Allongée sur un transat au bord de la piscine, Irène s'ennuie.
Évidemment Patrick a accepté l'invitation de leurs amis: avec l'âge
il est devenu encore plus radin et l'idée de vacances gratuites lui a
tout de suite plu.
Enfin, gratuites!
Cathy et son mari font des comptes d'apothicaire dans le but de
partager les frais de nourriture et Irène trouve qu'il y a de la
mesquinerie dans leur façon de calculer.
Plus jamais! se dit-elle en reprenant une gorgée de ce mauvais
champagne - combien Cathy va-t-elle leur compter pour cette bouteille
qui traînait dans sa cave depuis trop longtemps?
- Moi, dit Cathy, je n'ai franchement aucun remords à prendre l'avion!
A quoi son mari ajoute en rigolant:
- D'ailleurs, tant qu'à polluer, je préfère polluer en première classe qu'en Economy!
Voilà où j'en suis, pense Irène, à devoir écouter des sottises, avec
du champagne tiède, et à devoir admirer la grande fierté de Cathy: la
reproduction du beffroi de Mons dans les tuiles du toit de sa villa.
Pour que je me tienne sage comme une image, c’est très simple. Je suis comme les enfants des écoles de jadis, je fonctionne à la satisfaction. Un bon point, un bon point, un bon point, une image et je suis content.
Tous les étés mon oncle Walrus m’en offre une à la fin de la semaine. Celle-ci, j’ai mis du temps à la contempler et puis, comme tous les bons élèves curieux de tout, je me suis demandé : « Où c’que c’est donc c’est-y qu’il y a de si jolis clochers ? »
Les premiers résultats de M. Google-Images m’ont mené chez M. G. F., mêtreur [sic]-prescripteur dont le profil sur Linkedin.com est orné d’un avatar en 3 D très sérieux voire inquiétant et d’une photo d’un centre de radiologie voisin d’un cabinet de cardiologie ORL. De quoi s’occupe-t-on, dans la cardiologie ORL ? Uniquement des oreillettes, pas des ventricules ?
Étant quelque peu iatrophobe, j’ai rebroussé chemin et j’ai repris l’enquête d’identification du clocher à zéro. J’ai redessiné grâce à un calque sur mon logiciel de graphisme le contour du bâtiment figurant sur l’ardoise. Cette fois j’ai touché au but (avant de toucher le fond… de la bouteille !).
J’étais rendu sur le site https://www.gin-de-mons.be/ avec l’accroche « Gin d’Mons » et l’avis suivant « ON NAIT GIN D'MONS OU ON N'L'EST NIE ».
J’en ai déduit qu’en wallon on ne prononçait pas gin « Djinn » comme dans « blue-jean » mais « gin » comme dans « frangin ». Ça m’a fait penser aux vers holorimes d’Alphonse Allais que je connais par coeur :
"Par les bois du djinn où s’entasse de l’effroi Parle, et bois du gin ou cent tasses de lait froid !"
Il y a quelques petites choses amusantes sur le site de ce marchand d’alcool.
- La mention "CONCU A MONS" m’a bien fait rire. A quoi ça sert de se décarcasser à retenir que le C cédille majuscule s’obstient par l’appui sur la touche alt et, simultanément, par la frappe consécutive
des touches 1,2 et 8 ? Il n’y a que moi qui pratique ce sport-là ? Ou alors ça veut dire autre chose, "Concu" à Mons ?
- Les trois barbus de BROTHERHOOD SPIRIT CONCEPT ont sans doute été posés-là afin d’assurer une continuité entre le jeu 1 et le jeu 2 de l’été du Défi du samedi !
- Les groseilles à maquereaux m’ont rappelé le jardin de mon grand-père où quelques arbustes producteurs de ces fruits étaient plantés entre des poiriers. On appelait ça des crots d’poux ! En fait il s’agit de croquepoux ou croque-poux.
- On fabrique aussi dans cette distillerie un rhum appelé « Broken spear ». Sur l’étiquette figure bien sûr le fameux Doudou de Mons, à savoir Saint-Georges combattant le dragon. Avant même de l’utiliser pour une des versions à venir de mes « 99 dragons : exercices de style » je la publie ici ainsi qu’une version décalée rencontrée place du Champ de Mars à Rennes (Oui, je sais, on dit "Esplanade Charles de Gaulle » mais c’est d’un commun, de l’appeler comme ça, depuis que Léon Blum se retourne dans sa tombe !).
Et donc, en guise de conclusion, cette décoration d’ardoise représente bel et bien le beffroi de la ville de Mons. Bravo Sherlock Petit-Pied !
Et que peux-tu nous dire à partir de cela, vieux Défiant du samedi à la loupe infaillible ?
Ceci : je n’ai pas laissé d’ardoise à Mons ni ailleurs. Je bois très peu au bistrot et j’y paie ce que je consomme ; je n’achète pas à crédit, je ne dois d’argent à personne mais si je devais passer en jugement devant Brigitte Bardot, "L214 éthique et animaux" ou la reine rouge d’Alice, je mets ma tête à couper que ces dames et cette association réclameraient qu’on me coupe la tête !
En effet, la dernière fois que j’ai approché les ardoises de mon propre beffroi, c’est à dire mon grenier, c’était pour y passer l’aspirateur, pour le débarrasser d’un certain nombre de vieilles croûtes entreposées là-haut, des toiles qu’avaient tissées depuis un certain temps de fines Pénélope appelées araignées et dont certaines sont parties avec leur piège à mouches dans le sac de la machine.
Me pardonnerez-vous jamais, Mesdames ? J’ai commis un écocide monstrueux !
Dans cette petite maison où nous vivions tous deux L'horloge du clocher nous récitait les heures Je travaillais aux champs et tu vendais des œufs Vie simple et modeste qui signait notre bonheur Pourquoi a-t-il fallu que dans l'autre maison Construite juste en face identique à la nôtre Arrive cette famille avec son jeune garçon
Graveur sculpteur beau parleur Tel un apôtre Il avait imprimé dans l'ardoise Nos maisons si peu bourgeoises L'église et son clocher Si bien représentés Il fredonnait Marinella Et tes yeux brillaient là
Te parlait de la princesse de Clèves Et tu partais dans tes rêves
Si l'on jouait les Caprices de Marianne Il t'y emmenait sur sa bécane Je ne supportais notre affiche de "Viva Maria !" Tu étais devenue passionaria
Et le jeune Marinette Que sa soeur Delphine trouvait muette Disparue dans l'ouragan Apporté par ces gens Et leur fils Jean Ou plutôt Don Juan Alors en ce vingt juillet Comme chaque année À la même heure Dix heures Celle où tu es partie À tout jamais avec lui Je te souhaite Une bonne fête Chère Marina Que je n'oublierai pas ! (photos extraites des livres suivants :
Il a rêvé à son village L’exilé dans la ville Il a rêvé au clocher A trois étages Dont les cloches Carillonnaient l’Angélus 7 heures, midi, 19 heures Aux collines douces Et aux buissons généreux Il a rêvé aux ardoisières Aux sapins dévalant les pentes Et aux myrtilles ramassées à pleine bouche
croquées
La nostalgie s’est installée, grave, vivace « Quand reverrai-je hélas, de mon petit village Fumer la cheminée » Il était venu là réparer ce clocher prestigieux Car c’était l’as des as dans son métier Mais quelle mouche l’a piquée Pour aller sculpter son village Sur le toit de ce monument du passé ?
Ce n’était pas une mouche C’était juste un rêve Un rêve obsédant Qui depuis plusieurs nuits inlassablement répétait La phrase d’un poème de Joachim Du Bellay « Plus que le marbre dur, me plaît l’ardoise
fine » Une phrase qui l’empêchait de dormir Qui le réveillait en sueur, qui le faisait frémir
Alors … une nuit de pleine lune… Sans réfléchir, Il l’a fait !
Ressortant des fines couches d'ardoise, c'est le profil du beffroi de la ville de mes études secondaires : Mons, la capitale du Hainaut.
Mais qu'est-ce que cette photo pouvait bien faire sur le deuxième disque dur de mon ordi ? J'ai démonté son adresse : elle se trouve dans un sous-sous-sous-directory ("classeur" pour les Français) intitulé "Thierry". C'est, à l'instar de la chose représentée sur la photo-sujet de la semaine, une œuvre de mon beau-fils !
Mon beau-fils est Breton, n'en déplaise à son prénom. Il est né à Lorient mais il ne parle pas breton : il a passé sa jeunesse dans le Loir-et-Cher.
Parenthèse : mon fils, lui, se prénomme Yves, mais il n'est pas Breton : il a été mis en chantier à l'Hôtel Voltaire à Paris et est né à Anderlecht, le berceau des "dikkenek".
Bien ! Donc, mon beau-fils est Breton, un petit Breton. Ben oui : il s'appelle Le Bihan !
Il est surtout couvreur, formé à l'école des Compagnons du Devoir et son fameux "Tour de France".
Le sien de tour est passé par Bruxelles où il s'est fait choper par ma fille, par Reims (je le sais parce que j'ai dû me farcir un soir Bruxelles-Reims et retour en bagnole pour lui reporter sur le chantier de la cathédrale le portefeuille qu'il avait oublié ici), par Toulouse (je le sais parce que je suis allé y récupérer son vélo et, accessoirement, m'y faire voler mes bagages), par Edinburgh (je le sais parce qu'il me l'a dit) etc...
Comme vous pouvez le constater sur la photo, dans son boulot (il s'agit ici d'un décor pour le toit d'une agence d'architecture), c'est un artiste, même si il aurait tendance à tout fabriquer en zinc , mais ça, c'est une autre histoire...
Mais pourquoi tant
de haine dans un monde déjà si cruel ? Si « le premier est un marin, toujours le verre à la main, la bouteille sur la
table » je conçois qu’on le traite de misérable et qu’on
ne désire pas lui accorder sa main.
Mais le deuxième
« qui est un barbu, par-devant et par derrière », ne
fait rien que laisser parler la nature. Il se trouve d’aventure que
le poil naturellement pousse au menton du garçon. Que les lames
Gilette n’existaient pas à l’époque de l’homme de Cro-Magnon.
Que le rasage n’est pas obligatoire.
Que faire ?
demandait le barbichu Lénine (Vladimir Il’itch Oulianov) : à
la lecture de Marcel Proust certains se rasent, d’autres pas. Cette
liberté dans le vague à la lame nous a valu finalement, au fil de
l’Histoire et au retour de notre escapade à La Flèche, un beau
bistrot-mémoire sur le thème des barbus célèbres.
Il y a bien sûr,
côté musique, « ce roi barbu qui s’avance, bu qui
s’avance » et ce n’est pas de Carlos ou des ZZ Top que je
parle mais d’Agamemnon « Aga Aga memnon » (« La
Belle Hélène » d’Offenbach qui lui portait des favoris).
On doit à
France-Gall – dont le nom me fait du reste penser au rugbyman
Sébastien Chabal ! - l’évocation d’un empereur à la barbe
fleurie, ce sacré Charlemagne « qui a eu cette idée folle un
jour d’inventer l’école ». L’ont suivi toute une lignée
de rois plutôt du genre imberbe que du genre à barbe à l’exception
de Charles IX, Henri II, III et IV et François 1er.
Notons que la barbiche fut portée par Louis XIII et Napoléon III et
qu’elle demande sans doute plus d’entretien car il faut la
tailler finement comme la bavette chez le boucher en attendant d’être
servi (par l’Histoire qui paraît-il, ne repasse pas les plats).
Les Rois d’un jeu
de cartes usuel (David, Charles, Alexandre et César) n’auraient
pas déparé – une fois à poil ! - le festival de Woodstock
ni cette période des années 70 où John Lennon, Phil Collins,
Robert Wyatt, Anthony Phillips et Neil Young composèrent dans leur
barbe fournie - à l’époque de « Hair » -
certains des tubes musicaux que je reconnais dès les premières
notes.
Le disque de Rick
Wakeman, claviériste du groupe Yes, «The Six wives of Henry VIII »
pose une question assez terrible : le port de la barbe ne
s’accompagnerait-il pas d’une tendance à la cruauté ? On
connaît le cas de Barbe-Bleue qui mettait les femmes au placard,
celui de Landru qui militait pour la femme au foyer. Il faut y
ajouter le cas de Conchita Wurst qui transforme le concours de
l’Eurovision en compétition de n’importe quoi ! Et
justement, la barbe n’est elle pas plutôt un signe de contestation
des systèmes politiques en vigueur ? Karl Max, Che Guevara et
Fidel Castro en portaient une. Philip K. Dick aussi.
Mais revenons à
l’école et à la cour de récréation. Les images non animées que
nous, désormais dénommés vieilles barbes, chérissions à l’époque
représentaient des porteurs de barbe pleins de sagesse : le
druide Panoramix chez Uderzo, le grand Schtroumpf chez Peyo, les
savants de Tintin chez Hergé, le professeur Mathenstock, le
professeur Pipe et le Père Passe-Passe chez Jean Cézard, le juge de
Lucky Luke dans l’album éponyme de Morris et Goscinny.
Mais la barbe
caractérise aussi quelques irascibles : je grand vizir
Iznogoud, Prunelle et son collier de barbe chez Franquin, le
capitaine Haddock et ses célèbres insultes.
Je n’ai pas
beaucoup fréquenté Blake et Mortimer, le Vieux Nick et Barbe Noire,
Tif et Tondu – je crois savoir que c’est Tondu qui est le barbu
du duo ! - mais je me souviens d’Hägar Dünor et, dans la
même série des navigateurs, de Barbe-Rouge de Charlier et Hubinon
et bien entendu de sa parodie dans Astérix sous forme des fameux
pirates qui assez souvent mergiturent plutôt que de fluctuer.
Du côté du cinéma,
la photo proposée cette semaine évoquerait plutôt « Les
Barbouzes » de Georges Lautner, pas tant les acteurs que le
fait de jouer double jeu et de s’avancer masqué. On pourrait
penser aussi à Louis De Funès dans "Rabbi Jacob" mais je n’ai pas vu
ce film-là. Orson Welles portait la barbe et un faux nez dans le
film de Claude Chabrol « La Décade prodigieuse », pas vu lui non plus mais
bien relaté et caricaturé par Marcel Gotlib dans la
Rubrique-à-brac.
Le XIXe siècle et
le début du XXe nous ont fait cadeau de célébrités entrant dans
la catégorie : Anton Tchekhov, Antonin Dvořák, Camille
Saint-Saëns, Louis Pasteur, Alfred de Musset, Victor Hugo, le
président américain Abraham Lincoln, Jean Jaurès, Ernest
Hemingway...
Les peintres de
l’École de Barbizon en arboraient-ils une ? Si j’avais eu
le temps, vous aurais-je chanté à ma façon « Le Barbier de
Belleville » de Serge Reggiani ? Est-ce que tout ce laïus
est encore trop capillotracté ? Rasoir ? Barbant ?
Allez-vous me traiter de blaireau ?
Quoi qu’il en
soit, après avoir lu ce court article sur le rasage, si la barbe est
réellement un signe de virilité et de sagesse, je suis bien mal
parti : je me suis encore coupé en me rasant ce matin !
ça tombe au poil Ce matin là, Ronchonchon était bien décidé à ne pas remettre son costume. Il en avait marre de ce masque social qui lui servait à se cacher et à se valoriser en racontant l'histoire du super cochon à la ferme. Il a dit "la ferme" à son égo et a fermement pris les choses en mains pour renouer socialement avec le "pas comme il faut" ou plutôt avec le "comme j'ai envie". La barbe ! C'est aujourd'hui le premier jour du reste de sa vie...
Irène est jeune, grande, belle, blonde et sur le point de se marier.
Avec Patrick.
Grande famille, grande villa, grande aisance, grand réseau social.
Sa mère est comblée, son père est fier.
Elle est dans sa ville natale, où la cérémonie aura lieu. Un dernier détail à régler, une dernière visite chez la manucure.
Demain, demain… se dit-elle et elle ne sait plus très bien ce qu’elle éprouve. Comme une appréhension, tout à coup.
C’est
le moment où les Gais Lurons descendent la rue, accompagnés de leur
fanfare, tous étudiants ou anciens étudiants de l’université de Gand.
Alors
elle le repère tout de suite dans le groupe, le reconnaît sans
hésitation, ni la fausse barbe ni les verres fumés ni le képi cachant le
front et les cheveux, rien ne l’empêche de douter: on n’oublie pas son
premier amour.
– Gérald! Gérald! crie-t-elle en s’élançant vers lui. Je me marie demain! Emmène-moi, allons-nous-en loin d’ici, tous les deux!