Ma mère n'aimait pas les rousses, je pense. Mon père si, je crois, d'ailleurs, quand Diego, son ami d'enfance et sa femme Berthe, ont eu leur fille, quelques années avant ma naissance, une adorable Claude (*), dite Coco, est née rousse et belle et mon père était son parrain.
Quand nous passions voir nos grand-parents, les dimanches après-midi, nous allions aussi les voir et j'ai de vagues souvenirs d'une atmosphère bruyante de conversations et d'échanges qui m'échappaient. Je ne sais plus quel âge j'avais mais j'étais toute gamine et je ne me peux me souvenir de mes pensées d'alors, juste des lieux : une pièce plutôt vaste qui devait être une salle de conciergerie d'un lieu public de la petite ville voisine et qui semblait leur tenir lieu de salon où des voix fortes, des rires, des verres de vin, de café, de cerises à l'eau de vie, des Gauloises et des Gitanes s'échangeaient.
Diego était aussi copain de régiment de mon père et sa femme Berthe (son vrai nom, je l'ai su bien des années après, était en réalité Gilberte) avait une voix forte qui détonnait avec le côté discret de ma mère. Leur fille, Coco, on n'entendait que ce nom répété à l'envi, était le centre d'intérêt de toute l'assemblée souvent augmentée d'amis, voisins, parents. Tout cela me convenait certainement, je n'en pensais rien, forcément trop jeune, n'ayant pas encore l'âge ni de m'ennuyer ni de souhaiter être ailleurs et faire autre chose que rien...
Berthe était couturière et fabriquait tous les vêtements de la famille, au demeurant très modeste. Ma mère n'avait pas ce talent mais avait à coeur de m'acheter de jolis habits. Sans savoir pourquoi ni comment, les contacts avec ces gens se sont espacés et ont cessé définitivement, comme c'est le lot de beaucoup de relations amicales.
Peut-être que Diego (enfin, Didier de son vrai nom) n'avait pas supporté la énième tromperie de la tonitruante Berthe ? Je n'ai fait, quelques années plus tard, que des suppositions car à l'époque je comprenais juste que le pôle d'attraction était Coco et que "le pauvre Diego", comme ma mère l'appelait ne portait pas la culotte mais plutôt les cornes (comme on disait alors populairement)...
Seule me reste encore, dès que le mot "rousse " est évoqué, la fascination de tout le monde pour cette fameuse Coco et ses boucles rousses. Bien sûr, je n'oublie pas la scène mémorable que ma mère avait faite, de retour à la maison, à mon père à propos du cadeau qu'il avait acheté à sa filleule : une robe !
- Une robe ? Tu lui as acheté une robe ! Mais sa mère est couturière et elle lui fait toutes ses robes ! Même à notre fille on n'achète pas de robe aussi chère !
Aucun souvenir de la réaction de mon père mais j'avais ressenti un malaise bien plus grand que la dépense, semble-t-il inutile et futile, pour l'achat de cette robe, sans bien comprendre quoi... Et puis rien n'a plus été pareil. On est allés voir nos grand-parents plus longtemps, d'ailleurs ils étaient plus âgés, plus malades...
Claude ! Drôle de prénom pour une fille, entendait-on. Je dirais prénom mixte, je risquerais épicène (n'est-ce pas Amélie (**) ?). Il n'y en a pas tellement mais celui de ma soeur serait pourtant, lui aussi un prénom mixte...
Terme d'Arithmetique. Nombre qui se trouve aprés la division d'un plus grand par un plus petit, qui monstre combien de fois le plus petit est dans le plus grand. On place le quotient au bout de la ligne où est le nombre divisé, avec une barre entre-deux. Le quotient de douze divisé par trois est quatre. Cela vient du mot Latin quoties, c'est à dire, combien de fois tel nombre inferieur est-il en un autre superieur ? Exemple, Combien de fois trois se trouve-t-il en douze ? Quatre fois ; car quatre fois trois sont douze. En vous accordant mon baise-main le plus respectueux, Antoine F.
Ces définitions du XVIIe siècle, qui montrent l'évolution de la langue et de l'orthographe françaises au cours des siècles, doivent être replacées dans le contexte historique et sociétal dans lequel elles ont été rédigées. Elles ne reflètent pas l’opinion du Robert ni de ses équipes. Bisous, Paul Robert
Divisions, bof. J'aimerais mieux parler d'autres idées multiples. En plus, lorsque mon amant et le père de mes deux enfants illégitimes, le roi Charles II, a dit à son héritier, James, de ne pas me laisser mourir de faim, c'est moi qui ai inventé l'expression "Tu parles, Charles !" Bon, allez, j'arrête, sinon, ce texte sera trop long et on dira du mal de son auteure. Bons baisers à tous, Nelly G.
Une volée d’oiseaux a sifflé mon quotient de tessiture illico Et le pic épeiche, le rythme m’a appris A la lumière de la lune Au creux d’une belle nuit
C’est pour ça que j’ignore Le quotient de musique Qui m’était imparti Car je n’ai plus de voix Et suis face à l’énigme Du déclin de ma voix Dans les bémols et les
pourquoi
De mezzo-soprano me voilà Barytone, et ça détonne Sans pour autant me réduire A atteindre l’apogée Et son quotient d’adversité
« Que
diriez-vous de Quotient ? Richard Quotient ça sonne bien,
non ? » « Euh...
je ne suis pas très chaud » « Vous
n'êtes pas chaud ? Vous avez pourtant l'air un peu crâmé ces
temps-ci » « C'est
parce que j'ai attrapé un coup d'soleil... un coup d'amour, un coup
d'je t'aime, quoi » « Faites
moi confiance. Songez que c'est moi qui ai lancé Sylvie Vatan » «Sylvie
Vatan ? » « Oui
et voyez le résultat... elle est partie » « C'est
vrai... elle n'est pas là, et si je rêve tant pis » « A
votre avis c'est quoi le dénominateur commun entre Calozéro et
Vanessa Pardi ? » « Je
sais pas... j'vis à l'envers, j'aime plus ma rue » « Et
bien pardi c'est moi leur dénominateur commun ; c'est moi qui
les ai lancés »
« J’mets
des photos dans mes chansons et des voiliers dans ma maison » « Oui
c'est bien ça mais y vous faut un nom. Richard ça suffit pas ;
Richard ou Tony ça peut pas marcher » « Pourtant
Richard ou Tony il avait cartonné avec son train qui sifflait » « Connais
pas. C'est pas moi qui l'ai lancé celui-là » « Et
Richard Container et son gentil p'tit Youki ? Il a pas cartonné
Richard Container ? » « C'est
l'exception qui confirme la règle. Il vous faut un vrai nom »
« En
attendant j'vis à l'envers, j'aime plus ma rue... » « Oui
c'est pas mal ça et vous allez me dire aussi J'fais du bateau dans
mon quartier, il fait très beau, on peut ramer »
« Waou !
Vous la connaissez ? » « Bien
sûr, c'est moi qui avais lancé ce... comment je l'avais appelé
celui-là ? » « Ben
c'est moi ! » « Ah
oui ! Henri Salve d'Or » « Mais
non c'est moi ! Même que ça fait : J’avais cent ans,
j’me r’connais plus ! » « Cent
ans c'est rien. Lui il chantait Nos ancêtres les gaulois...
Nanana... souvenez-vous : Faut rigoler ! » « Faut
rigoler. Vous en avez de bonnes. Ça y est, c’est sûr, faut
qu’j’me décide... J’vais faire le mur et j’tombe dans
l’vide » « Calmez
vous. C'est pas si grave. On va dire Richard X pour commencer, et
puis si jamais ça marche on avisera »
(Soupir)
« Richard
Onavisera, c'est pas terrible non plus »
En dehors du Quotient Intellectuel (la première chose à laquelle penseront ceux qui l'ont aussi élevé que leur bonne opinion d'eux-même) dont le calcul relève plus de la supputation que d'une opération mathématique stricte, le quotient est le résultat d'une division.
On serait bien inspiré de spécifier "mathématique" ou au minimum "arithmétique". En effet c'est ainsi que la division arithmétique (et coutelière) d'un pomme par deux produit deux demi-pommes (nous passerons sur les inquiétudes que peut générer la précision du coup de couteau diviseur, comme l'égalité stricte entre les deux demi-pommes produites : contiendront-elles le même nombre de pépins, la forme de la pomme ne génèrerait-elle pas des inégalités dans la répartition des masses etc,etc, on se demande si les instituteurs n'auraient pas intérêt à prendre comme exemples des objets plus faciles à diviser). Le quotient de cette division est donc 0,5.
Parce que si l'on envisage par exemple le cas de la division cellulaire, la division par deux d'une cellule produit deux cellules identiques et le quotient de 1:2 est... 2 !
Qu'est-ce que vous dites de ça, hein ?
Ma question est purement rhétorique, je n'ai pas besoin d'entendre votre réponse : je ne la devine que trop bien !
Le lendemain, jour
d'arrivée du mari de la voisine – selon ses dires - il n'y a
pas âme qui vive dans le jardin de Madame Pascalini ( c'est son nom
lui a précisé la boulangère qui sait tout.) René n'a guère prêté
attention à cette absence d'époux annoncé. Mais pas de Monsieur
Pascalini en vue les jours suivants. Bizarre ! Et les volets
s'ouvrent de moins en moins souvent. Pourtant il aperçoit de la
lumière tôt le matin et tard le soir.
En regardant à travers
les thuyas il constate que les feuilles sous les arbres ont été
soigneusement enlevées. Il a même retrouvé le râteau prêté,
glissé par dessus la haie. Cette femme a des manières étranges se
dit René. Elle aurait quand même pu me rendre elle-même mon outil.
A l'occasion, il lui en parlera. Sans animosité bien sûr.
Quand il jardine, il
lève quelquefois la tête en direction de la maison voisine. Quelque
temps après, ô surprise : la dame lui tourne le dos mais elle
est bien là, dans son enclos, occupée à cueillir des fleurs. René
n'hésite pas. Il s'approche et va lui proposer une salade pour
entrer en matière. Il la hèle mais elle ne répond pas. Peut être
est-elle sourde ? Il crie plus fort. Pas le moindre mouvement en
face. De guerre lasse, René abandonne.
Il revient sur ses pas
et réfléchit. Ce n'est pas possible de continuer comme ça
marmonne-t-il. Il n'aime pas qu'on le snobe. C'est vrai qu'il a eu
des idées un peu lubriques quand elle lui a parlé la première
fois. Peut être même a-t-il prononcé des mots peu appropriés mais
il y avait de sa faute à elle. Il ne pense plus du tout à ça. Il
veut surtout des relations de bon voisinage. Ni une, ni deux, il
prend sa laitue et va frapper chez cette voisine ingrate. On verra
bien.
René est là, planté
devant chez elle. Il sonne. Une fois. Deux fois. Puis longuement. Il
voit un rideau bouger et brusquement, la porte s'ouvre en grand. - Que me voulez-vous ? - Mais...Rien Madame
Pascalini. (René est suffoqué par cet accueil.) - Ben alors qu'est ce
que vous faîtes là ? Je ne vous ai pas sonné ! Et
comment vous connaissez mon nom ? C'est trop fort : vous
surveillez ma boite aux lettres sans doute. - Non. Sûrement pas.
C'est la boulangère... Peu importe. Juste... Je voulais juste mieux
faire votre connaissance en tant que voisin. Et puis vous dire qu'il
ne faut pas hésiter à me demander des services. Je suis à la
retraite et très disponible et si je peux me rendre utile, c'est
toujours avec plaisir. - La boulangère. Quoi,
la boulangère ? Ah, la boulangère. Ça ne m'étonne pas. Je
vais lui dire deux mots tiens à cette pie bavarde. Et puis, il me
semble vous avoir fait comprendre que je n'avais besoin de personne.
Ensuite, je n'aime pas votre façon d'agir. Vous m'espionnez. - Comment ? Mais
pas du tout. Je ne vous surveille pas Madame. Je ne suis pas curieux.
La vie des gens ne m'intéresse pas vous savez. - Ben voyons !
Vous croyez que je ne vous vois pas ? Sans arrêt à regarder
chez moi. Vous cherchez quoi à la fin ? Ah oui j'oubliais vous
êtes en plus du genre libidineux. Je suis venue ici pour être
tranquille et vous m'importunez. Rentrez chez vous. - Oh pardon Madame !
Vous allez prendre ma salade quand même ? C'est de bon cœur... Vlan ! La porte
claque et René en reste pantois, sa belle batavia à bout de bras. Alors là, tout de
même, vraiment atteinte de paranoïa la mère Pascalini ! Je
l'espionne. Ça alors ! Et puis quel con je fais d'aller chez
elle. J'aurais dû me douter qu'elle avait un blème cette nana. Tenez, mes poulettes,
mangez la bonne salade de René. Au moins, vous savez profitez vous
et vous avez la reconnaissance du ventre en me donnant de bons œufs
frais. Sacrée bonne femme va !
Ce soir là, Ronchonchon était passé voir Simone au poulailler. Les poulettes avaient refait la déco pour que chacune ait son nid douillet. Simone invita Ronchonchon à venir voir sa nouvelle couche de paille.
En faisant le tour du propriétaire, Ronchonchon fit quelques confidences sur le perchoir à Simone.
Nana lui avait demandé de cesser ces découcheries sous peine de voir allouer sa couche de foin à un autre. Ronchonchon avait pensé "je m'en bats l’œil", elle n'osera jamais.
Le lendemain matin, en allumant son ronchonphone Ronchonchon se connecta à un réseau bien connu Facedegroin et découvrit une annonce de lunettes, puis de location de matelas de paille...
Ingérence dans l'intimité ? "Subtiles" tentatives pour le mettre sur la paille ?
Une pensée qui vrille D’avoir cru être la cible S’insinue comme anguille Dans le cerveau brumeux
La couronne d’épines Serre tête et poitrine Et fait mal Elle écorche le cœur Coupe et pleure Le chakra coronal
Plus de clarté pour écoper De recul pour dédramatiser Le tigre tourne dans sa cage S’il s’échappe, ce sera le
carnage La coupe est pleine Il est rempli de haine
Les éclairs s’allument Le tonnerre explose Il s’est bardé de fer pour
faire mal Et tirer en premier ses
chevrotines
Le duel, il l’a gagné Mais reste terrassé D’humeur chagrine.
- On dirait que c'est plutôt toi qui trimballes ton mal-être !
Nicolas (*), oui, Nicolas Para... quelque chose, ce collègue qui
chaque matin prenait si mal le "Comment vas-tu ?" amical que certains
lui adressaient encore et quand il leur répondait, leur balançait des
répliques du style : "T'es docteur, toi ?", "Qu'est-ce qu'elle a ma
gueule ?", quand ce n'était pas des polémiques invraisemblables du genre
: "Qu'est-ce que tu as contre mes origines slaves (*) ?"
La journée démarrait bien ! Et si certains jours, il restait
totalement à l'écart, on savait qu'il était là mais on ne le voyait pas,
il faisait planer une certaine inquiétude.
Bien des années plus tard, - il n'était resté qu'un an -, on se
remémorait encore cette fameuse réunion de trois heures de fin de
semaine où nous étions une petite dizaine et à laquelle il avait daigné
assister. Rien de passionnant mais chacun avait plus ou moins participé
en essayant de faire avancer ce projet qui nous concernait tous, bien
que peu enthousiasmant.
Lui seul n'avait pas pipé mot, le regard fixe ou vide, difficile à
décrire, et le lundi matin, son humeur n'avait jamais été aussi
massacrante. Il en résultait, d'après ce qu'il aurait confié ou plutôt
hurlé à quelqu'un, que cette réunion avait été particulièrement
agressive à son égard et que plusieurs personnes avaient dit du mal de
lui. J'ai à ce moment-là bien compris qu'il n'était plus ni utile ni
nécessaire de lui dire bonjour, au revoir et encore moins comment
vas-tu... Que la seule conduite à tenir était de l'éviter, de le
contourner, de l'ignorer, même si cela relevait d'un effort énorme et
pénible. S'il m'arrive encore de le croiser au hasard d'une rue, je
tourne évidemment la tête de l'autre côté ou je fais comme si je ne le
connaissais pas... ce qui n'est pas tout à fait faux !
Pour conclure sur une note plus littéraire, un autre Nicolas, déjà évoqué ici :
Au
début je parlais peu. Et
ELLE encore moins, si ce n'étaient les “Oui et ensuite?”
que sa bouche carmin susurrait sournoisement dans mon dos quand
j'interrompais le grand déballage de mes lieux communs. “Oui
et ensuite?” Alors
j'ai raconté Germaine et ses deux greffiers angora qui foutent du
poil partout. J'ai raconté nos vacances d'été à Pornichet,
l'appart de l'avenue du Littoral, le casino Partouche et puis la
varicelle de notre neveu. “Oui
et ensuite?” Ensuite...
il s'était gratté et on avait remplacé les bains de mer par des
bains tièdes additionnés de farine d'avoine. Allez
trouver de la farine d'avoine à Pornichet en plein mois d'Août !
ELLE
était dotée d'une patience infinie et de deux jambes interminables
qui finissaient au bord d'une micro-jupe moulante, des jambes qu'elle
croisait et décroisait avec un petit bruissement soyeux des plus
pernicieux. Pendant
ce temps mon fauteuil durcissait comme moi, plus raide et plus
inconfortable à mesure que je m'épanchais. “Oui
et ensuite?” Ensuite
j'ai oublié la farine d'avoine pour raconter le bureau,
l'informatisation du fichier central, la scannérisation du stock,
les tickets restau et aussi cette improbable promotion obtenue dans
la douleur et qu'on appelle familièrement promotion-canapé. Pour
l'heure le sien était fait d'un vieux cuir crevassé et malgré son
aspect fatigué par tant de fondements qui s'y étaient abandonnés,
j'étais sûr de gagner au change. Mais
je devais le mériter - c'est ce qu'ELLE m'avait fait comprendre -
quand j'aurais abandonné sur son paillasson tout ce fatras qui
constituait mon 'Moi conscient' et qui m'empêchait de lâcher prise.
Lâcher
prise... c'est pourtant ce que j'avais fini par faire dans les bras
musclés de mademoiselle Gagnepain - Chef du service informatique à
la Conservation des Hypothèques - et je n'omis aucun détail des
dispositions de l'article L.123-1 du Code du Travail même si
les “Oui et ensuite?” avaient cessé et que ses
jambes interminables ne bougeaient plus. Bizarrement
je n'avais pas honte de ce déballage, de cet indécent strip-tease
que j'exécutais juste pour ELLE dans l'intimité de son cabinet.
Habiter
deux étages au dessus de sa psychothérapeute peut présenter
quelque avantage mais aussi des inconvénients car j'y venais
maintenant chaque jour – sauf le samedi à cause du club de
scrabble et des courses à Leclerc avec Germaine – et je constatai
que je parlais moins du fait qu'ELLE parlait de plus en plus. Certes
j'étais phobique, névrosé, limite parano mais bien moins qu'ELLE. J'aurais
été tellement déçu de la savoir normale ! Je
me surpris même une fois, à lui lancer un “Oui et
ensuite?” qui ne l'offusqua aucunement.
Un
jour où j'arrivai en retard je butai devant sa porte sur un foutoir
qui s'avéra plus tard être son 'Moi conscient' à ELLE - c'est à
dire son 'Soi conscient' - bref, je réalisai en la trouvant alanguie
sur le canapé que j'étais enfin guéri. Pour
me conforter dans cette idée, je la gratifiai d'un “Je
vous kiffe” qui acheva de la transformer. ELLE
commençait à renouer avec son statut d'enfant et s'abandonnait sans
pudeur; c'est du moins ce qu'ELLE tenta de m'expliquer mais je ne
l'écoutais plus. L'enfant qu'ELLE était redevenue gardait ses
sublimes jambes et comme elle achevait de se débarrasser de tous ces
oripeaux qui n'étaient pas ELLE, je la surpris nue et en fis tout
autant. N'allez
pas croire tout ce qu'on dit à propos du passage à l'acte entre un
psy et son patient, j'ai lu tant de choses sur les idylles de
divan... et ce jour-là il ne se passa rien sinon qu'il ne me restait
plus qu'à emménager chez Georges – elle s'appelait Georges – et
c'est ce que j'ai fait.
D'autres
que moi auraient fui mais Georges Sand n'était-elle pas d'abord une
femme? Même s'il en doutât au début de leur relation Chopin
pourrait en témoigner s'il était encore de ce monde. “Oui
et ensuite” me
direz-vous “que
vient faire là, Chopin? Il serait interessant d'en parler” Et
bien, parlons-en. Georges
adore Chopin, ELLE en est folle et ne s'endort qu'avec la ritournelle
de sa nocturne en mi bémol majeur flottant au dessus de notre lit
rose. Je
fais preuve à mon tour d'une patience infinie car je sais bien que
le jour viendra où ELLE cessera de m'appeler Papa.