je vous fais grâce !]

***

Pour moi tout va bien ! Je ne suis pas mort !

Grâce à Saint-Rémi
Je voyage en train.



Une semaine dans l’année
Je vais dans la vallée des rois,
J’assois Marina sur le trône
(elle est ma reine)
Et je ramène à la maison,
Depuis Amboise,
Saint-Antoine et son cochon,
Une cousine d’Isaure à la mine aussi triste
Et le souvenir de Denis Papin,
L’inventeur de la cocotte-minette !





Femmes parfaites. (Yvanne)

  

 


Eva et Anna partagent tout depuis toujours. Normal ce sont de vraies jumelles. Elles sont en couple toutes les deux avec des enfants. Le choix du roi comme on dit car elles ont chacune un garçon puis une fille, âgés d'une dizaine d'années aujourd'hui. Leur progéniture leur donne entière satisfaction. Leurs compagnons sont charmants, attentionnés et gagnent très bien leur vie. Elles mêmes exercent le métier qu'elles ont voulu, celui d'avocate pour Eva et professeur de lettres pour Anna. Elles disposent d' une belle maison avec jardin et piscine. Enfin, la vie leur souriait et tout allait pour le mieux jusqu'à présent.

Mais voilà : le démon de la quarantaine s'est emparé des jeunes femmes. La routine dans leurs couples respectifs et une envie d'aventure les ont conduites à l'adultère. Rien de très original en somme. Sauf que les sœurs partagent le même amant. A l'insu de ce dernier évidemment. Elles le nomment entre elles Janus, clin d'œil au dieu romain des portes. Marc – son vrai prénom – leur ouvre en effet de nouveaux horizons. Grâce à lui elles ont retrouvé un dynamisme qui avait tendance à s'essouffler. Personne ne s'en plaignait jusque là. Les maris étaient bien trop occupés par leur travail et leurs activités sportives pour se rendre compte du moindre changement dans le comportement de leurs moitiés. Et puis, c'est bien connu les conjoints font preuve parfois d'une certaine suffisance en pensant que leurs femmes leur sont toutes acquises et ne peuvent de ce fait aller voir ailleurs.

Depuis quelques semaines, les jumelles remarquent un changement dans le comportement de Marc.
Eva, lors de son rendez vous du lundi soir alors qu'elle est sensée être en salle de gym, trouve que son Janus est plus distant, moins performant. Anna constate la même chose le vendredi après midi. - normalement pour sa famille elle donne des cours de rattrapage au lycée. Bizarre ! Y aurait-il anguille sous roche ? A t-il l'intention de mettre un terme à leurs rencontres réciproques ? Ou alors...ou alors il y a t-il de la concurrence ? Elles s'interrogent sur la meilleure façon d'en avoir le cœur net. L'une propose d'en parler clairement avec lui. L'autre pense que ce n'est pas opportun. Il va falloir faire preuve d'ingéniosité et de délicatesse pour découvrir le pot aux roses.

Après bien des conciliabules et avoir envisagé plusieurs solutions, elles décident de se rendre chez une personne dont Eva a entendu parler par une amie. Il paraît qu'elle fait des miracles pour sonder les gens sans qu'ils s'en rendent compte. C'est peut être de la sorcellerie pensent-elles en se moquant mais il faut tenter la chose puisqu'il n'y a aucun risque paraît-il.

Elles visitent Madame M. et lui narrent leur problème. Après avoir écouté attentivement leur propos elle assure qu'elle a ce qu'il faut. Elle se dirige vers une armoire d'où elle sort un petit sachet brun fermé par un fil rouge. Elle précise que ce sont des graines de stramoine mais en infime quantité puisqu'elles sont mélangées à des feuilles séchées de sauge. Il suffit d'en faire une infusion et d'en verser un peu dans la boisson de la personne concernée. Sous légère hypnose elle ne se rendra compte de rien et avouera tout.

Les sœurs ne sont pas très convaincues et pensent à du radotage de bonne femme qui se fait passer pour guérisseuse afin de soutirer quelques dizaines d'euros à ses visiteurs. Elles apprennent avec effroi sur internet que la stramoine est une plante dangereuse et possiblement mortelle. Sans hésiter, elles jettent le petit sac dans un égout. Tant pis. Elles ne peuvent quand même pas assassiner leur amant parce qu'il a des pannes. Il est peut être juste fatigué après tout. Elles se promettent de le ménager quelque temps. Ensuite elles aviseront. En attendant, il y a toujours les maris...

 

  

Cocktail venu du fond des âges ! (Kate)

 


Comme Austremoine se serait appelé Stremonius et Stromae s'appelait Paul Van Haver le stramoine surnommé pomme épineuse, chasse-taupe, herbe des sorciers (etc.) s'appellerait datura officinal, officiellement "datura stramonium".  Circé s'en serait servi de narcotique pour transformer les compagnons d'Ulysse en cochons et Condorcet se serait suicidé avec un cocktail de ce poison et d'opium... Tout cela au mode conditionnel.

 

"Affreux sorcier déguisé en fleur" ! comme l'explique Alain Bonjean avec de belles photos prises tout près d'ici : "Aïe !" Je n'ai pu, pour ma part, photographier que cette plante qui n'est pas celle dont on parle mais celle que j'ai à proximité en ce moment : la clématite.


Le stramoine, dont l'étymologie est incertaine serait issu d'un mot catalan : estremoni, ce qui rejoindrait (toujours au conditionnel), et la boucle serait bouclée (dirions-nous) pour revenir à Saint Austremoine (saint local), dont le nom Stremonius serait gallo-romain... Ah ! Le latin n'a pas dit son dernier mot !

 

Enfin, pour rester dans la sorcellerie, la formule "Am stram gram" (oui "stram" !) d'origine germanique voire chamanique fait écho à ce stramoine... mais de là à écouter Mylène chanter "L 'Âme stram gram", peut-être pas...

 

LA DOUCEUR QUI MORD (Marie Sylvie)

 

 


  

Je suis d’abord attirée par la blancheur de cette fleur.  
Elle me parle
Peut-être parce que moi aussi j’aime m’habiller de blanc
Comme si la lumière pouvait devenir une seconde peau.

Je me penche vers elle
Confiante
Pensant trouver une douceur sœur
Une innocence tranquille
Mais la Stramoine me surprend :  
Sous son éclat pur je sens une pointe
Une vigilance
Presque une défense.

Je ne lui ressemble pas.  
Moi en robe longue et blanche
Je ne suis pas cette fleur qui hérisse ses bords  
Pour tenir le monde à distance.  
Et pourtant…  
Je reconnais quelque chose d’elle en moi :  
Cette nécessité silencieuse de se protéger pour survivre
De garder une frontière
Même fine
Entre ce que je donne 
Et ce que je préserve.

La stramoine me rappelle que la beauté peut être armée
Que la lumière peut avoir ses angles
Et que la douceur n’est jamais naïve.  
Elle veille comme je veille.  
Elle se tient debout.

La stramoine se tient debout elle.  
Moi je ne le peux plus.  
Je reste alitée
Dans ce monde qui m’oblige à la patience
Mais ma force ne dépend pas de mes jambes.  
Elle circule autrement.

Je ne me dresse pas comme cette fleur
Mais je veille moi aussi
Depuis mon lit qui est devenu mon poste d’observation
Mon lieu de résistance douce.  

Je ne suis pas armée comme elle
Je n’ai pas ses piquants
Mais j’ai appris
À ma manière
À protéger ce qui en moi demeure vivant
À garder ma lumière intacte 
Même lorsque le corps se fait fragile.

La stramoine se défend par ses bords.  
Moi je me défends par ma lucidité
Par ma douceur qui refuse de céder
Par ma façon de rester présente  
Même immobile.

 

La martienne (Monsieur X)

  



A-t-on déjà vu
Autant de fougue électrique
Dans un seul regard ? 

Ça vous happe, vous séquestre... 

A-t-on déjà vu
Autant de grâce excentrique
Rouge réalgar ? 

D'où vient cette extraterrestre !? 

Circulez, y a rien à voir, 
Ne vous laissez pas avoir, 
Retournez auprès de vos routines ! 

Vous n'avez rien vu, 
Rien qu'un fantôme, un fantasme, 
Une idée en l'air... 

Une rose... une pivoine... 

Vous n'avez rien vu, 
Comme on ne voit pas un phasme, 
Même par temps clair. 

(Les effet de la stramoine... ) 

Circulez, y a rien à voir, 
Vous vous êtes fait avoir
Par une hallu, mes pauvres rétines !



 

Une jolie fleur dans une peau de vache, Une jolie vache déguisée en fleur.. (JAK)

 



L’an dernier, sur le chemin qui fait le tour du zoo, j’ai croisé des fleurs magnifiques, majestueuses, du genre à vous faire oublier toute prudence.
Avec ma manie de ramener un bouquet pour fleurir ma maisonnée, j’en ai cueilli une belle brassée.
Grand mal m’en a pris.
J’ai failli ne plus jamais pouvoir venir icitte poser mes mots, tant de grands maux auraient pu s’ensuivre.

Je vous explique.

Être maniaque, parfois, ça sauve la vie. Et moi, je le suis grandement.
J’ai toujours dans mon sac à dos du papier kraft, au cas où une petite séance de grappillage improvisé se présenterait.
J’y ai donc emballé les tiges avec soin, façon fleuriste de randonnée.

J’aurais bien vérifié sur mon portable avec l’appli PLANET… mais dans ce coin-là, la G7 ne passe pas.
Pas une barre. Pas un soupir de réseau.
Juste moi, les fleurs, et le Mont Blanc qui me regardait de loin.

J’ai poursuivi ma promenade, admirant le panorama qui s’étale du Mont Blanc au Pilat, entre eux deux, une nature vallonnée, souriante.

Arrivée dans mon antre, j’ai posé les fleurs sur une table du jardin, prête à leur offrir un vase digne de leur beauté.
J’ai pris le temps de quitter mes godillots, de me laver les mains, comme à l’accoutumée, puis j’ai repris mon smartphone pour en savoir plus sur ma récolte.

Et là… horreur et désespoir.

J’ai découvert que la belle inconnue appartenait à la même famille que la pomme de terre et la tomate, légumes que j’apprécie, certes, mais on ne choisit pas toujours sa famille.



De plus, Wiki m’annonce, l’air de rien, que la plante est toxique.


L’herbe du diable.
La belle enjôleuse qui rend fou.

Coïncidence ou pas, mon cœur s’est mis à battre comme un tambour de carnaval, une tachycardie digne d’un marathon.
Des mouches noires ont voleté dans mes pupilles, j’étais confuse, incapable de prendre une décision.
Heureusement, tout cela n’a duré qu’un instant.
(Et entre nous… je me demande encore si je n’ai pas tout imaginé.)

Gantée jusqu’aux coudes, je n’ai même pas osé jeter ces fleurs dans le compost, on ne sait jamais, elles auraient pu contaminer mes épluchures.


Non, direct dans la poubelle, enfermées dans un sac plastique, par respect pour les éboueurs et pour la paix du monde.





Nota histoire véridique



Stramoine (Lilousoleil)

 

 

Dans le jardin de ce vieux moine,

Poussait une étrange stramoine.

Elle avait l'air d'un grand patrimoine,

Mais sentait fort le vieux babouin.

 

Un rat musqué, nommé Antoine,

Voulut en faire son avoine.

Il devint fou comme une pivoine,

En s'imaginant roi de Pologne.

 

Ne jouez pas les fier-à-bras, Sidoine,

Avec cette herbe de Pantoine.

Sinon, pour sauver votre bouille,

Il faudra appeler le chanoine !

 

 

  

J'hallucine ! (Walrus)

 


Il est quand même gonflé! 

Voilà-t-y pas qu'il nous propose maintenant, en le camouflant sous l'aspect d'une fleur à la blancheur virginale, rien moins que, venant d'Amérique par des chemins détournés, du datura, l'hallucinogène  des transes chamaniques !

N'en prendrait-il pas lui-même par hasard?

Enfin, par hasard, c'est une hypothèse gentille pour expliquer son cas, ça ne nous étonnerait pas qu'il fabrique des tambours de chamane en peau de zébu ou même de zébi, c'est vous dire s'il est ferme dans sa tête !

Il emploierait pas les graines pour faire des bâtons de pluie, toujours par hasard ? Ce serait logique en fin de compte : il a toujours eu un grain, y a qu'à lire ses participations borderline et bordéliques pour s'en convaincre...

 


Mais passons...

Quel nom étrange que stramoine ! 
Dans notre belle langue, il n 'y a pas tellement de mots qui se terminent par "moine", en dehors de moine lui-même et, chaque chose ayant son contraire, de l'antimoine, le grand frère de l'arsenic.

À propos d'arsenic, cet élément perdu entre les métalloïdes et les métaux, il est à souligner que celui qui fut associé aux vieilles dentelles par Joseph Kesselring et largement utilisé dans l'accélération des héritages porte improprement ce nom puisqu'il s'agit d'une poudre blanche, en fait du trioxyde d'arsenic (As2O3), qui servait à blanchir la peau des coquettes à l'époque bénie où bronzage et tatouage étaient d'une vulgarité affligeante !

Restent le patrimoine, grande source de conflits familiaux, et deux plantes : aigremoine (à fleurs  jaunes) et polémoine (à fleurs bleues).

Oui, je sais, vous me direz que c'est toujours mieux que belge où il n'y en a aucun en dehors de lui-même. À croire que le Belge est (auto-)suffisant...

  

Défi #944

   Faut un début à tout :    Initiation