samedi 16 août 2025

Défi #885

  

 

 


 

Ont cueilli des tulipes

   

  

TOKYO ; Walrus ; Ghislaine ; Marie Sylvie ;

François ; Kate ; Joe Krapov ; Clio 101 ;

Yvanne ; 

  

 

Renaissance. (Yvanne)

    


Tu éclos avec le printemps


Un jour de vif et grand soleil.


Les pétales érigés fièrement


Illuminent tes coloris sans pareil


Prodiguant au tableau soyeux


Élégance et ravissement des yeux.



 

Fleurs hypnotiques (Clio 101)

   

Martial les sentit avant de les voir.
Un parfum lourd, capiteux, entre le musc et le jasmin, se présenta à ses narines, lui rappelant tour à tour sa mère et sa délicate fiancée. A moitié engourdi par ces lourdes effluves, il ouvrit les yeux avec difficulté. La veille au soir, après une course éperdue, il s'était endormi dans cette clairière, ultime territoire du domaine de ses parents.
Quand ses yeux se furent habitués à la lumière crue du petit matin, sa poitrine se serra violemment. Une assemblée de fleurs sanguines, oranges, cire, du jaune le plus pâle au rouge le plus flamboyant lui arrivant jusqu’aux chevilles, l'encerclait. 
Martial cligna des yeux, affolé. Il aurait voulu prendre ses jambes à son cou, fuir au plus vite cet endroit, mais son corps pesait aussi lourd que du plomb. 
Ahanant sous l'effort, il se força à se lever. Un pas après l'autre, il commença à s'extirper de l'amas végétal. 
Il jeta un regard autour de lui ; son coeur fit une nouvelle embardée. 
Le temps qu'il se redresse et débute sa marche, les fleurs avaient atteint sa taille. Les fragrances avaient redoublé en intensité et chaque pas lui coûtait une énergie folle. A chaque fois que son pied se reposait au sol, il chancelait, pris de vertiges. Dans un violent effort de volonté, il s'empêchait de chuter. 
Incapable de supporter plus longtemps l'odeur hypnotique des végétaux qui le surplombaient désormais d'une tête, il s'effondra. Indifférentes, elles continuèrent à pousser, inexorablement, jusqu’à former un dôme épais, empêchant toute lumière de passer. 
Quand le soleil commença à décliner, les plantes se rétractèrent, accompagnant sa course vers le royaume de la nuit. 
Au moment où l'astre du jour disparu à l'horizon, elles ne dessinèrent plus qu'un large cercle multicolore. 
En son centre, un squelette aussi blanc que la neige.


 

En voiture, Simone ! (Joe Krapov)

 




« Karl Marx et Patrick Modiano, tu les vires par la porte, ils reviennent par la fenêtre ! ».

C’est très particulier de pondre une phrase comme celle-ci à partir d’une photo de tulipes et d’un vieux répertoire téléphonique ayant appartenu à Madame Gallinatcheva.

C’est bien sûr indépendant du fait que Fanfan la Tulipe, héros incarné à l’écran par Gérard Philipe (avec un seul p pour que la rime soit plus riche), était une idole dans les familles communistes des années 1950-1960. Nul n’est besoin de revenir là-dessus ni sur l’adaptation en bandes dessinées de cette histoire signée par Gaty et Nortier. C’était un très bon et bel acteur, immortalisé par Larousse (Petits classiques) dans son costume du Cid, pour qui même les bonnes bourgeoises avaient les yeux de Chimène.

Si Karl Marx repointe son museau c’est surtout à cause de la notion de transfuge de classe. C’est parce que ce tableau fait penser, d’emblée, à une décoration de chambre d’hôtel.


- Et alors ? demande notre ami François Fillon.

Alors l’hôtel et le restaurant, il n’y a pas mieux comme endroits, pour qui vient de la raffarinesque France d’en bas, pour se sentir, une nuit ou deux heures durant, à égalité avec le bourgeois, ne fût-il que petit.

***

Si Patrick Modiano sort, bien involontairement, de son silence de nobélisé, c’est que l’agenda de Mme Gallinatcheva nous plonge dans une époque révolue, celle où les numéros de téléphone ne comportaient que quatre chiffres.

On peut y lire ceci :

« Aiguebelette. Chez Michelon (Hôtel-restaurant) 73610 La Combe. Tél. 79 36 05 02 »

Figure également, à droite, à l’encre rouge, l’appréciation T.B. pour « Très bien ».


Si vous devez aller en Avignon le guide G. – appelons comme cela l’aide-mémoire gastronomique et logis-tique de Madame Simone ! – vous conseille :

L’Hôtel de Garlande 20, rue Galante tél 90 85 08 85

Un séjour en Tunisie vous tente ? Une étape aux îles Kerkennah vous agrée ? Essayez l’hôtel Cercina, 1 rue Sidi Fredj tél. 81 028 !

Si j'étais Patrick Modiano je vous recopierais ici tout le répertoire avec des liens vers les sites webs des hôtels qui, pour la plupart, existent encore !


- Et alors ? insiste l’ancien maire de Sablé-sur-Sarthe.

Alors Mme Gallinatcheva s’est bien transfugée ! Il y a dans ce carnet plus d’une centaine d’adresses dont certaines dans des villes très marquées « tourisme improbable » (Châteauroux, Bagnoles-de-l’Orne, Jalogny, Saint-Nazaire-le-Désert) mais aussi Djerba, Venise, Paris – quatre pages ! - et Tübingen.

Alors il y a aussi, ailleurs-partout dans la maison, des tonnes de photos, d’albums et de boîtes de diapos ramenées de voyages en Syrie, Pologne, Italie, Tunisie, Egypte…

Alors on ne prononce pas les mots « bilan carbone » dans la maison d’une dame décédée vu que les morts sont tous des braves types et que c’était la plus aimable des dames que le narrateur ait connues. De plus on a bien raison, toutes et tous, de profiter de la vie tant qu’on ne nous a pas démontré par A + B que « la mort c’est mieux ! ». L’intelligence artificielle pourrait peut-être répondre à cette question-là mais on a autre chose à faire ces temps-ci que de s’adresser à une machine plus ou moins idiote.

- Quoi donc, Joe Krapov ? Qu’est-ce que tu as de mieux à faire que de jouer aux échecs contre le « bot » de Lichess.org au niveau 4 qui n'est rien d'autre qu'une i.a. ?

- Rêvasser, m’interroger sur les "Bien, Assez bien ou Très bien"  qu’elle attribuait dans son carnet. A quoi s’appliquaient donc ces notes écrites en rouge ? A la literie ? Aux repas ? Aux prestations sexuelles de son amant du jour ? A l’ensemble ?

Peut-être cela ne concernait-il que la décoration de la chambre ! Combien aurait-elle mis au tableau des tulipes ?

Si c’est la bonne hypothèse, convient-il d’aller vérifier en Aguessac (Aveyron) si les murs du motel les Artys sont désespérément blancs et dénués de tableaux accrochés au-dessus du lit ? L’établissement n’a pas reçu de note.




***

Je ne saurais terminer ce billet fort irrespectueux envers ma belle-mère préférée sans mentionner deux souvenirs personnels récents.

Grâce à l’artiste Brigitte Baudère des lambeaux de papier peint - provenant peut-être de chambres turpitudesques -, très artistiquement assemblés entre eux, se sont trouvés exposés… dans l’église de Faux-la-Montagne ! Mais on est où, là ? !



Dans cet hôtel de Tours où on nous avait attribué, Dieu sait pourquoi, deux lits séparés, était-il bienséant de positionner au-dessus de nos couches cette peinture érotique à effet aphrodisiaque immédiat ?

OK, je sors !



Mes champs (Kate)

  

Mes champs
C'était mes champs
De fleurs
Toutes pareilles
Et pourtant différentes
Peintes avec coeur
Mains tremblantes
Célébrant ces merveilles...
- "Mes champs",
c'est le titre de ton tableau ?
Quel est le thème ?
- Oui, "Mes champs"
je le trouve beau
je l'aime.
Le thème c'est l'accumulation.
- Et "Tulipes à foison" ?
Non ?
- Pourquoi tant d'informations !
Tu me tournes en dérision
Jean-Claude ?
Le titre c'est : "Mes champs" !
- Mais Maud,
attends...
- Quoi ? Ton stock de photos ?
Ton accumulation de photos !
Des artistes locaux ?
- Plutôt internationaux...
Celui-ci  :

- Amusant...
- Celui-là (*):

- Flamboyant...
- Bon laissons ceci
cela
et redis-moi le titre de ton tableau.
- "Mes champs",
je tiens à ces deux mots.
- Chérie, je comprends...
Je ne voulais pas être méchant !
 

(*) Chapelle de Collonges-la-Rouge

 

 

LES TULIPES (François)

  

 

  

MARLÈNE BEMHART a peint ce tableau naturaliste,
Avec ses tulipes rouges,
Ou oranges aux coupelles conformistes.
On dirait même qu’au vent elles bougent ! 

Peut-être viennent-elles de Hollande,
Ou en mars avril, elles poussent dans les champs,
Alignées toutes en bandes,
En donnant un spectacle touchant. 

Ce qui est aussi touchant,
C’est qu’elles symbolisent l’amour loyal,
Celui qui est destiné à vivre tout le temps,
Où la passion infinie est un festival. 

Particulièrement élégante et sublime,
La tulipe est une fleur ornementale intime.

 

N'aurais-je pas eu tort (Walrus)

   

... en accédant à la proposition d'Yvanne, dans son commentaire sur le vitrail aux dames callipyges, d'utiliser une des œuvres (enfin, l'image d'une) de mon épouse lors d'un prochain défi ?

Il y a quand même de la marge entre des tulipes peintes sur soie et les popotins mutins des petites dames vitraillées ! 

 
Mon épouse a toujours adoré les tulipes, ce qui la fascine chez celles-ci, c'est que bien que coupées et disposées dans un vase, elles continuent de grandir et de changer leur direction de croissance malgré tout, bref, elle les trouve "vivantes".

Et tout ça, bien avant d'aller visiter en mai(s) les jardins du château de Grand-Bigard.

 






Bon, j'ai peut-être mal choisi parmi la pléthore de réalisations de l'artiste, j'aurais peut-être eu plus de succès avec celle-ci :



 Ou celle-ci :


 

Dites moi...

 

TULIPES ET BOTTES (Marie Sylvie)

  


 

           Ce poème, "Tulipes et Bottes ", inspiré par cette aquarelle de Tulipes alignées aux têtes fleuries orange et rouge, est le souvenir inattendu d'une soirée country en discothèque, où des cowboys dansaient en ligne avec une discipline fascinante. Les Tulipes deviennent les danseurs et leurs couleurs traduisent la tension d'une bagarre. L'image se transforme alors en métaphore visuelle entre ordre et chaos, beauté et brutalité. 
Ce poème est le reflet de cette résonance intime entre l'aquarelle et le souvenir.




          TULIPES ET BOTTES 


Elles sont là, droites tels des cowboys en ligne,
Les Tulipes, têtes hautes, prêtes à claquer le rythme. 
Orange feu, rouge colère, 
Elles dansent sans bouger mais brûlent de lumière. 


Un parquet de papier, un silence de duel 
Et pourtant dans l'ombre résonne l'appel.
Les bottes frappent, les chapeaux se penchent, 
La poussière s'élève, la tension se déclenche.


Un regard de trop, une parole qui glisse, 
Et la danse devient bagarre, la grâce se hérisse. 
Mais même dans le tumulte, une étrange unité, 
Telles les fleurs qui se battent pour rester alignées. 


Elles ne sont pas des soldats ni des réformées,
Mais des âmes en costume prêtes à s'enflammer.
Et l'aquarelle, douce et tremblante,
Garde le souvenir d'une nuit vibrante.


Quand Edouard voyage (Ghislaine)

   

Emma venait de recevoir un étrange colis.
Un grand tableau de tulipes aux couleurs chaudes, encadré de bois clair. C’était le legs de sa grand-tante Olga, artiste fantasque et globe-trotteuse. Sur la lettre jointe, il n’y avait qu’une phrase;
""Ce que tu vois n’est que le jardin, mais le trésor sommeille derrière""

Intriguée, Emma accrocha la toile dans sa chambre. Quelques jours plus tard, en observant les pétales rouges et orangés, elle remarqua qu’ils formaient des motifs étranges, presque comme un code, elle déchiffra une suite de chiffres qui se transforma en un texte avec des lettres correspondantes dans l'alphabet à leur numéro.
Ce code, inscrit discrètement au dos de la toile, correspondait à une réponse à l'énigme. Elle comprit alors qu’il fallait retirer le cadre. À l’intérieur, sous la soie peinte de tulipes, se trouvait une autre toile, une œuvre signée Édouard Manet, soigneusement protégée.

Emma avait résolu l’énigme laissée par Olga, un message poétique caché dans le motif floral, qui lui indiquait pourquoi et comment conserver ce secret.

Qui oserait lui voler cette jolie toile de tulipes peinte par sa tante ?
A son tour, elle devra transmettre en héritage les tulipes…
La toile voyage déjà depuis 1883, après que Léon Koella-Leenhoff,
son fils illégitime la légua en héritage à une cousine avec la même énigme...Et ainsi, aujourd'hui la voilà chez Emma...



 

Les tulipes (TOKYO)

   


  

samedi 9 août 2025

Défi #884

   

 


  

 

Ont salué le menhir

 

  

 François ; Ghislaine ; Walrus ; Marie Sylvie ;

Kate ; TOKYO ; Yvanne ; Joe Krapov ;

 

Je roule pour vous ! (Joe Krapov)

 


Resituons les choses :

A. L’oncle Walrus a une fille. Celle-ci a eu l’idée sotte et grenue d’épouser un natif de Bretagne et de le suivre ou rejoindre sur la côte de granit rose, à Trévou-Tréguignec, près de la plage de Trestel, mais ne soyons pas trop précis car l’IA profiterait de notre science et moi je suis comme Michel Audiard qui disait «Je ne parle pas aux cons, ça les instruit».

B. Le témoin de mariage de Joe Krapov et Marina Bourgeoizovna se prénomme Anita et habite à Lannion dans une rue au nom imprononçable pour qui n’est pas un Bretonnant ou une Bretonnante (je mets des majuscules pour ne fâcher personne et surtout pas les Nantais·e·s).

Tant qu’à faire de visiter la famille et les amies dans les Côtes d'Armor, l’oncle et le neveu en profitent pour randonner, marcher, aller voir toutes les ressources touristiques du coin qui n’est pas un des plus moches endroits du monde.

Posons le postulat : on ne voit pas tous les mêmes choses.


Par exemple, ce menhir. En quarante ans de fréquentation des trésors du Trégor, à raison de deux ou trois séjours dans l'année, nous avons bien dû aller faire vingt fois le tour de l’Île grande, tout à côté, et donc être passés devant sans que je me souvienne de l’avoir photographié une seule fois !

Ce n’est pas grave, mon oncle Walrus roule pour moi et il nous fait cadeau cette semaine de cette photo compromettante : ce n’est certes pas Obélix qui a gravé ce symbole cruciforme en haut du bloc de pierre mais de braves croyants du XVIIe siècle qui ont cru bon de taguer-détourner-récupérer ce monument païen au profit d’une secte qui a plutôt bien réussi.

L’oncle Walrus roule pour nous ! Pierre-André Bourgeoizov aussi ! Lui c’est le grand-père paternel de mon épouse et il a fait la même photo entre 1935 et 1940. On y voit même, si on agrandit un peu, la représentation peinte de la passion du Christ. C’est fou de penser que le gamin en culottes courtes et polo blanc a aujourd'hui 97 ans !


L’air de rien, quelles que soient nos religions, on fait tous, sans même y penser, œuvre de partage communiste de nos souvenirs de voyage.

Petr Petrovitch Bourgeoizov, fils du précédent, est allé plusieurs fois à Venise. Sans vouloir critiquer, il n’a ramené que trois photos moches de l’île de Burano où j’ai, personnellement, amassé des tonnes de clichés de ce que je considérais être le plus bel endroit du monde.


Par contre lui est monté en haut du campanile de la place Saint-Marc et a donc ramené de magnifiques vues quasi-aériennes de Venise que je partagerai bientôt sur mon blog.

Moi qui me suis déplacé de cinq cents kilomètres cet été, que pourrais-je vous offrir cette semaine qui vous fasse penser que j’ai roulé pour vous ?

Tiens, restons dans cette ambiance très « peace and love » avec cette sculpture sur bois des bords du lac de Vassivière !


J’y ajouterai juste le tigre qui monte la garde dans le hameau de « Sauvazons la Plazanet » !





Cledat (Yvanne)

  

 

  

 L'image proposée par Walrus cette semaine m'amène à vous parler

d'un village insolite de Corrèze, blotti dans un chaos rocheux où les croix surmontant les rochers, moins impressionnants que celui-ci certes mais tout aussi authentiques, ne manquent pas.


Clédat



J'ai découvert le village de Clédat tout à fait par hasard un dimanche d'octobre dans les années 80.


Nous étions partis pour une chasse aux cèpes dans les forêts du massif des Monédières en lisière du plateau de Millevaches. En longeant la bordure d'une piste forestière, soudain m'est révélée comme dans un songe une clairière parsemée de multiples roches et de murailles. Je me suis approchée. Pas un bruit. Seul le souffle léger du vent berçait doucement la masse des sapins qui entouraient les lieux. J'ai su alors que devant moi se dévoilait Clédat. Je n'ai été qu'à demi surprise ayant déjà entendu parler de son existence par des amateurs de vieilles pierres dont je suis.


J'ai pénétré dans le village en ruines. Il y régnait une atmosphère surprenante de solitude bienveillante. J'ai compris que Clédat m'accueillait favorablement et j'en ai ressenti une joie étrange. Pas d'envoûtement non mais une sensation de plénitude bienfaitrice.


Une petite chapelle romane se tenait à l'orée. Bien qu'à moitié démolie, sa cloche encore suspendue semblait veiller sur le site.

Sur un rocher devant la porte était plantée une croix aux jolies formes. Des chaumières et des granges éventrées, sans toit, émergeaient parmi des gros blocs de pierre arrondis par des milliers d'années d'érosion. La Nature avait envahi et recouvert de ronces et de mousse les bâtiments effondrés, les chariots en bois et les vieux outils abandonnés dans les charrières.


Je me suis promenée tranquillement dans le village plongé dans un silence invitant à la méditation. J'imaginais les vies minuscules de ses habitants contraints de l'abandonner leur étant impossible de se confronter à la modernité ambiante. Pas de routes. Pas de commodités. Seules des voies caillouteuses et étroites permettaient de rejoindre les hameaux voisins. Les gens vivaient dans une autarcie presque permanente.


Les prés et les champs, désormais inutiles, arrachés jadis laborieusement à la bruyère et à la lande par le travail acharné des hommes laissaient désormais la place à des forêts de conifères. Elles encerclaient l'endroit désert sans toutefois l'étouffer complètement. Clédat respirait encore, même tombé dans l'oubli. Quelques feuillus centenaires, plantés ça et là dans le village faisaient encore la nique aux résineux qui se voulaient envahissants.


Point trop de mystère ici pour moi, même si la Nature sauvage avait repris ses droits. Clédat m'était apparu comme un village assoupi, au repos et non complètement éteint. En me penchant sur sa fontaine, j'ai senti que son cœur était là, caché dans cette source qui avait alimenté de son eau vivifiante les villageois. Et j'en étais heureuse. Je savais que Clédat allait émerger un jour de son long sommeil. Je ne m'étais pas trompée. La suite de sa belle histoire datant du 12ème siècle m'a donné raison.

 


 

Les menhirs-cachalots (TOKYO)

   

 


Il fut un temps où la mer et la terre ne faisaient qu’un.

Où les hommes vivaient au bord du souffle des géants.

 

Les cachalots, ces colosses suspendus entre deux mondes,

dormaient debout, dressés dans l’océan comme des cierges vivants,

la tête tournée vers les étoiles,

le dos vibrant d’échos anciens.

 

On ne pouvait les atteindre qu’à cet instant sacré —

lorsqu’ils devenaient silence.

 

Alors les chasseurs du néolithique plongeaient.

Mais ceux qui tuaient ne criaient pas victoire.

Ils dressaient une pierre.

Haute, verticale, immobile.

Comme pour réparer le geste.

 

Chaque menhir planté dans la terre serait, dit-on,

un cachalot tombé du ciel d’eau.

Un tombeau de géant.

Une stèle de mémoire pour ceux qui savaient encore écouter.

 

Aujourd’hui encore, certains enfants posent l’oreille contre les menhirs,

espérant entendre, dans le frémissement de la pierre,

le chant sourd des profondeurs.


Bible hic (Kate)

  

Plein la vue !
On n'est pas déçu :
de préhistorique
à biblique !
Ce menhir
du fond des âges
a dû venir
s'inscrire dans le paysage
tel un immense roi
devenu affirmation de foi
catholique
car c'est la Bible hic
(= ici) affichée
un peu style BD
qui dit la passion
du Christ illustrée
par vingt-sept arma christi
(cf Wiki)
Les Bretons
ont christianisé
cette pierre
originaire
de l'île de Canton

Une simple photo
de la cathédrale du Puy

quelques mots
sur du papier vieilli
d'autres pistes
sur la passion du Christ
que le menhir
de Saint Uzec
pour finir...
 

  

 

 

Ont jeté un regard discret...

     Monsieur X ; Walrus ; Marie Sylvie ;