samedi 8 février 2025

Hélène a fini par dire sa peine (Kate)

 

Vrai, j'ai ratiociné
et elle ne me l'a pas pardonné
Hélène... Ma belle Hélène
m'a envoyé voir une Martienne !
C'est décidé,
je ne la fréquente plus
mais comme j'ai raté
l'atelier d'écriture
la semaine dernière,
ça ne lui a pas plu...
Elle m'a fait un texto
pour me dire la déconfiture
du groupe quand Hervé
n'était pas là pour leur taper
sur les nerfs
(oui, c'est moi, ce grand gars costaud,
un peu tête en l'air
mais le rythme dans la peau).
Je lui ai répondu
que j'avais mon concours de trombone
à préparer,
(même si ce n'est pas tout à fait vrai)
et en retour j'ai lu :

"Celle-là, elle est bien bonne !"...

Enfin, pour abréger
j'ai conclu
par : "C'est entendu
je viendrai".
Et l'animateur Martial
(oui, son nom est pas mal,
vient-il de la planète Mars ?
Né au mois de mars ?)
nous avait préparé non pas
quelques lignes ou vers ou une citation
mais juste un mot
-mais quel mot !-
sur lequel on devait écrire ou pas
un souvenir, une émotion
sans trop regarder nos portables
ni les dictionnaires dans nos cartables...
"Sacqueboute" !
Le genre de mot qui déroute,
eh bien, du sur mesure pour moi
qui suis musicien
et historien
des instruments
,
ma foi !
J'ai demandé un café
et fait mine de chercher
l'inspiration
et vite trouvé la solution.
J'ai regardé les autres tiquer,
sécher, plancher,
se creuser la tête,
sortir fumer une cigarette...
Et puis Marty
(diminutif de Martial)
c'est plus joli
quoiqu' un peu spécial
nous a dit :
- Allez, on arrête.
- On n'a pas fini !
Et j'ai vu Hélène faire la tête,
elle n'avait presque rien écrit,
je l'aurais prédit.
- Allez, on lit.
- Hervé, tu as fini ?
- Bien sûr, oui !
- Très bien,
tu liras à la fin.
- Hélène, tu commences ?
Grand silence...
et elle se lance :
"Il y a toutes sortes de buses
si je ne m'abuse.
Certaines sont de fiers rapaces
qui dans le ciel passent,
d'autres s'enfoncent dans le sol
de la terre molle...
D'autres sont doubles
et mon attention redouble :
munies d'un sac
métallique
qu'on remplit d'air
et de la musique
claque
et emplit l'atmosphère :
c'est donc une sacquebuse.
C'est simple, documenté
d'ailleurs Hervé en use,
il paraît,
et ce n'est pas une triple buse !"
Je suis resté assis
et j'ai souri,
certains ont ri
et même applaudi.
Marty a réfléchi :
- Hélène, c'est "sacqueboute", le mot...
- Oui, j'ai compris
mais j'avais déjà tout écrit
quand j'ai eu un doute
et quel malheur
quand j'ai vu l'heure...
c'était la déroute !
- Bravo pour le "Il y a"
qu'on avait vu déjà
au chapitre dix d'"Aurélien".

- Oui, j'aime bien...
- Tiens, à tous, un conseil
de lecture :
"L'atelier d'écriture"
de Natalie David-Weill
.
Qui continue ?
Lulu ?...
D'une oreille distraite
Le corps ici mais pas la tête
J'ai repensé à Hélène :
un vrai phénomène !

 

Où je l'ai trouvé ? (Walrus)

   

Très bonne question, je vous remercie de me l'avoir posée !

Aux temps lointains de notre jeunesse active, mon épouse et moi-même visitions au moins une fois par mois les rayons de la FNAC à Bruxelles. À l'époque, le plan de circulation "Good Move" (une appellation on ne peut plus inappropriée) n'existait pas, ceci explique cela.
Nous en rentrions avec des piles de livres et de CDs, le cœur et le compte en banque légers.
Les livres, je les ai tous lus en entier jusqu'à ce que je tombe, très tardivement hélas, sur celui de Pennac détaillant les 10 droits du lecteur.
Les CDs, je n'oserais pas jurer qu'il n'y en a pas l'un ou l'autre que je n'ai jamais écouté (les yeux plus grands que l'oreille, phénomène bien connu).

Donc, un beau jour, j'ai découvert un CD dont le titre commençait par "Sacqueboutes et" mais je ne me souviens plus de la suite, c'était peut-être bien "Cornets à bouquin".
Je me suis donc plongé pour vous dans ma collection de CDs, mais comme je n'ai pas, contrairement à mon neveu Joe, le virus du classement, j'ai dû feuilleter les huit albums d'une centaine de pièces où ils sont stockés (le neuvième, je ne l'ai pas ouvert parce qu'il ne contient que du jazz et que d'autre part, il m'a été emprunté par mon beau-fils et, qu'au vu de la durée du prêt, je crains qu'il l'ait adopté définitivement), espérant découvrir la chose entre un Buxtehude et un Cecilia Bartoli ou, même, un Amalia Rodrigues.

Bien essayé ! Comme disaient mes collaborateurs quand j'essayais de tricher en jouant au whist, occupation indispensable d'un personnel de laboratoire digne de ce nom. La seule chose que j'ai trouvée, c'est ceci :


On y voit effectivement une sacqueboute. Il n'est pas difficile de comprendre de quoi il retourne puisque les composants du mot sont encore en usage en français actuel comme "Vous êtes sacqué !" et "Boutons les Anglais hors de France!" (aujourd'hui y a pas que les Anglais que les Français supporters de Donald voudraient bouter dehors, mais je m'égare...). Dans beaucoup de patois (dont celui de mes origines) ces deux mots sont encore en usage avec leur signification initiale.

Il s'agit donc de tirer et de pousser ce qui est le propre du seul trombone à coulisse, un des instruments ayant le moins évolué au fil des siècles.

Z'avez tout compris ? Allez, un petit coup de Kid Ory :


Ça, ça saque et ça boute, hein !

Et vous aurez constaté (ou ouï) que contrairement aux instruments à pistons qui ne produisent que des sons distincts, la sacqueboute permet grâce à sa coulisse d'obtenir une variation continue de la fréquence sonore.


C’est carnaval (Lecrilibriste)

 

 

Jean-Pierre a sorti la sacqueboute
De son étui précieux
Et l’habit du temps de Charles le téméraire
Car demain, c’est Carnaval
Il défile avec la fanfare
Avec les groupes folkloriques
Venus de tous les coins de l’hexagone
Comme Il se trouve drôle … le gone
Avec ses kilos, ses collants
Et sa courte robe noire en brocart
Qu’il a dégotée dans la caverne d’Ali Baba
D’un pattier de l’Isère
Mais c ‘est la sacqueboute qui l’intrigue
Il a déjà consulté Wikipédia
Pour en connaître les particularités
Sacquer = tirer,
Bouter = pousser a dit Wiki
Ben quoi … C’est un trombone
Un trombone à coulisse
S’il faut tirer pousser
Il met l’embouchure sur ses lèvres
Le souffle, il l’a, les muscles des lèvres aussi
L’habitude avec son énorme tuba
Pousser tirer … il va s’exercer et ça devrait marcher
Aucun instrument ne lui résiste
Il souffle, il souffle, il s’essouffle
Pousser sacquer …  tirer bouter
Mais la sacqueboute résiste
Car la sacqueboute est grippée
Elle ne sacque ni ne boute la garce !
Pas moyen d’en sortir un son
Elle s’est éteinte, depuis un temps  très long
Pour la fanfare c’est pas possible
Les canards sont incompatibles
Pour le défilé de Carnaval
Alors , Jean-Pierre sort son tuba,
C’est son alter ego féal
Qui remplacera le vieux féodal
Et personne ne s’en apercevra
Ils n’y verront que du feu, les touristes
Si !  Lui ! avec son hoqueton de brocart

Et la vieille sacqueboute bien fatiguée
S’en ira dormir au musée des antiquités
 

 

QUAND LA SACQUEBOUTE DICTE LA LOI (Marie Sylvie)

   



C'est l'histoire de Monsieur Henri qui habitait une charmante maison entourée d'un verger. 
Dans ce verger,  un nid de frelons asiatiques s'était installé,  bien caché entre les branches. 

Un après-midi, alors que Monsieur Henri jouait de la sacqueboute sur sa terrasse, il se rendit compte que selon la mélodie qu'il jouait, les frelons réagissaient différemment. 
Curieux et un brin farceur, il décida de tester cette découverte.
Lorsqu'il recevait une visite agréable comme ses amis et sa famille, Monsieur Henri jouait le doux air de l' Ave Marie, apaisant les frelons qui se faisaient discrets, permettant à tout le monde de profiter pleinement de la journée en toute tranquillité. 

Cependant si un visiteur indésirable, comme un huissier de justice, franchissait la barrière de son jardin, Monsieur Henri changeait de registre. Il jouait alors une fanfare stridente et agressive, rendant les frelons furieux. 
En un rien de temps, les insectes s'abattaient sur le malheur visiteur, le faisant fuir à toutes jambes !

Et c'est ainsi que Monsieur Henri, grâce à sa sacqueboute et ses mélodies bien choisies, parvint à maintenir la paix et la sérénité dans son petit coin de paradis, tout en éloignant habilement les visiteurs indésirables. 

 

samedi 1 février 2025

Défi #858

   

Pincez les lèvres, soufflez, tirez, poussez :

 

Sacqueboute

 

 



Ont bien ratiociné (ou pas)

 

 


 


Walrus ; Marie Sylvie ; Vegas sur sarthe ; Yvanne ; Kate ;

99 dragons : exercices de style. 85, Lettre de refus d'éditeur (Joe Krapov)

 

 



Madame, Monsieur (rayer la mention inutile)


Nous vous remercions vivement de nous avoir confié votre tapuscrit. Nous l’avons étudié avec la plus grande attention. Malheureusement, malgré ses qualités, il ne nous a pas paru convenir à notre ligne éditoriale.


Nous regrettons donc de ne pouvoir en envisager la publication. En vous remerciant de votre confiance et en vous souhaitant d’aboutir dans votre démarche, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur (rayer la mention inutile) à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.


Le comité de lecture.


Monsieur


je me permets d’ajouter que la lecture de vos « 99 dragons : exercices de style » m’a passablement exaspérée. Passe encore qu’il y ait un plagiat éhonté et visible de l’ouvrage au titre presque similaire de Raymond Queneau. Vous me direz que le sujet n’est pas le même, que vous ne parlez nulle part dans votre œuvre d’autobus, de chapeau à ruban ou de bouton de pardessus. C’est vrai mais est-il raisonnable de penser que 99 déclinaisons de la fiche Wikipédia consacrée à Georges de Lydda pourraient avoir un intérêt quelconque pour un lecteur non féru d’histoire sainte et de littérature fantastique ?


Ce qui m’a le plus gênée, outre votre usage de gros mots comme paronomase, lipogramme, allographes ou apocope, c’est l’esprit anti-clérical et antimilitariste qui préside à chacune de vos variations. J’ai bien compris que nous sommes en 303, en Afrique et que ces braves nègres gens de couleurs ne sont pas encore assez entrés dans l’histoire pour avoir ne serait-ce qu’envisagé un instant un service militaire ou une défense nationale. Chaque fois que vous mentionnez l’existence des soldats libyens, c’est pour souligner leur lâcheté, leur couardise ou leur alcoolisme. Pour un peu vous nous ressortiriez l’adjudant Kronenbourg de ce voyou de Cabu !


Vous semblez regretter qu’un héros de la Chrétienté se mêle de cette histoire et triomphe du péril rencontré moyennant quelques petites compensations. Il me semble pourtant que, de tous temps, dans la réalité, des traités ont été signés et des accords conclus entre des puissances étrangères pour venir à bout d’un ennemi commun. Aurions-nous gagné la guerre de 14-45 sans l’aide efficace des Américains avec lesquels, de fait, nous ne partageons rien, en tout cas pas moi : je n’aime ni la country, ni la soul music, encore moins le rap et les hamburgers.


Croyez-vous que la Russie pourrait venir à bout des nazis ukrainiens sans l’aide de la Corée du Nord ? N’est-ce pas grâce au général Lafayette que les cow-boys d’Amérique ont battu les méchants migrants indiens qui ne faisaient rien qu’à faire tomber la pluie en dansant ? Que serait ce continent sans Christophe Colomb ? Que serait l’Amérique du Sud sans Fernando Cortés ?


N’avons-nous pas apporté, via la diffusion de notre langue et de notre religion aux peuplades arriérées de ces pays et de nos jolies colonies, les valeurs de la Civilisation et même celles de la République, que je respecte aussi, même si elles vous donnent la liberté de blasphémer et de moquer nos croyances et nos rites ?


Préférez vous que nous soyons envahis chaque jour un peu plus par les tenants d’une religion dont le nom commence par i et qui en est restée à la Saint-Barthélemy, à la lapidation de la femme adultère et qui n’hésite pas à abreuver ses sillons du sang impur de ses ennemis ?


Vous êtes pour la polygamie, c’est ça ?


Pour qu’il y ait reconquête, il faut que nous soyons tous rassemblés. Votre ouvrage de tournage en dérision du mythe de Saint-Georges ne participe pas, mais alors pas du tout à l’effort national et au réarmement démographique désormais nécessaires.


Je ne vois pas pourquoi je perds mon temps à ratiociner avec vous ce jour. Pour tout vous avouer, si je gribouille ces lignes sur la lettre type, c’est que j’espère bien, au fond de moi-même, que vos bêtises ne trouveront pas de lecteurs sensés qui y feront écho.


Nous ferons d’ailleurs tout pour cela lorsque nous aurons pris le pouvoir.


Je ne vous salue pas.




Marinette Maréchal-Nuwala, éditrice


Hervé a fini par énerver (Kate)

 

 

- Allô, Hervé ?
- ... Eh ?
- Toujours d'accord pour un ciné ?
- Mais à quelle heure c'est ?
- Dans une heure, tu le sais...
- Et où c'est ?

- Aux Ambiances,
c'est tout près...
- Ah ! Le cinéma d'art et essai ?

- Allez, je suis devant, je viens d'acheter les billets...
- Il faut marcher ?
- Un peu, on ne peut pas se garer,
c'est le secteur piétonnier.
Et il faut arriver à l'avance.
Allez, on va le rater !
- Il y aura de la publicité ?
- Qu'est-ce que j'en sais ?
- Et des WC ?
- Oui ! Et des chocolats glacés !
- C'est un film engagé ?
- Tu me fais marcher...
- Bon je vais voir sur AlloCiné...
- Tu vas pas arrêter de pinailler !
- Je vais aller me doucher.
- Bon, j'y vais
sans toi Hervé,
j'ai déjà trop tardé !
- Tu es énervée ?
- Non, mais à trop ratiociner
tu vas rater le ciné
et "Personne n'y comprend rien" !
- Tu m'expliqueras, hein ?
- Rien de rien !
Je ne veux plus fréquenter un martien.
- Hélène !
- Trouve-toi une martienne !

 

Clap de fin aux Fils d'Argent. (Yvanne)

 

Deux années ont passé. Madame Jolibois exerce toujours sa fonction de directrice aux Fils d'Argent.
Elle a obtenu qu'un directeur adjoint soit nommé pour la seconder dans ses tâches et tout se passe au mieux. Très moderne, celui-ci se fait appeler par son prénom  - plutôt les initiales de son prénom : JC. Tous les membres de la communauté l'aiment bien. Il est serviable, dévoué et arrangeant.
Cependant beaucoup de choses ont changé. La fidèle secrétaire Marguerite a pris sa retraite. Et elle manque beaucoup à tous. Si certains pensionnaires ont hélas disparu d'autres les ont remplacés, ceci de manière tout à fait inéluctable.

Madame Vieillefosse, bon pied, bon œil ne loge plus à la maison de retraite depuis peu. Tout le monde se souvient – surtout Madame Jolibois d'ailleurs – du jour où des travaux ont commencé tout à côté. Évidemment certains se sont offusqués : mais voyons donc, comment se fait-il que Madame Vieillefosse se permette cette intrusion dans le terrain à côté ? Est-elle devenue folle ? Il faut un acte de propriété pour... Il faut un certificat d'urbanisme pour...Il faut un permis de construire pour...Il faut ci, il faut ça ! On ne peut pas... On ne doit pas...Et je ne sais quoi encore !

Eh bien tout le monde a fini de ratiociner quand on a appris que Madame Vieillefosse née Blanche de la Barbe avait hérité de tous les terrains avoisinant la maison de retraite (et pan sur le bec !) Même de celui où est implanté cette dernière. Même la maison lui appartenait en propre. C'est ce que Madame Jolibois a découvert en faisant quelques recherches. La bâtisse, une grosse maison bourgeoise à laquelle ont été greffées deux ailes était propriété de la famille de la Barbe, parentèle de Madame Vieillefosse. Elle avait été acquise par la municipalité il y a quelques années, vendue par Madame Vieillefosse pour éponger les dettes de son époux d'alors, un vaurien ivrogne et fainéant. Bien entendu, la vieille dame ne se vantait pas de cela.

Contrairement à ce qu'avait affirmé son gendre le sous-préfet, sa belle-mère n'avait donc acheté aucun terrain et ce n'était pas une salle de bal qu'elle voulait faire construire mais bien une maisonnette de plein pied pour être proche de la maison de retraite en cas de besoin. Personne ne peut y trouver à redire et je crois que le sous-préfet s'était un peu moqué de Madame Jolibois le jour de leur entretien téléphonique.

Aujourd'hui la maison de retraite bruisse comme une ruche. Les pensionnaires font d'incessantes allées-venues entre la résidence et la nouvelle habitation de Madame Vieillefosse. Certains portent de lourds plats chargés de petits fours, d'autres poussent des chariots remplis de glacières où tintent bouteilles de champagne et jus de fruit. Un livreur dépose des bouquets de roses rouges sur la belle terrasse où l'on a installé de longues tables recouvertes de nappes blanches brodées au chiffre de la propriétaire des lieux. On rit. On s'interpelle en ce beau jour d'été. Des résidents férus de musique ont formé un petit orchestre. C'est la fête.

Une grosse voiture s'arrête. C'est la mercedes de Monsieur Patrick Vertich. Il descend et galamment ouvre la portière à son épouse Blanche. Lui, en élégant costume trois pièces noir et nœud papillon parme assorti à la tenue de sa femme resplendissante en longue robe mauve pâle. Les jeunes mariés reviennent de la mairie où ils ont échangé leurs vœux en présence de leurs témoins Madame Jolibois et le nouveau directeur JC.

Après un après midi où chacun s'est congratulé, amusé, sustenté, où des souhaits de bonheur ont été formulés gaiement à l'égard des nouveaux époux, on regagne la maison de retraite toute proche qui à pied en titubant un peu, qui en fauteuil roulant ou avec déambulateur.

Soulagés de se retrouver enfin seuls, les mariés apposent en riant une plaque dorée sur leur porte où l'on peut lire « chez Pat'Blanche » allusion à leurs prénoms respectifs mais aussi avertissement signifiant qu'on ne peut pas déranger trop souvent.




Insomnie (Vegas sur sarthe)

 


C'était toujours ainsi à chaque veille d'intronisation Félix ne dormait pas.

Demain il y aurait un banquet, un de plus, une réception en l'honneur des Chevaliers du Pignon Fixe, des pédaleurs assoiffés qu'il lui faudrait arroser au cassis-champagne avant d'être adoubés en grande pompe à vélo !

Crévindiou !

Chaque insomnie l'entraînait irrémédiablement à la cave où – coiffé de son bonnet de nuit et le nez chaussé d'une des nombreuses paires de lunettes qu'il abandonnait ça et là – il refaisait son inventaire.

Il est des régions de France où on peut tout à la fois être chanoine, maire d'une grande ville et amateur de bon vin sans défrayer la chronique.

Il se disait que sa mairie était le plus grand débit de boissons de la Ville mais il préférait ça à la sombre rumeur de pédophilie qui sourdait et qui éclaterait au grand jour un siècle plus tard.

Il en avait rincé des gosiers entre associations de tous poils, clubs sportifs, hommes politiques, vedettes sans compter cette jeunesse dont on voyait « rougir la trogne », qui roulait sous la table et confondait Saint Vincent tournante et partouze...

Du coup sa pile de champagne était encore descendue d'un bon mètre.

Etait-ce un effet divin ou bien la buée sur ses verres, il buta sur une caisse d'aligoté, écrasant à la fois son gros orteil et un juron où figurait le Bon Dieu.

Un éclair fulgurant illumina la voûte sombre au point qu'il tomba à genoux, serrant « religieusement » sa bouteille de crème de cassis de Dijon à 20 degrés.

La main divine guidait sa main aussi le premier bouchon d'aligoté sauta t-il joyeusement.

Un quart de cassis, trois quarts d'aligoté... non... trop acide pensa t-il en faisant claquer cette langue qu'il avait aussi souple que bien pendue.

N'avait-il pas répondu récemment à celui qui lui reprochait de croire en Dieu sans jamais l'avoir vu « Mon cul, tu l'as pas vu et pourtant il existe ! »

(Anecdote certifiée ou pas)


Un tiers de cassis, trois tiers d'aligoté... non... quatre tiers, c'était un sacrilège, un affront aux lois de la mathématique !

Un deuxième bouchon sauta, embuant un peu plus ses verres de lunettes.

Un tiers de cassis, deux tiers d'aligoté... Son « Nom de Dieu » résonna sous la voûte ancestrale.

Il tenait l'accord parfait, ni trop acide ni trop sucré, une potion qui allait ravir les palais les plus retors.

Il s'en resservit un verre avec les mêmes exactes proportions, pour être certain.

A quoi bon ratiociner en pleine Création ?

Le Tout Puissant avait-il autant joui en créant ses deux premiers bipèdes ?

Il tenait là le petit Jésus en culotte de velours, n'en déplaise au très Haut.

Demain à l'heure de l'intronisation, les amoureux de la petite reine chercheraient les bulles dans leur traditionnel blanc-cass ; il seraient les premiers à déguster son... comment l'appellerait-il ?

Kir... comme lui... un Kir


LES CICATRICES DU DEVOIR (Marie Sylvie)

   

Le mot, ce verbe ratiociner,  me rappelle l'époque où j'enseignais dans un lycée de Le Mans. Mes élèves m'accusaient souvent de trop argumenter, confondant mes explications détaillées avec celles destinées à des élèves de CP.
Mais n'était-ce pas mon rôle de les instruire soigneusement pour bâtir leur avenir ?
L'enseignement théorique est une chose, la mise en pratique en est une autre.
Il paraît bien plus facile d'analyser des situations sur le terrain plutôt que depuis son pupitre. 
Je discutais longuement avec mes élèves pour m'assurer que chacun d'entre eux avait bien assimilé mes explications. 

Un jour, je me suis adressée à une élève encore une fois en retard pour tenter de la raisonner.
Mon avenir était tracé mais le sien dépendait de ses actes d'aujourd'hui. 
Soudain, elle a sorti son cutter et, avec une violence incroyable, elle a commencé à me taillader les avant-bras.
À ses yeux, rien n'était acquis et il fallait continuellement se battre pour conserver ce que l'on possédait. 

Un agent d'entretien est intervenu. 
L'élève a été exclue mais ma responsable n'a pas voulu que je porte plainte par soucis de réputation. 
Ce qu'elle ignorait c'est que je n'aurais pas déposé une plainte, ne voulant pas troubler encore plus l'avenir de cette élève mais j'aurais sollicité qu'elle se fasse aider .
L'ironie sombre et poignante  de ce témoignage réside dans le fait que le lycée était situé entre le commissariat principal et le groupement de gendarmerie. 
Je garde mes cicatrices encore visibles aujourd'hui comme un rappel :
Je voulais forger des destinées et non pas blesser la mienne. 

À présent, lorsque je regarde ces cicatrices, je ne peux m'empêcher de ratiociner sur ce qui aurait pu être fait autrement. 
Je me questionne sur les décisions prises, sur les paroles prononcées et sur les actions qui auraient pu changer le cours des événements.
Mais malgré tout, je sais que chaque choix, chaque réflexion, chaque tentative de comprendre et d'aider, faisait partie de mon devoir d'enseignante. 
C'est cette quête incessante de sens et de compréhension, ce besoin de rechercher à analyser, argumenter et  réfléchir , qui m'a guidée tout au long de ma carrière. 


Une brève à la demande (implicite) de mon neveu Joe (Walrus)

   

Une question revient régulièrement dans les médias :

" Peut-on rire de tout ? "

On ne me fera pas ratiociner là-dessus :

" Il faut rire de tout ! "

 

samedi 25 janvier 2025

Défi #857

   

Je vous propose un de mes (nombreux) défauts :

 

Ratiociner

 

 



Nous ont pondu une participation de qualité

 

 


 

Walrus ; Marie Sylvie ; Yvanne ; Kate ; Adrienne ;

La Qualité (Joe Krapov)

 



Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais excepté mes femmes et mes docteurs, comme disait Georges Brassens, plus personne n’exige de moi que j’aie des qualités.

Quelque part, ça m’arrange. Je peux prendre le parti de Saint-Georges ou celui du dragon alors qu’il s’agit de deux antagonistes et même les envoyer paître tous les deux, comme l’autre semaine, en donnant la vedette à la princesse qui n’a sans doute jamais existé.

De ce fait j’ai été ravi, samedi dernier, de tomber sur cette décoration de vitrine qui représente mes camarades de jeu littéraire dans une posture elle aussi nouvelle.

- Ouiiin ! Dragon ! Dragon ! La fille, elle m’a volé mon cheval !



***

A part ça je voulais parler de jeu d’échecs. J’y joue tous les jeudis après-midi et les situations dans lesquelles me met le nombre impair que nous sommes bien souvent présenteraient le désavantage de souligner tous mes défauts si je n’avais la qualité de tourner toujours tout à la rigolade. De fait, on s’amuse beaucoup dans la cafétéria du Diapason.

Il m’arrive souvent et même presque toujours d’affronter deux adversaires simultanément et de gagner mes deux parties. Mais c’est trop facile : j’ai une qualité que les autres n’ont pas car en supplément de ma bonne mémoire je travaille à la maison, j’ouvre des livres, je regarde des vidéos, j’étudie des ouvertures, je joue contre Madame Lia.

« Elève travailleur » diraient les professeur·e·s.


***

Une fois sur deux maintenant, histoire que mes camarades eux aussi gagnent des parties, je fais le « kibitzer » muet. C’est un mot yiddish qui signifie que je regarde en silence les parties que jouent ces messieurs, que je les note sur mon carnet et que je n’interviens pas dans leur jeu sauf à la fin, lors de l’analyse « post mortem », pour dire que j’avais vu un coup meilleur, que tel mouvement de pièce était une erreur, bref que je tiens le rôle de l’emmerdeur qui ramène sa pseudo-science.


***

Vous me direz, et vous aurez raison, que ce que je raconte là est sans intérêt aucun. Je vous le concède bien volontiers et c’est pour ça qu’au lieu de ces considérations égocentriques super-féta-toires, comme on dit chez les Grecs, je m’en vais vous apprendre ce qu’est une qualité au jeu d’échecs.

Posons que le pion vaut 1 point, que le fou et le cavalier valent 3 points, qu’une tour vaut cinq points et qu’une dame vaut dix points.

Lorsque vous avez réussi à prendre une tour avec un fou ou un cavalier à votre adversaire et que celui-ci reprend ce fou ou ce cavalier, on dit que vous avez gagné la qualité.


***

Il y a des jours où j’envie mon oncle Walrus, le scientifique jadis si expéditif dans ses billets. La science permet de traiter le sujet du Défi du samedi en deux phrases et quatre lignes !

Mais bon, c’est quand même assez dur de s’imaginer vivre dans un monde sans Modiano-Proustitude !

Vous avez deux heures pour donner votre avis là-dessus !

Qualité ou quantité ? (Lecrilibriste)

   

Au secours !
La qualité se perd
La qualité, la belle qualité
La quantité l’a remplacée
L’armada synthétique a envahi la terre
A conquis les tissus, le cuivre, le bois, le fer
Sa débauche a remplacé le verre
On en trouve de partout
Dans les tripotées de pulls over
Dans les denrées alimentaires
Le plastique sème ses atomes partout
Sa quantité prolifère
On ne peut plus s’en passer

Adepte de la couture
Des beaux tissus, itou
Ne cherche plus de tissu en pilou
De laine des Pyrénées
Ou de coton mercerisé
Tu n’en trouveras plus
Ou à un coût très cher
Ou pas du tout
Oui, la qualité, la belle qualité se perd
La polaire est devenue tabou
Il est vrai que la polaire a du mérite
En te déshabillant tu crépites
Et au moins elle tient chaud

Mais tous ces tissus de filoselle
Venus de Chine à l’instar de la soie
Mais qui ne valent pas un clou
Qui n’ont pas de tenue, qui sont mous
Mais qui ne sont pas chers
Ont envahi les, les boutiques
Et les jeunes surtout se précipitent
Pour en avoir beaucoup
Pour en avoir des quantités
Au détriment de la qualité
Pour tous les jours en changer
Et puis jeter

Difficile de faire marche arrière
Mais il n’y a rien à faire
La qualité, la belle qualité se perd
C’est un luxe et c’est trop cher

 


De quoi se sont-ils fait l'écho ?

            Walrus ; Laura ; Lecrilibriste ; François ;