samedi 9 mai 2026
La Livraison de cidre (Joe Krapov)
Chroniques félines au port de Marseille. (Yvanne)
Salut Coco !
Tiens ! Te v'là Hermès ? Juste à temps pour ma dose de sardines !Bonne mère, quelle mine ! D'où sors-tu ?
Ne m'en parle pas ! De nulle part. Mais j'ai fait de la ronron-thérapie toute la nuit.
Peuchère ! De la ronron quoi ?
Ah ça ! Bien sûr, tu ne connais pas, toi qui passes ta vie à marauder partout au lieu de t'instruire un peu.
Je suis pas un chat de riche, moi. J'ai pas ta culture, moi. Et...Tu veux savoir ? Je m'en fiche.
Toi, tu dois feinter pour venir ici tandis que je vais où je veux, quand je veux.
- Allez ! On ne va pas commencer à se chamailler. La preuve que je ne suis pas snob : je suis là avec toi. Pourtant, tu n'es guère appétissant avec ton pelage mité.
Oh ça va ! Pas eu le temps de faire une grande toilette. J'avais trop faim. Mais la ronron je ne sais quoi tu m'as pas expliqué !
Madame était stressée hier soir après une scène avec Monsieur. J'ai l'habitude. Ils n'arrêtent pas de se quereller. Et souvent pour la même chose. Monsieur demande avec un clin d'œil coquin : « nous dînons ce soir Bertille ? » Ce à quoi Madame répond invariablement : «Enfin Conrad vous savez bien que c'est impossible. Je suis valétudinaire. »
Elle est vétérinaire ta patronne ?
Peuh ! Laisse tomber. Elle est malade le soir pour son mari mais sûrement pas l'après midi pour le jardinier... Je m'en fiche un peu de leurs disputes, remarque. Mais ensuite, je dois soigner. Pour le fun.
Mazette ! Tu m'épates. Dis voir ! Tu la soignes comment ?
Ben, en faisant de la ronron-thérapie justement. Madame m'installe sur son ventre et je suis assigné à résidence toute la nuit.
Je suppose qu'elle compense avec des croquettes de premier choix et des friandises. J'ai jamais compris pourquoi, toi, si bien nourri, tu aimes à venir sur ce quai puant. Avec le nom que tu portes, ta place se trouve plutôt dans les salons parfumés.
Trop drôle ! Il me semble que toi aussi tu portes – mal, d'ailleurs - un nom d'effluve. Si elle te voyait Mademoiselle Coco ! Écoute, tu ne vas pas t'en plaindre je suppose si je viens par ici ? Je te donne mes sardines. Mais ce n'est pas seulement pour toi, mon cher ami que je passe de temps en temps au port.
C'est vrai, tu es sympa et comme tu ne manques pas d'adresse, je suis bien servi. Té vè ! Je me demande ce qu'ils fabriquent nos deux vieux sur leur rafiot. Ils ont tellement d'arthrose qu'ils n'arrivent plus à sortir la poiscaille des filets. Et moi, j'ai la dalle. Ils devraient prendre leur retraite, tiens !
Arrête ! S'ils ne te nourrissaient pas, toi et ta clique, je me demande comment vous subsisteriez. Les souris, ce n'est pas votre mets préféré parce qu'elles ne vous tombent pas dans la gueule toutes rôties. Il faut un peu les courser avant. Vous passez votre temps à dormir ou faire des galipettes et des petits ! Regarde un peu ! Tous les jours, il y a une portée de plus dans le coin.
Haha ! Tu es jaloux ? Tu ne risques pas d'avoir des aventures toi puisqu'il te manque l'essentiel. Vise un peu les mouflettes à droite. Va leur demander si je suis manchot.
Mais...Mais... ! Je vais te surprendre : je peux quand même. Tu veux que j'aille semer mes phéromones chez tes minettes ? On verra bien qui elles choisiront la prochaine fois. Si tu n'étais pas mon copain, nous aurions conclu depuis longtemps, figure toi. Si je viens ici...
Et bien voilà ! Pendant que tu lorgnes ce qui t'appartient pas, le Borgne a attrapé au vol la première sardine. Je ne vais pas la lui disputer : il est mauvais comme une teigne et il ne rêve que de m'arracher les yeux depuis que je lui ai taxé sa copine.
Quel courage ! Je crois effectivement qu'il vaut mieux l'éviter celui là. Sa nouvelle amie est bien à mon goût si tu vois ce que je veux dire. Et d'une ! Et de deux ! Le voilà ton petit déjeûner tout frais, râleur ! Profite bien. Moi, je vais me mettre au chaud. A demain.
Vale ! (Kate)
"Vale !" : adieu, porte-toi bien (littéralement), la santé est importante.
Et aussi le célèbre "Ave" (bonjour, salut) synonyme de "salve" (sois en bonne santé) : essentiel.
Valétudinaire, donc ?
Même racine étymologique mais j'entends aussi "valet"... qui m'évoque aussi majordome, donc Angleterre et le film "Les Vestiges du jour".
Il s'étale sur plusieurs périodes et débute avec James Stevens (Anthony Hopkins) qui se remémore sa vie de majordome. Son père, William Stevens, "sous-majordome" (Peter Vaughan) vieux, malade, valétudinaire. Un rôle secondaire mais pourtant très important, joué par un grand acteur.
Pour encore un touche d'Angleterre et un brin de nostalgie, une chanson de Paul quand il avait seize ans et plus proche de nous et plus mélancolique, un poème chanté par le moins jeune Daniel...
Valétudinaire, donc !
(Peter Vaughan
/image%2F1070961%2F20260507%2Fob_1d5b0c_0.jpg)
/image%2F1070961%2F20260507%2Fob_d82aae_0-1.jpg)
dans un épisode d'"Amicalement vôtre", parmi ses nombreux rôles ; extrait du livre
/image%2F1070961%2F20260507%2Fob_506f6c_0-2.jpg)
)
LE PAYS OÙ JE CONTINUE (Marie Sylvie)
Et ça continue encore et encore... (Walrus)
Non seulement il nous colle valétudinaire, mais pour bien enfoncer le clou là où ça fait mal, il en profite pour ajouter cacochyme. C'est un sadique le mec !
Tout ça, juste pour "faire de son jan" comme on dit par ici (en brusseleir donc)...
Pourquoi pas "grabataire" tant qu'il y est ?
Moi, je me contente de "souffreteux", c'est plus dans mes cordes.
Mais si on creuse un peu, on en trouve quelques autres de mots autour de cette situation, à croire qu'elle préoccupe pas mal de monde.
Si la chose vous passionne, je vous invite à creuser de votre côté.
Je vais quand même vous en donner un étrange lié à Voltaire que je ne connaissais même pas (le mot, pas François-Marie Arouet) : Égrotant !
Ce qui ne laisse pas de m'inquiéter : j'ai atteint l'âge auquel Voltaire est décédé !
Je m'en vais de ce pas me mettre au lit, faut rester prudent...
Là où le monde est loin (Monsieur X)
samedi 2 mai 2026
Comme sur du velours (Kate)
- Mon chou, tout me ramène à Bruxelles...
- Surtout moi ?
- Oui et la soirée "Underground" !
Mais après avoir vu le programme
et pas trop emballés par celui-ci, on a préféré aller boire un verre
dans un endroit aux lumières tamisées, enfoncés dans des fauteuils en
velours, Lou Reed en fond sonore, on a parlé art moderne, "underground" et puis cuisine en rentrant.
- Owi Owi, tu la connais ?
- Ah oui ! Fouette-moi !
- Elle habite à Bruxelles, je crois.
- Oui. J'ai son livre.
- "Chaud froid" ?
/image%2F1070961%2F20260430%2Fob_35ff61_0-2.jpg)
- Non, "À foutre au four"...
- Ah ! Ah !
- Tiens, regarde. Quelle recette tu veux ?
- Ben, j'hésite... Rien à la banane ?
- Non...
- Ah ! Mais il y a une playlist !
- Oui, pour chaque recette.
/image%2F1070961%2F20260430%2Fob_948b6c_0-2-3.jpg)
- J'hésite entre "Poulet Balzaza" et "Poulet Sirocco"...
- Alors, je note pour demain, j'achèterai du poulet, du miel d'acacia, etc. Il est tard, mon frigo est vide, je suis crevée...
- Et dans ton placard ?
/image%2F1070961%2F20260430%2Fob_e356b7_0-1-2.jpg)
- Rien ! Même pas une boîte de soupe ! J'ai quelques bananes que je peux faire flamber au rhum.
- Magnifique !
Under ground music (François)
Ils ne veulent pas de cette culture
De masse, préférant un autre mode de diffusion,
La ligne officielle ils la caricaturent,
Parfois jusqu’à la marginalisation.
L'artiste s'exprime en toute liberté,
Cassant les codes à la mode,
À sa manière il cherche à interpréter.
Aux normes, il s'inféode.
Il s'exprime dans des lieux alternatifs,
Désaffectés, caves ou autre endroit secret,
Ils ne sont pas faits pour les cabarets.
Agissant avec des communicants très actifs.
Du jazz naitra le mouvements Punk et Techno
L’underground music a su évoluer,
C’est une culture alternative
Parfois agressive et subversive.
De multiformes groupes ont pu s’exprimer,
Avec leur propre tempo.
Le Défi du samedi est-il underground ? (Joe Krapov)
Underground BBC (Lecrilibriste)
Loin du tumulte, narguant les des bruits de bottes
Bat le cœur sourd de l’Underground qui parle l’authentique
Petits refrains malicieux que radio-Londres émet
L’onde rebelle diffuse aux quatre coins de la France
Dans l’obscurité fertile des caves à charbon
Les mots bouillonnent dans l’ombre
Et la France prend le relais
L’oreille collée la radio le Grand-Père écoute
Il fait taire les enfants, l’instant est trop précieux
Pour que leurs facéties altèrent les paroles
Et les petits refrains s’allument comme braises
Crépitent en mille étincelles d’attente
Où chacun attend la phrase qui fera « tilt »
Qui relancera le désir de combattre
« le cerisier sera en fleur au muguet »
« le sapin reste toujours vert »
« la cigale chantera au matin »
Petites phrases naïvement codées
Qui font sourire par leur ingéniosité
Qui réveillent les âmes, les extraient du chaos
Leur insufflent l’envie de résister
De ne pas baisser les bras, jamais !
Jusqu’à la diffusion ultime
« les carottes sont cuites »
Qui Enfin, annoncera la VICTOIRE
LÀ OÙ L'AIR MANQUE (Marie Sylvie)
Je savais que les adultes descendaient toujours là‑bas
Ce jour‑là j’ai voulu m’éloigner d’eux.
Mais la porte s’est refermée
Dans ce coffre j’ai compris ce que veut dire disparaître.
Depuis mon corps n’a jamais rouvert la porte.
Oui, ça me rappelle quelque-chose ! (Walrus)
Ça me rappelle mes premières leçons d'anglais deuxième langue où (il n'y avait pas de labos de langues, le matériel d'enregistrement étant très rare et coûteux à l'époque) j'ai passé mon premier trimestre sans écrire un mot d'anglais : il fallait transcrire le discours du prof en langage phonétique, ça c'est de la méthode !
J'y ai appris (entre autres) qu'underground signifiait sous-sol mais aussi que c'était le nom du métro londonien.
Bien des années plus tard, à l'époque où j'ai pu admirer les crêtes iroquoises multicolores autant que fluo des punks de Great Yarmouth (j'y suis passé en me rendant de mon camp de base d'Aldeburgh chez des amis écossais dans leur caravane de Sea Palling), j'ai assisté consterné à la naissance puis l'extension de la musique et même la culture Underground.
Elle a fait un tabac à l'époque cette musique et plein de tubes !
Logique finalement quand on sait que les Londoniens appellent familièrement leur Undergound de métro "The tube"...
samedi 25 avril 2026
La Trouille du siècle (Joe Krapov)
Une fripuoille sème la trouille (François)
Il en a mis du temps pour guérir.
Pendant qu'il était en train de dormir,
A crocheté sa porte sans coup férir,
Il se demandait ce qui lui arrivait,
Il lui dit, la Bourse ou la vie,
Il était si pauvre le vieil homme,
Qu'il ne pouvait que perdre la vie,
Tremblant de peur sa situation n’était pas bonne
Sans tenir compte de sa trouille,
Et comprend qu’il va se retirer bredouille.
Laissant sa victime à l'agonie.
Qui voit que son cœur s'emporte,
Demandant au secours de lui sauver la vie.
Phénomènes naturels et croyances. (Yvanne)
Pascal-Etienne était resté alité toute la journée. Ça ne lui
ressemblait pas mais personne à la maison n'avait semblé tellement
inquiet. Pascal-Etienne, mon grand-père maternel dont j'ai déjà
parlé ici était agriculteur de son état et garde-champêtre dans
un état second – ce qui lui arrivait assez souvent.
Les conflits de
voisinage dans la commune lui donnaient l'occasion de prendre son
vélo pour aller faire la police là où on le lui demandait. Et
visiblement, il adorait maintenir l'ordre. Les paiements pour son
dérangement se faisaient en nature à coup de verres de pinard. Ça
aussi il adorait...
De temps à autre il allait rendre visite à son frère dans une autre paroisse. Il prenait sa journée – souvent l'hiver quand les travaux de la ferme ne nécessitaient pas une présence constante. Pour se rendre chez mon grand-oncle, le chemin était rude. Il fallait descendre la colline sur laquelle nous habitions à travers bois et prés, traverser la rivière sur un pont de fortune fait avec quelques troncs d'arbre posés les uns à côté des autres. On grimpait ensuite un bout de temps dans les mêmes conditions pour atteindre la colline d'en face où logeait cette partie de la famille. Il n'y avait pas de portables, ni même de téléphone pour se donner rendez vous mais qu'importe. On était toujours bien accueilli partout où on allait. On ajoutait un morceau de cochon du saloir dans la marmite et tout le monde était content. On ne manquait pas de pain puisqu'il était fait dans le four de la propriété et même s'il était rassis on se régalait quand même. C'était le plaisir de l'ailleurs où chacun le sait, l'herbe est toujours plus verte ! J'ai quelquefois accompagné mon grand-père dans mes jeunes années et c'était des sorties inattendues et réjouissantes pour moi.
Pascal-Etienne avait donc fait en ce jour de décembre, juste avant Noël, une escapade jusque chez son frère, seul cette fois là. Il était rentré tard, la nuit largement tombée. On se demandait à la maison s'il ne fallait pas partir à sa recherche quand il est apparu, livide. Il n'a pas soupé et il est monté directement dans sa chambre. On ne l'a revu que le surlendemain. On sentait bien qu'il s'était passé quelque chose. Nous avons pensé qu'il avait eu peur en traversant la rivière, grosse à ce moment là. Comme il avait l'air soucieux et ne parlait pas, nous en avons conclu qu'il s'était disputé avec son frère. C'était déjà arrivé quelques fois quand ils en avaient tous les deux un coup dans le nez.
C'est moi qui ai eu le
fin mot de l'histoire trois ou quatre jours après quand j'ai surpris
une conversation que Pascal-Etienne avait entamée avec notre plus
proche voisin dans leurs jardins respectifs. Mon grand-père
expliquait qu'il avait eu la trouille de sa vie en revenant de chez
son frère. Il assurait qu'il avait vu les flammes de l'enfer. Non ce
n'était pas un incendie dans les alentours. Il s'agissait selon lui
de lambeaux écarlates hauts dans le ciel qui se mouvaient lentement.
Assurément ce n'était
rien de bon. Il y avait du malheur dans l'air. Comme il était un
ancien poilu de 14 il redoutait l'imminence d'une autre guerre. A
l'écouter moi aussi j'ai eu peur.
C'est quelques temps plus tard que j'ai appris à l'école qu'il s'agissait d'une aurore boréale. L’institutrice l'avait admirée – disait-elle – avec son mari le même soir où elle est apparue à mon aïeul. Elle nous a expliqué le phénomène. Je me suis bien gardée de rapporter ses propos à mon grand-père qui ne m'aurait pas crue et aurait qualifié la maîtresse de « madame je sais tout ». Lui avait ses certitudes bien ancrées et n'était pas près d'en démordre.
-
Pour tout vous dire, je me demande bien où je suis allé la chercher celle-là ! Parce qu'ici, on dit plutôt " ruelle " : O...
-
Il est quand même gonflé! Voilà-t-y pas qu'il nous propose maintenant , en le camouflant sous l'aspect d'une fleur à la blan...
-
Moi aussi je peux trouver une photo d'un truc qui flotte au vent, la preuve : Bon, celle-là, c'était facile de la retrouver : ...











